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Babylon – Critique aisée n°251

temps de lecture : 5 minutes 

Critique aisée n°251

Babylon
Damien Chazelle – 2023 – 188 minutes
Brad Pitt, Margot Robbie

De retour au Pathé Montparnasse dans l’une de ces nouvelles salles équipées de fauteuils de classe “Affaire” dont je vous ai déjà parlé à l’occasion d’Avatar 2… Même salle, plus petite, certes, mais équipée de la même manière, mêmes fauteuils, même écran, même son… le confort.

A côté de moi viennent s’asseoir les “Trois grasses” de Botero qui, une fois débarrassées des pelures d’oignon qui les recouvrent — il fait froid dehors — ont à peine maigri et qui s’empressent de sortir de leurs sacs des sandwiches préparés avec amour à la maison et de mordre dedans avec allégresse, ceci sans jeu de mot désobligeant de ma part. Je remarque que, comme dans les wagons de troisième classe de mon enfance, la plupart des spectateurs arrivent dans la salle avec de quoi manger et de quoi boire. C’est tout juste s’il n’apportent pas aussi oreillers et couvertures, comme ceux que l’on louait sur les quais le long de ces mêmes wagons quand ils étaient de nuit.  De mes voisines, je crains le pire, le bruit des papiers, celui de la mastication, les commentaires sur la qualité du pâté, l’odeur… mais non. La publicité et les annonces des films à venir sont assez longues pour leur permettre de terminer leur amuse-bouche avant le début du film. Tout va donc pour le mieux.

Damien Chazelle… 38 ans, américano-français, Harvard, Oscar à 31 ans pour La la land.

En ce qui concerne ses antécédents, pour moi, il y a du bon (Whiplash – 2014) et du presque mauvais (La la land – 2016). Si vous voulez savoir pourquoi, reportez vous à mes critiques aisées correspondantes https://www.leblogdescoutheillas.com/?p=2999  et https://www.leblogdescoutheillas.com/?p=8132 .

Si non, sachez seulement que ce que j’avais vu de lui m’avait fait comprendre qu’il avait un talent certain pour mettre en rythme et en image la musique de jazz, un goût très prononcé, sinon un talent, pour la comédie musicale, et une grande admiration pour des films essentiels dans ce domaine, par exemple et surtout “Chantons sous la pluie” et “New York, New York »? C’est tout à son honneur.

Et maintenant, après tous ces préliminaires dont je ne suis que trop coutumier, le film, Babylon.

Le thème est strictement le même que celui de “Chantons sous la pluie“: Hollywood 1927, l’industrie du cinéma vit encore son âge d’or mais aussi sa plus grande crise existentielle depuis sa naissance : la naissance du cinéma parlant. Avant “Le Chanteur de Jazz“, Le petit monde d’Hollywood croule sous l’argent, l’alcool, la drogue, le sexe, pour ceux qui sont à l’intérieur, et sous l’alcool, la drogue, le sexe et la volonté de réussir pour ceux qui rêvent d’y entrer.

Après “Le Chanteur de Jazz”, les élus du Paradis du cinéma, producteurs, comédiens, techniciens, se demandent comment ils vont bien pouvoir survivre à ce tsunami qu’est pour eux l’arrivée du parlant : n’est-ce qu’une vague passagère ou un changement profond et définitif de nature ?
Faut-il se laisser flotter en attendant que ça passe ou bien faut-il tenter de s’adapter ? Nous savons, nous, aujourd’hui, que dès la sortie du Chanteur de Jazz, le muet était condamné, comme les diligences à l’apparition du Chemin de fer et l’éclairage au gaz avec l’invention de l’ampoule électrique, et vous faites les malins là… Mais pouvez-vous dire sincèrement quel aurait été votre choix à vous à ce moment-là ?

Certains feront le bon, d’autres non.

Doncques… le même thème que “Chantons sous la pluie »…

Mais si Babylon est bourré de références admiratives à ce chef d’œuvre de la comédie musicale, le point de vue n’est pas le même. Rien que le choix du titre le révèle. Pour beaucoup, dont moi, le mot Babylon évoque la décadence, la fornication forcenée, les plaisirs déplacés, l’indifférence aux autres, en bref et bibliquement, le péché. Et pour Chazelle aussi sans doute, car c’est bien sur une scène babylonienne que s’ouvre le spectacle. Une longue scène d’orgie, une débauche de couleurs, un pullulement de corps de femmes, de bustes d’éphèbes et de ventres de gros lards, une jungle de plantes, des averses de champagne, des tempêtes de cocaïne, superbement, richement filmée, parfaitement maitrisée… une longue, longue, longue scène… longue au point d’en devenir ennuyeuse. Et l’on trouve là, dès les premières vingt minutes, peut-être trente, une indication de la construction du film et surtout de ses qualités et de ses défauts.

Parmi ses qualités, il y a cette maitrise des grandes scènes d’action, la scène orgiaque d’ouverture, et celles de tournage du péplum muet dont Brad Pitt est la star. Il y a aussi un humour permanent comme dans cette scène de tournage à grand spectacle muet avec une star ivre morte, toutes les scènes de tournage des premiers films parlant (mais peut-être un peu trop proches de celles de Chantons sous la pluie). Il y a une formidable direction d’acteur ou plutôt, en l’occurrence, d’actrice, d’une actrice, Margot Robbie, absolument explosive dans le rôle d’une jeune femme prête à tout pour devenir elle-même une star. Brad Pitt, que je n’ai jamais considéré vraiment comme un bon acteur (sauf dans Il était une fois Hollywood), n’est ni très bon ni mauvais. Il est là, star jouant une star. Les autres comédiens aussi font très bien ce qu’on leur demande, c’est-à-dire, parfois, trop. Le voilà, le défaut du film ; il se peut de définir par un seul mot : trop. Chaque scène est réussie, mais trop allongée, souvent au-delà du supportable. Les scènes de débauche ou de violence sont bonnes, mais à force d’être complaisamment longues, elles en deviennent complaisamment violentes et vulgaires. D’où, pour le spectateur, une certaine fatigue, parfois mêlée d’écœurement.

Mais il y a une chose qui sauve le film, qui le maintient d’un bout à l’autre, c’est le respect de Chazelle et son amour évident et, finalement, son optimisme pour le cinéma hollywoodien. Quand après avoir exposé toute cette noirceur, cette pourriture, cette violence, après avoir tué, détruit ou déboussolé ses principaux personnages, Chazelle nous montre pour terminer son film une dernière et longue séquence — et cette fois on ne regrettera pas sa durée — dans laquelle une salle comble de cinéma regarde, éblouie, charmée, ravie une scène de Chantons sous la pluie, on lui pardonnerait presque ses  excès.

Trop long, trop excessif, moins bon que Whiplash, meilleur que La la land, on peut quand même voir Babylon.

Bientôt publié
31 Jan, 16:47 Rendez-vous à cinq heures avec le temps retrouvé
1 Fév, 07:47 TABLEAU 429
1 Fév, 16:47 Rendez-vous à cinq heures à nouveau dans le tunnel

 

Ciné-rébus (1)

Tirées comme d’habitude sans autorisation mais à titre de publicité gratuite pour petit bouquin sympathique, voici 6 dessins qui devraient vous faire deviner le titre d’un film.

Si vous le trouvez, n’hésitez pas à le faire savoir dans un commentaire auquel, si vous en êtes capable, vous pourrez ajouter le nom du réalisateur, celui des acteurs principaux, et même un petit souvenir personnel à son propos. 

Si vous ne le trouvez pas, la réponse vous sera donnée demain dans notre édition de l’après-midi.  Continuer la lecture de Ciné-rébus (1)

Je hais le théâtre !

temps de lecture : 4 minutes

Je hais le théâtre !
ou
Elvire Jouvet 40

Combien de fois ai-je dit que je n’aimais pas le théâtre ?
Des centaines….
Il m’est arrivé même de le crier en traversant le foyer pour en sortir.

Combien de fois l’ai-je écrit ?
Presque autant de fois…

Combien de fois l’avez-vous lu dans le Journal des Coutheillas ?
Je l’ignore, mais si vous en êtes un lecteur, même occasionnel, ma détestation proclamée du théâtre n’a pas pu vous échapper.

Combien de fois n’ai-je pas protesté contre la facilité, l’indigence d’une pièce à succès ou la creuse prétention d’une pièce d’avant-garde, contre les marmonnements et les chuchotis de certains comédiens inarticulés — Atricule, mon vieux ! Atricule ! disait Jouvet. Les gens sont venus pour t’entendre ! Alors, atricule ! —  contre les mises en scène qui cachent une partie du jeu pour une partie des spectateurs, contre l’incompréhensible et incommensurable inconfort des sièges, incompatibles avec l’incompressible morphologie du terrien moyen de ce début de siècle ? Combien Continuer la lecture de Je hais le théâtre !