Les Bidons de l’Art – 9 

Il y a des années, au risque de passer pour un beauf, j’avais entrepris de diffuser une série consacrée aux escroqueries — du moins à ce que je considère comme tel — de l’art contemporain. Je lui avais donné pour titre « Les Bidons de l’Art ».  Je l’avoue, je n’ai pas toujours cherché à comprendre les cartels explicatifs, bien sûr, j’ai fait le beauf et même le plouc, c‘est vrai, j’ai été excessif dans mes critiques et mes moqueries. Mais ce n’est pas moi qui ai commencé. Koons et ses petits chiens gonflables, Klein et ses bleus, Arman et ses empilements, vous ne pensez pas qu’ils ont un peu beaucoup tiré sur la ficelle ? De toute façon, elle n’a pas duré bien longtemps, ma série : huit numéros en deux ans et demi, et plus rien depuis six ans. En fait, il y avait trop de matière, trop de bidons, et je ne savais plus où donner de la tête. Il aurait fallu que je consacre tout le JdC à cette rubrique. Alors je me suis calmé et je suis passé à autre chose. Mais de temps en temps, devant une œuvre d’art contemporain surgit en moi comme une indignation, un besoin de protester, une révolte… et ça donne le 9ème numéro de mes Bidons de l’Art 

Pour aujourd’hui, plus qu’une indignation, ce sera un éclat de rire. Voyez vous-même : des lamelles de plastique colorées comme on en trouvait autrefois aux portes des épiceries de village,  un rideau à mouche exposé en tant qu’oeuvre d’art dans la cour d’un hôtel particulier du Marais, siège de l’Institut suédois… 

Un atelier d’urbanisme

Comment s’appelle-t-il déjà, le nouveau Maire de Paris ? Ah oui ! Emmanuel Grégoire — entre nous, il va nous falloir lui trouver un ou deux surnoms affectueux à celui-là. Grégoire était, si mes renseignements sont bons, premier adjoint pendant le règne de Cruella. Je précise «si mes renseignements sont bons » parce que je ne suis pas tout à fait sûr qu’ils le soient. En effet, pas une fois au cours de sa campagne, Monsieur Grégoire n’a mentionné le nom de son ex-patronne. Les premières déclarations de m’sieur not’maire semblent pourtant confirmer qu’il est dans sa droite ligne et même davantage. Le premier projet qu’il a mentionné consisterait à créer des carrefours et des feux rouges sur le boulevard périphérique afin que les piétons puissent le traverser. (J’ai vérifié : il ne s’agit pas d’un poisson d’avril). Ils sont forts quand même les écologistes quand ils sont au pouvoir. Ils arrivent à imaginer l’inimaginable. La passion (la haine fait partie des passions) les domine, l’idéologie les guide et l’absolutisme les conduit… quand ce n’est pas la folie. On peut en juger par ce récit fidèle d’un atelier de créativité impromptu qui s’est tenu il y a deux ans dans le bureau d’Annie Dingo. Au début, étaient présents la Maire (en furie, mais inspirée) et le Dir Cab (bègue, mais pas quand il téléphone). Ont apparu ensuite le médecin de l’Hôtel de Ville (complaisant mais inquiet) et Cottard (toujours aussi con).
Là, c’est Annie qui soliloque. C’est parti !

«  (…) Voyons… je réfléchis tout haut… les travaux pour les pistes cyclables, les fontaines du Rond-Point, les embouteillages, la crasse dans Paris, le trou financier, ma vérification personnelle de la hauteur des vagues sur le site de surf olympique à Tahiti, tout ça est en train de me péter à la figure. Il me faut un projet dérivatif, quelque chose qui occupe les gens, un truc qui marque les esprits, une réalisation qui transforme Paris pour toujours, l’apogée de ma mandature. Eh bien, cette histoire de prolongement de la rue de Rennes jusqu’à la Seine, ça c’est une bonne idée. Et qu’est-ce qu’il en pense, le petit Dir Cab, hein ? Elle n’est pas bonne mon idée peut-être, hein ? Hein ?

Le petit Dir Cab n’avait pas compris que la question était rhétorique. Aussi, il pensa être subtil en approuvant la Patronne tout en soulevant une légère objection, un obstacle mineur, une peccadille :

— Si, si, bien sûr, Ma… Ma… Madame, elle est excellente. Toute… Toutefois…

— Quoi, toutefois ? Qu’est-ce qu’il y a, toutefois ?

Le ton de la dame aurait dû alerter Lubherlu, mais il poursuivit :

— Eh bien, il y a la dé… la démolition de l’Institut. Ça risque de po… po… Continuer la lecture de Un atelier d’urbanisme

Journal intime – 5 avril 2013

Le Lutèce, boulevard St Michel

Presque contre mon gré, fatigué par ma marche depuis le BHV, je me retrouve dans ce café que je fréquentais il y a 53 ans. Je suis devant mon quart Perrier citron à côté de trois jeunes américaines, dont l’une a cet accent nasillard insupportable (Note de 2026 : j’ai appris depuis que l’on appelle ça le ‘ »vocal fry », littéralement la « friture vocale ». A ma connaissance, seules les jeunes filles et jeunes femmes sont atteintes par cette affectation qu’elles s’infligent volontairement et dont elles pensent qu’elle leur donne de la classe, la classe Kardashion, par exemple). Chacune consulte son iPhone pour savoir ce qu’elles vont faire pour continuer leur visite de Paris.

Il y a cinquante-trois ans, (Soixante-six aujourd’hui) c’était l’année de mes 17 ans. Je venais de passer les vacances d’été précédentes à St Martin d’Uriage, où j’avais connu coup sur coup mes deux premiers flirts. Jacqueline Bochurberg était le deuxième. Elle avait l’avantage de posséder une mobylette, d’être blonde, plantureuse et parisienne, contrairement à Colette qui allait à pied, était moins formée et ne quittait que peu ses montagnes. Par rapport à l’adolescent que j’étais, Jacqueline était mentalement, physiquement et probablement sexuellement très en avance, je dis probablement car Continuer la lecture de Journal intime – 5 avril 2013

Go West ?

Un avion avec couchettes, une Ford jaune décapotée, un vieux camion plein de pastèques, un bus Greyhound en deux parties, une Hudson à 8,33 dollars, une Coccinelle à la chasse, un tout petit cabriolet, une Rolls-Royce, des pick-ups à foison, une Corvette pour une bouchée de pain, une voiture for official use only, une autre Coccinelle, une Cadillac rose bonbon, une Lincoln de président, une dernière Coccinelle…

Une veste en daim anachronique, un drapeau français, une pancarte en carton, une paire de menottes, un calibre 38, un grand trou dans la terre, un sapin sur la route, un cheval de Troie, un permis de conduire encombrant, cent dollars de malentendu, un joli petit dictaphone, un gros moteur à piston libre, un grand bain dans une petite baignoire, une grenouille en argent, des gouttes de mercure qui tombent vers le haut, un avion qui tombe vers le bas, un motel sous la pluie, une chambre à Manhattan…

Un Républicain sectaire, un Sudiste ouvert, un commandant de bord autoritaire, un Texas Ranger effrayé, un électricien indécis, un généreux géologue, un Mormon pompiste, un flic agent double, un fumeur de joint maladroit, un bon gros géant noir, un gamin jaloux, un guitariste chauve, un pilote suspendu, un douanier soupçonneux et un père pas très content…

Une hôtesse de l’air qui pose un lapin, une cinglée dans un motel, une fille nue dans un canyon, une étoile morte, une fan de Gregory Peck, une veuve à moitié indienne, une terreur du blackjack, une danseuse en modèle réduit, une grand-mère désespérée, une héritière de mauvais poil et une jeune fille de bonne famille…

Go West !, c’est tout ça ! Et un peu plus encore…

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Le Liban ?

Le Liban ? J’ai connu aussi. Bien connu. Mieux que l’Iran en tout cas. 

D’ailleurs, c’était avant l’Iran, en 1969/70, deux ans après la Guerre des six jours, la guerre de Lundi-Jeudi comme disaient les Libanais (Lundi-Mardi, disaient les plus sévères). 

Le Liban était tranquille à l’époque. Il n’était pas entré en guerre au côté des autres, Egypte, Syrie, Irak et Jordanie. Au contraire de ceux-là, il n’avait subi ni dommage ni vexation. La vie battait son plein, le port, le commerce, le casino, les banques… Une seule chose ne marchait pas et c’était le tourisme, le tourisme occidental. Du fait de la guerre, les touristes européens et américains avaient déserté toute la région, y compris le Liban. 

A l’époque, et bien que les recensements y aient été  interdits depuis longtemps, on savait que le Liban comptait trois millions d’habitants, la moitié d’entre eux vivant à Beyrouth et ses Continuer la lecture de Le Liban ?

Sur la route

Quand soixante ans ont passé, que reste-t-il de quatre mille kilomètres parcourus en quatre jours à travers les États-Unis dans une vieille Cadillac rose ?

(…) Je me rends compte que de ce voyage avec Julius, je n’ai gardé que peu de souvenirs précis et je me demande aujourd’hui ce qui m’est resté de ces milliers de miles parcourus et de cette douzaine d’États traversés. Quelques images, peut-être… Images de déserts, gris dans la lumière des phares, roses dans celle de l’aurore ; d’ennuyeuses plaines, mollement onduleuses et couvertes d’herbes basses jaunies sous le soleil, ou désespérément plates et quadrillées de forêts de maïs ; des stations-services bigarrées, désertes, comme abandonnées, ou affairées comme des ruches ; des motels, des bars, des restaurants de bord de route disparaissant dans le rétroviseur ; d’immenses supermarchés glacés et de gigantesques parkings au bitume tremblant de fièvre ; un contrôle policé de la Highway Patrol ; des bourgs endormis aux enseignes inutiles, des banlieues frémissantes aux premières heures du matin, des villes apoplectiques sous la chaleur de midi ; un interminable nuage de hannetons traversé à grand bruit ; des stoppeurs par dizaines, abandonnés à leur sort ; un camion en flammes, la nuit, sur le pont d’Omaha ; la ligne crénelée de l’horizon à l’approche de Chicago ; un réveil cotonneux face au Continuer la lecture de Sur la route

Journal intime – 28 mars 2013

Brasserie  Le Select

Depuis une semaine environ, j’écris des petits textes. Ce qui explique pourquoi je n’écris pratiquement plus rien dans ce journal intime. Cette écriture est pour moi une occasion de retrouver les anecdotes et, pourquoi pas , plus tard, peut-être plus de mon passé. 

Je m’aperçois que ce n’est pas un grand effort. Ma première histoire a consisté à raconter cette nuit de Banda Aceh. Je m’efforce de ne rien inventer ni rien enjoliver, mais je suis bien obligé de combler mes trous de mémoire.
Le résultat de cette première histoire n’étant pas déplaisant, je recherche quelles anecdotes pourraient justifier d’autres écritures et je dresse petit à petit une liste de titres possibles.
J’ai déjà écrit « Réplique » et « Les chiens de Téhéran ». « J’aime la chasse » est en cours, mais c’est plus long que prévu. Je viens d’écrire la dessus pendant plus d’une heure, assis à une table du Sélect, où je viens de déjeuner, devant un demi de Pilsner. Avec l’aide de la bière et de l’ambiance, ça avance pas mal.

Ah ! J’oubliais ! Tout à l’heure dans le métro. Je suis debout entre Italie et Vavin. Un siège se libère à côté de moi. Avant de prendre le siège vacant, une femme d’une quarantaine d’années me demande si je veux m’asseoir… Salope !