Archives par mot-clé : Philippe

Carnet d’écriture (20) – Qui est là ?

(…)  je pris l’habitude de lui envoyer une à deux fois par semaine une carte postale, une carte postale de n’importe où, de n’importe quoi, avec juste un petit mot dessus, un petit mot de rien du tout, quelque chose comme « Meilleur souvenir de la Tour Eiffel » écrit au dos d’une vue de Notre-Dame. Je pensais que que ni le message ni la photographie n’étaient importants ; ce qui devait compter c’était de recevoir du courrier : « Nano, encore une carte postale pour vous ». C’est du moins ce que je croyais. J’espère ne pas m’être trompé car combien de vues de l’Arc de Triomphe sous toutes ses coutures, du Sacré-Coeur sous tous les angles, de l’Avenue de l’Opéra à toutes les époques  Nano a-t-elle reçues ? Cette habitude a duré longtemps, deux ans, trois peut-être et puis je n’ai plus envoyé de cartes postales parce que Nano n’’était plus là pour les recevoir. C’est l’une de ces cartes postales qui a déclenché Le Cujas. Un de ces jours, je vous dirai comment et pourquoi.

Cette carte postale, c’est celle-ci :

Je la rencontrai à l’étal d’un marchand de souvenirs de la rue Soufflot. Au milieu des bérets basques multicolores, des Tour-Eiffel-Porte-clés et des parapluies d’urgence, au même prix que les chromos  de  l’Arc de Triomphe et de la Place du Tertre — trois cartes pour 1 euro — elle dénotait pourtant par la qualité de la photographie et l’originalité de la scène représentée. Au verso, sans fioritures, elle disait son titre : Continuer la lecture de Carnet d’écriture (20) – Qui est là ?

Carnet d’écriture (19) – Une carte pour Nano

Vous vous souvenez certainemlent de cet interview de l’écrivain Pierre-André Mariotte par Berthe Granval. A sa question « Alors, dites-nous, cher Pierre-André Mariotte, pourquoi écrivez-vous ? », il avait répondu : « Pourquoi écrit-on ? Pourquoi un être censé se met-il à écrire ? Pourquoi se met-il à travailler comme un bénédictin, à raturer, à modifier, à biffer, à reprendre, à lire et à relire, à déchirer, à vérifier, à recoller ? Pourquoi se soumet-il volontairement à ces périodes de doute, de résignation, de désespoir même ? Pourquoi supporte-t-il d’en perdre l’appétit ? Pourquoi accepte-t-il de se remettre à fumer, à boire, ou pire ? Pourquoi ? »

Cette façon de répondre à une question par une rafale d’autres questions n’était pas qu’une habileté de plus d’un habitué des plateaux de télévision. Elle permettait à l’écrivain de passer ensuite en revue les diverses motivations qui peuvent habiter ses semblables et d’indiquer quelles étaient les siennes. Si vous voulez savoir tout ça, il vous faudra relire l’article « Une émission de Berthe Granval » publié le 30/11/2016.

Mais une autre question se pose, plus triviale : à partir du moment où l’envie ou le besoin d’écrire sont là, qu’est-ce qui peut bien déclencher l’écriture de tel texte plutôt que tel autre ? Pour les vrais écrivains, Continuer la lecture de Carnet d’écriture (19) – Une carte pour Nano

Ah ! les belles boutiques (54)

Rue Gay-Lussac, il n’y a plus de Point du Jour

Quand je me suis installé dans ce quartier en 1993, il était déjà là. Il était probablement là avant et, au cours de mon enfance du Boulevard de Port-Royal puis de mes années d’étudiant pre-soixante-huitard, j’avais dû passer devant des dizaines de fois sans le remarquer, y compris un soir de mai 68 dans le brouillard des lacrymogènes. Et hier, de lui, il ne restait Continuer la lecture de Ah ! les belles boutiques (54)

Carnet d’écriture (18) – Le puits d’Ernest

« (…) Ensuite, avec tout ce verbiage, on ne voit pas très bien où vous voulez en venir. Un peu de concision aurait fait gagner du temps à tout le monde sans rien enlever à la transmission au lecteur de ce plaisir anticipé du chasseur. « Il s’écoute parler » est une locution utilisée pour définir un certain type de discours. « Il se regarde écrire » pourrait être son pendant pour l’écriture, et nous avons bien l’impression que c’est ce que vous faites.»
Patience ! Vous allez comprendre. 

Le puits d’Ernest

Il y a bien longtemps que j’ai abandonné la chasse. Cela s’est produit au moment où j’ai pris un chien, Ena. Les coups de feu lui faisaient peur. Pour un Labrador, c’est gênant. Pour son propriétaire, c’est ridicule. Alors, j’ai abandonné la chasse et ses préparatifs. 

Mais bientôt, le besoin d’écriture est venu, l’écriture a suivi et les habitudes se sont empilées : départ le matin, mini iPad en poche vers le café du moment. (En ce moment : Le Comptoir du Panthéon, Le Petit Suisse ou Le Luco.) Commande passée, toujours la même, déploiement de quelques activités procrastinatoires : nettoyage de l’iPhone des nouvelles de la nuit, consultation de l’agenda, de la météo, consultation des ventes, déploiement de l’iPad, recherche et relecture de ce qui a été écrit hier, relecture de ce qui a été écrit hier, relecture de ce… Pour moi, cette relecture répétée s’apparente, en moins fatigant, aux tentatives de démarrages d’une tondeuse à gazon à moteur thermique : il faut bien tirer quatre ou cinq fois sur la corde avant que la machine ne consente à démarrer. Pour l’écriture, c’est pareil.
Quand la serveuse arrive Continuer la lecture de Carnet d’écriture (18) – Le puits d’Ernest

Remerciements 

Go West ! vient de sortir chez Amazon. Ce huitième livre est à la fois un récit d’aventures, une histoire d’amours et un roman d’apprentissage. Malgré la part de fiction qu’il contient, c’est sans aucun doute le plus personnel et le plus intime mes écrits. C’est aussi le plus chaud. 

Cette première édition de Go West ! ne comporte pas de page réservée aux remerciements traditionnels : « à mon épouse, sans qui etc…» ou bien « à Jeff Bezos, créateur d’Amazon, qui a évité à Gallimard d’avoir à me publier » ou encore « à Charles Dickens pour ses précieux conseils ». C’est un oubli de ma part et je vais le réparer dès à présent. Donc, merci…

  • à Patrick B., AKA Paddy, pour avoir accepté de figurer sur la couverture et m’en avoir procuré la photographie 
  • à J.L.B., alias JP, pour en avoir été le probable photographe
  • à Hervé M. perdu de vue depuis soixante  ans, pour m’avoir entraîné dans cette aventure
  • à Bill B. pour sa sérénité, sa générosité et son hospitalité sans défaut. 
  • aux Flying Tiger Lines pour m’avoir transporté aux Amériques et retour sain et sauf malgré un déplorable indice de sureté
  • à Cal, Tom, Ron, Julius et les autres, ces automobilistes et ces routiers qui, pour quelques heures ou quelques jours, m’ont offert hospitalité, sandwiches, cokes et plus si affinités 
  • à Carol, Tavia, Joy, Mansi et Patricia sans oublier Ms Sherman-Vance ni la cinglée du motel, ces américaines qui m’ont fait Continuer la lecture de Remerciements 

Carnet d’écriture (17) – Les outils et les lieux

Pour bien pratiquer leurs activités préférées, les hommes (et les femmes aussi, bien sûr, les femmes aussi) ont tous leurs petites manies. Ils peuvent avoir besoin de préliminaires, d’accessoires, de musique, de silence, de parfum, d’alcool ou peut-être d’un tas d’autres choses qui n’a de limite, le tas, que leur imagination. Et encore, je ne parle pas de la pratique de l’activité sexuelle. 

Prenez la chasse par exemple. Je me souviens de mon père, grand chasseur devant l’éternel, avec qui j’ai beaucoup chassé et qui a chassé sans moi bien davantage. A part quelques « chasses du mercredi », chasses de privilégiés, chasses bénies, chasses trop rares, la chasse, pour lui, c’était surtout le dimanche. Elle se tenait au sud de la Loire et, selon les époques, pas loin de Sully sur Loire ou d’Orléans. Comme elle débutait à 9 heures précises, il aurait suffi de quitter Paris avant 7 heures du matin pour être largement dans les temps. Mais le fait de coucher sur place la veille au soir permettait Continuer la lecture de Carnet d’écriture (17) – Les outils et les lieux

Coucher de soleil

Il y a quelques semaines, en panne d’écriture depuis des mois et fatigué de corriger sans cesse les épreuves de Go West ! — qui, je le rappelle, est désormais disponible sur Amazon — j’ai éprouvé soudain le besoin de me remettre à lire — je veux dire lire autre chose que de moi. Bien sûr ces derniers temps, on m’avait offert des tas de livres. «Tiens, me disait-on, toi qui écris, tu dois beaucoup lire, forcément, Ah ! Ah ! Alors voilà un livre ; je ne l’ai pas lu — pas le temps, tu penses bien ! — mais Télérama ( Le Masque, Luchini,  mon beau-frère… ) en dit beaucoup de bien !» Alors j’ai tapé dans l’alignement des succédanés de succès de l’année dernière, des page-tourneurs, des prix qu’on courre, des bêtes c’est l’heure, des prix faits minables et des prix Nobel de vide et ratures qui, comme disait le magot myope de Saint Germain des Prés, se dressaient “tels des menhirs » sur l’étagère la plus basse de ma bibliothèque. 

D’aucun de ces ouvrages, bons à remettre au moins cent fois sur le métier, je n’ai pu dépasser la cinquantième page. 

Et puis, la semaine dernière, alors que je passais, maussade, devant les tréteaux du bouquiniste de la rue Claude Bernard, la couverture jaunie d’un volume de la collection “du monde entier” de la NRF a attiré mon œil avachi. 

Quatre-cents pages exactement d’un Conrad, en bon état, au titre peu connu, en corps 10 et pour 5 Euros, l’affaire était exceptionnelle. J’entrai Continuer la lecture de Coucher de soleil

Aux Ides de Mars

Pendant un temps, un long temps, c’était je crois avant de découvrir Proust et ses recherches, j’étais obsédé par Jules César. Je fréquentais beaucoup ses écrits, ceux de Suétone et de Jerphagnon à son propos. César était pour moi la personnalité des trente derniers siècles, avec Winston Churchill peut-être, mais pas pour les mêmes raisons. Alors, quand je me suis mis à écrire, j’ai beaucoup écrit sur lui, des parodies, des pastiches, des fictions, des utopies…J’étais, et je le suis toujours, très frustré par la disparition précoce de ce monument historique, assassiné qu’il fût aux Ides de Mars (c’est à dire le 15) de l’année 44 avant J-C. par une bande de sénateurs bedonnants poussant devant eux un homme intègre (selon Shakespeare) et manipulé par un Mélanchon antique (je fais exprès d’écrire son nom avec un A ; il parait que ça le rend furieux). Encore aujourd’hui, je me demande souvent comment Rome et, par voie de conséquence, le monde auraient évolué si César avait échappé à son attentat. Le texte qui suit, théâtral à souhait, n’évoque pas ce qu’aurait pu être cette utopie d’un long règne apaisé de Jules César. Au contraire, il veut confirmer que cette tragédie romaine est aussi une tragédie grecque, autrement dit que ce qui est écrit est écrit et que l’homme n’échappe pas plus à son destin que les fleuves ne remontent à leur source.

La scène se passe à Rome, dans l’office d’une villa.
Servilius, esclave du propriétaire des lieux, travaille à la présentation de plats somptueux et abondants. Entre Diodiros, également esclave.

Servilius

-Ah ! Salut, Diodiros, je suis bien content de te voir ! Ce matin, il y a du travail. Tu penses, nous recevons à déjeuner douze personnes, et pas des moindres ! Ils sont déjà là, dans l’atrium. Que des sénateurs !

Diodiros

-Non, Servilius, onze sénateurs et un préteur.

Servilius

-Ah, c’est vrai, j’oubliais que ton Continuer la lecture de Aux Ides de Mars

Les Bidons de l’Art – 9 

Il y a des années, au risque de passer pour un beauf, j’avais entrepris de diffuser une série consacrée aux escroqueries — du moins à ce que je considère comme tel — de l’art contemporain. Je lui avais donné pour titre « Les Bidons de l’Art ».  Je l’avoue, je n’ai pas toujours cherché à comprendre les cartels explicatifs, bien sûr, j’ai fait le beauf et même le plouc, c‘est vrai, j’ai été excessif dans mes critiques et mes moqueries. Mais ce n’est pas moi qui ai commencé. Koons et ses petits chiens gonflables, Klein et ses bleus, Arman et ses empilements, vous ne pensez pas qu’ils ont un peu beaucoup tiré sur la ficelle ? De toute façon, elle n’a pas duré bien longtemps, ma série : huit numéros en deux ans et demi, et plus rien depuis six ans. En fait, il y avait trop de matière, trop de bidons, et je ne savais plus où donner de la tête. Il aurait fallu que je consacre tout le JdC à cette rubrique. Alors je me suis calmé et je suis passé à autre chose. Mais de temps en temps, devant une œuvre d’art contemporain surgit en moi comme une indignation, un besoin de protester, une révolte… et ça donne le 9ème numéro de mes Bidons de l’Art 

Pour aujourd’hui, plus qu’une indignation, ce sera un éclat de rire. Voyez vous-même : Continuer la lecture de Les Bidons de l’Art – 9 

Le Liban ?

Le Liban ? J’ai connu aussi. Bien connu. Mieux que l’Iran en tout cas. 

D’ailleurs, c’était avant l’Iran, en 1969/70, deux ans après la Guerre des six jours, la guerre de Lundi-Jeudi comme disaient les Libanais (Lundi-Mardi, disaient les plus sévères). 

Le Liban était tranquille à l’époque. Il n’était pas entré en guerre au côté des autres, Egypte, Syrie, Irak et Jordanie. Au contraire de ceux-là, il n’avait subi ni dommage ni vexation. La vie battait son plein, le port, le commerce, le casino, les banques… Une seule chose ne marchait pas et c’était le tourisme, le tourisme occidental. Du fait de la guerre, les touristes européens et américains avaient déserté toute la région, y compris le Liban. 

A l’époque, et bien que les recensements y aient été  interdits depuis longtemps, on savait que le Liban comptait trois millions d’habitants, la moitié d’entre eux vivant à Beyrouth et ses Continuer la lecture de Le Liban ?