Le Liban ?

Le Liban ? J’ai connu aussi. Bien connu. Mieux que l’Iran en tout cas. 

D’ailleurs, c’était avant l’Iran, en 1969/70, deux ans après la Guerre des six jours, la guerre de Lundi-Jeudi comme disaient les Libanais (Lundi-Mardi, disaient les plus sévères). 

Le Liban était tranquille à l’époque. Il n’était pas entré en guerre au côté des autres, Egypte, Syrie, Irak et Jordanie. Au contraire de ceux-là, il n’avait subi ni dommage ni vexation. La vie battait son plein, le port, le commerce, le casino, les banques… Une seule chose ne marchait pas et c’était le tourisme, le tourisme occidental. Du fait de la guerre, les touristes européens et américains avaient déserté toute la région, y compris le Liban. 

A l’époque, et bien que les recensements y aient été  interdits depuis longtemps, on savait que le Liban comptait trois millions d’habitants, la moitié d’entre eux vivant à Beyrouth et ses environs immédiats. Les Libanais disaient qu’au Liban, il n’y avait pas de pauvres et, quand on leur montrait les camps de réfugiés qui entouraient Beyrouth, ils répondaient que, certes, ces gens-là étaient pauvres, mais qu’ils étaient des Palestiniens, pas des Libanais.  

L’organisation politique et le fonctionnement du pays était difficile à comprendre pour un occidental, équilibre délicat résultant d’un compromis permanent entre les différentes communautés. De temps en temps, des dissensions se faisaient sentir au sein du gouvernement, mais elles se réglaient vite à l’amiable. De temps en temps, des troubles naissaient dans un camp de Palestiniens. L’armée libanaise entourait le camp, et les problèmes se réglaient mystérieusement sans qu’un coup de feu autre qu’en l’air ait été tiré. De temps en temps, la Syrie créait un incident de frontière pour occuper une petite partie du Liban. L’armée libanaise se mettait en position et les choses s’arrangeaient moyennant une concession du Liban envers la Syrie. 

Donc, vu de mon clocher, c’est-à-dire du dix-huitième étage de la tour Hamra dans le quartier du Raouché tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. 

Un paradis sur terre ; on disait alors « la Suisse du Moyen Orient », la population mélangée et tolérante, la mer, la montagne, les forets de cèdres, , les restaurants, les magasins, le casino du Liban, les stations de ski… les vestiges des civilisations passées, phénicienne, grecque, romaine, arabe, croisée, turque, française…

Tout ça, c’était en 1969/70, deux ans après la Guerre des six jours, mais trois mois avant Septembre Noir, avant la guerre civile de 1975 à 1990, avant…, avant…

Je passe, parce que, cette période du Liban, je ne l’ai pas connue, pas mieux que vous en tout cas, seulement par les journaux et les télévisions quand tout le monde a pu voir ce pays de rêve entrainé dans le conflit régional contre Israël, éventré par les bombardements et les attentats, renaitre plusieurs fois de ses cendres pour s’effondrer à nouveau. 

Après tout ce que ce pays a subi depuis cinquante ans, voir les bombardements reprendre, les populations du Sud-Liban fuir vers le nord, les immeubles de Beyrouth exploser à nouveau, c’est un crève-coeur. 

P.S. Si vous voulez comprendre un peu le Liban, le Liban d’autrefois, sa faiblesse et sa force, je ne connais rien de mieux que « Le Rocher de Tanios » (Amin Maalouf, Prix Goncourt 1993). En plus, c’est plein d’humour et passionnant. 

Sur la route

Quand soixante ans ont passé, que reste-t-il de quatre mille kilomètres parcourus en quatre jours à travers les États-Unis dans une vieille Cadillac rose ?

(…) Je me rends compte que de ce voyage avec Julius, je n’ai gardé que peu de souvenirs précis et je me demande aujourd’hui ce qui m’est resté de ces milliers de miles parcourus et de cette douzaine d’États traversés. Quelques images, peut-être… Images de déserts, gris dans la lumière des phares, roses dans celle de l’aurore ; d’ennuyeuses plaines, mollement onduleuses et couvertes d’herbes basses jaunies sous le soleil, ou désespérément plates et quadrillées de forêts de maïs ; des stations-services bigarrées, désertes, comme abandonnées, ou affairées comme des ruches ; des motels, des bars, des restaurants de bord de route disparaissant dans le rétroviseur ; d’immenses supermarchés glacés et de gigantesques parkings au bitume tremblant de fièvre ; un contrôle policé de la Highway Patrol ; des bourgs endormis aux enseignes inutiles, des banlieues frémissantes aux premières heures du matin, des villes apoplectiques sous la chaleur de midi ; un interminable nuage de hannetons traversé à grand bruit ; des stoppeurs par dizaines, abandonnés à leur sort ; un camion en flammes, la nuit, sur le pont d’Omaha ; la ligne crénelée de l’horizon à l’approche de Chicago ; un réveil cotonneux face au Continuer la lecture de Sur la route

Journal intime – 28 mars 2013

Brasserie  Le Select

Depuis une semaine environ, j’écris des petits textes. Ce qui explique pourquoi je n’écris pratiquement plus rien dans ce journal intime. Cette écriture est pour moi une occasion de retrouver les anecdotes et, pourquoi pas , plus tard, peut-être plus de mon passé. 

Je m’aperçois que ce n’est pas un grand effort. Ma première histoire a consisté à raconter cette nuit de Banda Aceh. Je m’efforce de ne rien inventer ni rien enjoliver, mais je suis bien obligé de combler mes trous de mémoire.
Le résultat de cette première histoire n’étant pas déplaisant, je recherche quelles anecdotes pourraient justifier d’autres écritures et je dresse petit à petit une liste de titres possibles.
J’ai déjà écrit « Réplique » et « Les chiens de Téhéran ». « J’aime la chasse » est en cours, mais c’est plus long que prévu. Je viens d’écrire la dessus pendant plus d’une heure, assis à une table du Sélect, où je viens de déjeuner, devant un demi de Pilsner. Avec l’aide de la bière et de l’ambiance, ça avance pas mal.

Ah ! J’oubliais ! Tout à l’heure dans le métro. Je suis debout entre Italie et Vavin. Un siège se libère à côté de moi. Avant de prendre le siège vacant, une femme d’une quarantaine d’années me demande si je veux m’asseoir… Salope !

Au joli temps du Shah

Octobre 1973. Je suis en mission en Iran pour un mois. Je dois effectuer une étude préliminaire pour le métro de Téhéran. La guerre dite du Kippour entre Israel et les pays arabes a commencé le 6 ; elle durera jusqu’au 25. A Téhéran, où règne le shah, tout est calme. Il est une heure du matin et je rentre à pied à mon hôtel.
(Le récit de cette promenade a déjà été diffusé sous le titre « Les chiens de Téhéran ».)

C’est la mi-octobre et la guerre du Kippour vient de commencer. L’Iran de Reza Chah Pahlavi n’est pas engagé dans le conflit, mais, en tant que pays musulman et pour sa propre paix intérieure, il a choisi son camp et fait semblant d’encourager quelques manifestations anti-israéliennes dans Téhéran.
Il doit être une heure du matin. Il fait bon dans les quartiers nord de la ville. A cette heure, tout y est largement éclairé, calme et même désert.
Je viens de passer la soirée avec une jolie jeune femme. Elle est la secrétaire d’un membre de la famille impériale, iranienne par son père, blonde par sa mère, russe. Nous avons diné dans ce restaurant, russe également, Chez Léon, et continué la soirée dans la boite de nuit du Hilton. Je ressors les balais d’essuie-glace du coffre de sa petite voiture, une Pekan, et je la reconduis chez elle. Je suis content de ma soirée et ma douce euphorie me pousse à rentrer à pied jusqu’à mon hôtel : peut-être une demi-heure de marche selon un itinéraire qui sera facile dans cette partie moderne de la ville.
Je marche le long d’une large avenue où passent de temps en temps une voiture de la police ou de la SAVAK. Elles ralentissent pour m’observer puis reprennent leur croisière en faisant ronfler leur huit cylindres.
En regardant s’éloigner Continuer la lecture de Au joli temps du Shah

L’Iran, connais pas ! 

J’y suis allé, moi, en Iran. Ça m’a même permis d’écrire les impressions nocturnes d’un étranger dans les rues de la capitale de l’Iran. Je les publierai demain ici-même. Donc, l’Iran, j’y suis allé. Mais en fait, l’Iran, je connais pas ! 

L’Iran, connais pas !

L’Iran, je n’y ai passé qu’un mois, et c’était il y a une cinquantaine d’années. Alors, vous pensez, l’Iran, je ne peux pas dire que je connais.

En plus, c’était du temps du Shah ! Depuis, il est parti, le Shah. Alors, l’Iran il a changé, surement. Aujourd’hui, il me serait difficile de dire que je connais. 

Et, quand j’y étais, ce que j’avais vu de l’Iran, c’était surtout Téhéran. J’avais bien fait un petit tour en avion jusqu’à Isfahan et en voiture jusqu’au Continuer la lecture de L’Iran, connais pas ! 

Journal intime – Mardi 11 mars 2013

Café Le Comptoir, rue Soufflot, en haut à droite

Je me retrouve a nouveau dans ma position favorite de consommateur dans un cafe d’étudiants, déjà décrite dans des épisodes précédents. Je n’y reviens pas. Comme d’habitude, je suis venu la à la recherche de l’inspiration. La voilà.

Seule a une table devant moi, une grande fille, assez belle dans son allure, est assise de profil, face à son ordinateur Asus de couleur rouge. Entre elle et le PC, un gros livre est ouvert, qu’elle consulte entre deux sessions de frappe. Elle est concentrée. Derrière elle, la neige continue de tomber, moins épaisse que tout à l’heure. Plus je la regarde, et plus Continuer la lecture de Journal intime – Mardi 11 mars 2013

Points d’interrogation

Peut-on tirer sur le corbillard ?
L’était sympa, Jospin !
Evidemment qu’il était sympa Jospin : il respirait la droiture et l’honnêteté.
L’était-il ? Je n’en sais rien, mais c’est possible ; et malgré son atavisme trotskiste, c’est même probable. Et puis, il faut bien qu’il y ait des trucs auxquels on puisse se raccrocher. Donc, Jospin, droit et honnête.
C’est en tout cas ce qu’avec sa dignité dans l’échec de 2002, on retiendra de lui.
Mais, ne devrait-on pas se souvenir aussi que c’est à lui que nous devons les 35 heures dont Continuer la lecture de Points d’interrogation