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Les Particules élémentaires

Rediffusion de Critique aisée n°202 

Publiée en avril 2020, je rediffuse cette critique aisée parce que ça fait longtemps qu’on a rien eu de Houellebecque. Avant de la republier, je l’ai relue, bien sûr, et je l’ai trouvée bonne, ma critique ! Elle est bonne et en plus elle est bonne, comme disait je ne sais plus qui  à propos de je ne sais plus quoi. De plus, elle m’a fait réaliser  que j’avais totalement oublié ce livre et donc, pour finir, comme elle est bonne, elle m’a donné envie de le relire. C’est l’avantage de perdre la mémoire, l’un d’entre eux en tout cas. 

Les Particules élémentaires
Michel Houellebecq – 1998
Collection J’AI LU – 317 pages – 42,65 Francs

Avertissement : ceci n’est pas une Critique Aisée habituelle. Ce n’est pas parce que l’écrivain est d’importance : j’en ai traité d’autres. Ce n’est pas que le livre m’ait emporté spécialement : au moment où j’écris ces lignes je ne l’ai pas encore terminé. C’est moins une critique qu’un commentaire, une généralisation de l’analyse d’un morceau choisi à l’ensemble de l’œuvre, une tentative de décryptage de certaines techniques de Michel Houellebecq. Quand j’ai commencé ce papier, c’était pour le placer dans le Journal de Campagne. Mais il a pris trop d’importance pour ma rubrique champêtre. Alors, le voici déguisé en Critique Aisée n°202.

Il y a quelques jours, j’avais pris la décision, probablement définitive, d’abandonner le Voyage au bout de la nuit au moment où, de son côté, Bardamu abandonnait son cabinet médical (voir à ce propos le numéro 24 de ce Journal de Campagne). Ceci fait, j’ai réalisé que je risquais de devenir, probablement définitivement, l’esclave docile des séries US. Alors, tel un Cicéron1 tristounet exilé en Thessalie2, j’ai regardé la bibliothèque qui fait face au bureau de ma Thébaïde3de l’Aisne. Mon œil blasé, qui n’attendait pas grand-chose d’un examen par trop nonchalant, aperçut quand même, écrasé entre un gros Joyce4 et un encore plus gros Churchill5, un petit « J’AI LU » tout moche, tout corné, achevé d’imprimer le 1er août 2000 et acheté la même année pour 42,65 Francs. Les pages étaient jaunies et le livre avait été lu, c’était certain. Mais comme sa première page ne portait pas de ma main la mention de l’année de ma lecture, j’en conclus que je ne l’avais pas lu. C’était non seulement possible mais ça se révéla exact. Un Houellebecq que je n’avais pas lu ! Et en plus, disait-on, peut-être le roman fondateur de la saga autobiographique de Houellebecq et de ses substituts ! Une vraie chance. Et je commençai sa lecture le soir même, juste avant de revoir le troisième épisode de la deuxième saison de The Big Bang Theory6, vous savez celui où Léonard veut prouver à Sheldon que… Ah ? Vous n’avez pas Netflix ?

« Ce livre est avant tout l’histoire d’un homme, qui vécut la plus grande partie de sa vie en Europe occidentale, durant la seconde moitié du XXe siècle. Généralement seul, il fut cependant, de loin en loin, en relation avec d’autres hommes. Il vécut en des temps malheureux et troublés. Le pays qui lui avait donné naissance basculait lentement, mais inéluctablement, dans la zone économique des pays moyens-pauvres. »

C’est ainsi que commencent « Les particules élémentaires » ou plus exactement, son prologue. Ça commence bien, non ? On est tout de suite dans l’ambiance, celle qu’on appellera plus tard l’ambiance houellebecquienne, lucide à en désespérer, désespérée à en rire, drôle à en mourir. Voici un passage des Particules où Houellebecq raconte en quelques lignes ce qu’aurait pu être, mais ne fut pas, la vie du grand-père des deux personnages principaux du livre, Bruno et Michel :

« Né en 1882 dans un village de l’intérieur de la Corse, au sein d’une famille de paysans analphabètes, Martin Ceccaldi semblait bien parti pour mener la vie agricole et pastorale, à rayon d’action limité, qui était celle de ses ancêtres depuis une succession indéfinie de générations. Il s’agit d’une vie depuis longtemps disparue de nos contrées, dont l’analyse exhaustive n’offre donc qu’un intérêt limité ; certains écologistes radicaux en manifestant par périodes une nostalgie incompréhensible, j’offrirai cependant, pour être complet, une brève description synthétique d’une telle vie : on a la nature et le bon air, on cultive quelques parcelles (dont le nombre est précisément fixé par un système d’héritage strict), de temps en temps on tire un sanglier ; on baise à droite à gauche, en particulier sa femme, qui donne naissance à des enfants ; on élève lesdits enfants pour qu’ils prennent leur place dans le même écosystème, on attrape une maladie et c’est marre. »

Ce passage est pour moi très caractéristique du style de Houellebecq, de la façon qu’il a de vous raconter une histoire. On y reviendra. Je l’ai choisi aussi, pour ne pas choquer ce qui peut rester encore de pruderie chez les lecteurs du Journal des Coutheillas, parce qu’il comporte très peu de mots grossiers (baise, marre) et qu’il ne fait allusion qu’une seule fois à l’acte sexuel (baise) sans donner plus de précision technique sur la façon dont cet acte est pratiqué. Nous sommes donc là en plein confort moral dans une zone qu’un puritain un tant soit peu humanisé pourrait fréquenter.

Dans ce passage, M.H. nous fait observer de haut la vie du Corse ordinaire à cheval sur les XIX et XXe siècles comme s’il s’agissait des mœurs du Pigeon de Kittliz7. Sur le plan ornithologique, la description est succincte, à la limite de la nonchalance. Sur le plan anthropologique, elle est tout aussi succincte, mais ce qui la caractérise, ce n’est pas la nonchalance. La réduction de la vie du Corse moyen à quelques simples faits présentés de façon dérisoire est à effet Kiss Cool : d’abord nous faire sourire, nous qui, avec l’auteur, regardons tout ça de haut et, dans un deuxième temps nous faire réaliser l’absence de sens de notre propre vie, pas si différente que ça de celle du cousin Ceccaldi.

Ce passage est également exemplaire l’autre technique houellebecquienne : une description froide et quasi scientifique d’un homme, d’un groupe ou d’une période (on élève lesdits enfants pour qu’ils prennent leur place dans le même écosystème) qui s’achève par une pirouette en raccourci, grossière ou populaire, (et c’est marre), et qui, par son ironie, vient réduire à rien l’effet didactique de la leçon.

Ces deux éléments, l’observation présentée comme objective, d’une part, et la pirouette finale d’autre part, ne sont que des techniques. Elles permettent de faire passer agréablement auprès du lecteur (on apprend beaucoup de choses et on rit beaucoup en lisant M.H.) une vision extrêmement lucide et pas mal désespérante de notre monde, de notre société, de son évolution, de ses modes, des groupes d’individus qui la compose, de leurs habitudes, de leurs motivations et de leurs désirs. Seuls l’ironie qui l’habite et l’humour qui l’habille permettent de supporter un tel pessimisme.

Ceux qui ont lu ce livre me feront remarquer qu’il ne se résume pas à une simple vision pessimiste de l’humanité présentée avec une élégance de style remarquable et un humour féroce (et à ceux-là, je ferai remarquer qu’ils ont déjà oublié l’avertissement que j’ai placé en tête). C’est une construction étrange que celle des « Particules » qui nous fait suivre en alternance les deux vies si différentes de deux demi-frères. M.H. choisit de décrire la désespérante et inutile vie de Bruno à travers ses obsessions sexuelles avec une précision à la fois crue et clinique. Celle de Michel, tout aussi triste et vide sentimentalement que celle de Bruno, nous est racontée comme un historien des sciences nous raconterait la vie d’un homme comme Albert Eisntein, génie fondateur d’une révolution dans la manière de comprendre l’Univers, et en ce qui concerne Michel, à l’origine d’une transformation pour le moins radicale de toute l’Humanité.

A part le merveilleux style d’écriture, annonciateur des romans qui vont suivre, les « Particules » ont un autre point commun avec eux : l’Homme, ou la Société, ou l’Humanité tels qu’ils sont aujourd’hui sont fichus.

C’était vraiment un truc à lire en ce moment.

Notes

1- Cicéron : Romain assez antique. Belle carrière d’avocat. Écrivain de talent mais dont l’essentiel de l’œuvre consiste en phrases ou éléments de phrases repris intégralement dans le dictionnaire Latin-Français dénommé Gaffiot et particulièrement apprécié des écoliers qui n’avait pas eu la chance de pouvoir choisir « Moderne ». Fut exilé en Thessalie pour avoir exécuté ceux qu’il venait de faire condamner. Mais ça ne dura pas. 

2- Thessalie : région de Grèce que je situe vaguement à mi-chemin entre Athènes et les contreforts du Mont Olympe.

3- Thébaïde : Désert de Haute-Egypte ; on est censé n’y rien faire du tout.

4- Joyce : Écrivain irlandais

5- Churchill : Écrivain anglais

6- The Big Bang Theory : voir Critique aisée n° 117

7- Pigeon de Kittliz (Columba versicolor) ; espèce disparue à l’époque de Martin Ceccaldi

Trois cafés (24)

(…) Puis, se tournant vers Dumoulot :
— Allez, Gérard, la machine est lancée ! Vous êtes content, j’espère ?
Et sans attendre la réponse, il est sorti, sans voir qu’il avait l’air plutôt gêné, le du Moulot potentiel. Mais moi je savais bien pourquoi : c’est qu’il avait pas un Kopeck sur lui.

Ne pas avoir d’argent sur soi, c’est une question de principe chez Dumoulot. C’est même plus que ça, c’est une religion. C’est pas qu’il soit radin, non… Ce serait plutôt qu’il aime pas dépenser. Jamais un sou dans la poche, pas de carte de crédit, déjà, ça lui évite la tentation de payer son coup quand ça serait son tour. Ensuite, c’est vrai qu’il règle son ardoise à Georges tous les mois, mais il mange et il boit chez Georges, il lit le journal de Georges, il regarde la télé de Georges et quand il est pas chez Georges, il est dans le métro ou chez lui. Dans le métro, il voyage gratis, bien sûr, et chez lui c’est pareil, je veux dire qu’il paie pas de loyer. Comment ça se fait ? Je sais pas ; une combine quelconque, j’imagine. Bon, c’est pas le sujet. On s’en fiche ! Toujours est-il que comme ça, il dépense pas grand-chose, Dumoulot. Ça lui permet d’économiser pour entrer de temps en temps dans une affaire super-prometteuse avec son beau-frère pour cent ou deux cents balles et de les perdre automatiquement dans le mois qui suit.

Donc, ce matin-là comme les autres matins, Dumoulot n’avait pas d’argent sur lui. Probable qu’il en avait pas beaucoup non plus à la maison, parce que le métro, hein, comme employeur… enfin, bon, c’est pas le sujet. Donc Dumoulot est pauvre et comme tous les pauvres, il est timide, et comme tous les timides, il ose pas dire qu’il est pauvre. Alors, il avait pas dit à Trois-cafés qu’il pouvait pas payer la cotisation.

 Mais moi, je l’aime bien Dumoulot. Je voulais pas qu’il se ridiculise devant Trois-cafés ni surtout qu’il perde une chance de devenir châtelain. Et puis je me disais aussi que si je l’aidais un peu maintenant et que si jamais il devenait riche, gentil comme il est, il serait surement reconnaissant. Et puis, quarante-cinq euros, c’était pas la ruine non plus, pas vrai ?

Je me suis approché et je lui ai demandé à l’oreille, parce que fallait pas que les autres entendent, des fois que ça leur donne des idées :

— T’as combien sur toi ?

— Euh, ben tu sais bien… Rien…

— Ouais, bon, écoute, je te les prête les quarante-cinq balles. Tu me les rendras quand tu seras vicomte. D’accord ?

Aux anges, qu’il est passé, Dumoulot ! Et ému en plus !

— Ah, mon Ratounet, qu’il m’a dit, tu es vraiment un ami ! Bien sûr que je te les rendrai, tes euros, et plus encore ! Dès que tout ça sera réglé, tu verras ça, tu verras ça…

Je lui ai pas dit que j’espérais bien voir ça, et dans pas trop longtemps si possible. Je lui ai pas dit non plus que j’aimais pas beaucoup qu’il m’appelle son Ratounet. C’était pas le moment, j’ai trouvé. Je lui ai simplement refilé les billets en même temps qu’une grande claque dans le dos en lui disant :

— Mais oui, mon vieux, mais oui, on verra ça plus tard. C’est pas important. Maintenant, va remplir ta feuille d’identité. Trois-cafés va pas tarder à revenir.

Quarante-cinq euros pour gagner la reconnaissance éternelle d’un futur propriétaire terrien, c’était pas trop cher payer, non ? Et encore, c’était que de l’argent prêté, pas de l’argent donné. Et si jamais ça marchait pas, si le foutu Comité des Tarticules et des Pitres Nobiliaires trouvait rien, je pourrais toujours réclamer le remboursement à l’employé du métro. Ça mettrait peut-être le temps, mais j’y arriverai surement. Mais bon ! Y avait pas de raison, ça allait marcher… Sûr que ça allait marcher ! Trois-cafés l’avait dit.

Trois-cafés a fini par rentrer de la terrasse. Il a ramassé le fric et la feuille d’identité des Dumoulot et il s’est dirigé vers la porte en déclamant :

Adieu, chers compagnons, ou plutôt À demain !
Je me rends de ce pas porter ce parchemin
Jusques en les bureaux de la Chancellerie
Exercer mes pouvoirs et ma sorcellerie
Pour établir les droits du sire du Moulot.
Que Dieu vous protège et vous maintienne au chaud !

Décidément, il en faisait quand même beaucoup, Trois-cafés.

Il a porté sa main vers le becquet de la porte, mais il s’est ravisé et, comme un automate, l’index tendu devant lui, il a pivoté lentement sur les talons jusqu’à pointer la table de Cottard, lequel était toujours passionnément plongé dans les petites annonces immobilières.

A SUIVRE

ET DEMAIN …
Les particules élémentaires

Pure réaction

Il y a quelques années, j’avais publié ici dans un article et dans son commentaire quelques aphorismes de Nicolás Gómez Dávila (1913-1994). Dàvila, écrivain colombien, était un réactionnaire assumé. Mais il critiquait aussi bien les conservateurs que les progressistes.
Pour moi, Dàvila est un heureux mélange de Philippe Murray et de Caton (pas l’ancien, hein !, pas celui qui voulait détruire Carthage, l’autre, Caton d’Utique bien sûr , le  copain versatile de César et de Pompée !)
Chacune de ces sentences mérite qu’on s’y attarde quelques instants. Après, on pourra juger si l’on est d’accord ou non. Mais d’abord : réfléchir. 

Le pur réactionnaire n’est pas un nostalgique qui rêve de passés abolis, mais le traqueur des ombres sacrées sur les collines éternelles.

Les nations actuelles ne sont pas des peuples, mais des sécessions victorieuses de la plèbe.

L’émigration est le dernier recours du réactionnaire.
Le dernier recours du révolutionnaire est la terreur.

Tolérer ne doit pas consister à oublier que ce qu’on tolère ne mérite que de la tolérance.

L’intégration croissante de l’humanité ne fait que lui faciliter le partage des mêmes vices.

Se rebeller contre l’inévitable et se résigner à l’évidence : c’est ce qui Continuer la lecture de Pure réaction →

Trois cafés (23)

(…) Et tout ce que je reçois de votre part en guise de remerciements, ce sont des plaintes paranoïaques et des jérémiades indignes d’un du Moulot ! J’en viens à me demander si je ne me suis pas trompé sur votre compte et si finalement vous n’êtes pas qu’un simple Dumoulot ! Tout cela pour une petite condition de rien du tout que vous n’avez même pas demandé à connaître ! Ah, vous me décevez, Gérard, vous me décevez énormément !

À voir les gouttes de sueur qui commençaient à perler au front de Dumoulot, j’ai réalisé qu’il n’avait pas compris grand-chose à la tirade de Trois-cafés. Il allait falloir que j’intervienne à nouveau, parce que je l’aime bien, moi, Dumoulot. C’est vrai que c’est pas le couteau le plus aiguisé du tiroir, mais il est pas méchant pour deux sous. C’est pas comme l’autre, là, ce con de Cottard. Alors je l’aime bien, moi, Dumoulot et je suis intervenu.

— Écoutez, Stanislav. Je crois qu’on va pas s’en sortir. Vous voyez bien qu’il comprend rien à ce que vous dites. Faut dire — le prenez pas mal — que vous y mettez pas du vôtre, non plus. Vous vous écoutez des fois ? « une faute grave contre l’honneur de la Chancellerie… se rendre aux arguments… des plaintes paranoïaques… des jérémiades indignes… des moyens qui vous donnaient barre sur le Chancelier… » et puis quoi encore ?   Même moi, des fois, j’ai du mal. Alors Dumoulot, vous pensez ! Vous savez pas à qui vous causez, mon vieux ! Dumoulot, il est gentil, il est franc comme l’or, c’est un livre ouvert, mais y a rien d’écrit dessus. Y a que des dessins, un peu comme une bande dessinée pour moins de sept ans. Alors voilà ce que je vous propose : vous m’expliquez à moi et je lui explique à lui. Ça sera beaucoup moins pénible comme ça. Alors ? C’est quoi cette condition ?

Là, j’ai bien vu que je l’avais impressionné, Trois-cafés. Tout aristo et bien habillé et cultivé et tout qu’il était, Continuer la lecture de Trois cafés (23) →

Message mensuel d’octobre

Compte tenu de son succès, je n’ai aucune raison de modifier mon message mensuel du mois dernier, au contraire. Je vais donc vous le resservir intégralement ce mois-ci. Voici : 

J’écris des mots. Ça fait maintenant dix-sept ans que j’écris des mots, régulièrement, tout le temps, partout, le matin dans les cafés, l’après-midi dans les jardins, le soir chez moi… J’écris des petites chroniques d’humeur, des critiques de cinéma, de théâtre et de littérature ; j’écris des histoires courtes, quelques pages, des nouvelles, un peu plus longues, et même des romans, trois courts et deux de bonne longueur. J’ai même deux longs inachevés dans mes tiroirs. Depuis treize ans, je fais paraître tous ces écrits sous forme de feuilleton dans ce blog, Le Journal des Coutheillas.  Ensuite, ils paraissent en livre broché et en format Kindle chez Amazon. Pour y accéder, tapez seulement « Philippe Coutheillas » dans la case « recherche » d’Amazon.fr

Blind dinner
Un « Blind dinner », c’est un dîner un peu particulier dans lequel les invités ne se connaissent pas. Dans les beaux quartiers, c’est très à la mode. Renée, la maitresse de maison, trouve cela très chic et parfois follement drôle.  Mais ce soir là, quand on a commencé à parler d’un mystérieux virus venant de Chine, le diner a vite tourné au vinaigre.

LA MITRO et autres drôles d’histoires
C’est un recueil de nouvelles qui porte le titre de la première d’entre elles. Assez inspirée par Marcel Pagnol, il faut la lire avec l’accent. Les autres nouvelles revisitent aussi bien l’assassinat de Jules César que les jeux Continuer la lecture de Message mensuel d’octobre →

Le texte, Coco, le texte ! 

Sur YouTube, on ne trouve pas que des Labradors qui parlent, des arbres qui tombent, et des avions qui se posent de travers. On peut y trouver aussi du théâtre, et du bon. Je ne parle pas de ces médiocres captations de mauvaises pièces de boulevard périphérique, mais de théâtre classique (Molière, Marivaux, Musset, Hugo…) interprété par les meilleurs comédiens que la France peut compter, ceux de la Comédie Française¹. 

Depuis 2020, une quarantaine de pièces de théâtre ont ainsi été réalisées par la Comédie Française et diffusées sur YouTube.
Les spectacles que l’on peut y trouver ne sont pas des représentations traditionnelles telles qu’on peut les voir dans les salles de la Comédie. Ce sont en fait des versions améliorées de ce que l’on appelle une « lecture à la table ». Dans le monde du théâtre, m’a-t-on dit une lecture à la table, c’est la première étape dans la création d’un spectacle. C’est une répétition dans laquelle les comédiens, réunis autour d’une table et munis du texte de l’œuvre qu’ils commencent à répéter, lisent leur rôle. Il n’y a pas de décor, pas de costumes, pas de scénographie. Le texte est filé d’un bout à l’autre, en présence de tous les comédiens et du metteur en scène. Le travail est orienté sur la familiarisation des comédiens avec le texte et la recherche du sens. 

Ce que présente la Comédie Française et qui a pour titre générique « Théâtre à la table » se rapproche Continuer la lecture de Le texte, Coco, le texte !  →

Trois cafés (22)

(…) Et, dans une dernière moue languissante, Madame Françoise a cédé :
— C’est bien pour vous faire plaisir, Stan…-
— Ah, merci, merci, merci ! Je vais téléphoner à Robert pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il sera aux anges ! Ah, que je suis content ! Je vais me mettre à la préparation de notre petite expédition dès demain et je vous en reparle très vite ! À présent, vous voudrez bien m’excuser, mais il faut que je voie notre ami Gérard.
Sur un petit nuage, Madame Françoise est partie s’asseoir à sa table sous la télévision où elle restée une bonne demi-heure les yeux dans le vague. Je l’imaginais en train de se demander ce qu’elle allait bien pouvoir mettre pour assister au mariage du siècle.

Si vous me demandiez ce que faisait Cottard pendant tout ce temps, je vous dirais bien qu’il faisait comme si il était pas là. En fait, il était là, mais il le regrettait parce qu’il voulait surtout pas parler à Trois-cafés because le déjeuner avec Hidalgo. Du coup, il s’était planqué derrière un journal qu’il avait ramassé sur le comptoir et il faisait semblant de consulter les annonces immobilières. De son côté, Trois-cafés était allé rejoindre Dumoulot à sa table, celle qu’est juste à côté de la mienne.

— Ah ! Gérard ! Mon ami ! J’ai beaucoup de choses à te dire. Tout d’abord, Continuer la lecture de Trois cafés (22) →