C’était un jour qu’était pas fait comme les autres.
Vraiment !
J’ajoute « Vraiment ! » parce que « C’était un jour qu’était pas fait comme les autres », c’est devenu chez moi un tic de langage, un peu comme le « en fait » que disent beaucoup les enfants aujourd’hui, quoique moins maintenant, mais quand même, et comme le « du coup » que dit tout le monde tout le temps. C’est agaçant ! En tout cas, moi, ça m’agace. Parce que, c’est vrai, vous avez vu, les gens disent « du coup » à tout bout de champ. Alors que non, faudrait pas ! Par exemple, ils disent « Y avait plus de métro, du coup je suis rentré à pied » Ben non, non et non ! On peut dire « du coup » quand ça vaut le coup, mais pas là ! Il fallait dire « La RATP était en grève, donc je suis rentré en taxi. » On vous l’a dit et répété, cent fois, à la radio, à la télévision, partout ! Mais les gens n’écoutent pas. Ils lisent pas non plus, faut dire. Du coup, ils disent n’importe quoi, des tas de trucs agaçants, genre « en fait » ou « du coup ». Ah ben, oui, tiens ! Dans le genre agaçant, « genre » c’est pas mal non plus. Par exemple, les gens disent « C’est un mec genre faux-cul de première » Ben non, non et non ! On peut pas dire ça ! Il faut dire « C’est une personne du genre hypocrite invétéré».
En fait, « du coup », je le dis très peu. Moi, ce que je dis souvent, ce serait plutôt « C’était un jour qu’était pas fait comme les autres ». Vous me direz que c’est pas le même usage. « Du coup », surtout quand c’est mal utilisé, ça permet de rebondir, ça donne à ce qu’on dit un semblant d’apparence logique, un peu comme si on disait « donc », en fait. Tandis que « C’était un jour qu’était pas fait comme les autres », ça, c’est plutôt fait pour commencer une histoire ; ça vous pose le discours, c’est une annonce en fanfare, genre Flaubert, « C’était à Mégara, faubourg de Carthage… »
Moi, « C’était un jour qu’était pas fait comme les autres », je trouve ça chouette comme entrée en matière. C’est pas courant, ça sonne bien et ça éveille l’attention de l’auditeur. Du coup, il écoute mieux, parce qu’il s’attend à quelque chose d’extraordinaire, ou d’original, ou de différent, quelque chose genre cataclysme imminent, coup de chance inespéré, déveine persistante…
Mais je dis ça un peu trop souvent, « C’était un jour qu’était pas fait comme les autres ». Par exemple des fois, je dis ça mais, en fait, le jour, il a rien d’extraordinaire, il est même fait comme celui de la veille, comme les autres jours, quoi ! Alors, à force, les gens, ils sont déçus. Il y croient plus, forcément et, du coup, ils écoutent plus.
Alors, vous avez vu, là-haut, j’ai ajouté « Vraiment ! » C’est pour ça ! Pour que les gens m’écoutent. Tiens ! Encore une, d’expression horripilante ! « C’est pour ça ! » « Y avait plus de métro, alors j’ai dû rentrer à pied ! C’est pour ça ! » À quoi ça sert d’ajouter « C’est pour ça ! » ? Je vous demande un peu ! Évidemment que c’est pour ça ! C’est parce qu’il n’y avait plus de métro qu’il est rentré à pied, le type ! Pas parce qu’il s’appelle Martin ou qu’on est mardi, sacré bonsoir ! La construction de la phrase, l’adverbe « alors », le verbe « devoir », tout l’indique ! Alors pourquoi le confirmer avec cet embryon de phrase à peine correct ? Ça m’agace, tous ces mots superflus. Enfin…
Bon !
C’était un jour qu’était pas fait comme les autres.
Vraiment !
D’abord, c’était un mardi…
A SUIVRE (?)
ET DEMAIN:
Jean-Pierre et Gisèle, le retour (4)