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La grande bellezza – Critique aisée n°217

Critique aisée 217

La grande bellezza

Paolo Sorrentino – 2013
Toni Servilio

En ce qui me concerne, ce film, sorti en 2013, était passé complètement inaperçu. Certes, il était revenu bredouille de Cannes et des Césars, mais il avait reçu l’Oscar du meilleur film étranger.  Pourtant, personne ne m’en avait parlé. Incroyable !
Seulement, voilà ! Cinq ou six ans plus tard, des amis Continuer la lecture de La grande bellezza – Critique aisée n°217

Le Cujas (83)

Chapitre 10 – Dashiell Stiller
Dix-septième partie

Raconter au jour le jour les petites aventures des entrainements en Géorgie devenait fastidieux. Quel intérêt cela présentait-il pour lui ? Et quel intérêt cela présenterait-il pour un lecteur ? Un moment, il espéra que le récit du cantonnement en Angleterre puis celui de la Campagne de France deviendrait plus intéressant, ne serait-ce que pour lui-même. Mais aussitôt, une question angoissante vint le tourmenter : qu’écrirait-il quand il en serait à raconter la montée au Nid d’Aigle ? Que dirait-il de ce qui s’était réellement passé ? S’avouerait-il responsable de la mort des deux français ou bien trouverait-il une demi-vérité ambiguë ? Ou même un fieffé mensonge ?

Il n’eut pas à résoudre cette difficile question car il se lassa de l’écriture de son journal bien avant d’en arriver là. Un soir qu’il venait de relire tout ce qu’il avait écrit depuis deux mois, il réalisa subitement la vanité de son projet. Combien de soldats comme lui avaient entrepris d’écrire leur propre journal ? Combien parmi eux pensait en faire quelque chose de passionnant pour le public ? Combien croyaient que la description par le menu de leurs aventures, de leurs peurs, de leurs amitiés, de leur calvaire intéresserait encore les gens une fois la guerre terminée ? Combien ?… Combien sortiraient du lot des écrivains du dimanche ? Comment pourrait-il faire partie de ceux-là ? Les réponses à ces questions étaient évidentes, décourageantes…

Il écrivit de moins en moins et se mit à boire davantage. Il n’allait plus sur Continuer la lecture de Le Cujas (83)

Dernière heure : grève des emails 

Dernière heure : grève des emails 

Le site du Journal des Coutheillas est actuellement  victime d’une nouvelle sorte de grève perlée : les emails qui annoncent chaque matin, et même parfois l’après-midi, ozabonézébaï la parution d’un nouvel article sont émis ou pas avec une fantaisie déconcertante. Il est donc possible que, pour les jours (les mois ?) à venir vous ne receviez que parfois ou pas du tout ces emails que vous espérez.

Notre équipe technique tente de résoudre le problème, sans garantie de résultat pour le moment tant le langage Continuer la lecture de Dernière heure : grève des emails 

Le Cujas (82)

Chapitre 10 – Dashiell Stiller
Seizièmepartie

—Dites… En principe, je pars pour Atlanta demain matin, mais si vous voulez, je dois pouvoir repousser ça d’un jour ou deux. Ça vous dirait de passer un peu de temps à New York avec moi?

— Pourquoi pas ? répondit Lucy d’un air absent que Stiller ne remarqua pas.

— Je pourrais vous faire visiter la ville. Je suis de là-bas, vous savez.

— D’accord, Dashiell, ça sera avec plaisir. Mais là, il faut que je retourne à ma place. On va bientôt se poser. On en reparle quand on sera à LaGuardia.

— Parfait ! A tout à l’heure, Lucy.

*

Le Constellation s’est posé une heure plus tard. Les passagers sont descendus par la porte avant dans le brouhaha des rires et la bousculade des manteaux et des bagages à main. Dashiell a vu disparaître la silhouette de Lucy dans l’embrasure. Puis il s’est levé à son tour pour sortir sur le tarmac. Il a suivi la ligne ondulante des voyageurs jusqu’au contrôle des passeports. Il a patienté dans la file d’attente en se haussant de temps Continuer la lecture de Le Cujas (82)

Le Cujas (81)

Chapitre 10 – Dashiell Stiller
Quinzième partie

Dashiell se redressa sur son siège, cligna trois fois des paupières et regarda la femme qui se penchait sur lui. Elle était jeune et blonde. Ses cheveux courts et raides encadraient un joli visage qui lui souriait, l’air amusé. Elle portait l’uniforme de l’Air Force. Sur son épaule, on pouvait voir son grade de Sergent Technique et, sur sa pochette de poitrine, son nom, Powers. Il avait mal à la tête, mal au cœur ; il se sentait misérable.

— Qu’est-ce que vous voulez, Powers ?

— Mais rien, Lieutenant, rien du tout. Je voulais juste éviter que vous ne sautiez au plafond à la prochaine turbulence… Vous savez, je vous ai vu tout à l’heure à Shannon… vous n’aviez pas l’air dans votre assiette, alors je voulais savoir si vous alliez bien, si vous n’alliez pas être malade avec toutes ces secousses… c’est tout… tenez, je vous ai apporté un verre d’eau… mais si vous préférez un café, je peux aller…

— Merci, mademoiselle, vous êtes très gentille… Mademoiselle…?

— Lucy

— Écoutez, Lucy… pardonnez-moi si j’ai été désagréable. J’étais tellement loin quand vous m’avez réveillé…

— Je sais, il y a des hommes qui sont comme ça au réveil. Il vaut mieux ne rien leur demander… A propos, vous dormez la bouche ouverte. Continuer la lecture de Le Cujas (81)

Le Cujas (80)

Chapitre 10 – Dashiell Stiller
Quatorzième  partie

—Mais Isabelle, est-ce qu’elle sait tout ça ? Vous me dites qu’elle n’a eu aucune nouvelle de vous depuis des mois, depuis votre lettre d’adieu. Tout ce qu’elle sait c’est que vous l’avez quittée froidement, pour toujours. Vous devriez peut-être lui écrire, lui dire que vous êtes vivant, que vous allez revenir et que vous voulez vivre avec elle…

— Vous avez raison, je vais le faire… bientôt. Mais la guerre n’est pas tout à fait finie…, j’aimerais mieux… vous comprenez… j’aimerais mieux attendre d’être sûr… mais je vais le faire… bientôt…

— Le plus tôt sera le mieux, Antoine. Le plus tôt sera le mieux…

*

La Jeep qui amenait Dashiell de Berchtesgaden l’a déposé sur le tarmac de l’aéroport de Salzbourg et quelques minutes plus tard, le C47 a décollé. Il n’y a que cinq passagers dans l’avion, Dashiell et quatre officiers supérieurs, des colonels. Il les a salués au pied de l’appareil et ils lui ont rendu son salut négligemment, presque amicalement. Apparemment, ils ne connaissent pas la raison de la présence de ce simple lieutenant dans leur avion. Ils se sont installés aux quatre sièges qui se font face autour de la petite table de travail vissée dans le plancher. Avant le décollage, le commandant de bord, un capitaine, a descendu l’allée centrale pour venir les saluer et échanger quelques mots. Il y a eu des rires. Sur une dernière plaisanterie, le capitaine est remonté au poste de pilotage pour lancer les deux moteurs l’un après l’autre. Le bruit a enflé, la carlingue a vibré puis, les freins enfin lâchés, l’appareil s’est lancé sur le tarmac pour Continuer la lecture de Le Cujas (80)

Les retours de Jules César (3)

César est fatigué

César a cinquante-six ans et il est fatigué.

Des années de manœuvres politiques, des années de guerres extérieures suivies d’années de guerre civile, tant de difficultés dressées devant lui depuis si longtemps, tant d’oppositions stériles mues par des intérêts particuliers, tant d’ignorance et d’hypocrisie, tant de bêtise et de mesquinerie, de lâchetés, de trahisons… De tout cela, César est fatigué.

Depuis quelques mois, la nuit, quand ils sont couchés tous les deux côte à côte, Calpurnia ose lui parler. Dans la lueur tremblante de la lampe, elle lui dit doucement qu’il a eu bien assez d’aventures, de blessures, de chevauchées, de femmes, qu’il est maintenant couvert d’argent, de puissance et de gloire. Elle lui dit qu’il serait temps qu’il s’arrête, que sa chance va tourner, que les augures qu’elle consulte chaque jour sont mauvais. Elle lui dit qu’elle aimerait qu’ils se retirent tous les deux dans la propriété qu’elle a hérité de son père, là-bas derrière les montagnes. Dans son souvenir d’enfant, le domaine était Continuer la lecture de Les retours de Jules César (3)

Le Cujas (79)

Chapitre 10 – Dashiell Stiller
Treizième  partie

J’ai encore tenu le coup pendant un an, et puis j’en ai eu assez de la comédie que je devais jouer tous les jours devant les copains. J’ai téléphoné à mon père pour lui dire que je rentrais à New-York et j’ai quitté Pittsburgh sans rien dire à personne.

J’ai été embauché au siège, sous mon vrai nom cette fois-ci, au service comptable. On m’y a accueilli avec empressement. Tout le monde savait très bien qui j’étais et que je n’y resterais pas longtemps. Je suis passé à la Direction financière six mois plus tard et, le 1er décembre 41, une semaine avant Pearl Harbor, j’ai été nommé Directeur Fiscal et Financier. Brillante carrière, n’est-ce pas, Antoine ?

— Effectivement, Dashiell, mais ne soyez pas amer. Vous aviez les diplômes pour ça, non ? Et puis, je suis sûr qu’on ne vous aurait pas donné ce poste si vous n’aviez pas été capable de le tenir.

— Peut-être… ça m’est difficile de juger. D’ailleurs, on ne le saura jamais, parce qu’en août, je me suis engagé dans l’infanterie parachutée. La suite, vous la connaissez…

Antoine craignant que Dashiell ne s’arrête là, il voulut le relancer dans une nouvelle direction.

— Vous m’avez dit hier soir que vous ne saviez pas ce que vous alliez faire après la guerre. Vous n’allez pas retourner dans votre beau bureau de Directeur Fiscal et Financier ? Ça m’a impressionné, ça, vous savez…

— Je ne crois pas, Antoine… je ne crois pas. L’idée de reprendre ce boulot m’effraie. C’est un boulot intéressant, c’est certain, mais c’est froid, sans risque, tout tracé, trop payé… après tout ce que j’ai vu, la souffrance, la mort, la lâcheté, le courage, l’amitié, la camaraderie… passer le reste de mes jours à calculer des rentabilités ou à chercher les meilleurs moyens d’éviter le fisc, ça me parait impossible…

— Écoutez, mon vieux. Je vais vous donner un conseil. Je ne suis surement pas le mieux placé pour ça : je ne vous connais que depuis vingt-quatre heures, je ne sais pas grand-chose de votre pays et rien de votre métier actuel. Mais ce que je sais de façon certaine, c’est qu’après la guerre, la vie ne pourra plus être la même qu’avant. Tout va changer, ici comme en Amérique ! Il y a tellement de gens qui Continuer la lecture de Le Cujas (79)