Carnet d’écriture (17) – Les outils et les lieux

Pour bien pratiquer leurs activités préférées, les hommes (et les femmes aussi, bien sûr, les femmes aussi) ont tous leurs petites manies. Ils peuvent avoir besoin de préliminaires, d’accessoires, de musique, de silence, de parfum, d’alcool ou peut-être d’un tas d’autres choses qui n’a de limite, le tas, que leur imagination. Et encore, je ne parle pas de la pratique de l’activité sexuelle. 

Prenez la chasse par exemple. Je me souviens de mon père, grand chasseur devant l’éternel, avec qui j’ai beaucoup chassé et qui a chassé sans moi bien davantage. A part quelques « chasses du mercredi », chasses de privilégiés, chasses bénies, chasses trop rares, la chasse, pour lui, c’était surtout le dimanche. Elle se tenait au sud de la Loire et, selon les époques, pas loin de Sully sur Loire ou d’Orléans. Comme elle débutait à 9 heures précises, il aurait suffi de quitter Paris avant 7 heures du matin pour être largement dans les temps. Mais le fait de coucher sur place la veille au soir permettait Continuer la lecture de Carnet d’écriture (17) – Les outils et les lieux

Coucher de soleil

Il y a quelques semaines, en panne d’écriture depuis des mois et fatigué de corriger sans cesse les épreuves de Go West ! — qui, je le rappelle, est désormais disponible sur Amazon — j’ai éprouvé soudain le besoin de me remettre à lire — je veux dire lire autre chose que de moi. Bien sûr ces derniers temps, on m’avait offert des tas de livres. «Tiens, me disait-on, toi qui écris, tu dois beaucoup lire, forcément, Ah ! Ah ! Alors voilà un livre ; je ne l’ai pas lu — pas le temps, tu penses bien ! — mais Télérama ( Le Masque, Luchini,  mon beau-frère… ) en dit beaucoup de bien !» Alors j’ai tapé dans l’alignement des succédanés de succès de l’année dernière, des page-tourneurs, des prix qu’on courre, des bêtes c’est l’heure, des prix faits minables et des prix Nobel de vide et ratures qui, comme disait le magot myope de Saint Germain des Prés, se dressaient “tels des menhirs » sur l’étagère la plus basse de ma bibliothèque. 

D’aucun de ces ouvrages, bons à remettre au moins cent fois sur le métier, je n’ai pu dépasser la cinquantième page. 

Et puis, la semaine dernière, alors que je passais, maussade, devant les tréteaux du bouquiniste de la rue Claude Bernard, la couverture jaunie d’un volume de la collection “du monde entier” de la NRF a attiré mon œil avachi. 

Quatre-cents pages exactement d’un Conrad, en bon état, au titre peu connu, en corps 10 et pour 5 Euros, l’affaire était exceptionnelle. J’entrai Continuer la lecture de Coucher de soleil

Vous l’avez lu, vous, Go West ! ?

Moi, je l’ai lu. En entier. Tout. J’ai tout lu. Deux fois. Et même trois pour certains passages.

C’était chouette ! Ça m’a rappelé des souvenirs ! Par moment, je m’y croyais.

Forcément, c’est moi qui l’avais vécu.

Ça m’a bien plu quand même !

Forcément, c’est moi qui l’ai écrit.

Alors maintenant, forcément, j’essaie de le vendre.

Sur Amazon !

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Go West ! C’est combien ?

Go West, c’est

1 prologue

26 chapitres

1 épilogue

145.885 mots

832.351 caractères

17.920 lignes

450 pages

(Ça parait beaucoup comme ça, mais en réalité ça ne fait que sept-cents minutes de lecture, une douzaine d’heures — toujours ça de pris sur les écrans — une petite semaine à temps partiel, autant dire rien du tout.)

Go West !, c’est aussi des milliers de miles en autostop à travers l’Amérique de Kennedy, des tonnes de poussière, des paysages somptueux, des hôtels, des motels, des piscines, des canyons, des déserts, des plages, des rencontres avec des hommes remarquables et avec des femmes étranges…

J’allais oublier : Go West !, c’est 12 euros sur Amazon.

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Aux Ides de Mars

Pendant un temps, un long temps, c’était je crois avant de découvrir Proust et ses recherches, j’étais obsédé par Jules César. Je fréquentais beaucoup ses écrits, ceux de Suétone et de Jerphagnon à son propos. César était pour moi la personnalité des trente derniers siècles, avec Winston Churchill peut-être, mais pas pour les mêmes raisons. Alors, quand je me suis mis à écrire, j’ai beaucoup écrit sur lui, des parodies, des pastiches, des fictions, des utopies…J’étais, et je le suis toujours, très frustré par la disparition précoce de ce monument historique, assassiné qu’il fût aux Ides de Mars (c’est à dire le 15) de l’année 44 avant J-C. par une bande de sénateurs bedonnants poussant devant eux un homme intègre (selon Shakespeare) et manipulé par un Mélanchon antique (je fais exprès d’écrire son nom avec un A ; il parait que ça le rend furieux). Encore aujourd’hui, je me demande souvent comment Rome et, par voie de conséquence, le monde auraient évolué si César avait échappé à son attentat. Le texte qui suit, théâtral à souhait, n’évoque pas ce qu’aurait pu être cette utopie d’un long règne apaisé de Jules César. Au contraire, il veut confirmer que cette tragédie romaine est aussi une tragédie grecque, autrement dit que ce qui est écrit est écrit et que l’homme n’échappe pas plus à son destin que les fleuves ne remontent à leur source.

La scène se passe à Rome, dans l’office d’une villa.
Servilius, esclave du propriétaire des lieux, travaille à la présentation de plats somptueux et abondants. Entre Diodiros, également esclave.

Servilius

-Ah ! Salut, Diodiros, je suis bien content de te voir ! Ce matin, il y a du travail. Tu penses, nous recevons à déjeuner douze personnes, et pas des moindres ! Ils sont déjà là, dans l’atrium. Que des sénateurs !

Diodiros

-Non, Servilius, onze sénateurs et un préteur.

Servilius

-Ah, c’est vrai, j’oubliais que ton maître venait d’être nommé à ce haut poste par César lui-même. Toutes mes félicitations, Diodiros. Tu peux être fier, car l’honneur retombe aussi un peu sur toi.

Diodiros 

-Dans notre maison, pour les esclaves, il y a bien peu d’honneur et beaucoup de coups… A propos, dis-moi, Servilius, comment est-il, ton maître à toi ?

Servilius

-Comment ça, comment est mon maître ? C’est mon maître, c’est tout. Il est de la famille des Junii. Il est sénateur de la République. C’est un homme important à Rome. Peut être l’un des plus importants… après César bien sûr.

Diodiros

-Non, je veux dire, avec toi, il est comment ? Il est doux, il est généreux ? Ou bien il est injuste, violent, il te bat ? Enfin, comment est-il, quoi ? Continuer la lecture de Aux Ides de Mars

Les Bidons de l’Art – 9 

Il y a des années, au risque de passer pour un beauf, j’avais entrepris de diffuser une série consacrée aux escroqueries — du moins à ce que je considère comme tel — de l’art contemporain. Je lui avais donné pour titre « Les Bidons de l’Art ».  Je l’avoue, je n’ai pas toujours cherché à comprendre les cartels explicatifs, bien sûr, j’ai fait le beauf et même le plouc, c‘est vrai, j’ai été excessif dans mes critiques et mes moqueries. Mais ce n’est pas moi qui ai commencé. Koons et ses petits chiens gonflables, Klein et ses bleus, Arman et ses empilements, vous ne pensez pas qu’ils ont un peu beaucoup tiré sur la ficelle ? De toute façon, elle n’a pas duré bien longtemps, ma série : huit numéros en deux ans et demi, et plus rien depuis six ans. En fait, il y avait trop de matière, trop de bidons, et je ne savais plus où donner de la tête. Il aurait fallu que je consacre tout le JdC à cette rubrique. Alors je me suis calmé et je suis passé à autre chose. Mais de temps en temps, devant une œuvre d’art contemporain surgit en moi comme une indignation, un besoin de protester, une révolte… et ça donne le 9ème numéro de mes Bidons de l’Art 

Pour aujourd’hui, plus qu’une indignation, ce sera un éclat de rire. Voyez vous-même : Continuer la lecture de Les Bidons de l’Art – 9 

Un atelier d’urbanisme

Comment s’appelle-t-il déjà, le nouveau Maire de Paris ? Ah oui ! Emmanuel Grégoire — entre nous, il va nous falloir lui trouver un ou deux surnoms affectueux à celui-là. Grégoire était, si mes renseignements sont bons, premier adjoint pendant le règne de Cruella. Je précise «si mes renseignements sont bons » parce que je ne suis pas tout à fait sûr qu’ils le soient. En effet, pas une fois au cours de sa campagne, Monsieur Grégoire n’a mentionné le nom de son ex-patronne. Les premières déclarations de m’sieur not’maire semblent pourtant confirmer qu’il est dans sa droite ligne et même davantage. Le premier projet qu’il a mentionné consisterait à créer des carrefours et des feux rouges sur le boulevard périphérique afin que les piétons puissent le traverser. (J’ai vérifié : il ne s’agit pas d’un poisson d’avril). Ils sont forts quand même les écologistes quand ils sont au pouvoir. Ils arrivent à imaginer l’inimaginable. La passion (la haine fait partie des passions) les domine, l’idéologie les guide et l’absolutisme les conduit… quand ce n’est pas la folie. On peut en juger par ce récit fidèle d’un atelier de créativité impromptu qui s’est tenu il y a deux ans dans le bureau d’Annie Dingo. Au début, étaient présents la Maire (en furie, mais inspirée) et le Dir Cab (bègue, mais pas quand il téléphone). Ont apparu ensuite le médecin de l’Hôtel de Ville (complaisant mais inquiet) et Cottard (toujours aussi con).
Là, c’est Annie qui soliloque. C’est parti !

«  (…) Voyons… je réfléchis tout haut… les travaux pour les pistes cyclables, les fontaines du Rond-Point, les embouteillages, la crasse dans Paris, le trou financier, ma vérification personnelle de la hauteur des vagues sur le site de surf olympique à Tahiti, tout ça est en train de me péter à la figure. Il me faut un projet dérivatif, quelque chose qui occupe les gens, un truc qui marque les esprits, une réalisation qui transforme Paris pour toujours, l’apogée de ma mandature. Eh bien, cette histoire de prolongement de la rue de Rennes jusqu’à la Seine, ça c’est une bonne idée. Et qu’est-ce qu’il en pense, le petit Dir Cab, hein ? Elle n’est pas bonne mon idée peut-être, hein ? Hein ?

Le petit Dir Cab n’avait pas compris que la question était rhétorique. Aussi, il pensa être subtil en approuvant la Patronne tout en soulevant une légère objection, un obstacle mineur, une peccadille :

— Si, si, bien sûr, Ma… Ma… Madame, elle est excellente. Toute… Toutefois…

— Quoi, toutefois ? Qu’est-ce qu’il y a, toutefois ?

Le ton de la dame aurait dû alerter Lubherlu, mais il poursuivit :

— Eh bien, il y a la dé… la démolition de l’Institut. Ça risque de po… po… Continuer la lecture de Un atelier d’urbanisme

Journal intime – 5 avril 2013

Le Lutèce, boulevard St Michel

Presque contre mon gré, fatigué par ma marche depuis le BHV, je me retrouve dans ce café que je fréquentais il y a 53 ans. Je suis devant mon quart Perrier citron à côté de trois jeunes américaines, dont l’une a cet accent nasillard insupportable (Note de 2026 : j’ai appris depuis que l’on appelle ça le ‘ »vocal fry », littéralement la « friture vocale ». A ma connaissance, seules les jeunes filles et jeunes femmes sont atteintes par cette affectation qu’elles s’infligent volontairement et dont elles pensent qu’elle leur donne de la classe, la classe Kardashion, par exemple). Chacune consulte son iPhone pour savoir ce qu’elles vont faire pour continuer leur visite de Paris.

Il y a cinquante-trois ans, (Soixante-six aujourd’hui) c’était l’année de mes 17 ans. Je venais de passer les vacances d’été précédentes à St Martin d’Uriage, où j’avais connu coup sur coup mes deux premiers flirts. Jacqueline Bochurberg était le deuxième. Elle avait l’avantage de posséder une mobylette, d’être blonde, plantureuse et parisienne, contrairement à Colette qui allait à pied, était moins formée et ne quittait que peu ses montagnes. Par rapport à l’adolescent que j’étais, Jacqueline était mentalement, physiquement et probablement sexuellement très en avance, je dis probablement car Continuer la lecture de Journal intime – 5 avril 2013