U.S.A. vs U.E. vs RUSSSIE

Si la colonne Russie n’apparaît pas, basculez votre smartphone en format paysage.

            USA.               U.E.        dont               France      RUSSIE
Superficie (km2)       9 833 000          4 233 000             672 000     17 234 000  
Population (h)   340 000 000      449 200 000        68 400 000   146 170 000 
PIB (miilliards $)            25 400               17 800                 3 100              1 830
PIB/h ($)            76 000               34 800              44 800            12 574

Go West ! (77)

— Ça va, Phil ! dit Mansi sans me regarder. Tu as bien dormi ?
— Ça s’est bien passé avec Brenda ? demande Fran en pouffant dans son oreiller.
Phil ! Elle a dit Phil ! Je bafouille quelque chose comme :
— Pourquoi tu m’appelles comme ça ?
— Phil, c’est pas le diminutif de Philippe ? demande-t-elle, les yeux toujours au plafond.
Je m’approche du lit. Le petit livre ouvert devant Fran, c’est mon passeport.

— Donne-moi ça ! Tu n’as pas le droit…
Je me suis penché en avant vers Fran en essayant d’attraper le petit livre bleu, mais elle a été plus rapide que moi : elle a glissé mon passeport sous son ventre.
— Viens le chercher, dit-elle en affectant un air provocateur.
— Écoute, Fran. Je n’ai pas envie de jouer. C’est mon passeport, c’est important, rends-le-moi !
— Sinon ?

Je ne sais plus quoi faire, alors j’attrape vivement son bras et entreprend de la retourner sur le lit pour dégager le passeport. Fran n’est pas bien lourde et ça ne m’est pas Continuer la lecture de Go West ! (77)

Les Modernes

par Lorenzo dell’Acqua

Les Modernes
Alan Rudolph, 1988

Depuis que je suis allé le voir au cinéma Le Lucernaire, rue Notre Dame des Champs, je ne parviens jamais à me souvenir du nom de ce film d’Alan Rudolph sorti en 1988, Les Modernes. Depuis lors, chaque fois que j’y pense (et vous allez vite comprendre pourquoi j’y pense souvent), c’est Les Professionnels qui me revient systématiquement à l’esprit créant un obstacle supplémentaire pour le retrouver. J’ai beau faire appel à mon savoir de fils de Psychanalyste, je ne trouve aucune explication. De surcroît, j’avais maintes fois écouté la musique de ce film dont le nom était écrit en rouge sur la pochette jaune du CD. Son auteur, le chanteur Charlélie Couture, était le frère de notre compagnon de voyage à Ceylan devenu lui aussi célèbre peu après, Tom Novembre. Je me souviens très bien que nous avions oublié ce disque dans le lecteur de notre voiture situé, je me demande encore pourquoi, dans le coffre arrière, c’est-à-dire en pratique inaccessible. Les noms de ces deux artistes sortis de la nuit des temps me sont revenus, non pas immédiatement, je l’avoue, mais dans les trois minutes qui ont suivi l’évocation de ce disque. C’est bien la preuve que mon oubli sélectif du seul titre du film Les Modernesest très étrange. Continuer la lecture de Les Modernes

Rhapsody in blue

Quand j’ai 39° de fièvre, quand, lassé par l’uniformité des séries télévisées, je navigue, ou plutôt, me laisse glisser sur YouTube et qu’après vingt-huit minutes de chutes d’arbre sur des toits de maisons, d’effondrement de murs en cours de construction, d’invraisemblables accidents de voitures, de phénoménales avalanches, quand je tombe sur une « Rhapsody in blue » donnée en concert par l’orchestre de Lyon avec au piano, une jeune et jolie concertiste enthousiaste, alors j’envoie au diable toutes les videos de mini-catastrophes et de maxi-incidents, et je regarde et j’écoute trois fois de suite cette magnifique séquence musicale.

J’ai toujours aimé Rhapsody in blue, je l’aime encore, et encore plus depuis que le skyline de Manhattan en est devenu l’image associée. 

Je ne connais rien à la musique et encore moins, c’est à dire moins que rien, à la musique sérieuse, la musique classique, la grande musique.  De mauvaises langues pleines d’esprit — les mauvaises langues ne sont supportables que si elles sont pleines d’esprit — diront que Continuer la lecture de Rhapsody in blue

A propos de frontières

par MarieClaire (publié pour la première fois le 22/07/2017)

Je suis un voyageur immobile : les mûrs de mon petit chez-moi sont tapissés d’affiches, je possède une multitude de guides touristiques, des tonnes d’horaires de trains et d’avions, des monceaux de catalogues d’agences de voyages. Et pourtant, je ne bouge pas. Et je n’ai pas de passeport. Ma vie de vieux garçon s’est enroulée sur elle-même, même lieu, même travail et si peu de gens autour.
Mais voilà, un beau jour, quelqu’un est venu violer ma forteresse !
La première fois, elle a frappé trois petits coups discrets, si discrets qu’ils ne m’ont pas vraiment inquiété. J’ai donc ouvert.
Elle était là, blonde, frêle, l’air un peu gêné, je ne devais pas paraître aimable, je n’ai pas l’habitude des visites- surprise.
Elle a dit :

—Excusez-moi, il n’y a plus d’électricité chez moi et je me demandais si tout l’immeuble était en panne. Mais je vois bien que non, vous avez une lampe allumée !

—Ca doit être votre disjoncteur, il a probablement sauté.

Elle ouvrait ses grands yeux bleus, Continuer la lecture de A propos de frontières

Go West (76)

(…) — Tu veux pas te baisser, Brenda, parce que là, tu me caches la télé… Non, dans l’autre sens, Brenda, assied-toi dans l’autre sens, sans ça tu verras pas le film… Pourquoi tu regardes pas le film ?  Tourne-toi, je te dis, tourne-toi…. Qu’est-ce que tu fais, Brenda ? Mais qu’est-ce que tu fais ? Eh ! Mansi ! Qu’est-ce qu’elle fait, Brenda ? Brenda ? Ah bon… Oh ! Brenda…
« C’est marrant, je me sens de mieux en mieux… »
C’est à ce moment que j’ai dû m’évanouir.

Ce qui s’est passé après, pendant que « La Chose » dévastait la station scientifique jusqu’à sa cuisson finale, est resté très vague dans mon souvenir. Le coup des gouttes de mercure qui remontaient au bloc de glace, ça, j’en suis sûr. Mais pour le reste… Je crois bien que je me suis réveillé deux ou trois fois. Je me vois me lever pour aller chercher une bière ou de quoi manger dans le réfrigérateur. A un moment, j’ai dû tomber du canapé pendant que je dormais. J’ai du mal à me relever parce que je m’emberlificote dans mon peignoir. Bob est allongé sur le canapé, étendu sur le dos, les mains derrière la nuque. La tête tournée sur le côté, il regarde vaguement la télévision en fumant une cigarette. La grande bringue est allongée sur lui. Elle semble dormir. Bob me voit contourner le divan et m’adresse un petit signe amical.
— Ça va comme tu veux, man ?
Je veux lui répondre, mais je suis incapable d’émettre le moindre son. Ma langue est collée à mon palais. Alors je fais le geste que j’ai vu faire tant de fois depuis un mois, le signe classique comme quoi tout va bien : le pouce et l’index arrondis pour former la lettre O. Je tourne un peu en rond dans la pièce avant de trouver mes repères. Je finis par arriver devant le réfrigérateur. J’ouvre la lourde porte et reste planté là, les yeux fixés sur la petite lumière qui vient de s’allumer. Pourquoi je suis là à contempler les rayonnages de verre chargés de bouteilles anonymes et de cartons ramollis Continuer la lecture de Go West (76)

LES DISPARUS DE LA RUE DE RENNES (Extrait)

Résumé des chapitres précédents

Après un vote unanime, moins les voix de l’opposition, le Conseil Municipal, Maire en tête, s’est rendu sur place et sous la pluie pour constater les faits de visu. C’est confirmé, il manque tout un bout de la rue de Rennes. C’est bien embêtant.

4- Stratégie municipale

Où l’écologie retrouvera ses limites et la politique, ses habitudes.

Ces choses ayant été accomplies, la Maire se retira dans le véhicule à gyrophare, parce que l’écologie, ça va bien cinq minutes, tandis que son garde du corps restait planté au milieu de la chaussée, triplement embarrassé par un parapluie de golf marqué aux armes de la ville, un vélo batave et un costume sombre complètement fichu.

Sur le chemin du retour, dans le confort de sa voiture de fonction et de son for intérieur, Madame la Maire réfléchissait :

Cette disparition n’était pas une petite affaire et il fallait la prendre très au sérieux : deux ou trois cents mètres de rue manquants, ça faisait quand même désordre, même pour une municipalité de gauche. Il lui fallait établir une stratégie de toute urgence.

Était-il possible de mettre l’affaire sur le dos de quelqu’un d’autre ? Elle pourrait bien sûr parler d’héritage de la mandature précédente, mais ça faisait quand même plus de huit années qu’elle exerçait le pouvoir absolu sur la ville. De plus, dans ce cas, on ne manquerait pas de lui rappeler que, dans l’équipe précédente, elle était première adjointe. Remonter plus loin en arrière, c’est-à-dire à Tiberi ou même jusqu’à Chirac, lui paraissait difficile. Elle demanderait conseil sur ce point à Laurent Joffrin et à Edwy Plenel dès demain, mais elle ne pensait pas vraiment que le barbu bougon de Libération et l’homme au rictus d’acier de Mediapart pourraient la sortir de cette mauvaise passe.

Puisque faire porter le chapeau à quelqu’un d’autre Continuer la lecture de LES DISPARUS DE LA RUE DE RENNES (Extrait)

La Peinture : du Didactisme à l’Esthétisme

par Lorenzo Dell’Acqua

L’œuvre d’art est-elle belle et que signifie-t-elle ?

Je ne suis sensible qu’à sa première fonction qui est de nous montrer la Beauté. Je ne vois aucun intérêt supplémentaire à comprendre le pourquoi de l’œuvre et à découvrir ce qu’elle veut montrer ou démontrer. 

Au début de l’histoire de la Peinture, les fresques des églises étaient des bandes dessinées dont la fonction didactique l’emportait sur la qualité esthétique. La Peinture n’avait pas pour objectif à cette époque d’être belle mais de raconter et d’expliquer l’Histoire Sainte aux illettrés, c’est-à-dire quasiment à tout le monde, ce qui ne l’a pas empêché d’être belle. En même temps que le niveau culturel s’élevait, la Peinture s’est éloignée de ce Didactisme primaire pour se rapprocher de l’Esthétisme tel qu’il est défini dans Le Robert : Attitude artistique qui recherche la beauté formelle.

Les premières œuvres réellement dépourvues de toute fonction interprétative me semblent être celles des Impressionnistes. Le Surréalisme, lui,  représente Continuer la lecture de La Peinture : du Didactisme à l’Esthétisme

Go West ! (75)

(…) et puis cette chaleur humide, cette ambiance confinée, ce vase clos, étanche, presque insonorisé, qui donnait l’impression apaisante et libératrice que rien de l’extérieur ne pouvait vous y atteindre, que rien de ce qui pouvait s’y passer ne pouvait avoir de conséquence ; enfin l’alcool et les mets épicés et la chaleur intérieure qu’ils prodiguaient, dispensatrice de confiance. J’étais différent et, pour le moment au moins, j’étais prêt à tout, ou presque.

Tout le monde faisait face au poste de télévision. Bob et moi nous étions assis d’autorité sur le canapé et les filles s’étaient installées par terre, adossées au siège, Fran entre les jambes de Bob, Mansi entre les miennes et Brenda entre Fran et Mansi.

Sur l’écran gris bleu, confiné dans son local laissé comme il se doit sous la surveillance d’un bidasse somnolent, le bloc de glace dans lequel la « Chose d’un autre monde » était enchâssée fondait goutte après goutte sur fond de musique angoissante. Tout le monde et Brenda se doutaient qu’une fois libérée de sa gangue translucide, la silhouette humanoïde et colossale de la « Chose » allait causer bien des soucis à la petite équipe militaro-scientifique qui l’avait extraite de la banquise. De trois quarts arrière, je regardais la grande bringue. Tendue, légèrement penchée en avant, entièrement immergée dans l’action du film, elle ne cessait de mordre ses ongles artificiels que pour tirer sur son joint ou pour boire une lampée de vodka. De temps en temps, elle émettait une plainte du genre « Aïe, aïe, aïe ! Mais y voit pas que ça fond, l’autre andouille ! ». Alors Bob et moi tentions une plaisanterie, une remarque ironique sur la naïveté du suspense. Fran ne disait rien. La nuque posée sur l’aine de Bob, les yeux au ciel, elle regardait monter vers le plafond les volutes de fumée qu’elle laissait s’échapper de sa bouche. Moi, je commençais à m’habituer à l’âpreté du joint. Après avoir toussé deux ou trois fois en faisant semblant d’avoir avalé ma bière de travers, je m’étais essuyé les yeux, je m’étais enfoncé en peu plus dans le canapé, j’avais posé mes mains autour du cou de Mansi et, de mes deux pouces, j’avais commencé à lui masser la nuque, doucement, presque distraitement, à mille milles marins au nord de sa petite tache de naissance en forme d’Australie. Je me sentais drôlement bien. Continuer la lecture de Go West ! (75)

MON ROMAN (Extrait)

(…)

Chapitre 5 – Critiques de mon roman

Pour mettre de mon côté les critiques en leur mâchant le travail et pour éviter les surprises, j’écrirai moi-même les critiques de mon roman et je les enverrai aux journaux. Voici les premières :

Le Figaro
Entre Soljenitsyne et Roux-Combaluzier , à mi-chemin de Thérèse Raquin et de la Porte d’Orléans, partagé entre « Le Dniepr coule toujours dans le même sens » et « Ascenseur pour l’échafaud » , ce court roman devrait donner satisfaction à tout le monde et déplaire souverainement aux autres.

Télérama
Tous les ingrédients d’un drame désopilant sont réunis dans cette œuvre magistrale que l’on n’attendait plus d’un auteur que sa légèreté et Continuer la lecture de MON ROMAN (Extrait)