Quand soixante ans ont passé, que reste-t-il de quatre mille kilomètres parcourus en quatre jours à travers les États-Unis dans une vieille Cadillac rose ?
(…) Je me rends compte que de ce voyage avec Julius, je n’ai gardé que peu de souvenirs précis et je me demande aujourd’hui ce qui m’est resté de ces milliers de miles parcourus et de cette douzaine d’États traversés. Quelques images, peut-être… Images de déserts, gris dans la lumière des phares, roses dans celle de l’aurore ; d’ennuyeuses plaines, mollement onduleuses et couvertes d’herbes basses jaunies sous le soleil, ou désespérément plates et quadrillées de forêts de maïs ; des stations-services bigarrées, désertes, comme abandonnées, ou affairées comme des ruches ; des motels, des bars, des restaurants de bord de route disparaissant dans le rétroviseur ; d’immenses supermarchés glacés et de gigantesques parkings au bitume tremblant de fièvre ; un contrôle policé de la Highway Patrol ; des bourgs endormis aux enseignes inutiles, des banlieues frémissantes aux premières heures du matin, des villes apoplectiques sous la chaleur de midi ; un interminable nuage de hannetons traversé à grand bruit ; des stoppeurs par dizaines, abandonnés à leur sort ; un camion en flammes, la nuit, sur le pont d’Omaha ; la ligne crénelée de l’horizon à l’approche de Chicago ; un réveil cotonneux face au Continuer la lecture de Sur la route
Brasserie

