Archives de catégorie : Critiques

Mais que faut-il lire en cette rentrée ? (3)

Ce qu’il faut lire ? Mais je vais vous le dire, moi… quoique ce ne soit pas toujours facile quand il faut faire une sélection, car on ne peut pas tout lire, pas vrai ? Que lire, donc ? Du Coutheillas, bien sûr, oui, mais lequel ? 

— le Coutheillas de « Bonjour, Philippines!« , l’explorateur de civilisations aussi lointaines qu’antiques, le fin observateur de coutumes étranges, ancestrales et barbares, l’envoyé spécial sur le terrain des révoltes de clocher et des révolutions de palais ? 

— le Coutheillas d’ »Histoire de Noël« , le passeur de contes fantastiques ou terrifiants, ou les deux à la fois, le chroniqueur des campagnes glauques et des tours jumelles, l’arpenteur des chemins creux qui ne vont nulle part et des tunnels routiers qui vont vers la liberté, le conteur des cantous enfumés et des palais byzantins, l’exorciste de permanence, le témoin de la fin du monde ? 

— le Coutheillas boulevardier, celui de « La Mitro » avec ses trépidantes histoires de cocus, ses portes qui claquent et ses situations explosives, ses trafics de sucre en poudre, ses flics dépassés et ses jours pas faits comme les autres ? 

— le Coutheillas journaliste enquêteur des « Disparus de la Rue de Rennes« , le whistle blower des scandales municipaux, le Savonarole des Continuer la lecture de Mais que faut-il lire en cette rentrée ? (3) →

Y a plus grave  

Y a plus grave !
Quelle affirmation stupide !

Vous avez remarqué ? Quand vous vous plaignez de quelque chose, il y a presque toujours quelqu’un pour vous dire « Y a plus grave », surtout si la chose dont vous venez de vous plaindre ne le concerne pas :

  • J’ai attrapé une contravention sur une place livraison. Je n’étais pas là depuis deux minutes, et paf !, une contravention ! Deux minutes ! Tu te rends compte  ? C’est scandaleux ! 
  • Ouais ! Bon ! Y a plus grave…
  • Mon TGV a eu plus de vingt minutes de retard à l’arrivée à Marseille. Ils se moquent du monde, quand même ! Je vais faire une réclamation ! 
  • Bof ! Y a plus grave, non ? 
  • Z’ont fermé le bureau de poste qu’était au coin de la rue. Maintenant, faut que j’aille jusqu’à la Place Roger Ratinet pour poster mes lettres ! Sont vraiment gonflés, non ?
  • Fais pas ch… ! Y a plus grave quand même !

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Le Masque, c’est fini

Je ne dirai pas que Le Masque et la Plume a formé mon goût du cinéma. ( À propos, faut-il écrire « a formé » ou « ont formé » ? On s’en fout ? Ah bon ! ) Je ne le dirai pas car ce goût était né dès ma douzième ou treizième année. Le Masque, car c’est comme cela que je vais le désigner dans la suite pour nous gagner du temps à tous, Le Masque, donc, a été créé en 1955, mais je ne l’ai découvert qu’un ou deux ans plus tard. J’ai déjà raconté, je crois, les circonstances dans lesquelles je l’écoutais à ses débuts. Je dis « je crois », mais je suis loin d’en être certain, ma mémoire me faisant défaut de plus en plus comme j’ai eu l’occasion de vous le dire, et cela plusieurs fois, j’en suis sûr. Mais si je dis « je crois », c’est aussi pour m’excuser par avance Continuer la lecture de Le Masque, c’est fini →

Vive les vacances…

C’est l’autre jour à Champ de Faye que j’ai revu « Les Vacances de Monsieur Hulot ». Dehors, il faisait bien 38°, mais grâce à une savante stratégie de gestion des volets soigneusement préparée à l’avance, nous avions réussi à maintenir au salon l’incroyable température de 21°. Vautré sur le canapé, vêtu d’un short, de chaussettes de tennis et, pour lutter à armes égales contre le froid émanant du sol, d’un très joli cardigan, je surfais sur la télévision, zappant de documentaire écolo sur la pêche en eaux troubles en aventures de super-héros MAGA, de tournoi de paddle (y a-t-il plus ennuyeux que ces parties de ping-pong où les joueurs jouent sur la table ? ) en débat sur les dangers des crèmes solaires, lorsque sur un écran subliminal, une étrange mais célèbre silhouette est apparue, figeant d’un coup mon index sur la télécommande. Je reconnus aussitôt les premières images des Vacances de Monsieur Hulot et ne bougeai plus pour les 80 minutes suivantes. Littéralement, j’éclatai de rire au moins quatre fois, et ça, c’est pas tous les jours ! Alors voici à nouveau ma critique de ce film qui aura bientôt trois quarts de siècle.

Critique aisée n°252

Les vacances de Monsieur Hulot
Jacques Tati – 1953

C’est notre mini débat autour de ma photo du Bar L’Océan du Guilvinec, publiée le 27 novembre dernier, qui m’a remis en mémoire Les Vacances de Monsieur Hulot. La première fois que j’ai vu ce film, je devais avoir 11 ou 12 ans, et la dernière, c’était il y a quatre ans, et s’il devait repasser demain à la télévision, je le reverrais à coup sûr.

L’œuvre cinématographique de Jacques Tati est peu abondante, six longs métrages en tout et pour tout, dont je n’ai manqué que le dernier, Parade.
Pourquoi si peu de films en 35 ans de carrière ? Je ne suis ni historien Continuer la lecture de Vive les vacances… →

Les Saisons

C’est sans aucun doute le livre qui m’a le plus bousculé depuis une dizaine d’années. Je considère comme un devoir de publier à nouveau la critique que j’en avais faite car, par ces temps de canicule, sa lecture est recommandée. 

Critique aisée n°166

Les Saisons
Maurice Pons – 1965
Christian Bourgois – 214 pages
 

Il faut avouer que j’ai bien failli abandonner. J’ai tellement patiné dans la gadoue froide et visqueuse des vingt premières pages, je me suis tellement senti mal à l’aise à entrer dans ce village en ruine sous cette pluie désespérante, j’ai tellement été rebuté par les premières rencontres avec ses habitants que j’ai bien failli abandonner et ranger le bouquin avec son billet de train composté coincé entre les pages vingt et vingt et un — car on ne sait jamais…

Il n’y avait pas que le climat de ce bled pourri qu’on me décrivait qui me dissuadait d’avancer, pas que la peinture à la Bidochon des premiers exemplaires de sa population qui me prenait à rebrousse-poil, et pas que la noirceur cauchemardesque de l’atmosphère qui me faisait craindre le pire. Ce qui me freinait le plus, c’était la richesse et la désuétude du vocabulaire qui m’annonçaient une indigestion rapide.

Cette phrase faillit bien emporter ma décision :

« (…) assise à califourchon sur les genoux de l’un des douaniers, — le douanier en second à ce qui devait apparaître bientôt — qui la maintenait contre lui en lui plaquant les deux mains ouvertes sur les fesses, elle lui pressait entre deux doigts les ailes du nez, et la séborrhée sale dont elles étaient gorgées jaillissait des pores en petits vermisseaux à têtes noires.« 

Mais avant de lâcher prise, avant de me mettre à relire Bonjour Tristesse ou l’Attrape-Cœurs, je suis allé Continuer la lecture de Les Saisons →

Arches et Pyramides

C’est vraisemblablement pour répondre aux deux articles intitulés  L’Inconnu de la Grande Arche (https://www.leblogdescoutheillas.com/?p=57366) et Détruire le ciel de Paris serait impardonnable (https://www.leblogdescoutheillas.com/?p=57007) et aux commentaires qu’ils ont suscités que Lorenzo a produit le texte ci-dessous. Le sujet de « L’Inconnu… » était bien sûr le funèbre monument funéraire qui trône en haut de la Défense tandis que celui de « Détruire… » était le gros furoncle en bordure du Périphérique sud de Paris.
En me confiant son texte, Lorenzo m’a recommandé d’en faire ce que je voulais. Alors voilà : je le publie. 

*

Pourquoi aimer l’une et pas l’autre pyramide ? Les goûts de NRCB sont impénétrables en tout cas pour moi. Je considère que la Pyramide de Peï n’est que la copie des Pyramides d’Egypte même si le matériau est différent. La forme elle-même n’est pas une création. Or, en art, seul compte selon moi ce qui est original. Imaginez aujourd’hui un peintre contemporain faisant des tableaux impressionnistes à la perfection. Personne ne les remarquerait. Il n’en est pas de même pour la Pyramide de Peï parce que le lieu choisi oblige tout le monde à la voir, autochtones et touristes. Je trouve que c’est un abus de pouvoir. Par contre, Continuer la lecture de Arches et Pyramides →

Carnet d’écriture (27) – Lâcher les freins

(…) Et c’est ainsi qu’un peu honteux, j’ai pris la décision de m’accorder sous ces conditions toutes ces libertés littéraires. Avec le plaisir d’écrire que je retrouvais grâce à cette licence, je ne tardai pas à découvrir que j’avais réinventé un genre dont j’ignorais le nom jusqu’alors, l’autofiction. Ce n’était plus du mensonge, c’était un genre littéraire. Je ne mentais plus, je faisais de l’autofiction. Ça me fit d’autant plus plaisir que je réalisai que Proust n’avait pratiquement fait que ça toute sa vie.

Je l’ai dit dans le carnet précédent : l’autofiction assumée me permit de retrouver un grand plaisir d’écrire. Ça n’est pas pour autant que l’écriture de la suite de Go West ! fut facile. Je n’avais pratiquement aucune expérience dans l’analyse psychologique des motivations des gens en général et des miennes en particulier. Je me souvenais que j’avais mis pas mal de moi-même dans le troisième conte des « Trois Premières fois », « La matinée de Sainte Firmine d’Amelia », mais, si j’avais placé la scène principale dans un lieu réel dont j’avais changé le nom, l’intrigue demeurait essentiellement fictive, en tout cas beaucoup Continuer la lecture de Carnet d’écriture (27) – Lâcher les freins →

L’Inconnu de la Grande Arche

Ma dernière Critique Aisée, la 266ème, date d’il n’y a pas si longtemps : six mois. Elle portait sur le Roman des regards de Mallet et Pennac. Mais la précédente, celle du Joueur d’échecs remonte à plus de deux ans.

En réalité, à part pour les amis, je n’écris plus de critique. C’est difficile à faire, il faut être attentif, comprendre la construction, retenir des points d’écriture, des détails de mise en scène, des références et des tas de trucs de ce genre à placer éventuellement dans la critique à venir. Bref, c’est un vrai travail et l’idée d’avoir à le faire gâcherait plutôt le simple plaisir de la vision du film ou de la lecture du roman. Et comme je suis de plus en plus paresseux…

Mais, parfois, Continuer la lecture de L’Inconnu de la Grande Arche →

Carnet d’écriture (26) – Proust et Moi

(…) Il avait un peu raison, Jimini Cricket, mon petit grillon intérieur, celui qui me dit souvent que je n’y arriverai pas, que je n’aurai pas le temps, pas le talent, pas le courage. Il a de bonnes analyses parfois, mais si je l’écoutais tout le temps, je ne ferais jamais rien. Alors, je me suis dit deux choses :

La première, c’est qu’on ne peut écrire qu’avec ce que l’on a, avec sa culture et sa mémoire, avec son histoire personnelle et les souvenirs qu’on en a gardés, et bien sûr avec son imagination et son talent (petit t, avec t variant de zéro à l’infini).
D’un joueur de tennis qui, surpris et grisé par un coup heureux réussi contre un adversaire nettement supérieur, se met à tenter avec succès des coups difficiles, des coups que même à l’entrainement il ne réussit que rarement, on dit qu’il surjoue. Il se met à jouer au-dessus de son niveau. Surjouer peut lui réussir pendant quelques coups, quelques jeux, un set… Ça enthousiasme le public — qui aime bien de temps en temps voir le petit poucet bouffer l’ogre — mais ça ne trompe pas le spectateur averti qui sait que le surjeu ne paie jamais longtemps.
En écriture, c’est pareil. Grisé par une jolie formule, une image intéressante ou une métaphore osée qu’il a trouvée presque fortuitement, il arrive qu’à ces mots, celui qui écrit ne se sente plus de joie et se mette en tête d’enchainer les belles phrases. Il arrive même que l’inspiration s’y mette et que le clavier soit en forme. Alors, il a l’impression d’être Oscar Peterson devant son piano et tout devient facile. On dit qu’il surécrit, qu’il force son talent. Mais jamais cela ne dure car il n’a ni le souffle, ni la culture, ni l’expérience ni le talent (petit t). Et s’il persiste, il tombe dans le discours du Maire de Champignac, l’amphigouri, le cliché, les fioritures, l’inutile, le ridicule.

La première chose que je m’étais dite, c’était donc que, quoi que je décide d’écrire, je devais Continuer la lecture de Carnet d’écriture (26) – Proust et Moi →

Carnet d’écriture (25) – Jimini Cricket et Moi

Go West !
Ah ! Go West ! Intéressant, Go West !, probablement le plus personnel de mes écrits. Bien sûr, avant Go West !, j’avais raconté quelques souvenirs personnels, mais c’était seulement dans des textes courts qui recherchaient plutôt l’anecdotique et l’humour que le récit narratif. Bien sûr, dans des textes plus longs, il m’est arrivé de plus ou moins m’investir dans des personnages de fiction. Chacun sait en effet, et surtout depuis que Proust l’a dit, que dans tout personnage de fiction, il y a un peu de son auteur, comme dans Emma Bovary pour Flaubert, ou beaucoup, comme dans le Narrateur de la Recherche pour le petit Marcel. Mais, en ce qui me concerne, je crois plutôt que si, jusqu’à présent, j’avais mis un peu ou beaucoup de moi dans un personnage, c’était à la fois involontaire et inévitable, parce qu’on écrit avec son histoire et avec son âme, mais sans désir conscient de s’exposer, en quelque sorte à l’insu de son plein gré.
Pour Go West !, c’est petit à petit que je me suis investi dans le personnage.

<<>> Petit à petit ? Tu es sûr ? Moi, je crois que c’est d’un seul coup que tu t’y es mis ! Peut-être pas dès le début, mais d’un seul coup. Je suis persuadé qu’un Continuer la lecture de Carnet d’écriture (25) – Jimini Cricket et Moi →