Qui est derrière ?
Marcel Proust a dit je ne sais plus comment, mais mieux que moi, qu’un personnage de roman s’inspire non pas d’une personne connue de l’auteur mais de plusieurs, sinon de toutes les personnes qu’il a rencontrées. Je suis pratiquement persuadé qu’il a dit quelque part ailleurs que, dans chacun de ses personnages, il y avait aussi un peu de lui-même. Proust et moi sommes souvent d’accord et c’est à nouveau le cas ici. À ceux de mes lecteurs qui me connaissent un peu ou beaucoup, je laisse le soin de deviner quelle part de moi il y a dans Georges, dans Antoine ou même dans Isabelle… Pour ce qui est de mes autres modèles, je ne les dévoilerai pas, leur ayant promis l’anonymat. Les plus perspicaces auront cependant reconnu sans difficulté dans Cambremer un subtil mélange de Jacques Chaban-Delmas pour les meilleurs côtés et de François Mitterrand pour les autres.
Encore deux mots de regrets avant de fermer cette partie de mon carnet d’écriture consacrée au Cujas.
Mon premier regret est de n’avoir pas su rendre la fin du roman plus claire. En effet, dans la scène finale, Dashiell accepte avec enthousiasme l’invitation d’Isabelle à déjeuner avec un officier français. Il pense pouvoir ainsi renouer avec elle dont il est éperdument amoureux. Mais, il comprend que tout est perdu pour lui quand elle lui donne le nom de cet officier, Jean de Varax. Le lecteur attentif le comprendra en même temps, mais le distrait, Continuer la lecture de Carnet d’écriture (23) – Qui est derrière ?


Tout de suite, à regarder la photo, on sait que les personnages principaux seront les deux étudiants. Le plus grand, le brun, celui qui est habillé comme un attaché d’ambassade, j’en ferais bien un arriviste à la morale un peu souple, mais je ne voudrais pas tomber dans le cliché du type parti de rien et arrivé à tout. Non, il serait de bonne famille, grande bourgeoisie, père industriel et tout… Le jeune homme au chapeau me paraît habillé de façon décalée, même pour un étudiant de 1935. J’en ferais un original, un type hors de l’ordinaire, hors du temps. Je le verrais bien aristocrate, grande famille, château en province, hôtel particulier à Paris, rigueur morale et conscience de classe, un peu cliché certes, mais vraisemblable ; j’en ai rencontré des comme ça. Les baptiser ne fut pas difficile : pour le grand brun, j’adoptais un prénom courant de l’entre-deux guerres, Georges, et pour patronyme, celui d’un personnage de la Recherche du temps perdu, le marquis de Cambremer, à qui j’ôtai toute particule. Pour l’autre étudiant,
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