Rencontre avec un gentleman

Là, c’est Casquette qui dégoise comment qu’il a rencontré son meilleur pote, Sammy de Pantin : Casquette s’est fait lourder de chez ses vieux ; avec trois autres arpètes de sa bande, il va arroser ça entre Pigalle et Blanche ; mais ça tourne vinaigre fissa  parce qu’un des gluges file une mandale à une gonzesse qui se met à gueuler au charron ; et v’la t’y pas que ça défrise deux maquereaux qui passaient par là ; vite fait, c’est la castagne…

(…) J’ai fait partie d’une bande à Nanterre, oh ! pas bien dangereuse, la bande, mais on faisait des petits vols à l’arraché, ou dans les entrepôts la nuit, ou dans les magasins. Les gars m’ont trouvé de quoi loger sur une péniche du côté de Chatou. C’était un vieil anar qui abritait les jeunes de banlieue qu’avaient des problèmes avec les flics. Ça sentait mauvais sur ce rafiot ! Il devait bien y avoir deux cents chats là-dedans, autant de chiens, et pas mal de graines de voyous ; mais on rigolait bien, on était jeunes. Bon, un soir avec trois copains, on décide de descendre en ville. La semaine d’avant, on avait trouvé un lot de batteries de voitures au cul d’un camion et on les avait pas mal vendues à un garagiste de Courbevoie. C’est pour ça qu’on était bien chargés en oseille. On faisait la java du côté de Blanche. Les copains étaient plutôt imbibés, mais pas moi, je bois jamais d’alcool. À un moment, j’ai jamais su pourquoi, y a Hafid qui s’empoigne avec une sœur en train de fumer sur le trottoir. Il lui file une grosse beigne et voilà la fille qui saigne du nez et qui gueule au charron. Deux mecs rappliquent, un gros costaud et un petit, enfin… de ma taille, quoi. Ils disent que la fille est une amie à eux et que c’est pas des manières ; on leur demande si eux aussi par hasard, ils veulent pas des baffes ; bref le ton monte et de fil en aiguille, on commence à se bigorner. Nous, on est quatre et ils sont que deux, et pour eux, ça risque de devenir coton, mais au bout de deux minutes, y a le petit qui sort un flingue. Mes trois copains se carapatent vite fait mais moi, je sais pas ce qui me prend, je fais le fier et je sors le couteau. Contre un flingue, j’avais pas une chance, vous pensez, mais vas-y donc, et que je te fais le malin et je me mets à te balancer des insultes au petit mec au pistolet. Et tout d’un coup, j’en prends une bonne sur l’arrière du crâne. Ça me fait tomber par terre. C’était le costaud qui m’était passé par derrière pendant que je surveillais le flingue. Et là, les deux gonzes m’entreprennent à coups de savates. J’en prends plein la tête, plein les côtes, plein les jambes, je saigne de la bouche et du nez, j’ai mal partout, mais au lieu de me mettre en boule et d’attendre que ça passe, j’arrive à me relever. J’ai perdu mon couteau, j’y vois presque plus, mais j’essaie encore de leur cogner dessus. J’en prends encore deux ou trois sévères et puis tout d’un coup, plus rien. J’entends : « Arrête, petit, tu vas finir par te faire du mal. » Mais moi, complètement cinglé, je lui balance : « Lâche ton pétard, hé, minable, et tu verras à qui il va faire du mal, le petit ! » et je continue à gesticuler à l’aveugle, mais pas longtemps, parce que le gros que je surveillais plus vient me ceinturer par derrière. Alors, Sammy, parce que c’était lui, bien sûr, Sammy s’approche et me flanque son feu sous le nez : « Arrête, qu’on te dit. Tu trouves pas que t’en a assez fait comme ça ? Tu trouves pas que tu l’as assez montré que t’en avais ? Tu veux quand même pas qu’on te rectifie parce que t’as filé une correction à une gonzesse. » Alors, moi, comme un gamin à l’école : « Et en plus, c’est même pas moi qui l’ai tapée, la fille, c’est Hafid ». Et, je vous jure, vous allez pas me croire, quand je dis ça, je peux pas m’empêcher de me mettre à pleurer ! La honte ! Et au lieu de se foutre de ma gueule, je vois Sammy qui sourit et qui dit : « Écoute petit, calme-toi. Momo va te lâcher doucement, tu vas te détendre, tu vas respirer un bon coup et on va tous les trois aller boire un scotch à ta santé. » Voilà, c’était ma rencontre avec Sammy. Un vrai gentleman, Sammy. C’est cette nuit-là qu’on est devenus copains, plus que ça, même, amis, à la vie, à la mort… jusqu’à ce que les fridolins…mais ça, je vous l’ai déjà dit … (…)

Ce qui se passe avant, le début quoi, et la fin aussi, enfin tout, vous pourrez le lire dans « Histoire de Dashiell Stiller », mais pour ça, faudra casquer quelques thunes à Amazon, quand même. C’est triste à dire mais, finalement, tout se paie. 

Histoire de Dashiell Stiller
Paris 1935. Dashiell, jeune touriste Américain, prend une photographie de la terrasse d’un café du Boulevard St-Michel, le Cujas. Treize années plus tard, il est de retour à Paris pour rencontrer les huit personnages qui se trouvaient sur la photo. Il les fait parler sur leur vie, sur la façon dont ils ont vécu cette période troublée de la guerre, l’Occupation, la Résistance, la Collaboration, les Camps, la Libération… Mais pourquoi fait-il cela ? Pour écrire un roman ? Pour retrouver quelqu’un ? Pour expier un crime ? Pour retrouver sa propre histoire, l’histoire de Dashiell Stiller ?

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