(…) C’était clair comme le jour qu’il voulait surtout pas rencontrer la Maire ! Mais Trois-cafés insistait. On aurait dit qu’il se rendait compte de rien.
— Bon, écoute, Jules. J’ai l’intention de repasser ici demain à peu près à la même heure. Si tu pouvais y être aussi avec ton agenda, on pourrait s’organiser. D’accord, Jules ?
— D’accord, Stanislas.
— Stanislav, s’il te plaît. Stanislav !
Cottard était sauvé. Il suffisait que le lendemain, il vienne pas chez Georges . Mais c’était trop dur, il est venu. Quel con, ce Cottard !
Mais je raconte trop vite, là ! Faut que je fasse attention, je raconte toujours trop vite. Pour le moment, si on était pas encore demain, il commençait à être midi moins juste d’aujourd’hui. Ça serait bientôt l’heure de passer à table. Parce que tous les jours ou presque, Dumoulot, Madame Françoise et moi, on déjeune chez Georges. Pas ensemble, hein ! Dumoulot et moi à la même table et Madame Françoise, à la sienne, sous la photo du Puy de Dôme. C’est pas qu’on veuille pas d’une femme avec nous quand on mange. Non, on a même essayé, tous les trois, un temps, au début. Mais un jour, Madame Françoise a pris son couvert et elle est allée s’installer à la table du coin, là-bas. Pas un mot d’explication, rien ! Peut-être qu’on l’avait choquée ? Un truc qu’on aurait dit, une blague un peu raide, on sait pas. Et on saura jamais, parce qu’elle est jamais revenue déjeuner avec nous, Madame Françoise, et que nous, on n’ose pas lui demander pourquoi. Et d’ailleurs, on s’en fout un peu. Et depuis, elle déjeune toute seule en faisant des mots fléchés ou des Sudokus ou des trucs comme ça. Et Dumoulot et moi, on s’est aperçu que c’était pas plus mal, qu’on pouvait discuter de choses qu’on pouvait pas avant, par exemple parler femmes, faire des blagues sur les belles-mères et tout. Quand on est qu’entre hommes, qu’est-ce que vous voulez, c’est mieux pour causer, c’est connu.
Bon ! Mais ça, c’est pas important, on s’en fiche.
Cottard, lui, il déjeune jamais là. À midi moins dix pile, il décarre de chez Georges et il file tout droit à la cantine de la Mairie. Il dit qu’il faut qu’il y soit à l’ouverture, midi précises, parce qu’avant, c’est pas ouvert et qu’après, y a moins de choix. Il dit aussi que c’est pas bon, mais qu’il y va quand même parce qu’il y a droit. Et que quand on y a droit, on y a droit.
Quand Cottard sort du bistrot pour aller déjeuner, ça rappelle à Georges qu’il est moins dix et ça lui donne le signal pour activer le Sénégalais qu’est dans la cuisine. Le Sénégalais, il arrive le matin à six heures et il repart le soir à la fermeture à neuf heures. Entre temps, il sort pas de sa cambuse, on le voit jamais, on l’a jamais vu, on sait même pas si c’est le même Sénégalais tous les jours. D’ailleurs on sait pas non plus s’il est vraiment sénégalais. C’est Georges qui l’appelle « mon Sénégalais », alors nous, on le croit sur parole.
Bon, ça aussi, on s’en fiche. C’est pas le sujet.
Le sujet, c’est que, quand Dumoulot et moi on s’est assis à ma table, eh bien Trois-cafés aussi ! Je veux dire qu’il a tiré une chaise en disant « Vous permettez, Messieurs ? » et qu’aussi sec, il s’est assis à côté de Dumoulot. Dumoulot, il a rien osé dire, mais moi, si !
— Mais comment donc, cher Stanislav ! que j’ai dit comme si je parlais à mon assiette. Faites comme si vous étiez pas chez vous !
Le double-sens était clair, quand même, non ? N’importe qui aurait compris qu’il était pas forcément le bienvenu. Mais pas lui. Ou alors, il s’en foutait.
— Je vous remercie de votre hospitalité, mes amis. Et puisque vous m’invitez à votre table, pourrais-je connaître vos noms ?
Moi, j’aurais pas répondu. J’aurais fait celui qu’a pas entendu. Mais Dumoulot m’a pas laissé le temps de pas répondre. Tout de suite, l’air franc et plein de bonne volonté, il a dit :
— Lui, c’est Ratinet et moi, c’est Dumoulot. Gérard Dumoulot.
Quel besoin il avait de répondre à ce type, comme ça, comme si on avait gardé les vaches ensemble ? Bien sûr que c’était pour être gentil, bien sûr que c’était pour pas lui faire de peine, mais qu’est-ce qu’on en avait à faire de pas vexer Trois-cafés ? Il est gentil, Dumoulot, mais c’est vrai qu’il est trop gentil. Au passage, j’avais quand même appris qu’il s’appelait Gérard.
— Parfait, parfait, Messieurs ! qu’il a dit, Trois-cafés, en se frottant les mains. Et qu’est-ce qu’on mange de bon, par ici ?
Moi, un peu pour montrer que j’existais, un peu pour pas être totalement désagréable mais un peu aussi pour lui faire comprendre que j’étais pas complètement d’accord pour qu’il mange avec nous, j’ai répondu sans le regarder :
— C’est écrit là, sur l’ardoise qu’est sous la télé. De toute façon, y a pas autre chose !
— Voyons, voyons, qu’il a continué. Œuf-mayo, merlan frit et baba au rhum ! Mon Dieu ! Tout ce que j’aime !
Et, en se tournant vers la cuisine, il a clamé joyeusement :
— Eh bien Georges, je ne vais pas te compliquer la vie : pour moi, ce sera la même chose que mes deux amis ! Œuf-mayonnaise, merlan frit et baba au rhum !
De toute façon, y avait rien d’autre ! Je lui avais bien dit, pourtant ! Là, je me suis encore demandé s’il continuait pas à se foutre de notre gueule, par hasard. Mais brusquement, il s’est tourné vers Dumoulot et, l’air intéressé, il lui a demandé :
— Dis-moi, Gérard, Dumoulot, c’est Dumoulot ou du Moulot ?
A SUIVRE
Incroyable !
Ce texte interminable, bavard, vulgaire, machiste et même à la limite du racisme, et de surcroit mal écrit dans un déplorable français approximatif, ce texte, dis-je, ne déclenche aucune polémique, ne provoque aucune pétition, ni n’entraine aucune réaction ! Incroyable !