Sur l’autoroute qui mène au tunnel du Fréjus, Bernard est en retard parce que, juste avant de partir pour Turin, il a eu une dispute avec sa femme Gisèle. Il fait nuit, il neige et il est en retard. Et voilà qu’à quelques kilomètres seulement de l’entrée du tunnel, une coulée de neige barre la chaussée. Bernard qui ne sait plus quoi faire se met sous la protection d’un chauffeur routier qui va traverser à pied la coulée de neige pour rejoindre l’abri d’une station-service.
(…) Bernard est parti en courant vers sa voiture. Mais avec cette neige et ses chaussures de ville, ça ne manque pas : quand il veut se retourner pour vérifier que le routier l’attend toujours, il glisse et tombe rudement sur le côté. Il se relève aussitôt et crie vers le chauffeur qui n’a pas fait un geste pour venir vers lui : « Non, non ! Ça va, ça va, je vous assure, tout va bien ! J’arrive dans deux minutes ! Attendez-moi, hein ? » La couche de neige n’est pas bien épaisse et, en dessous, le dur bitume n’est pas loin. Pourtant, Bernard n’a mal nulle part. C’est le choc qui l’a anesthésié, mais pour quelques secondes seulement. Au deuxième pas vers sa voiture, il commence à sentir une sorte de gêne monter dans son coude droit. Il s’arrête pour le masser un peu. C’est alors qu’il ressent dans son épaule droite une vive douleur, qui s’évanouit aussitôt. Il la fait bouger un peu pour l’assouplir et la douleur revient, comme un coup de poignard dans l’articulation. Il serre son bras contre son corps et la douleur disparaît. Il dit tout haut : « Merde alors ! Je me suis fait vraiment mal ! Pourvu que… » mais il n’arrive pas à imaginer ce qu’il a pu se faire. De toute façon, il n’a pas le temps, il y a l’autre, là, qui l’attend près de son camion. Il ne faudrait pas qu’il parte sans lui. Alors, à pas prudents, Bernard repart vers sa voiture.
La Peugeot est recouverte de cinq centimètres de neige au moins, à l’exception du pare-brise sur lequel les essuie-glaces s’évertuent en grognant à maintenir le dessin de deux éventails. Il entreprend d’ouvrir la portière de sa main droite et tout de suite Continuer la lecture de Gustave, gros con


Je ne lis plus du tout. En la matière je ne fais plus qu’écouter les enregistrements de la Recherche. A ce propos, j’en ai fini avec ceux de Dussolier pour passer à ceux de Lambert Wilson. Grosse différence entre les deux. Avec A.D., la diction est simple, calme, presque plane, sauf dans les dialogues, très incarnés. Le sens des phrases, pourtant complexes dans leur forme, apparait évident. Avec L.W., c’est plus difficile. La diction est plus modulée, presque maniérée, la respiration est audible, probablement volontairement. Cette façon de prononcer les mots qui devraient selon moi se terminer par un e muet, (Gilberteu, Odetteu…) m’agace énormément. J’en viens à insulter Wilson à haute voix. De même m’agacent ces déformations de la syllabe « ai » qui, selon moi, doit sonner toute droite, sans modulation, alors qu’il la prononce comme ferait un anglais parlant français : par exemple « de travear » au lieu de « de travers. Pourvu qu’il ne me gâte pas l’ombre des jeunes filles en fleurs !

