Archives par mot-clé : Histoire de Dashiell Stiller

Carnet d’écriture (21) – Caractère et patronyme

(…) Ça y est ! C’est décidé : je vais écrire sur eux, avec eux. Mais qui sont-ils sur cette photo ? Qui est là ?
Il va falloir d’abord leur créer une ébauche de personnalité, une ébauche seulement car, par expérience je sais, et je ne suis pas le seul à le dire, qu’au cours de l’écriture, chaque personnage prendra de plus en plus d’indépendance, jusqu’à en devenir éventuellement incontrôlable. Il faudra aussi trouver ce qu’ils ont pu vivre avant le jour de la photo et, pour chacun, la raison de sa présence dans ce café, à cet instant, sur cette photo. Ensuite, il suffira de lâcher les chevaux…

Caractère et patronyme

Tout de suite, à regarder la photo, on sait que les personnages principaux seront les deux étudiants. Le plus grand, le brun, celui qui est habillé comme un attaché d’ambassade, j’en ferais bien un arriviste à la morale un peu souple, mais je ne voudrais pas tomber dans le cliché du type parti de rien et arrivé à tout. Non, il serait de bonne famille, grande bourgeoisie, père industriel et tout… Le jeune homme au chapeau me paraît habillé de façon décalée, même pour un étudiant de 1935. J’en ferais un original, un type hors de l’ordinaire, hors du temps. Je le verrais bien aristocrate, grande famille, château en province, hôtel particulier à Paris, rigueur morale et conscience de classe, un peu cliché certes, mais vraisemblable ; j’en ai rencontré des comme ça. Les baptiser ne fut pas difficile : pour le grand brun, j’adoptais un prénom courant de l’entre-deux guerres, Georges, et pour patronyme, celui d’un personnage de la Recherche du temps perdu, le marquis de Cambremer, à qui j’ôtai toute particule. Pour l’autre étudiant, Continuer la lecture de Carnet d’écriture (21) – Caractère et patronyme

Carnet d’écriture (20) – Qui est là ?

(…)  je pris l’habitude de lui envoyer une à deux fois par semaine une carte postale, une carte postale de n’importe où, de n’importe quoi, avec juste un petit mot dessus, un petit mot de rien du tout, quelque chose comme « Meilleur souvenir de la Tour Eiffel » écrit au dos d’une vue de Notre-Dame. Je pensais que que ni le message ni la photographie n’étaient importants ; ce qui devait compter c’était de recevoir du courrier : « Nano, encore une carte postale pour vous ». C’est du moins ce que je croyais. J’espère ne pas m’être trompé car combien de vues de l’Arc de Triomphe sous toutes ses coutures, du Sacré-Coeur sous tous les angles, de l’Avenue de l’Opéra à toutes les époques  Nano a-t-elle reçues ? Cette habitude a duré longtemps, deux ans, trois peut-être et puis je n’ai plus envoyé de cartes postales parce que Nano n’’était plus là pour les recevoir. C’est l’une de ces cartes postales qui a déclenché Le Cujas. Un de ces jours, je vous dirai comment et pourquoi.

Cette carte postale, c’est celle-ci :

Je la rencontrai à l’étal d’un marchand de souvenirs de la rue Soufflot. Au milieu des bérets basques multicolores, des Tour-Eiffel-Porte-clés et des parapluies d’urgence, au même prix que les chromos  de  l’Arc de Triomphe et de la Place du Tertre — trois cartes pour 1 euro — elle dénotait pourtant par la qualité de la photographie et l’originalité de la scène représentée. Au verso, sans fioritures, elle disait son titre : Continuer la lecture de Carnet d’écriture (20) – Qui est là ?

Carnet d’écriture (19) – Une carte pour Nano

Vous vous souvenez certainemlent de cet interview de l’écrivain Pierre-André Mariotte par Berthe Granval. A sa question « Alors, dites-nous, cher Pierre-André Mariotte, pourquoi écrivez-vous ? », il avait répondu : « Pourquoi écrit-on ? Pourquoi un être censé se met-il à écrire ? Pourquoi se met-il à travailler comme un bénédictin, à raturer, à modifier, à biffer, à reprendre, à lire et à relire, à déchirer, à vérifier, à recoller ? Pourquoi se soumet-il volontairement à ces périodes de doute, de résignation, de désespoir même ? Pourquoi supporte-t-il d’en perdre l’appétit ? Pourquoi accepte-t-il de se remettre à fumer, à boire, ou pire ? Pourquoi ? »

Cette façon de répondre à une question par une rafale d’autres questions n’était pas qu’une habileté de plus d’un habitué des plateaux de télévision. Elle permettait à l’écrivain de passer ensuite en revue les diverses motivations qui peuvent habiter ses semblables et d’indiquer quelles étaient les siennes. Si vous voulez savoir tout ça, il vous faudra relire l’article « Une émission de Berthe Granval » publié le 30/11/2016.

Mais une autre question se pose, plus triviale : à partir du moment où l’envie ou le besoin d’écrire sont là, qu’est-ce qui peut bien déclencher l’écriture de tel texte plutôt que tel autre ? Pour les vrais écrivains, Continuer la lecture de Carnet d’écriture (19) – Une carte pour Nano

Rencontre avec un gentleman

Là, c’est Casquette qui dégoise comment qu’il a rencontré son meilleur pote, Sammy de Pantin : Casquette s’est fait lourder de chez ses vieux ; avec trois autres arpètes de sa bande, il va arroser ça entre Pigalle et Blanche ; mais ça tourne vinaigre fissa  parce qu’un des gluges file une mandale à une gonzesse qui se met à gueuler au charron ; et v’la t’y pas que ça défrise deux maquereaux qui passaient par là ; vite fait, c’est la castagne…

(…) J’ai fait partie d’une bande à Nanterre, oh ! pas bien dangereuse, la bande, mais on faisait des petits vols à l’arraché, ou dans les entrepôts la nuit, ou dans les magasins. Les gars m’ont trouvé de quoi loger sur une péniche du côté de Chatou. C’était un vieil anar qui abritait les jeunes de banlieue qu’avaient des problèmes avec les flics. Ça sentait mauvais sur ce rafiot ! Il devait bien y avoir deux cents chats là-dedans, autant de chiens, et pas mal de graines de voyous ; mais on rigolait bien, on était jeunes. Bon, un soir avec trois copains, on décide de descendre en ville. La semaine d’avant, Continuer la lecture de Rencontre avec un gentleman

Survivre à Treblinka

Samuel Goldenberg était né juif dans le village de Rovno en Ukraine, mais ça, il l’avait oublié, car depuis la fin de son adolescence, il était devenu Sammy de Pantin, élégant petit voyou de Pigalle à qui tout réussissait, membre respecté de la bande du Suédois, racketteur, souteneur, surineur à l’occasion. Mais un matin, à l’aurore, la police française est venue le chercher chez lui, pas en tant qu’hors la loi, non, mais parce qu’il était juif.
Les lignes qui suivent sont les premières du journal qu’il a tenu dans le camp d’extermination de Treblinka.

 Lundi 26 octobre 1942

Premier jour de mon journal. Ça fait trois mois que je suis là mais c’est juste aujourd’hui que je commence. C’est Claude qui m’a dit de le faire. Il m’a donné des raisons pour ça : pour m’occuper et pour me souvenir plus tard. Mais moi, je commence à le connaître, Claude. Je l’aime bien, il m’a sauvé la mise une fois. Mais c’est un révolutionnaire, c’est plutôt un agitateur qu’un mouton. J’ai compris que ce qu’il voudrait vraiment c’est pour plus tard qu’il y ait des témoignages, des gens qui racontent ce qui se passe vraiment ici. Vu comme c’est parti, c’est probable que dans pas très longtemps, des gens, il y en aura plus beaucoup. Mais des trucs écrits, si on les cache bien, avec un peu de chance, ça pourra être retrouvé plus tard quand tout sera fini.
Donc voilà : un peu pour lui faire plaisir, un peu pour m’occuper, j’ai décidé de commencer mon journal. Bon mais là, j’ai plus le temps. Il va Continuer la lecture de Survivre à Treblinka

5 mai 1945, la prise du Nid d’Aigle

Hitler s’est suicidé le 30 avril. Pourtant, en ce début du mois de mai 1945, la guerre continue. Le 4, une colonne de blindés US et la 2ème D.B. de Leclerc investissent Berchtesgaden où se trouve la résidence privée du Führer. Le lendemain, en fin d’après-midi, c’est un commando français qui le premier prend possession du Nid d’Aigle, sorte de refuge de luxe qui surplombe Berchtesgaden à 1700 mètres d’altitude. Il y a donc 80 ans aujourd’hui, le drapeau français était planté sur le point culminant de l’Allemagne nazi. 

Ce qui s’est réellement passé Continuer la lecture de 5 mai 1945, la prise du Nid d’Aigle

Incident technique

Histoire de Dashiell Stiller n’est plus disponible sur Amazon.fr !
Il ne s’agit malheureusement pas d’une rupture de stock, mais des conséquences d’un incident technique entièrement imputable à une maladresse de ma part.

La réédition de Histoire se Dashiell Stiller se fera dans quelques temps, dans la douleur et probablement sous un autre titre : Le Cujas. 

En attendant, mes autres publications demeurent disponibles, du moins l’espère-je. 

Blind dinner
Un « Blind dinner », c’est un dîner un peu particulier dans lequel les invités ne se connaissent pas. Dans les beaux quartiers, c’est très à la mode. Renée, la maitresse de maison, Continuer la lecture de Incident technique

Histoire de Dashiell Stiller (extrait)

Lundi 26 octobre 1942

Premier jour de mon journal. Ça fait trois mois que je suis là mais c’est juste aujourd’hui que je commence. C’est Claude qui m’a dit de le faire. Il m’a donné des raisons pour ça : pour m’occuper et pour me souvenir plus tard. Mais moi, je commence à le connaître, Claude. Je l’aime bien, il m’a sauvé la mise une fois. Mais c’est un révolutionnaire, c’est plutôt un agitateur qu’un mouton. J’ai compris que ce qu’il voudrait vraiment c’est pour plus tard qu’il y ait des témoignages, des gens qui racontent ce qui se passe vraiment ici. Vu comme c’est parti, c’est probable que dans pas très longtemps, des gens, il y en aura plus beaucoup. Mais des trucs écrits, si on les cache bien, avec un peu de chance, ça pourra être retrouvé plus tard quand tout sera fini.
Donc voilà : un peu pour lui faire plaisir, un peu pour m’occuper, j’ai décidé de commencer mon journal. Bon mais là, j’ai plus le temps. Il va bientôt faire jour.

Mardi 27 octobre

Avant de commencer à raconter ce qui se passe dans le camp, Continuer la lecture de Histoire de Dashiell Stiller (extrait)

Les débuts dans le monde d’Armelle Poder

Le texte qui suit est extrait du roman Histoire de Dashiell Stiller et plus particulièrement du 3ème chapitre. C’est Armelle Poder qui raconte son histoire. Il faut que vous sachiez qu’elle préfère qu’on l’appelle Simone Renoir. Elle trouve que ça fait  plus distingué.

(…)
Bon, après ça, on a vécu des moments difficiles, Sammy et moi. J’avais plus de travail, plus de chambre, plus rien. Il a bien voulu que j’emménage avec lui dans sa chambre rue d’Odessa. La chambre était pas terrible, mais moi j’étais heureuse, vous pensez, toute la journée avec Sammy, à m’occuper de lui et tout. Mais au bout d’une semaine, il m’a dit que c’était pas tout ça, que c’était bien beau l’amour et l’eau fraiche, mais que ça manquait de beurre dans les épinards et qu’il allait falloir voir à me mettre au boulot. Quand j’ai compris que le boulot, c’était le ruban…

Le ruban ? Ben, c’est le trottoir, le turf, la racole… faire la pute, quoi ! Quand j’ai compris que c’était ça, j’ai refusé tout net. Alors il m’a flanqué une de ces roustes. J’étais une ingrate — une ingrate, c’est une moins que rien, une qu’a pas la reconnaissance du ventre, qu’il m’a dit — et qu’avec tous les sacrifices qu’il avait fait pour moi, il pensait que je pourrais bien faire ça pour lui, une fois de temps en temps. Quand j’ai dit « Jamais ! », il m’a flanqué Continuer la lecture de Les débuts dans le monde d’Armelle Poder