Archives de catégorie : Récit

AVENTURE EN AFRIQUE (19)

temps de lecture : 4 minutes

Le soir après le chantier, j’avais pris l’habitude de prendre une douche. Mon pantalon était alors surveillé et protégé par Issoufou, compte tenu de sa valeur puisqu’il contenait la fortune de toute l’équipée! Ensuite, pendant qu’il me préparait une soupe à la tomate, que je prenais brulante, j’effectuais les calculs sur les travaux de la journée pour vérifier qu’il n’y avait pas d’erreur ou anomalie.

Dès la première semaine de séjour, les uns après les autres mes gars tombaient malades (dysenterie). J’ai tout de suite supposé que cela pouvait venir de la qualité de l’eau. Je leur interdisais de boire l’eau du puits du village et leur imposait de consommer uniquement celle du mien. Ils vivaient tous à la capitale, buvaient de l’eau dite potable et avaient perdu leur immunité pour l’eau de brousse. Pour la santé de toute la Section, nous sommes mis à filtrer l’eau jour et nuit avec un “filtre Pasteur“ ramené de France, en ajoutant une petite chloration (prévue par Chantal) et ensuite conservée au réfrigérateur, lequel faisait même des glaçons. J’étais parti avec un bidon Iso Colman (isotherme) de 4 litres. Je consommais un bidon le matin et un autre l’après-midi soit 8 litres d’eau par jour entre les repas.

Dans les retenues la nappe phréatique n’était pas très profonde, car quelques semaines au paravent, il y avait eu encore de l’eau stokée. Non loin de la digue de la retenue de Guidanmagagi, les Peuls avaient creusé deux puits. En fin de journée vers 18 heures ils venaient abreuver leur troupeau. Ce n’était pas un troupeau comme chez nous d’une cinquantaine de Salers : C’était au moins 500 zébus !

Un soir, en amont de la retenue, un nuage de poussière et le bruit des pas se rapprochaient de nous. Contrairement à l’habitude le troupeau ne sembla pas prendre la direction des puits et se dirigeait vers nous. Nous nous sommes arrêtés de travailler pour observer, un peu inquiet. Nous commençons à apercevoir les bestiaux de tête lancée au trot telle une vague venir dans notre direction. A mesure que le troupeau avançait, notre inquiétude grandissait. Pas un arbre qui aurait pu nous servir de protection à proximité et la Lande-Rover était trop loin. La marée animale allait nous submerger voire nous broyer. Mes compagnons ne sont plus noirs mais verts ou blêmes ! Tous avait conscience que ce n’allait pas être le trépied de l’appareil qui allait nous protéger tous les quatre. L’instinct de survie me dicte en une fraction de seconde : tu vois le taureau en face de toi avec des cornes de deux mètre de large, il te faut sauter entre elles et t’agripper de toutes tes forces à son cou avec tes bras et tes jambes et ne pas lâcher. Le troupeau n’est plus qu’à une centaine de mètres et continus à avancer à vive allure. Il s’approche encore, j’enlève mon chèche. Je me courbe un peu prêt à bondir. Quand tout à coup, en un instant, le troupeau changea de direction, et, plus rien, excepté un nuage de poussière et l’odeur de vaches nous submergeant. Au bout d’un certain temps ce bouillard se dissipa. Nous étions tous les quatre abasourdis, accroupis à ras du sol et de la même couleur grisâtre de poussière. Nous ne nous sommes relevés qu’à l’arrivée de Mahmoud avec la Land Rover qui finit par nous dire : « ils ont voulu faire les malins ! ». Je pense en moi en moi-même : ils ont surtout voulu nous démontrer, à moi en particulier le “nassara“, avec quel maîtrise ils dirigent leurs troupeaux. Encore tremblant, j’ai fini par ordonner : « on plie et on rentre !».

J’ai souvent repensé à cette aventure. J’en ai même rêvé la nuit. Aurions-nous eu une chance de survivre si le troupeau n’avait pas obliqué à quelques dizaines de mètres de nous ? : Aucune !

Plus tard en France, j’ai lu que les Peuls établissaient leur campement au centre du troupeau, les taureaux étaient en périphérie pour les protéger des bêtes sauvages et surtout des razzias des Touaregs venant prélever des esclaves mais aussi des femmes très prisées.

A SUIVRE 

Bientôt publié

10 Août, 16:47 Rendez-vous à cinq heures autour d’une coupe (3)
11 Août, 07:47 Douce France (13)
11 Août, 16:47 Rendez-vous à cinq heures avec Blanche Gardin

Quelques pas dans un jardin 

Juin…
Sur le Luxembourg, il n’a pas plu depuis un mois et le sol est poudreux.

Un orchestre s’installe sous le kiosque. Pour les musiciens, hommes et femmes confondus, c’est pantalon noir, chemise blanche et gilet vert pomme.  Tout autour, dans un grand raclement de chaises lourdes, les premiers badauds s’installent. Certains se reconnaissent et échangent de gentilles banalités. Une jeune fille distribue le programme musical :
— Désolé, mademoiselle, je ne reste pas, je n’ai pas le temps.
Pas le temps ? Un dimanche matin ? Mais pourquoi donc ? Qu’est-ce que je peux bien avoir d’autre à faire ?

Sur l’eau, de grands voiliers commandés en régate louvoient entre de petits bateaux sans capitaine. Sous l’eau claire, de gros poissons longent en bande Continuer la lecture de Quelques pas dans un jardin 

AVENTURE EN AFRIQUE (18)

7 minutes

Morceaux d’aventures

L’Ader Doutchi Maggia

Un matin, début mars, une des “fatys” était venue me trouver à mon bureau, pour me dire que le directeur Amadou Cissé désirait me voir. Elle me précéda jusqu’à la porte de son bureau et vérifia par le petit trou, avant de frapper. Le chef démarra tout de suite l’entretien, m’expliquant qu’il y avait une dizaine d’années le Génie Rural avait effectué des travaux dans l’Ader Doutchi Maggia. Il me situa la région, dépendant de la préfecture de Tahoua, à l’ouest d’une ligne Malbaza-Tahoua. Il y avait été réalisé quatre retenus collinaires, dans les années 1960-1970, plus ou moins importantes, pour le compte de l’U.N.C.C. (Union Nigérienne de Crédit et de Coopération), sur les sites de Kaouara-Nord, Galimé-Mouléla, Toinfafi et Guidanmagagi. Elles étaient destinées à stocker Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (18)

AVENTURE EN AFRIQUE (17)

 5 minutes

Le parc du W

Le parc du W se trouve à environ 150 km au sud-est de Niamey. Ce complexe naturel transfrontalier de 10 000 km² ( 100 km X 100 km) se trouve à cheval sur le Niger, le Bénin, le Burkina-Faso. Crée en 1954, il a été reconnu « Réserve de biosphère » en 2002 par l’UNESCO. Il doit son nom à la forme en W que dessinent une série de méandres du fleuve Niger en ces lieux. Il est réputé pour ses grands mammifères : éléphants, hippopotames, lions, servals, antilopes, girafes, buffles, phacochères,… Nous nous y sommes rendus, Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (17)

Le problème avec Céline

2 minutes et 30 secondes 

J’en ai marre !  Ça doit bien faire deux mois que j’en suis là, au même point, en panne. Ras le bol, cette histoire avec Céline ! Elle m’en fait voir de toutes les couleurs. Avec elle, ça n’avance pas, ça n’avance plus.

Pourtant, ça n’avait pas mal commencé dans ce bistrot où je l’avais rencontrée, rue Saint-Jacques. Ça marchait bien, et ma petite affaire progressait normalement, facilement, comme d’habitude…

Bien sûr, comme toujours au début, je ne savais ni précisément quoi dire ni jusqu’où je voudrais vraiment pousser, mais de ça, j’ai l’habitude. Ça commence souvent comme ça : au début, c’est flou, et puis après quelques savants détours, deux banalités et trois clichés, tout d’un coup ça se précise, je sens que ça vient, que c’est pour bientôt : dans quinze jours, Continuer la lecture de Le problème avec Céline

Un jour sans fin

Première publication : 22/08/2015

temps de lecture : 2 minutes et demi 

Nuit St Sulpice Lundi
C’était une belle soirée de début d’été du côté de la Place Saint Sulpice. Il venait de tomber une courte pluie d’orage  et la merveilleuse odeur de l’asphalte humide et chaud envahissait les terrasses des cafés.
Les hommes en chemise avaient renouvelé leur demi. Les femmes en  Lothar (Ô je voudrais tant que tu te souviennes, …) reprenaient une Marlboro Light avant de jeter leur dévolu.
Il faisait bon. On était bien.
Elle  portait des sabots noirs, un pantalon de  jean bleu, un chemisier blanc un foulard bleu et de longs cheveux blonds. Elle était entourée de rires et de fumée de cigarettes.
Il y avait tant de jeunesse, tant de garçons, tant de Continuer la lecture de Un jour sans fin

Photos-souvenir – 14

Teddy était le surnom affectueux que ses élèves avaient donné à notre chef de service, le professeur Edouard Housset. Hautain, distant et même cassant, il était un des derniers représentants d’une aristocratie médicale en voie de disparition. Propriétaire d’un vaste domaine en Mayenne, Teddy avait réussi à attirer dans cette province chatoyante son élève Pascal P. qui, à son tour, y attira plus tard son élève Jean-Jacques M. Je ne cois pas que les recettes générées par les rares victoires de leurs poulains sur les hippodromes du département y étaient pour quelque chose. Non, Pascal avait choisi cette région parce qu’elle était située à moins de 300 km de Paris et qu’elle était bien desservie par les TGV au départ de la gare Montparnasse. 

Personnalité : Teddy a un caractère très fort et peut devenir très colérique quand quelque chose ne lui plait pas. Teddy a des valeurs et ne compte pas y déroger. C’est également un acharné du travail. Toutefois, il sait dissocier vie privée et vie professionnelle.

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AVENTURE EN AFRIQUE (16)

Kéita le chauffeur du porte char

Le Génie Rural possédait un peu de matériel lourd : pelles mécaniques, bulldozers, compacteurs, niveleuses, etc. Il était nécessaire de les transporter d’un chantier à l’autre, mais compte tenu de leur grande taille et leur petit nombre, cela était loin d’être quotidien. Keita était le chauffeur du porte char et faisait les transferts de ce gros matériel épisodiquement déplacé. Keita était donc souvent inactif mais faisait acte de présence et trainait dans la cour du Génie Rural. C’était un colosse Djerma, sympathique, parlant français. Je l’autorisais à venir se mettre au frais dans le bureau de la section qui était climatisée.

Un matin, Keita est arrivé dans mes locaux la mine défaite. Il n’avait pas dormi de la nuit. Je l’interrogeais et il me fit voir sa main droite entourée d’un gros pansement de chiffons : « une pièce du porte char a éclaté et m’a arraché un bout de doigt ». Je lui dis : «  je t’amène à l’hôpital », « non patron, il faut que tu soignes, tu as une petite pharmacie et il y a Madame pharmacie ». Je me suis laissé convaincre et il a défait doucement son bandage de fortune. Il manquait un bout de chair à son majeur, on apercevait l’os et l’odeur qui Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (16)

AVENTURE EN AFRIQUE (15)

Les girafes

Une de nos premières sorties en janvier, a été d’aller observer les girafes en totale liberté. Je les avais repérées aux environs de Boubon. Les girafes avaient migré de la zone sahélienne vers le sud à cause de la sécheresse persistante. C’est ce qui expliquait leur présence aux environs de Boubon. Après avoir laissé nos voitures en bordure de la piste, nous nous sommes enfoncés à pied dans la brousse. Après environ une demi-heure de marche nous avons trouvé notre première girafe. Et peu à peu nous nous sommes rapprochés. Nous admirions la grâce Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (15)

Photos-souvenir – 13

Bien que son expatriation précoce les privât de leurs petits enfants, les M.  n’eurent qu’à se réjouir de la réussite familiale et professionnelle de leur fils aîné. Il n’en fut pas de même avec leur fille cadette qui ne manifesta aucune appétence pour les études secondaires et en encore moins pour le calcul (comme son Papa). Malgré les conseils avisés de ce dernier ” Tout le monde a eu le bac dans la famille, ça ouvre toutes les portes mais ça ne sert à rien“, C. fut collée une première puis une deuxième fois au Baccalauréat. Ses parents bienveillants l’inscrivirent dans une Ecole de Commerce privée où elle ne resta que peu de temps. Elle leur annonça que désormais elle gagnerait sa vie comme standardiste chez Mc Donald. Elle se lassa de ce métier prometteur mais les rassura à nouveau sur son avenir : elle n’aurait pas besoin de s’inscrire au chômage parce qu’elle avait trouvé un boulot de représentante pour une marque de revêtements de sol. Par la suite, elle changea plusieurs fois d’activité sans jamais s’inscrire au chômage, ce qui rassurait son papa. Un jour où elle déjeunait chez ses parents, elle leur tendit un papier qu’ils lurent avec étonnement : c’était son diplôme du Baccalauréat. “J’ai suivi des cours du soir pour passer cet examen auquel vous teniez tant et je l’ai eu“. Son papa, mon ami M., en eut larmes aux yeux.

La vie de monsieur Gentil était un modèle du genre. A la tête d’une fabrique de jouets, lui et son associé s’étaient organisés pour ne travailler que six mois par an à tour de rôle. Pendant une période de crise économique, et pour un prix dérisoire selon lui, il s’était offert un bateau de croisière de 17 mètres ce qui est très gros d’après les spécialistes. Amarré à Ajaccio, son bateau lui servait de résidence secondaire. Il finit néanmoins par acheter un petit appartement sur le port.

Je confonds Chypre, où je ne suis jamais allé, avec Rhodes qui est la cité médiévale la mieux conservée au monde. Sa Grande Rue en pente bordée de nobles demeures est splendide. Les maisons ont une architecture inhabituelle  avec des niveaux différents. Ce ne sont pas des étages mais un entrelacement de paliers donnant accès aux pièces d’habitation. Cet étrange agencement m’avait rappelé celui de la maison des Liard à Chartres où, par la fenêtre du salon, on voyait au dessus de nous l’allée par laquelle nous étions arrivés. Plus tard, je réalisai que notre maison à La Flotte avait la même originalité.

Mes cousins, Philippe et sa femme Nicole, m’ont fait un des plus beaux cadeaux de ma vie. Un soir où je dînais chez eux, ils avaient quelque chose à me demander mais comme c’était difficile à dire ils préféraient le faire par écrit. Je dépliai le petit papier blanc où l’écriture régulière de Philippe me demandait si j’accepterais d’être le parrain de leur premier enfant. A l’époque de mes quatorze ans, je ne pleurais plus, mais aujourd’hui en écrivant ces lignes et en repensant à mon émotion de ce soir-là, les larmes coulent sur mes joues.

La Commune, la Fronde et la Terreur sont trois tâches que l’Histoire de France a recouvertes d’un voile pudique. La tendance actuelle, mue par des sentiments d’auto culpabilité rétrospective et injustifiée, glorifie les communards. Pourtant, leur idéal libertaire est assez flou et leur comportement criminel ne le mérite guère. Admettons que la Commune, au même titre que la Révolution Française, ait sa place dans les hauts faits à la gloire de l’Homme et de la Liberté. Mais alors, la Terreur et la Fronde devraient s’y trouver aussi. Je ne supporte pas l’injustice de ce – deux poids, deux mesures – et cette discrimination arbitraire.

L’ourcine est un petit restaurant dans la rue Broca où nous étions allés dîner avec Claude et Tanguy. Atteint de la maladie d’Alzheimer peu après avoir pris sa retraite, Tanguy décéda assez vite. De quoi vous décourager de la prendre. C’était un homme gentil et Claude avait eu bien de la chance de le rencontrer. Hélas, elle était déjà trop âgée pour avoir un enfant.

Cinquante ans après, le jour de mes noces demeure le plus beau jour de ma vie. Moi, ce dont je suis convaincu, c’est que si je n’avais pas eu la chance de rencontrer Anne, je ne serais rien. Certains de mes amis prétendent ne pas être  aussi redevables. Les vernissages sont des moments extraordinaires où, comme le jour de mes noces, se rassemblent ceux que j’aime et qui ne se connaissent pas. Des âmes bienveillantes à qui je signalais cette similitude me firent remarquer qu’il en serait de même le jour de mon enterrement.

Dans les années soixante, le Balzar était un des restaurants préférés des psychanalystes. Sa cuisine traditionnelle assez banale ne faisait pas oublier son inconfort. Les psychanalystes en raffolaient et j’étais trop jeune pour en discuter le bien fondé. J’y avais été invité par Francis Pasche, un ami de mon père un peu doctrinaire mais très bienveillant. Je me souviens lui avoir dit : ” Un traitement (la psychanalyse) qui ne guérit que les crédules n’est pas un vrai traitement “. Je me souviens aussi qu’il avait été (un peu) désarçonné …

Dans La Vraie Vie de d’Artagnan de Jean-Christian Petitfils, j’ai appris plein de choses passionnantes ; par exemple, que notre mousquetaire n’était pas béarnais mais gascon, ce qui ne change pas vraiment grand’chose en pratique. Bien qu’il ne se fonde que sur des références historiques rigoureuses, l’écriture de Petitfils est aussi fluide que celle du roman de Dumas. Pour en savoir un peu plus, je suis allé me renseigner sur Wikipédia. Non seulement Petitfils n’est pas historien mais banquier, ce qui m’a étonné, et il est académicien, ce qui m’a beaucoup moins étonné. Je découvris grâce à lui que la vie du vrai d’Artagnan avait été elle aussi un véritable roman.

La classe de Sean Connery m’a toujours fasciné. Un vrai gentleman écossais,  élégant et insensible aux flatteries. Dans sa jeunesse, il n’avait pourtant pas ce charme et il n’était même pas beau. Comme le bon vin, il n’a cessé de s’améliorer avec le temps ce qui n’est pas si fréquent. L’anecdote suivante prouve aussi son humour. Au début du mouvement féministe me-too, il voulut porter plainte pour avoir été harcelé toute sa vie par … les femmes !

Bien qu’elle n’ait pas le moindre rapport avec mon projet, je vous livre cette magnifique enseigne qui n’est pas celle d’un café mais qui pourrait être la première d’une nouvelle série !

Lorenzo dell’Acqua