Détruire le ciel de Paris serait impardonnable ! (sic)

C’est ce qu’a déclaré Jacques Herzog au Figaro. Jacques Herzog, c’est l’architecte star de la Tour Triangle dont la construction s’achève sur le bord du Périphérique Sud de Paris dans le Parc des Expositions de la Porte des Versailles. `
Rassurez-vous, je ne vais pas revenir sur les conditions pour le moins anormales dans lesquelles Anne Hidalgo a imposé ce projet à un Conseil Municipal qui n’en voulait pas ni sur les conditions suspectes dans lesquelles le marché a été attribué à Unibail qui le voulait trop.
Aujourd’hui, je vais me contenter de réagir à cette déclaration que l’architecte de cette tour infernale a faite au Figaro : « Détruire le ciel de Paris serait impardonnable ! » Comme je ne suis pas abonné au Figaro, je n’ai pas pu prendre connaissance de la suite de l’interview. Peut-être Maitre Jacques a-t-il dit dans la suite : « L’autre jour, et pour la première fois, je me suis rendu sur le chantier de ma tour. J’ai tourné longtemps dans le quartier, dans les rues, sur le périphérique, je suis monté sur des terrasses d’immeubles et dans la Montgolfière du Parc André Citroen, j’ai pris un bateau-mouche, j’ai fait un tour d’hélicoptère, je suis monté au Sacré-Cœur, à la Tour Eiffel, sur les tours de Notre-Dame, sur le dôme du Panthéon, bref, et partout, j’ai essayé de trouver un point de vue, une perspective qui soit favorable à ma tour. Je n’ai pas pu. Alors je me suis dit que détruire le ciel de Paris serait impardonnable. Notez bien qu’ici, je ne mets pas le verbe être au conditionnel mais au futur, c’est à dire que je ne serai jamais pardonné d’avoir détruit le ciel de Paris. Alors, j’ai décidé qu’il fallait imiter celui des architectes de l’Église Saint Sulpice qui, voyant la catastrophe qu’il avait contribué à construire, s’est jeté de sa plus haute tour. J’ai donc immédiatement demandé à mon associé, Pierre de Meuron, de bien vouloir s’exécuter. Il m’a dit qu’il était occupé pour le moment mais qu’il ne manquerait pas d’y réfléchir. » Mais j’en doute… je veux dire que moi, que Monsieur Herzog ait dit ça, j’en doute.

Donc, Jacques Herzog considère qu’avec sa tour en forme en tranche de Toblerone coupée en biais (il ne faut pas oublier que Herzog et de Meuron sont suisses), il n’a pas détruit le ciel de Paris. Il n’a pas totalement tort, car il en reste, du ciel de Paris, il en reste encore, de cet horizon humaniste et crénelé fait d’inégales toitures mansardées et de cheminées, ici percé de flèches et  là gonflé de dômes. Il ne l’a pas détruit, le Suisse, il en a juste saccagé une bonne partie.

Comme dit souvent Thierry Breton sur LCI à propos de tout et de rien, « je le redis ici », c’est une dérive courante chez les architectes quand ils ont atteint le rang de star que de ne plus concevoir le bâtiment dont le projet leur est confié à partir de la fonction qu’il aura à remplir en tant qu’hôpital — musée, usine, habitation ou bureaux — mais à partir de la forme, celle qui sera perçue de l’extérieur ou même, comble du ridicule, de l’image que donnera son plan-masse ou son élévation. Une tour bancale ici, un suppositoire là, un radiateur électrique ailleurs… L’autre jour, j’ai regardé les premières minutes d’un film d’espionnage à grand spectacle dont les premières scènes se passent de nuit à Dubaï. Cette débauche d’immeubles de toutes formes, ruisselants d’or et de fontaines,  parcourus de passerelles de verre, éclairés dans tous les sens et toutes les couleurs m’a littéralement écœuré. J’ai bien vite abandonné ce révoltant Las Vegas du nouveau (très) riche et je suis allé revoir deux épisodes Big Bang Theory.

Ce n’est pas la première fois qu’un immeuble est construit en forme de triangle. J’en connais au moins deux : Marina Baie des Anges près de Nice et la Grande Pyramide à Carnon-La Grande Motte. Pour ce qui concerne ces deux immeubles d’habitation construits en bord de Méditerranée, je devine au moins une justification, celle de procurer de grandes terrasses à un grand nombre d’appartements. Mais pour un immeuble de bureau construit au bord d’une autoroute urbaine et, qui plus est, sous un climat d’Ile de France, quelle peut-être la justification d’une forme triangulaire ?

Monsieur Herzog a tenté de rationaliser ce choix irrationnel en affirmant que cette forme réduirait l’ombre portée de l’immeuble. Vraiment ? Je ne suis pas allé très loin dans le raisonnement, mais à moi, il me semble que si l’immeuble avait eu une forme de rectangle  tout en offrant la même surface habitable  (c’est à dire de même base mais de hauteur moitié moindre) la surface de l’ombre portée aurait été la même. Mais, bon, je ne suis ni Suisse ni architecte.

Sur le seul plan esthétique, quel peut-être l’avantage d’une telle forme ? Dans l’espace à trois dimensions, la pyramide est le volume qui exprime le plus fermement la stabilité, la solidité, l’immuabilité, la lourdeur. Et qu’on ne vienne pas me chanter la beauté des pyramides égyptiennes ! Elles ne sont admirables que par le site dans lequel elles se trouvent, par leurs dimensions et par les prouesses techniques (d’ailleurs mal connues) que leur construction a nécessitées.

Dans l’espace à deux dimensions, le triangle est l’équivalent en lourdeur de la pyramide et ce ne sont pas les prouesses techniques de la réalisation de la tour Herzog qui vont rattraper le coup à mes yeux.

Voilà… Je pourrais continuer longtemps mais je sens que je commence à vous lasser. Un dernier mot cependant : si vous voulez apprécier toute l’ironie de la déclaration de Jacques Herzog, regardez juste la photo ci-dessous :

Chouette, non ?

Le Cujas, enfin !

Ça y est ! C’est fait ! « Histoire de Dashiell Stiller » n’existe plus ! Disparue, l’Histoire ! Introuvable ! Passée au rang de collector, l’édition de 2023…  Vous voyez que vous aviez bien fait de l’acheter !

Mais ça aussi, ça y est ! Ça aussi, c’est fait ! Une nouvelle édition de ce roman épique et cosmopolite vient de paraître. C’est l’édition 2026, corrigée, augmentée, reformatée et rebaptisée  que vous pouvez acheter dès à présent sur Amazon. Sa couverture, la fameuse photographie, n’a pas changé, mais son titre, oui. Son nouveau titre, Le Cujas, c’est le titre mystérieux (pour ceux qui n’ont jamais mis les pieds au Quartier Latin), le titre à l’étrange sonorité, ce mot qui commence  drôlement et qui finit grassement, qui ne laisse rien présager de la nature du livre… Le Cujas, c’est aussi le titre d’origine, celui de la publication en un feuilleton de 87 épisodes dans le Journal des Coutheillas, le titre qu’un auteur inexpérimenté et influencé par la mode a décidé au dernier moment de changer en « Histoire de Dashiell Stiller », titre banal et transparent.

Le Cujas, c’est le café où j’allais jouer au flipper pendant les cours de philo que François Châtelet Continuer la lecture de Le Cujas, enfin !

En descendant au fleuve

Alors voilà.

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres.  Encore un ! D’abord, c’était le troisième jour de la première canicule printanière. Vers quatre heures du matin, il ne faisait plus que 26° C dedans et 22 dehors. Le temps que je me sorte de ma torpeur humide, que je me fasse une tasse de café et que je réfléchisse à l’avenir de l’humanité — et conséquemment au mien — étrangement, la température était montée dehors à 23° et descendue dedans à 25.  Comme on annonçait 33 pour la journée à venir, cette tendance à l’égalisation n’annonçait rien de bon. Il était temps d’agir. Je sortis. Je voulais prendre mon petit-déjeuner à une terrasse, au frais, avant qu’il ne soit trop tard.

Dehors, il est un peu plus de cinq heures. Contrairement aux sornettes de Lanzmann et Dutronc, Paris ne s’est pas éveillé. Quand il fait jour, quand la rue Gay-Lussac est déserte et que le Boulevard Saint-Michel n’est parcouru que par des sacs plastique virevoltants pressés de se rendre au Chatelet, quand les feux de circulation s’obstinent à changer de couleur pour rien, c’est perturbant. On se demande ce qui se passe, on s’attend à tout, à n’importe quoi, la survenance d’un évènement historique tel que l’entrée Continuer la lecture de En descendant au fleuve

The Big Bang Theory

The Big bang Theory est une série télévisée américaine dont les 12 saisons (279 épisodes) ont été diffusées aux USA entre 2007 et 2019 puis en France avec un décalage de quelques années. Cela fait 8 ans que j’ai écrit sa critique et si je la publie à nouveau aujourd’hui, c’est parce que, depuis des mois, TBBT repasse en boucle sur RMC et que cela m’enchante. Un petit morceau de Big Bang chaque soir peut vous faire oublier des tas de choses ennuyeuses, contrariantes ou même inquiétantes.
Ces séries américaines aux incroyables succès, telles que Friends, Seinfeld ou The Big Bang Theory ont ceci en commun que Continuer la lecture de The Big Bang Theory