Archives de catégorie : Récit

AVENTURE EN AFRIQUE (22)

temps de lecture : 4 minutes 

Il était de tradition au Niger lorsqu’en déplacement, on avait connaissance de la présence d’un coopérant isolé à moins d’une heure de route, de faire le détour pour lui rendre visite et passer avec lui la soirée et de repartir le lendemain. En Afrique on a du temps, on n’est jamais pressé. C’est comme cela que j’ai eu la visite un soir de Joël d’Auberville, un VP. L’AFVP (Association Française des Volontaires du Progrès) associations créée en 1963 à l’initiative de Charles de Gaulle, en réponse aux Peace Corps américains créés par J.F. Kennedy, qui existent toujours. De nombreux d’objecteurs de conscience masculins s’engageaient deux ans dans l’AFVP en remplacement du Service Militaire. En général ils étaient envoyés en brousse, dans des lieux difficiles ou isolés pour y exercer leur métier. Ils étaient visités régulièrement par un responsable de l’association. A l’époque, il nous a été raconté qu’un VP, dans un oasis dans la région de Bilma, avait été Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (22)

AVENTURE EN AFRIQUE (21)

temps de lecture : 3 minutes 

Un jour, en fin de soirée, Mamoudou était en avance pour venir nous chercher. Il était tout excité et me dit : « patron les Peuls viennent de me dire qu’à Kaoiara il y avait un charo ce soir et que nous pouvions y aller ». Je demandais ce qu’était un charo : « tu verras » ! Je demandais aux autres, ils ne connaissaient pas. Après l’aventure des zébus, je commençais tout de même à me méfier avec les Peuls mais « Bon, allé !, ce n’est pas trop loin, allons-y ».

Nous nous garons à l’extérieur du village. Nous sommes les seuls avec un véhicule. Nous nous rendons à pied sur la place principale du village. Là beaucoup de monde.

Je suis le seul “nassara”. Je me faufile pour être au premier rang suivi de mes gars. Au sol une limite Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (21)

 Luxe, calme et volupté (Couleur café n°32)

temps de lecture : 1 minute, même pas 

Couleur café n°32

Luxe, calme et volupté

La Rose de France
24 Place Dauphine, Paris 1er

Aujourd’hui, ce matin, mon café, c’est La Rose de France. Joli nom.
Place Dauphine. Il est neuf heures et demi et le soleil vient de passer au-dessus du Palais de Justice. Il fait beau, il fait frais. Sur la place en triangle, on a ratissé le sable encore humide de la pluie de cette nuit. Au fond, deux gendarmes débonnaires et armés, jambes écartées, manches courtes, avant-bras croisés sur leur mitraillette, se détachent Continuer la lecture de  Luxe, calme et volupté (Couleur café n°32)

Monsieur Minette (2/2)

temps de lecture : 5 minutes

(…) Nous n’avions rien à nous dire, mais nous le disions quand même, le temps, les chiens, les travaux des champs, Paris… Monsieur Minette parlait peu, Ena s’impatientait, alors nous nous séparions sur une nouvelle banalité, la rareté du gibier, le renard qu’on n’arrive pas à attraper, le temps qui passe, à un de ces jours, Monsieur Minette…

Monsieur Minette était petit et gros. On pourrait même dire qu’il était gonflé. Il remplissait tellement son bleu de travail qu’on avait l’impression que c’était le vêtement qui limitait l’expansion de son corps.

Monsieur Minette portait une montre qui me fascinait. C’était une montre ordinaire, bon marché, mais son petit cadran rectangulaire aux discrets chiffres romains aurait davantage convenu à une femme qu’à un pauvre fermier du bas de l’Aisne. Son bracelet, étroit, presque un cordon, était en cuir délavé. Mais ce qu’il y avait de particulier dans cette montre, ce n’était ni sa taille, ni son cadran ni son bracelet, c’était la façon dont il la portait. Le bracelet, incrusté dans la peau, creusait un profond sillon dans le poignet gauche. On aurait pu croire qu’il avait porté cette montre le jour de sa première communion et qu’il ne l’avait jamais ôtée depuis, ne serait-ce que pour adapter le bracelet au diamètre croissant de son avant-bras.

Monsieur Minette portait aussi des Continuer la lecture de Monsieur Minette (2/2)

Monsieur Minette (1/2)

temps de lecture : 6 minutes

A l’heureux temps du premier confinement, en ce beau début de l’année 2020, nous étions tous, plus ou moins, à chercher quelque chose à faire. Pour ce qui me concerne, j’ai tenu un journal dans mon journal, un Journal de Campagne dans le Journal des Coutheillas. Dans ce journal gigogne, j’ai relaté les petits faits du jour, la karcherisation d’une terrasse, le passage d’un avion dans le ciel vide, la constitution d’un tas de bois. Mais j’ai aussi relaté quelques souvenirs de ma campagne et je me suis aperçu que, de façon surprenante, un personnage y apparaissait souvent : Monsieur Minette. J’ai recherché tous les articles qui lui étaient consacrés et les voici enfin rassemblés pour la postérité, la mienne et celle de Monsieur Minette.

*

Il y a quelques jours, au milieu d’une balade, je suis passé devant la ferme de Monsieur Minette, un agriculteur que j’ai un peu connu. Monsieur Minette est mort il y a plusieurs années et je ne sais déjà plus combien. De son vivant, sa minuscule ferme avait nettement entamé la descente qui allait la conduire à l’effondrement. De son temps, le crépis n’était déjà plus qu’un souvenir presque oublié ; parmi les fenêtres, une seule avait encore ses carreaux et les volets des autres étaient toujours fermés ; le toit faisait des vagues, la porte de l’ancienne porcherie avait été remplacée par un bout de tôle ondulée et la petite cour ravinée était encombrée d’herbes folles et de vestiges de matériels agricoles. Maintenant, Monsieur Minette est mort et sa ferme est en ruines. Le tracteur de Monsieur Minette avait son âge, celui de Continuer la lecture de Monsieur Minette (1/2)

De père en fils (Couleur Café n°31)

5 minutes 

Couleur Café n°31

 De père en fils

Café le Sully
6 Boulevard Henri IV

Et me revoilà chez Vidal. Au dessus de la terrasse, le vélum dit “Le Sully”, mais pour moi, c’est chez Vidal. De l’autre côté du carrefour, en diagonale, je peux voir l’Hotel de Fieubet. Il abrite toujours l’École Massillon. C’est là que j’ai fait mes armes de galopin avant d’y faire celles d’adolescent. Au rez de chaussée de la sévère façade qui fait l’angle du quai des Célestins et de la rue du Petit Musc, et que je qualifierai de Louis XIV tirant sur le Louis XIII, il y a une fenêtre qui attire mon regard. C’est celle de ma classe de 7ème qui servit de cadre à la première saison de ma Continuer la lecture de De père en fils (Couleur Café n°31)

Les petits cons (Couleur café n°30)

2 minutes  

Couleur café n°30

 Les petits cons
La Coupole, Boulevard du Montparnasse, Paris

Quand je vois ces jeunes crétins en T-shirt siglé qui, l’air ennuyé, traversent la Coupole derrière leurs parents ravis, et même parfois, leurs grands-parents rayonnants,

Quand je vois ces grands dépendeurs d’andouilles jeter un œil blasé sur la salle encore à moitié vide,

Quand je vois ces petits cons entrer ici sans rien savoir de ce que ceux qui les y amènent aujourd’hui y ont un jour connu ou auraient aimé y connaitre,

Quand je vois ces godelureaux débraillés s’effondrer sur les banquettes de cette salle sans la moindre idée de ce qu’ont pu être ici les soirées bruyantes et enfumées des après France-Galles, les après-midi oisives où Ferdinand Lop venait vendre ses essais philosophiques et, à défaut, ses portraits de Jeanne d’Arc, les tardifs déjeuners du dimanche où apparaissaient, hiératiques, le Premier Secrétaire du Parti Socialiste, son chapeau noir, son écharpe rouge, son air  chafouin et sa hautaine indifférence,

Quand je vois tout cela, je me dis que Continuer la lecture de Les petits cons (Couleur café n°30)

AVENTURE EN AFRIQUE (20)

temps de lecture : 5 minutes 

Le lendemain soir après cette aventure, remis de nos émotions, nous nous sommes arrêtés à un puits où des animaux s’abreuvaient. Pas un cri, pas un beuglement. À chacun des deux puits, deux hommes remontaient de l’eau, avec un saut en cuir, qu’ils déversaient dans une grande outre de cuir dans laquelle venaient boire trois vaches et un veau. Au bout de quelques dizaines de secondes, au même moment, les bestiaux relevaient la tête et venait se placer un peu plus loin auprès de ceux qui avaient déjà bus. Et ils étaient remplacés par trois autres. Nous n’avions entendu aucun ordre, aucun sifflement Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (20)

AVENTURE EN AFRIQUE (19)

temps de lecture : 4 minutes

Le soir après le chantier, j’avais pris l’habitude de prendre une douche. Mon pantalon était alors surveillé et protégé par Issoufou, compte tenu de sa valeur puisqu’il contenait la fortune de toute l’équipée! Ensuite, pendant qu’il me préparait une soupe à la tomate, que je prenais brulante, j’effectuais les calculs sur les travaux de la journée pour vérifier qu’il n’y avait pas d’erreur ou anomalie.

Dès la première semaine de séjour, les uns après les autres mes gars tombaient malades (dysenterie). J’ai tout de suite supposé que cela pouvait venir de la qualité de l’eau. Je leur interdisais de boire l’eau du puits du village et leur imposait de consommer uniquement celle du mien. Ils vivaient tous à la capitale, buvaient de l’eau dite potable et avaient perdu Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (19)

Quelques pas dans un jardin 

Juin…
Sur le Luxembourg, il n’a pas plu depuis un mois et le sol est poudreux.

Un orchestre s’installe sous le kiosque. Pour les musiciens, hommes et femmes confondus, c’est pantalon noir, chemise blanche et gilet vert pomme.  Tout autour, dans un grand raclement de chaises lourdes, les premiers badauds s’installent. Certains se reconnaissent et échangent de gentilles banalités. Une jeune fille distribue le programme musical :
— Désolé, mademoiselle, je ne reste pas, je n’ai pas le temps.
Pas le temps ? Un dimanche matin ? Mais pourquoi donc ? Qu’est-ce que je peux bien avoir d’autre à faire ?

Sur l’eau, de grands voiliers commandés en régate louvoient entre de petits bateaux sans capitaine. Sous l’eau claire, de gros poissons longent en bande Continuer la lecture de Quelques pas dans un jardin