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Rendez-vous à cinq heures avec Desproges et Pieplu (4)

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L’année des cons

Il parait qu’il n’y a pas que les oiseaux qui soient cons. Selon Claude Pieplu, interviewé par Pierre Desproges, cette année, chez les humains, c’est un festival !

 

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L’Anomalie – Critique aisée n°239

temps de lecture : 5 minutes

critique aisée n°239

L’Anomalie
Hervé Le Tellier
Gallimard – 327 pages – 20 €
Prix Goncourt 2020

Avertissement : si vous vous foutez des états d’âme qui m’ont conduit à reprendre et à lire ce livre abandonné sur une table de nuit pendant plusieurs mois autant que de votre premier masque chirurgical, si vous ne vous intéressez qu’à mon avis motivé sur l’avant dernier Goncourt, alors vous pouvez sauter le paragraphe suivant, celui dont les premiers mots, Longtemps il est resté…, sont en caractères gras, disons épais, car gras, c’est moche, et passer directement à celui qui commence par « Donc, L’Anomalie d’Hervé Le Tellier »

Longtemps il est resté sur ma table de nuit, celui-là. Un an ? Davantage ?
C’est un ami qui me l’avait offert. Il faut dire que je n’achète pratiquement plus de livres, à deux occasions près : a) lorsque je veux en offrir un et b) quand je veux en relire un. Tenez, justement, pas plus tard que l’autre jour, j’ai acheté Fantasia chez les ploucs, ou plutôt Le Bikini de diamants – car c’est son nouveau titre, minable mais collé au titre original – en deux exemplaires, un petit a) pour l’offrir et un petit b) pour le relire. Fantasia chez les ploucs, c’est comme Le Petit Prince ou l’Attrape-Cœurs, il faut le relire régulièrement, je dirais… tous les dix ans. Et comme Fantasia… j’avais oublié… Bon… Donc, je n’achète plus de livres, les autres, je veux dire les amis et même la famille s’en chargent.
Et c’est ce qui s’est passé pour celui-là, le Goncourt 2020. Trop occupé à ne pas terminer mon roman inachevé “Un couple inachevé”, je l’ai laissé longtemps de côté. Mais ça y est. Pendant la dernière canicule, à l’ombre immobile des bouleaux du jardin, je l’ai lu, en entier, en trois ou quatre jours.

C’est énervant toutes ces digressions, pas vrai ? Mais qu’est-ce que vous voulez ? Il faut prendre ça comme une mise en jambes ; pour vous comme pour moi. Mais là, c’est fini.

Donc, L’Anomalie d’Hervé le Tellier :
A quelques mois d’intervalle, deux Boeing 737 d’Air France se présentent pour se poser à New York. Jusqu’ici, rien que de très courant. Pour le premier, tout se passe normalement. Pour le second, c’est un peu différent. Accompagné par des chasseurs de l’US Air Force, il est détourné vers une base militaire. Pourquoi ? À cause d’une anomalie, l’Anomalie. Je n’en dirai pas davantage sur sa nature, sauf que dans ce cas, le mot anomalie peut sans exagération être qualifié d’euphémisme.

Ceci exposé, l’auteur développe avec virtuosité plusieurs thèmes souvent abordés par la science-fiction – mais quel thème ce genre littéraire n’a-t-il pas déjà abordé ? Les préciser reviendrait à déflorer le sujet et je n’en ferai rien, bien que cette rigueur intellectuelle ne me facilite pas le travail.

J’en serai donc réduit à vous parler de la construction, du style et de l’interêt du roman.

C’est la technique du roman choral que l’auteur a adoptée, où l’on suit de près, chapitre après chapitre, personnage après personnage. Le système est classique, tellement classique que je l’ai moi-même utilisé avec le bonheur que l’on sait dans Le Cujas (que vous ne trouverez dans aucune librairie, ni bonne ni mauvaise). Le problème de L’Anomalie, c’est que le nombre de personnages est un peu trop grand et qu’en ce qui me concerne, à plusieurs reprises, j’ai dû revenir en arrière pour savoir qui était qui. En toute honnêteté, je dois avouer que, quand je lis, c’est le genre de truc qui m’arrive de plus en plus souvent. Mais dans cette Anomalie, la difficulté est double — vous comprendrez pourquoi si vous lisez la chose — et on voudra bien me faire la grâce de ne pas tout mettre sur le dos de mon manque de concentration.

L’Anomalie est plutôt bien écrite. Elle est aussi parsemée de pointes d’humour, telles que cette description de l’un des personnages, matheux de profession : « pour un probabiliste, c’est un rêveur, il a des yeux verts qui le ferait prendre pour un théoricien des nombres, même s’il porte les cheveux aussi longs qu’un théoricien des jeux, des petites lunettes d’acier trotskisantes de logicien et de vieux T-shirt troué d’algébriste. » De plus, certaines scènes de suspens sont particulièrement réussies, comme celle, impressionnante, de la conversation entre le commandant de bord du Boeing et le NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord) au moment de l’entrée de l’appareil dans l’espace aérien US.

Les personnages sont assez bien vus, plutôt originaux, à l’exception tout à fait remarquable de celui d’une jeune femme, avocate, noire et américaine, incroyable cliché issu tout droit de l’industrie des séries féministes judiciaires anti-racistes.

L’histoire est bien conduite et la mise en abyme est intéressante. On ne comprend pas toujours ce qui se passe, mais après tout, on se dit que c’est fait pour ça, on renonce à tout comprendre au fur et à mesure et espère qu’à un moment donné,  l’auteur finira bien par nous donner les clés. Bien sûr, avec un tel scénario, dont vous remarquerez que j’ai réussi à ne pas le dévoiler, pour la fin, il ne faut pas s’attendre à autre chose qu’une pirouette. Mais quand je pense à ce que Frederic Brown ou Isaac Asimov auraient pu faire d’une situation comme celle-là !

Ceci dit, il faut bien que j’avoue que ça ce laisse bien lire, mais…

Mais, mais, mais…
Mais quand même… Mis à part cette confusion dans les personnages et les développements de l’intrigue que, si vous insistez,  je peux attribuer à mon manque de concentration, j’ai plus d’un reproche à faire à L’Anomalie.

J’ai d’abord trouvé un certain manque de naturel dans l’accumulation des aphorismes bien sentis, signifiants ou pas, compréhensibles ou non, qui marque une volonté un peu dérisoire de l’auteur de laisser une trace dans les dictionnaires de citations.

On pourrait aussi lui reprocher de ne pas toujours mentionner les véritables sources des aphorismes qu’il glisse dans le texte quand il n’en est pas lui-même l’auteur.

On l’a dit plus haut, H. Le Tellier est un virtuose. Il est habile aussi, car c’est une habileté, transparente mais habileté quand même, que de désamorcer les critiques des clichés que l’on vient d’écrire en les déclarant soi-même comme tels.

Bref, plutôt virtuose, parfois drôle, souvent intéressant, quelquefois confus, assez roublard… Bon, ça parait globalement positif, tout ça, non ?

Mais un Goncourt ?

Qu’est-ce qu’Alexandre Vialatte ?

Si l’art, comme il l’affirme dans une formule célèbre, « est le folklore d’un pays qui n’existe pas », le génie de Vialatte s’etend bel et bien dans un paysage littéraire qui va de Kafka à Jean Dutourd et de Nietzsche à Pierre Desproges. Quand ce dernier déclarait que l’auteur des « Fruits du Congo » était l’un des plus grands écrivains du demi-siècle, il n’exagérait pas. Car les admirateurs de Vialatte ne sont pas des lecteurs ordinaires. Ils forment une secte d’initiés et de jaloux, adeptes d’un culte rendu à un poète-philosophe parfaitement méconnu de son vivant. Il n’est pas un chagrin de la vie qui puisse résister à la lecture d’une page de ce prince de l’humour « plus tendre et désespéré – c’est encore Desproges qui parle – qu’un la mineur final dans un rondo de Satie ».

Auteur anonyme – 4ème de couverture des Chroniques des grands micmacs

 

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