Archives par mot-clé : Philippe

Le Cujas (62)

Chapitre 9 – Mattias Engen
Neuvième partie

Un jour, il est même monté à l’appartement et il a menacé Antoinette de dénoncer son trafic à la police, tout ça devant les clients en train de diner. Ça ne lui a pas plu du tout à l’Auvergnate. Ça pouvait nuire à son commerce et en plus elle risquait gros s’il la dénonçait vraiment. Elle voulait savoir si je pouvais faire quelque chose ? Ben, évidemment que je pouvais faire quelque chose ! J’ai juste envoyé Sammy demander gentiment à l’artisan d’arrêter ses conneries. Et Sammy, quand il demandait gentiment, c’était ça qui fichait la frousse aux gens. A partir de là, Marteau est resté tranquille dans son atelier, bien content qu’on n’y fiche pas le feu.

Alors, ça vous change la couleur du tableau, pas vrai ?

Vous savez, Dashiell, les gens adorent parler d’eux mais ils ne disent jamais, jamais  la vérité vraie. Ils racontent ce qu’ils ont envie que vous croyiez d’eux. C’est humain, mais faut le savoir. Marteau, il ne tenait pas à ce que vous sachiez qu’il s’était fait virer comme un malpropre du lit d’Antoinette. Il préférait faire le fier, le mystérieux, le genre « ça me regarde », l’homme d’honneur plutôt que le cocu prêt à aller se plaindre à la police. Pareil pour Antoinette : elle vous a joué les veuves méritantes alors qu’elle s’envoyait en l’air avec Continuer la lecture de Le Cujas (62)

Le Cujas (61)

Chapitre 9 – Mattias Engen
Huitième partie

Monsieur Stiller, je voulais vous dire : faut pas m’en vouloir pour tout à l’heure. Quelquefois, c’est ma façon de parler, vous savez, ma façon d’avant. J’ai du mal à m’en débarrasser et de temps en temps, ça remonte à la surface. Il y a même des fois où ça m’a fait du tort dans mes affaires. Bon, parfois, je suis un peu brusque, mais au fond, je suis un bon type. Je ne demande qu’à m’entendre avec vous. Vous savez ? Même que je pourrais mettre un peu d’argent dans votre bouquin ! Pourquoi pas ? Je veux dire, si c’est bien un bouquin que vous écrivez. Ça pourrait même être une bonne affaire, l’édition, on ne sait jamais. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Oui, pourquoi pas ? Et puis de toute façon, vous aurez besoin d’aide pour l’édition française. J’ai de très bons amis dans ce monde-là, vous savez. Je pourrais vous donner un sérieux coup de pouce. Pensez-y quand vous en serez là. Je suis sûr que votre roman, là, il fera un tabac. En tout cas, moi, ça me plairait bien de lire un roman avec des gens que je connais dedans.

Mais bien sûr que je vais vous les rendre vos notes, sans ça, comment vous pourriez l’écrire, votre bouquin. A propos, dites, c’est pas vraiment Continuer la lecture de Le Cujas (61)

Le Cujas (60)

Chapitre 9 – Mattias Engen
Septième partie

C’est beau, non ? Il n’y a jamais personne, ici. Ça tourne pratiquement sans surveillance. Je me suis fait faire une clé. J’y viens de temps en temps pour me changer les idées. Je reste là à réfléchir. Cette impression de puissance que dégagent ces roues qui tournent sans arrêt, jour et nuit, toute l’année, moi, ça me fascine. Et vous, Monsieur Stiller, qu’est-ce que ça vous fait ?

Bon, dites-moi, vous avez réfléchi depuis tout à l’heure ? Vous voulez bien me les prêter, vos notes ? Parce que moi, hein, je vous l’ai quand même passé, le Journal de Sammy. Je suis même prêt à vous en laisser une copie. Et puis, je sais pas si ça vous a intéressé, mais je vous ai aussi pas mal raconté ma vie, quand même. Alors, ça serait chic de votre part de me laisser lire ce que vous avez écrit, non ? D’accord ?

Ah, bravo Stiller ! Vous avez fait la bonne réponse. J’aime mieux ça. C’est le genre de truc qui permet de se sentir en confiance, pas vrai ?  Mais, ça sera pas la peine de me les prêter, vos petits papiers. Je les ai déjà, je les ai depuis hier soir.

Vous ne souvenez pas ? Quand on est arrivé ici, j’ai passé un coup de fil. C’était pour dire à un de mes bonshommes que la voie était libre et qu’il pouvait aller fouiller tranquillement votre chambre d’hôtel pour me trouver vos notes. C’est ce qu’il a fait. Il a bien failli ne pas Continuer la lecture de Le Cujas (60)

Le Cujas (59)

Chapitre 9 – Mattias Engen
Sixième partie

Bon, c’est pas tout, mais vous devez avoir faim, non ? On fera pas le tour du parc, alors ! De toute façon, avec cette neige… Tenez, en passant, jetez quand même un œil sur le jardin de derrière : c’est joli, cette pelouse couverte de neige, vous ne trouvez pas ?  Là, c’est le trou que je fais faire pour la piscine, et derrière là-bas, ce sera le tennis. Tout ça devrait être fini avant le printemps, mais avec les ouvriers, vous savez, on n’est jamais sûr… Bon, allez, à table.

*

Vous aimez les vins français, Monsieur Stiller ? Il parait que c’est ce qu’on fait de mieux. Celui-ci, c’est un Saint-Estèphe 1939. On dit que c’est une très bonne année. Moi, je n’en sais rien, je n’aime pas le vin. Je préfère la bière et les alcools forts, le cognac, le scotch et l’aquavit par exemple. Mais j’ai une cave remplie de grands crus pour les invités. Alors, comment vous le trouvez ?

Ah oui, c’est vrai ! On en était resté à Copenhague au début de la guerre, en août 14. Pour nous, pendant quatre ans, ça a été une sacrée époque. Presque toute l’Europe était en guerre sauf le Nord : la Suède, la Norvège, le Danemark et même les Pays-Bas étaient neutres. Alors, vous pensez si le commerce marchait bien, et quand Continuer la lecture de Le Cujas (59)

Un bien triste anniversaire

J’en suis malade, parfaitement malade, comme quand ma mère sortait le soir…
J’en suis malade… malade d’avoir raté d’un jour l’anniversaire de la mort de Shakespeare. 
Chaque année, ça me fiche un coup de constater ainsi comme le temps passe vite : 405 ans  déjà !

Pour la peine, je pourrais bien vous re-publier un de ces jours la célèbre série « Les nouvelles aventures de William Shakespeare. »
Mais avant, laissez-moi Continuer la lecture de Un bien triste anniversaire

Le Cujas (58)

Chapitre 9 – Mattias Engen
Cinquième partie

Pourquoi, vous n’êtes pas bien ici, Monsieur Stiller ? Bon, écoutez, voilà ce que je vous propose : je vous confie une copie du journal de Sammy, vous lisez ça tranquillement demain matin et on en parle quand je reviens. Ne vous en faites pas, je serai là pour l’apéritif. Ça marche ? Allez, ne faites pas cette tête ! Je vais vous montrer votre chambre. Sølvi a dû y mettre tout ce qu’il faut, rasoir, pyjama, dentifrice, tout ce qu’il faut. Vous voulez votre petit déjeuner à quelle heure ? Oh, et puis, vous n’aurez qu’à sonner.
Entrez ! Elle vous plait, la chambre ? Pas mal, hein ! Allez ! Bonne nuit, kamrat ! A demain.

*

Ah, bonjour, Stiller ! Bien dormi ? Alors, vous l’avez lu, ce journal ? Incroyable, non ?  Vous vous rendez compte d’à travers quoi il est passé, le petit Sam ? Il a survécu un an à Treblinka, il a traversé à pied la moitié de la Pologne occupée, il a vécu neuf mois planqué comme un rat dans une cave, il a failli se faire fusiller par les Russes, il s’est fait enrôler de force dans l’Armée Rouge, il s’est battu contre les Boches en Crimée, et puis les Russes l’ont refichu dans un camp et puis quasiment comme esclave dans une mine de charbon pendant deux ans !

Ça, il ne l’a pas écrit, mais je vous le raconterai plus tard. Pour le moment, j’aimerais qu’on parle de ce Continuer la lecture de Le Cujas (58)

Un cœur en hiver – Critique aisée n°213

Critique aisée n°213

Un cœur en hiver
Claude Sautet – 1992
Emmanuelle Béart, Daniel Auteuil, André Dussolier

Il y a quelques temps, je vous avais donné mes impressions de César et Rosalie. Aujourd’hui, je voudrais vous parler un peu d’Un cœur en hiver et tout d’abord souligner les points communs et les différences qui me sont apparus entre ces deux films.

Les points communs
Premièrement, ils sont tous les deux de Claude Sautet. Deuxièmement, je les avais vus tous les deux à leur sortie. Troisièmement, je les ai tous les deux revus très récemment sur Netflix.

Les différences
Tout d’abord, ils sont sortis en salle à vingt ans de distance. Ensuite, on ne retrouve dans Un cœur… aucun des acteurs de César…. Enfin, les caractères des personnages, leurs professions, leurs milieux culturels sont différents. Dans Un cœur… , plus de capitaine d’industrie un peu ordinaire, plus de femme hésitante, plus de groupes de copains au Continuer la lecture de Un cœur en hiver – Critique aisée n°213

Le Cujas (57)

Chapitre 9 – Mattias Engen
Quatrième partie

Vous savez, Stiller, depuis, j’ai pas mal réussi, j’ai gagné beaucoup d’argent, je peux avoir tout ce que je veux, des maisons, des voitures, des tas de femmes plus belles que Maja, mais je vais vous dire, kamrat, je crois bien qu’Oslo, ça a été la plus belle période de ma vie…
Qu’est-ce que vous diriez d’un bon vieux scotch maintenant ? Ça fera passer la langouste, vous verrez…

 

Après ? Eh ben après, les choses ont commencé à mal tourner…

Un soir, Maja m’a dit tout d’un trait qu’elle avait rencontré un homme et qu’il l’emmenait au Danemark, qu’il était veuf et qu’il avait quarante ans. Il avait un hôtel à Copenhague et il lui demandait de faire sa vie avec lui. Elle avait vécu trois belles années avec moi, mais il était temps qu’elle pense à son avenir parce que je n’étais quand même qu’un gosse. Moi, je tombais des nues, je pleurais que c’était pas possible, je criais que c’était une salope, je hurlais que j’allais les tuer tous les deux. Et puis je me Continuer la lecture de Le Cujas (57)