Trois cafés (2)

Ce « Trois cafés (2) » fait suite comme c’est logique au « Trois cafés (1) » paru il y a quelques jours.  Si vous l’avez raté, vous pouvez le retrouver en cliquant ICI . Mais vous pouvez tout aussi bien vous en passer. Vous n’aurez pas perdu grand chose. 

*

(…) Bon !
C’était un jour qu’était pas fait comme les autres.
Vraiment !
D’abord, c’était un mardi…

…et ça, déjà, c’est pas tous les jours, pas vrai ?
Non, je plaisante ; je peux pas m’en empêcher ; pourtant, y a vraiment pas matière, vous allez voir. Mais mardi ou pas mardi, ce jour, ce sera toujours celui où il est entré chez Georges pour la première fois. Parce qu’à partir de là, plus rien n’a été pareil.

Chez Georges, c’est le café où je passe le temps. En fait, le nom du café, c’est pas Chez Georges, c’est À l’Université. La Fac est pas loin, juste en haut de la rue. C’est pour ça. Quand Georges a racheté le fond, il voulait changer le nom, mais il aurait fallu qu’il change aussi l’enseigne, le store de la terrasse, le papier à lettre et tout. Ça faisait des frais. Alors, il a gardé À l’Université. C’est pour ça. Mais par ici, tout le monde dit « Chez Georges ». Faut dire que dans la clientèle du bistrot, personne a envie de dégoiser à un copain « Bon, ben maintenant, je vais à l’Université ! » Ça prête à confusion, vous comprenez. Du coup, dans le quartier, tout le monde dit « Je vais chez Georges ». Parce que le patron s’appelle Georges. C’est pour ça.

Donc, on était mardi. Pas mardi dernier, hein ! Ni celui d’avant, non… Ça doit bien faire cinq ou six mois maintenant. Tenez, c’était le lendemain de mon anniversaire de mariage d’avec ma femme. Je m’en souviens justement parce que l’anniversaire, je l’avais oublié. Ça a fait tout un chambard avec Gisèle ! Remarquez, comme ça, la prochaine fois, je risque pas de l’oublier, l’anniversaire.

Donc, c’est le lendemain qu’il est entré chez Georges pour la première fois.  Il devait être dix heures, dix heures et demi. Allez ! Disons onze heures moins vingt, mais pas plus. J’étais assis à la table du fond, celle qu’est à côté du porte-manteau. C’est pas là que je me mets d’habitude. Ma table, c’est celle qui est du côté cuisine, mais là, ce matin, elle était prise. C’était Cottard qui s’était installé là, tranquille. Pourtant, il sait bien que … Bon ! On s’en fiche, c’est pas intéressant. Donc, j’étais à la table à côté du porte-manteau et je discutais avec Dumoulot. Ça faisait bien une demie plombe montre en main qu’il me bassinait avec son cousin de Montalivet-les-Bains qui avait presque fait fortune en vendant des chemises importées d’Italie et je venais de comprendre que c’était pas son cousin, mais un collègue de bureau de son cousin, que c’était pas une affaire de chemises italiennes mais de sardines portugaises et que l’affaire s’était pas faite parce que je sais plus pourquoi. Dumoulot, il est gentil mais il est compliqué. Il a toujours des histoires à n’en plus finir sur comment lui ou quelqu’un qu’il connait aurait pu gagner plein d’argent mais que ça s’est pas fait parce que ça s’est pas fait mais que ça a bien failli. Souvent, il parle pour ne rien dire.

Bon ! Donc, j’écoutais Dumoulot. Brusquement, la porte du bistrot s’est ouverte. En fait, non, pas brusquement ; plutôt doucement, même ; doucement, mais avec une sorte de régularité, de détermination, de puissance contrôlée si vous voyez ce que je veux dire. En fait je me rappelle plus très bien. Mais ce que je me rappelle, c’est que dehors, il faisait un temps de chien, une grosse averse avec des bourrasques glacées. C’est peut-être ça qui m’a donné l’impression que la porte s’était ouverte brusquement. Ben oui, la différence entre le calme dedans et la tempête dehors. Ça ou le coup de tonnerre qu’a éclaté en même temps qu’il ouvrait la porte.

A SUIVRE (vraisemblablement )

ET DEMAIN :
CE SOIR A SAMARCANDE

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