Je vais vous le dire, moi, ce qu’il faut lire en cette rentrée.
Il faut lire « Trois cafés », le rigoureux procès verbal de cette incroyable confrontation (ils sont six à se faire face) qui paraît en feuilleton dans Le Journal des Coutheillas depuis quelques semaines. Interminable et bavard, ce récit dont, pas plus que l’auteur, on ne voit la fin et dont on appréhende qu’il n’en ait pas, se situe entre le « Théorème » de Pasolini, « La Traversée de Paris » de Marcel Aymé et « Le Tartuffe » de je ne sais plus qui.
« Trois cafés » vous enchantera par son action molle, ses rebondissements prévisibles, ses digressions poétiques, ses incises emphatiques et ses pédantes parenthèses, sans parler de son style novateur, heureux mélange d’un fond de Proust, d’un émincé de Modiano, avec un zeste de Houellebecq, deux grains de Céline et trois kilos de Coutheillas.
Ne sous-estimez surtout pas « Trois cafés ». Cette nouvelle tout à fait « d’aujourd’hui » en train de devenir le roman « de demain ».
Alors, dès demain, vous pourrez lire les 12 premiers épisodes déjà parus d’un seul coup d’un seul !
Vous ne voudriez pas rater ça !
(…) C’était clair comme le jour qu’il voulait surtout pas rencontrer la Maire ! Mais Trois-cafés insistait. On aurait dit qu’il se rendait compte de rien.


Voici ce que disait Proust il y a cent ans de cette agaçante manie qui consiste à parler entre guillemets. A l’époque du petit Marcel, on ne soulignait cet artifice que par une intonation spéciale (machinale et ironique, comme le dit le narrateur). Aujourd’hui, dans une époque de smileys, d’idéogrammes et d’acronymes infantiles, on croit bon de faire la même chose en y ajoutant ce geste stupide qui consiste à lever les deux mains à hauteur des épaules en dressant l’index et le majeur de chaque main de manière à former deux sortes de V, puis à plier ces quatre doigts à deux reprises. En ayant tracé ainsi dans l’espace deux guillemets de part et d’autre de son visage, on se croit autorisé, par cette typographie virtuelle, à dire n’importe quelle ânerie, pensant s’en être désolidarisé à l’avance par la mimique à la dernière mode.