Trois cafés (11)

(…) C’est pour ça que Cottard arrive à son bureau — parce qu’il a quand même un bureau à la mairie, avec un téléphone, une plante verte et même un ordinateur ! — en même temps que tout le monde, vers neuf heures et demi, dix heures moins le quart, qu’il en repart vingt minutes plus tard en laissant sa veste ou son manteau sur son fauteuil pour qu’on croie qu’il est au WC ou en réunion. En dix minutes il est chez Georges pour s’installer à sa table habituelle — quand il me prend pas la mienne — et regarder TMC ou BFM-TV en continu. Il dit qu’il TV-travaille. En général, vers trois heures, il retourne à l’Hôtel de Ville parce que c’est souvent à cette heure-là qu’il y a un pot de départ ou d’arrivée. Ensuite, il rentre directement chez lui et on ne le revoie chez Georges que le lendemain même heure.
Valait le coup, la parenthèse, pas vrai ? Vous saviez pas ça, hein !

On en était où, déjà ? Ah oui :

— Fichtre ! Contrôleur Général ! Ça n’est pas rien, ça !

— Ça, vous pouvez le dire, Monsieur Stanislav.

— J’en suis tout à fait conscient. Juste une remarque en passant, mon ami : Monsieur tout seul ou Stanislav tout seul iront très bien. Parce que je trouve que Monsieur Stanislav ça fait un peu interlope. Mais à propos, comment t’appelles-tu donc, que je puisse t’appeler autrement que « Mon ami » ?

— Cottard. Mais vous pouvez m’appeler Jules.

— Va pour Jules ! Dis-donc, Jules, ça ne doit pas être facile de contrôler tous les poids et les mesures de notre bonne ville de Paris ? C’est certainement une tâche immense !

— Oh ! Vous savez, répond Cottard avec modestie (et pour cause), c’est un coup à prendre. Avec l’expérience, ça devient plus facile…

— Eh, oui, Jules, avec l’expérience, tout devient facile. Mais j’y pense ! Tu travailles avec Madame Hidalgo ! Tu la connais ?

À mon avis, Hidalgo, Cottard avait dû la voir le jour de son premier sacre, en 14. Mais depuis…

— Sais-tu que je la connais aussi ? s’est enthousiasmé Trois-cafés. Mon Dieu ! Quelle incroyable coïncidence ! Anne est une vieille amie ! Quelle femme extraordinaire ! Ah ! Le monde est bien petit, quand même : j’entre dans un café pour la première fois de ma vie, j’y rencontre des gens charmants mais inconnus de moi et paf, il se trouve que nous avons des amis communs ! Jules, il faut absolument que tu dises à Anne que nous nous connaissons, toi et moi. J’y pense, si tu as quelque chose à lui demander, une augmentation, un conseil pour ta carrière, un avancement, n’importe quoi, je peux lui en parler, si tu veux…. Tu veux ? Non, mieux que ça !  Voilà ce que je vais faire : je vais t’organiser un déjeuner surprise avec elle. Elle sera ravie. D’accord ?

— C’est-à dire que… ça fait longtemps qu’on s’est pas vus, Madame Hidalgo et moi, recule Cottard. Elle a dû m’oublier, depuis le temps. Je ne sais pas si…

— Allons, allons, mon ami ! Tu es trop modeste. Comment pourrait-on oublier Jules Cottard ? Allez, c’est dit, j’organise un déjeuner ! Donne-moi ton jour…

Je voyais la panique s’installer chez Cottard. J’étais sûr que la dernière chose qu’il voulait, c’était déjeuner avec sa patronne… des fois qu’elle s’intéresse au Service Fantôme des Poids et Mesures !

— Ben… C’est à dire que je suis très occupé en ce moment… et puis j’ai pas mon agenda… et puis je pars bientôt en vacances…

Il était pas très bon dans son exercice de rétropédalage, le Cottard. Il était même très mauvais. C’était clair comme le jour qu’il voulait surtout pas rencontrer la Maire ! Mais Trois-cafés insistait. On aurait dit qu’il se rendait compte de rien.

— Bon, écoute, Jules. J’ai l’intention de repasser ici demain à peu près à la même heure. Si tu pouvais y être aussi avec ton agenda, on pourrait s’organiser. D’accord, Jules ?

— Bon… ben … d’accord, Stanislas.

— Stanislav, s’il te plaît. Stanislav !

Cottard était sauvé. Il suffisait que le lendemain, il vienne pas chez Georges . Mais c’était trop dur, il est venu. Quel con, ce Cottard !

 A SUIVRE

Les guillemets

Voici ce que disait Proust il y a cent ans de cette agaçante manie qui consiste à parler entre guillemets. A l’époque du petit Marcel, on ne soulignait cet artifice que par une intonation spéciale (machinale et ironique, comme le dit le narrateur). Aujourd’hui, dans une époque de smileys, d’idéogrammes et d’acronymes infantiles, on croit bon de faire la même chose en y ajoutant ce geste stupide qui consiste à lever les deux mains à hauteur des épaules en dressant l’index et le majeur de chaque main de manière à former deux sortes de V, puis à plier ces quatre doigts à deux reprises. En ayant tracé ainsi dans l’espace deux guillemets de part et d’autre de son visage, on se croit autorisé, par cette typographie virtuelle, à dire n’importe quelle ânerie, pensant s’en être désolidarisé à l’avance par la mimique à la dernière mode.

« …et je remarquai, comme cela m’avait souvent frappé dans ses conversations avec les sœurs de ma grand’mère que quand il (Charles Swann) parlait de choses sérieuses, quand il employait Continuer la lecture de Les guillemets

Trois cafés (10)

(…) — Des affaires… des affaires de toutes sortes, mais essentiellement des affaires confidentielles. Tu comprendras certainement sûrement que je ne puisse en dire davantage. Mais assez parlé de moi. Parlons de toi à présent si tu veux bien. Que fais-tu dans la vie, mon ami ?
Je vois Cottard qui se rengorge immédiatement et déclare, faussement modeste
— Je suis Contrôleur Général Adjoint des Poids et Mesures à la Mairie de Paris.
— Fichtre ! dit Trois-cafés d’un ton admiratif. Contrôleur Général ! Ça n’est pas rien, ça !

Là, faut encore que j’ouvre une parenthèse. Il en a plein la bouche, Cottard, de son « Contrôleur Général adjoint des Poids et Mesures ». C’est vrai que ça ronfle bien comme titre. Mais moi, je sais ce qu’il y a derrière. Et derrière, y a rien ! Rien, je vous dis ! Je le sais, parce qu’un jour qu’il avait un peu bu, Cottard m’en avait raconté pas mal et ça m’avait mis la puce à l’oreille, vous comprenez. Alors après, j’avais cherché sur internet et puis aussi, j’avais pu discuter avec Toussaint, le petit-neveu à Madame Françoise, qui m’en avait appris encore un peu plus. Parce que Toussaint, il travaille dans la même maison que Cottard : il est responsable de l’abri à vélo de la Marie, alors il sait des choses ; c’est pour ça. Il est marrant Toussaint, il dit tout le temps qu’il faudrait… Bon, c’est pas important. On s’en fiche. Mais après ça, je savais tout sur le boulot de Cottard ! J’explique : c’est vrai que Cottard est Continuer la lecture de Trois cafés (10)

Trois cafés (9)

(...) Peut-être que le mot « connard » le définirait mieux, mais j’ai pris l’habitude de dire « con », alors « connard », ça me vient pas. Par contre, il est pas bête. Je veux dire qu’il observe les choses, qu’il analyse les gens et que finalement il sait des tas de trucs. Ça l’empêche pas d’agir comme un con, et parfois même, ça l’aide, mais il est pas bête. La preuve, c’est qu’à ce moment, j’avais la nette impression que lui et moi, sur Trois-cafés, on pensait pareil : on savait pas franchement à quoi s’en tenir.

Alors Cottard, tout con qu’il est et sans se lever de sa banquette, il s’est adressé haut et fort à Trois-cafés :

— Alors comme ça, Monsieur serait de la noblesse ? Pas prince, non, mais de la haute quand même. Moi, ça m’intéresserait de savoir à quelle hauteur il est ? Comte, Vicomte, Marquis ? Dites un peu pour voir.

— A quoi cela te servirait-il de le savoir, mon ami, a répondu Trois-cafés très à l’aise. Les titres de noblesse ne peuvent intéresser que ceux qui en portent. En conséquence, je doute fort que les miens puissent te passionner.

Et vlan pour le con de Cottard ! Mais l’autre a continué sur sa lancée :

— D’ailleurs, Prince, Duc, Marquis, quelle importance ? C’est l’homme qui compte, pas le titre. La vraie noblesse est dans le cœur, pas dans les armoiries. C’est ce que mon père, Dieu ait son âme, m’a appris. Je ne répondrai donc pas à ta question, que d’aucuns d’ailleurs pourraient trouver inconvenante.

— Hé là, hé là, doucement les basses ! Qu’est-ce que c’est que ces manières de traiter Continuer la lecture de Trois cafés (9)

Les jeux de l’été : Quizz 1

Quel est le nom du héros de l’Attrape-coeur ?

A-Rodrigo Tortilla
B-William Holden
C-Holden Caulfield

*

Quel est le prénom du Professeur Tournesol ?

A-Tryphon
B-Trirème
C-Pierre-Alexandre

*

Quel est le titre du dernier livre de Coutheillas ?

A-Go jump in the lake !
B-Go fuck yourself !
C-Go West !

*

Quel est le titre du journal qui emploie Spirou ? Continuer la lecture de Les jeux de l’été : Quizz 1

GO WEST ! Achetez le donc une fois pour toutes…

 …et qu’on n’en parle plus !

Si vous avez déjà lu Go West ! , vous n’avez rien d’autre à faire que d’en parler à vos amis et à vos ennemis, surtout s’ils sont plus nombreux. Vous pourrez également déposer sur le site d’Amazon un avis sincère mais élogieux.

Si vous n’avez pas encore lu Go West !, dépêchez-vous de le faire avant la rentrée, sinon vous ne serez pas en mesure de briller en société en répondant aux questions existentielles suivantes, ce qui serait quand même gênant : 

    • Existait-il des couchettes à la place des racks à bagages dans les avions de la Flying Tiger Line ? 
    • La fille du Cove Creek Motor Inn a-t-elle réellement frappé la première ? 
    • A-t-elle porté plainte, et si oui, qu’a fait la police ? 
    • Voyager aux USA à l’arrière d’un autocar Greyhound était-il passible d’une simple amende ou d’une peine de prison ? 
    • Le Grand Canyon est-il si grand que ça, ou est-ce une exagération de plus du Narrateur ? 
    • Pourquoi les conducteurs d’autocars en Amérique se déguisent-ils en commandants de Boeing 707 ?
    • Qu’est-ce que J. Edgar Hoover Continuer la lecture de GO WEST ! Achetez le donc une fois pour toutes…