Souvenirs, souvenirs… 

Il y a quelques jours, j’ai publié un article intitulé « Journal intime » suivi d’une date, le 3 décembre 2012. Pendant quelques semaines, de manière espacée et pour un temps limité, je continuerai à publier des articles portant ce titre suivi d’une autre date. Mais pourquoi donc, se demande-t-on à voix basse sous la feuillée ? À voix basse sous la feuillée, on se demande
Pourquoi publier un journal intime ?
Et aussi, pourquoi écrire un journal intime ?
Et surtout, qu’est-ce qu’un journal intime ?
Mais d’abord, pourquoi cette question ?

Eh bien voilà : 

Pendant quelques années, plus précisément de 2005 à 2013, j’ai tenu un journal intime. Oui, j’ai eu cette faiblesse. Pourtant, avant que cela n’arrive, combien de fois m’étais-je moqué de cette préciosité de jeune fille de pensionnat ?  Confier à un cahier à spirale ses états d’âme, ses joies, ses espoirs et ses déceptions, ça n’est pas très viril-viril me direz—vous, ni même très intéressant, non ? À quoi je vous répondrai que, pour dire ça,  c’est que vous n’avez pas lu le journal intime de Paul Morand, ni celui Continuer la lecture de Souvenirs, souvenirs… 

Le chaudron de Freud

Après la Caverne de Platon, dans sa série « Comment briller en société sans forcément parler de la famille », le Journal des Coutheillas vous offre aujourd’hui: « Le Chaudron de Freud » en version abrégée, facile à retenir, que vous pourrez aisément étoffer afin de passer pour un brillant causeur. Allons-y : 

A emprunte un chaudron de cuivre à B.
Une fois qu’il l’a rendu, B fait traduire A en justice en l’accusant d’être responsable du gros trou qui se trouve maintenant dans le chaudron, et qui rend l’ustensile inutilisable.
A présente sa défense en ces termes :

Primo, je n’ai jamais emprunté de chaudron à B
Secundo, le chaudron avait déjà un trou lorsque B me l’a donné
Tertio, j’ai rendu le chaudron en parfait état.

(Tiré de ‘Le Mot d’esprit et sa relation à l’inconscient’ – Freud)

Voici maintenant la version originale, plus élaborée, forcément :

Ludwig emprunte ein Kupferkessel  à Franz.
Une fois qu’il l’a rendu, Franz fait traduire Ludwig en justice en l’accusant d’être verantwortlich du große Loch qui se trouve maintenant dans le Kupferkessel, et qui rend l’ustensile unbrauchbar.
Ludwig présente sa Verteidigung en ces termes :

  • Erstens, je n’ai Niemals emprunté de Kupferkessel à Franz
  • Zweitens, le Kupferkessel avait déjà un Loch lorsque Franz me l’a donné
  • Dritte, j’ai rendu le Kupferkessel einwandfreiem Zustand

(Ach ! Ludwig ! Du filou !) 

Ça sonne mieux mais c’est moins clair, pas vrai ?

 

Journal intime – 3 Décembre 2012

Hier, mercredi, j’ai emmené Lili au parc à jeux du Jardin du Luxembourg. L’endroit est pratiquement désert dans cette matinée un peu froide. Lili joue avec enthousiasme, sautant d’une attraction à une autre. Mais finalement, elle passe l’essentiel de son temps sur une « tyrolienne » trop grande pour elle. Pendant un long moment, il n’y a qu’elle et un garçon de deux ou trois ans de plus qu’elle à utiliser les perches. Sans se regarder ni se parler, on voit bien que chacun ne se démène que pour impressionner l’autre. Du fait de la petite taille de Lili, je joue le rôle du perchman en l’aidant à monter sur l’estrade et à saisir les perches. À chacun de ses passages, tandis que je regarde Lili s’éloigner le long du câble, debout à côté de moi pour attendre son tour, le petit garçon me raconte quelque Continuer la lecture de Journal intime – 3 Décembre 2012

Gustave monte en bateau

« Reçu bachelier le 3 août 1840, Gustave Flaubert (1821-1880) se voit offrir son premier grand voyage : un périple de deux mois sous la tutelle de Jules Cloquet, professeur à la faculté de médecine de Paris, âgé de 50 ans, ami de son père. Le jeune homme hésite d’abord à partir : « l’instinct me dit que le voyage sans doute me plaît, mais le compagnon guère », écrit-il à Ernest Chevalier. Finalement, il trouvera le docteur Cloquet à son goût, il restera lié avec lui sa vie durant. »
(extrait de l’introduction de Claudine Gothot-Mersch à l’ouvrage cité plus bas )

« À la hauteur des îles d’Hyères, la brise ne nous avait pas encore pris, et cependant de larges vagues déferlaient avec vigueur sur les flancs du bateau, sa carcasse en craquait (et la mienne aussi), une grande ligne noire était marquée à l’horizon et les ondes, à mesure que nous avancions, prenait une teinte plus sombre analogue tout à fait à celle d’un jeune médecin qui se promenait de long en large, et dont les joues ressemblaient à du varech tant il était vert d’angoisse. Jusque-là, j’étais resté couché sur le dos Continuer la lecture de Gustave monte en bateau

En pleine figure !

L’Institut Imagine
Il y a une douzaine d’années, j’avais écrit tout le mal que je pensais de l’esthétique de cet  édifice. Contrairement aux apparences, ce bâtiment n’est pas bio-dégradable. On peut encore le voir chaque fois que l’on passe Boulevard du Montparnasse entre l’avenue du Maine et la rue de Sèvres. Agacé par ce furoncle immobilier, j’avais donc rediffusé ma diatribe l’année dernière. Et puis, et c’est ainsi que vont les choses, je l’ai oublié, ce foutu bâtiment.
Mais il  y a quelques jours, en revenant du Musée Bourdelle (dont il faudra que je vous parle un de ces jours) par la rue Falguière, il m’est revenu en pleine figure, le salaud ! Paf ! Comme ça !

Massif sans majesté, brutal sans force, anguleux sans raison, vitrifié sans grâce, il me narguait, le traitre, avec ses Continuer la lecture de En pleine figure !

Carnet d’écriture (16) – La lumière au bout du tunnel

La lumière que vous apercevez au bout du tunnel n’est autre que le fanal du train qui vous fonce dessus

Vous connaissez sûrement cet aphorisme. Il nous avait été utilement rappelé par Jim ici même il y a quelques années. Ce n’est pas parce qu’elle est le reflet d’un fatalisme résigné qui engage à la paresse et même à l’inaction, considérant que toute action humaine visant à contrecarrer le destin, c’est-à-dire la volonté des dieux, est inutile que j’aime cette loi quasi murphienne. Je l’aime parce qu’elle est un ressort tragique plein de ressources. Elle ouvre un champ de possibilités très large et permet d’inventer des destins tragiques et surprenants à la fois, comme celui de ce grand vizir de Bagdad qui croyait échapper à la mort en galopant vers Samarcande.

C’est en pensant très fort à elle que j’ai imaginé Continuer la lecture de Carnet d’écriture (16) – La lumière au bout du tunnel

Les dieux rigolent

L’homme aime ; il hait, prévoit, décide, se bat, transpire, saigne, espère. 
Dans l’Olympe, les dieux regardent et rigolent. 
La preuve : 

Lettre du mercredi 30 décembre 1959 d’Albert Camus à Maria Casarès.
« Bon. Dernière lettre. Juste pour te dire que j’arrive mardi, par la route, remontant avec les Gallimard lundi (ils passent par ici vendredi). Je te téléphonerai à mon arrivée, mais on pourrait peut-être convenir déjà de dîner ensemble mardi. Disons en principe, pour faire la part des hasards de la route — je te confirmerai le dîner au téléphone.
Je t’envoie déjà une cargaison de tendres vœux, et que la vie rejaillisse en toi pendant toute l’année, te donnant le cher visage que j’aime depuis tant d’années (mais je l’aime soucieux aussi, et de toutes les manières). Je plie ton imperméable dans l’enveloppe et j’y joins tous les soleils du cœur.
A bientôt, ma superbe. Je suis si content à l’idée de te revoir que je ris en t’écrivant. J’ai refermé mes dossiers et ne travaille Continuer la lecture de Les dieux rigolent

Un pastiche, sinon rien !

Par Lorenzo dell’Acqua

« Le 51 ème pastiche de Lorenzo, ça s’arrose »
Il s’agit de la même scène mais vécue par Lorenzo, l’artiste et le poète si cher à NRCB.

 Longtemps je me suis levé de bonne heure et ça continue et c’est très pénible à mon âge parce que ça augmente la durée de mes journées que je dois occuper  avec des activités le moins futiles possible ce qui n’est pas chose facile même pour un génie multicarte comme ma tendre maman m’appelait quand j’étais encore ce charmant bambin de cinq kilos à la naissance qui en pesa d’autant plus par la suite selon une courbe asymptomatique établie jadis par un célèbre pédiatre tombé dans l’oubli ce qui n’était pas sans poser de graves soucis vestimentaires à ma génitrice dans les robes de laquelle je séjournais la plupart du temps perdu.

C’est pas mal mais c’est un peu court, jeune homme ….

Longtemps je me suis levé de bonheur quand j’étais enfant, émerveillé par la nouvelle journée qui s’ouvrait sur les bras affectueux de ma mère et sur les rayons d’un soleil éclatant faisant miroiter l’onde pure de la mer dans cette charmante maison de famille qu’un jour, hélas, pour des raisons qu’il serait fastidieux de Continuer la lecture de Un pastiche, sinon rien !

Comme il vous plaira

Je n’ai jamais compris pourquoi, dans les statistiques du Journal des Coutheillas, cet article est demeuré depuis sa première parution l’un des plus vus. Mais puisque vous aimez ça, vous en reprendrez bien encore une fois.

(…) Or, qu’est-ce que la vie, sinon une sorte de comédie où chacun remplit son rôle sous un déguisement qu’il change souvent, si souvent que roi tout à l’heure sous la pourpre, le même acteur reparaît l’instant d’après esclave sous des haillons, jusqu’à ce qu’enfin l’imprésario le force à quitter la scène ! Telle est, sur ce monde sans consistance, la farce qui se joue chaque jour.
Erasme  –
Eloge de la folie (cinquième jour des ides de juin 1508)

Le monde entier est un théâtre, et les hommes et les femmes ne sont que des acteurs ; ils ont leurs entrées et leurs sorties. Un homme, dans le cours de sa vie, joue différents rôles ; et les actes de la pièce sont les sept âges.
William ShakespeareComme il vous plaira (1599)

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