La Chanson pour Lorenzo (2/2)

LA CHANSON

par
Lorenzo dell’Acqua
(suite)

(…) je n’ai jamais réussi à comprendre les paroles des « tub » de langue anglaise. J’imaginais donc des histoires qui n’avaient aucun rapport avec le sens réel de ces chansons mais qui étaient la traduction des rêves qu’elles me suggéraient. De très belles chansons en français m’ont elles aussi fait rêver bien au delà de leur signification littérale …. :

Ma môme de Jean Ferrat. Ce sont deux prolétaires chers à l’auteur. Ils n’ont pas un sou mais le bonheur les envahit. Le printemps et son soleil inondent la petite chambre de bonne sous les toits de Paris. Ils sont encore dans le lit aux draps défaits, engourdis de caresses profondes et d’ivresses interdites. Ils se sont éveillés au plaisir. C’est un amour naïf et vertigineux. Par la lucarne, on devine Paris qui renaît après les années noires de l’occupation.

Coconut grove des Loving Spoonful. C’est mon ami d’enfance, Jean-Paul, qui me l’a évoquée et je n’ai jamais oublié cette scène associée à son premier amour, Dominique. Ils courent et s’enlacent sur le sable blanc entre la mer turquoise et les cocotiers. Ils sont seuls au monde sur cette plage déserte d’un pays imaginaire. Le rythme de la chanson est comme une danse qu’enveloppe le tourbillon de leur bonheur. La vie pourrait s’arrêter là.

La plage de Graeme Alwright. C’est une chanson en noir et blanc associée dans mon esprit au film Remorques de Jean Grémillon. Le sable blanc, les algues noires, l’écume des vagues, le chariot en bois, l’ombre des nuages, ses yeux voilés par sa main … Comment a-t-il pu laisser partir cette femme venue habiter ce monde minéral vibrant de murmures ? Elle s’en est allée, il ne la reverra jamais. C’est notre histoire à tous.

Le deuxième mouvement du Concerto en sol de Ravel associé à ce passage de Servitude humaine de Somerset Maugham. Le jeune médecin est assis à ses pieds et lui raconte sa vie. Elle est son aînée et ne rêve déjà plus. Soudain, au décours d’une phrase anodine, elle l’interrompt et lui demande : « Mais, ne seriez-vous pas en train de ma faire la cour ? » Merveilleux.

El rey qui tanto madruga par Montserrat Figueras : cela se passe en Andalousie au Moyen-Âge. Elle est juive, brune et belle. Elle provoque ces princes chrétiens et arabes qui oppriment son peuple. Sa beauté fascine les hommes et insupporte les femmes. Elle accentue le trait, chante avec insolence, danse à l’excès, mais personne ne s’en offusque car la beauté, la fierté et l’intelligence habitent cette jeune fille qui n’offrira ses charmes à aucun d’entre eux. 

Comme à Ostende de Caussimon: c’est un vieil homme comme nous le deviendrons tous. Il ne cherche plus à séduire depuis longtemps mais la jeune serveuse aux yeux transparents crucifie son cœur et l’embarque contre son gré vers des rivages impossibles. Il la remercie avec ses pleurs. 

Il est cinq heures Paris s’éveille de Dutronc: j’ai seize ans sur la plate-forme arrière d’un bus d’alors. Le soleil par éclats aveuglants traverse les feuillages des marronniers. Les filles en jupes légères me sourient. La vie est belle. Nous sommes en 1968 …!

Que serais-je sans toi de Ferrat: Rien.

Septembre de Barbara: la nostalgie ou la tristesse ou la peine. Les sanglots rentrés en écoutant au loin les sirènes des bateaux qui s’en vont. C’est le port sinistre de Blaye s’endormant sous la pluie et le visage de mon père qui se tourne vers moi et m’offre enfin un sourire complice

Des ronds dans l’eau de Françoise Hardy : je le connais bien ce garçon rêveur qui ne sait pas ce qu’il veut. Ou plutôt si, il veut devenir lui-même mais rester pour elle celui qui savait faire des ronds dans l’eau.

As tears go by des Rolling Stones : cette fois, c’en est bien fini, l’enfance est enfuie. Mes larmes vont à la jeune fille en robe noire qui m’a fait danser dans mon smoking de location. Je n’ai rien compris à ce qu’elle murmurait à mon oreille mais je me souviens encore du frisson inconnu qui me traversa alors. Elle était plus âgée que moi. Quel était son nom ? Odile.

Album Rubber Soul des Beatles: le premier 33 tours pop que j’ai acheté dans le passage reliant l’avenue du Général Leclerc au square Dumoncel et à la piscine. Je l’ai écouté en boucle sur l’électrophone à Dreux. Je n’y avais jamais pensé mais « Michèle, ma belle », c’était le prénom de ma tante que j’ai toujours appelé Tata. Y avait-elle pensé, elle ?

Guinivere de Donovan : C’est une princesse du Moyen Âge dont est tombé amoureux le petit voyou de Londres. Il se souvient de la douceur de sa robe en velours caressée en cachette. C’est la même histoire que celle du Bal des Laze de Polnareff plus facile d’accès car en français.

Sunny afternoon des Kinks : mon premier 45 tours acheté pendant mon unique séjour linguistique (bien peu productif) en Angleterre à Lowestoft et mon retour à Paris, par un après midi ensoleillé, cheveux longs et shetland vert sombre acheté là-bas à la stupeur de mes parents. Le premier pull que ma mère ne m’avait pas tricoté. Mai 68 était proche …

San Francisco Nights d’Eric Burdon and the Animals : nous sommes aux sports d’hiver dans une chambre d’hôtel à Zermatt autour d’un petit magnétophone à cassettes. Le premier du genre. Nous écoutons cette chanson et il y a Christine, ma petite amie d’enfance dont j’étais platoniquement amoureux sans savoir pourquoi. Elle était blonde et belle. Plus tard en dansant un slow à Solden toujours aux vacances d’hiver que nous passions ensemble et avec nos parents, elle résista avec raison à mes avances maladroites. Plus tard encore, elle est morte sans que j’aie eu le temps de la revoir. J’ai accompagné ma mère, qui était sa marraine, à la mise en bière au milieu de sa famille, son mari et ses filles qui ne me connaissaient pas. J’aurais mieux fait de ne pas y aller et de respecter l’intimité de leur douleur.

The letter des box tops : c’est encore au temps de Dominique. J’entends cette chanson dans la minuscule salle de bains de notre appartement familial rue Charles Divry et je pense à elle, à son pantalon rouge et sa chemise bleue ou l’inverse, le soir de nos premières étreintes. Plus tard, je reçus un coup de téléphone de son père me demandant s’il s’était passé quelque chose de grave entre nous et je lui avais répondu que non. Et je lui avais menti. Dominique était à l’hôpital et venait de faire une tentative de suicide. Nous nous étions séparés le dimanche précédent. Sincèrement, je ne sais pas si j’en étais vraiment la cause.

La Montagne de Jean Ferrat : sur mon petit lit dans la chambre sans chauffage de Mektoub à Pâques, je découvre ce chef d’œuvre alors en tête du hit parade d’Europe 1. Cette chanson me bouleverse alors et me bouleverse encore aujourd’hui. J’ai passé ma vie à en vérifier les raisons. C’est tout ce que j’ai découvert et aimé et que j’ignorais quand je l’écoutais pour la première fois. Ma sensibilité, ma poésie.

J’en déduis que je t’aime d’Aznavour : ce titre n’était guère élégant ni poétique à mes yeux d’adolescent mais je l’aimais bien cette chanson que m’avait fait écouter M-H chez elle avenue de Breteuil. Sa maman est entrée dans la chambre sans frapper alors que nous commencions à peine à nous embrasser. J’en ai déduit que c’était dur d’avoir une mère juive. Et ainsi de suite. 

Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy : un dimanche après midi d’hiver sinistre à Maisons Laffitte chez les Chaigneau. Une maison sinistre avec leur fille Martine, sinistre elle aussi. Ai-je rêvé d’y avoir rencontré Michel Vassiliu ? En tout cas, c’est bien là que nous avions entendu sa devenue célèbre chanson :  » C’était un pôv’ gars qui s’appelait Armand, l’avait pas de papa, l’avait pas de maman ». Elle avait plu à mon père, cette chanson. Peut-être y avais-je vu ou revu Elisabeth ?

And then I kiss her des Beach boys : C’est le souvenir culpabilisé de Françoise dans le jardin de la maison des Chaigneau à Tharon, Ciboulette, autour d’une table de ping-pong et du traditionnel clafoutis. Comme j’ai du la faire souffrir, elle qui ne le méritait pas ! Ma seule excuse est que je me débattais, moi, avec mon propre désespoir. Et dans mon rêve d’alors, cela se terminait en conte de fée : « and then I kissed her ».

Le Partisan de Léonard Cohen: A l’opposé du souvenir ébloui de cette magnifique chanson qui a peut-être le mieux illustré la Résistance, j’ai aussi en négatif le souvenir de Catherine F. dans le salon de mes parents rue Charles Divry, le visage figé, riant à contretemps et sentant surtout le pipi de chat. Non vraiment, I will never kiss her.

Le chasseur de Delpech : voilà une chanson écrite sur mesure pour le parisien qui a découvert l’enchantement de la Sologne. Et moi aussi, un jour, j’ai entendu un drôle de sifflement grave qui venait d’au dessus de ma tête, un bruit inhabituel : elles étaient là, très haut, en triangle, battant l’air de leurs grandes ailes,  les oies sauvages.

Album Blanc des Beatles : un après midi pluvieux à ne pas savoir quoi faire à Anet chez Isabelle et Christine autour d’une table en formica. Il y avait Jean-Michel H. qui pérorait. Je me sentais inexistant et ne les comprenais pas. J’étais malheureux et mal à l’aise. J’aurais aimé être ailleurs, mais où ? J’avais envie de pleurer.       

I’ve been loving you too long d’Otis Redding: c’est peut-être le souvenir chez les Guilleux de mon premier slow avec Isabelle Ménager qui était glaciale et le mot est faible. Avec ses cheveux bruns coupés court, elle avait un physique ambigu de garçon manqué et ne souriait absolument jamais. Je me demande encore aujourd’hui comment je pouvais être attiré par elle. Sa mère était très belle et je me souviens qu’elle est décédée peu après d’une tumeur au cerveau.

new york meannig disaster des Bee Gees : dans cette ville ravagée en pleine nuit par l’incendie, on ressent nous aussi l’affolement de la population. Il cherche désespérément sa fiancée et montre à tous ces gens paniqués une photo d’elle quand tout n’était que bonheur. Personne ne lui prêtera attention

Lalena de Donovan : dans ma chambre, allongé sur mon petit lit trop étroit, je réalisais en écoutant cette chanson triste qu’elle me faisait penser à M-H et je me demandais si je l’aimais.

Marie-Jeanne de Jo Dassin : le texte est pourtant en français mais demeure assez obscur. D’après moi le narrateur aimait Marie-Jeanne mais pour une raison que je n’ai pas saisie, il ne le dira pas de toute la chanson. Quelqu’un les a vus lui et Marie-Jeanne jeter quelque chose du pont de la Garonne. Une IVG probablement. La musique lancinante finit par vous ravager le cœur sans qu’on en connaisse la vraie raison.

Suzanne de Leonard Cohen : c’est La Lorelei de Heine : « Pourquoi suis-je si triste? Je ne peux oublier cette légende. Sur la rive du Rhin, au soleil couchant, l’air fraîchit. Une merveilleuse jeune fille est assise là-haut sur le rocher, elle peigne ses cheveux d’or et chante une étrange mélodie. Le batelier dans sa barque est pris d’une étrange douleur violente ; il ne voit plus les récifs. A la fin, je crois les flots l’engloutissent. Voilà ce qu’ont fait la Lorelei et son chant ».

Il pleut sur paris d’Anne Vanderlove est le souvenir de mes premières photos de Paris sous la pluie : la première fois que je l’entends, je suis dans la salle de bains en train de développer mes premières photos en noir et blanc. Je découvre un Paris merveilleux luisant sous la pluie de novembre et la chanson accompagne charnellement ces images.

                        La musique a « bercé » toute ma vie et c’est peut-être à lui que je le dois. J’ai aimé la musique, je l’ai trouvée belle, lumineuse et apaisante. Elle m’a accompagné depuis ma jeunesse tourmentée, elle m’a aidé à surmonter les épreuves de la vie, elle a atténué mes souffrances. Savait-il qu’elle aurait cette importance ? Et moi qui suis prévoyant, j’ai accumulé des quantités phénoménales de morceaux de musique classique, de jazz et de chansons en disques puis sur mon i-pod. J’ai aussi acheté bien plus de livres que je ne pouvais en lire parfois simplement à cause de leur couverture qui me séduisait. Et je me disais que le jour où je serai vieux, ou infirme, ou grabataire, j’aurais au moins ça pour m’aider à survivre avec la photographie si je pouvais encore me déplacer. Ce pari « audacieux » était logique mais il s’est avéré inefficace contrairement à mes prévisions. Quand j’ai eu mon (grave) accident de vélo, je me suis réveillé de quelques heures de coma avec : 1) une diplopie qui m’empêchait de lire, d’écrire et d’utiliser l’ordinateur, 2) une surdité, des acouphènes et une amplification des bruits de fond qui m’empêchaient d’écouter de la musique et 3) la diplopie rendait la photographie périlleuse ou surprenante car je ne parvenais plus à mettre l’horizon horizontal. Comme l’a dit Mauriac,   » L’épreuve ne tourne jamais vers nous le visage que nous attendions. « 

Souvenirs de Triplopie

Il est temps de revoir La Nuit américaine

Ne serait-ce qu’en hommage à Nathalie Baye, cette actrice qui fut souvent excellente et cette femme qui fut surement aimable, il est temps de revoir La Nuit américaine.

La Nuit américaine, c’est la chronique de la fabrication d’un film depuis le début du tournage jusqu’au moment de la séparation de l’équipe. Tourné entièrement dans les studios de la Joliette à Nice, c’est le cinéma dans le cinéma, l’envers du décor, les secrets de fabrication, les trucages, les tromperies, les incidents, les crises, tout cela vu, arrangé et présenté par François Truffaut.

Les acteurs sont excellents : magnifique et désuet Jean-Pierre Aumont (dont on se souviendra toujours de la légèreté dans Drôle de Drame), Jacqueline Bisset, star hollywoodienne dépouillée, découverte dans Bullitt, Jean-Pierre Léaud, touchant de vérité dans son rôle de mauvais acteur, Jean-Paul Stévenin, assistant de Truffaut jouant son propre personnage  dans le film, et Nathalie Baye, charmante, timide et efficace script et puis Truffaut, avec cette façon de jouer à plat, qu’il a inculquée si profondément à J-P.Léaud, cet passion fiévreuse, cette conception claire du scénario et de la mise en scène.

La vidéo que je vous propose ci-dessous Continuer la lecture de Il est temps de revoir La Nuit américaine

La Chanson pour Lorenzo (1/2)

LA CHANSON

par
Lorenzo dell’Acqua
(suite)

 J’ai aimé la musique qui a été pour moi une forme de poésie et d’évasion. Pourtant, je ne connais même pas les notes ! Mon père, excellent musicien et violoniste, n’a pas jugé utile de nous faire apprendre le solfège ni à jouer d’un instrument. Probablement par égoïsme car il ne fallait surtout pas faire le moindre bruit dans l’appartement afin que ses analysés pensent qu’il n’y avait pas d’autre présence que la leur. J’étais donc condamné à n’être qu’un musicien passif … Cela ne m’a pas empêché d’avoir bien des émotions ! Et je suis même parvenu à déceler la différence entre deux interprétations de la sonate K 87 de Scarlatti : il y a celle, brillante, de Clara Haskil et celle, bouleversante, d’Ivo Pogorelich qui ne raconte pas du tout la même histoire. Virtuosité contre poésie ? Pourtant, il s’agit de la même partition ! Qu’avait donc voulu exprimer son compositeur ?

J’ai adoré la musique classique mais aussi le jazz qui est la vraie musique moderne et la chanson qui est la vraie poésie contemporaine. Alchimie incroyable qui parvient en trois minutes à nous émouvoir, à nous faire rêver et nous emmener ailleurs. Une mélodie, un texte, une voix et le miracle se produit. J’ai été sensible aux chansons qui étaient de vrais poèmes ainsi qu’à d’autres qui se confondaient Continuer la lecture de La Chanson pour Lorenzo (1/2)

Buveurs très illustres et vous vérolés très précieux !

Rabelais ! …
À l’école, dans les années 50, je pense qu’on l’étudiait en classe de Troisième. Est-ce qu’on l’étudie encore aujourd’hui ? J’en doute . En tout cas on n’entend plus beaucoup parler de lui. Pour que ça change, il faudrait au moins que Disney en fasse un dessin animé, mais ce n’est pas demain la veille. Personnellement, ça ne me gêne pas beaucoup, parce que Gargantua, Pantagruel et compagnie, ça ne m’a jamais vraiment passionné.
Mais aujourd’hui, quand je lis ce qui va suivre, je m’aperçois que je suis passé complètement à côté.

 » Buveurs très illustres et vous vérolés très précieux, car à vous sont dédiés mes écrits,  Alcibiade, louant son précepteur Socrate, sans controverse prince des philosophes, entre autres paroles le dit être semblable aux Silènes.
Silènes  étaient
jadis petites boîtes, telles que nous voyons à présent  dans les boutiques des apothicaires, peintes au dessus de figures  joyeuses et frivoles, comme des harpies, satyres, oisons bridés, lièvres cornus, canes bâtées, boucs volants,  cerfs limoniers et autres telles peintures contrefaites à plaisir pour exciter le monde à rire, mais au dedans, l’on conservait les fines drogues comme baumes, ambre gris, amome, musc, civette,  pierreries et autres choses précieuses. Continuer la lecture de Buveurs très illustres et vous vérolés très précieux !

Ah ! les belles boutiques (54)

Rue Gay-Lussac, il n’y a plus de Point du Jour

Quand je me suis installé dans ce quartier en 1993, il était déjà là. Il était probablement là avant et, au cours de mon enfance du Boulevard de Port-Royal puis de mes années d’étudiant pre-soixante-huitard, j’avais dû passer devant des dizaines de fois sans le remarquer, y compris un soir de mai 68 dans le brouillard des lacrymogènes. Et hier, de lui, il ne restait Continuer la lecture de Ah ! les belles boutiques (54)

Carnet d’écriture (18) – Le puits d’Ernest

« (…) Ensuite, avec tout ce verbiage, on ne voit pas très bien où vous voulez en venir. Un peu de concision aurait fait gagner du temps à tout le monde sans rien enlever à la transmission au lecteur de ce plaisir anticipé du chasseur. « Il s’écoute parler » est une locution utilisée pour définir un certain type de discours. « Il se regarde écrire » pourrait être son pendant pour l’écriture, et nous avons bien l’impression que c’est ce que vous faites.»
Patience ! Vous allez comprendre. 

Le puits d’Ernest

Il y a bien longtemps que j’ai abandonné la chasse. Cela s’est produit au moment où j’ai pris un chien, Ena. Les coups de feu lui faisaient peur. Pour un Labrador, c’est gênant. Pour son propriétaire, c’est ridicule. Alors, j’ai abandonné la chasse et ses préparatifs. 

Mais bientôt, le besoin d’écriture est venu, l’écriture a suivi et les habitudes se sont empilées : départ le matin, mini iPad en poche vers le café du moment. (En ce moment : Le Comptoir du Panthéon, Le Petit Suisse ou Le Luco.) Commande passée, toujours la même, déploiement de quelques activités procrastinatoires : nettoyage de l’iPhone des nouvelles de la nuit, consultation de l’agenda, de la météo, consultation des ventes, déploiement de l’iPad, recherche et relecture de ce qui a été écrit hier, relecture de ce qui a été écrit hier, relecture de ce… Pour moi, cette relecture répétée s’apparente, en moins fatigant, aux tentatives de démarrages d’une tondeuse à gazon à moteur thermique : il faut bien tirer quatre ou cinq fois sur la corde avant que la machine ne consente à démarrer. Pour l’écriture, c’est pareil.
Quand la serveuse arrive Continuer la lecture de Carnet d’écriture (18) – Le puits d’Ernest

Remerciements 

Go West ! vient de sortir chez Amazon. Ce huitième livre est à la fois un récit d’aventures, une histoire d’amours et un roman d’apprentissage. Malgré la part de fiction qu’il contient, c’est sans aucun doute le plus personnel et le plus intime mes écrits. C’est aussi le plus chaud. 

Cette première édition de Go West ! ne comporte pas de page réservée aux remerciements traditionnels : « à mon épouse, sans qui etc…» ou bien « à Jeff Bezos, créateur d’Amazon, qui a évité à Gallimard d’avoir à me publier » ou encore « à Charles Dickens pour ses précieux conseils ». C’est un oubli de ma part et je vais le réparer dès à présent. Donc, merci…

  • à Patrick B., AKA Paddy, pour avoir accepté de figurer sur la couverture et m’en avoir procuré la photographie 
  • à J.L.B., alias JP, pour en avoir été le probable photographe
  • à Hervé M. perdu de vue depuis soixante  ans, pour m’avoir entraîné dans cette aventure
  • à Bill B. pour sa sérénité, sa générosité et son hospitalité sans défaut. 
  • aux Flying Tiger Lines pour m’avoir transporté aux Amériques et retour sain et sauf malgré un déplorable indice de sureté
  • à Cal, Tom, Ron, Julius et les autres, ces automobilistes et ces routiers qui, pour quelques heures ou quelques jours, m’ont offert hospitalité, sandwiches, cokes et plus si affinités 
  • à Carol, Tavia, Joy, Mansi et Patricia sans oublier Ms Sherman-Vance ni la cinglée du motel, ces américaines qui m’ont fait Continuer la lecture de Remerciements 

Carnet d’écriture (17) – Les outils et les lieux

Pour bien pratiquer leurs activités préférées, les hommes (et les femmes aussi, bien sûr, les femmes aussi) ont tous leurs petites manies. Ils peuvent avoir besoin de préliminaires, d’accessoires, de musique, de silence, de parfum, d’alcool ou peut-être d’un tas d’autres choses qui n’a de limite, le tas, que leur imagination. Et encore, je ne parle pas de la pratique de l’activité sexuelle. 

Prenez la chasse par exemple. Je me souviens de mon père, grand chasseur devant l’éternel, avec qui j’ai beaucoup chassé et qui a chassé sans moi bien davantage. A part quelques « chasses du mercredi », chasses de privilégiés, chasses bénies, chasses trop rares, la chasse, pour lui, c’était surtout le dimanche. Elle se tenait au sud de la Loire et, selon les époques, pas loin de Sully sur Loire ou d’Orléans. Comme elle débutait à 9 heures précises, il aurait suffi de quitter Paris avant 7 heures du matin pour être largement dans les temps. Mais le fait de coucher sur place la veille au soir permettait Continuer la lecture de Carnet d’écriture (17) – Les outils et les lieux