Archives de catégorie : Récit

Variations sur un effet caniculaire

J’ouvre une parenthèse : 

(Aujourd’hui, c’est le
4682ème jour
de parution du Journal des Coutheillas)

Rediffusion de Couleur café n°35

La chute du globe

La Coupole,
102 Bd du Montparnasse,
PARIS 14

LES FAITS (véridiques)
Mercredi 24 août 2022, peu après 18 heures, le globe de verre de l’un des lustres qui assurent l’éclairage de la terrasse de La Coupole s’est décroché de sa suspension. Il s’est fracassé au sol à toute proximité d’une cliente en dispersant aux alentours un grand nombre de débris de verre acérés. Cet incident n’a causé aucun blessé. Les débris ont été balayés et l’activité normale a repris. Quelques minutes plus tard, un groupe de huit américaines s’est installé en terrasse pour diner. Tout ce qui précède est parfaitement véridique, mais pour la suite, c’est pas certain.

ROBERT DE MONTESSORI (poète, essayiste)
J’étais seul, l’autre soir, à la terrasse de La Coupole. C’était pendant cette période où il faisait si chaud à Paris que, ce jour-là, lors de ma promenade vespérale, je n’avais eu ni le courage ni la force de parvenir jusqu’à la Closerie des Lilas pour m’y rafraichir d’une coupe de Ruinart selon mon habitude. En effet, vers six heures de l’après-midi et trente-cinq degrés sept de température, alors que je passais devant La Coupole, je fus tenté par la terrasse de cet établissement, qui, à cette heure et en cette saison, se trouvait Continuer la lecture de Variations sur un effet caniculaire →

Trois cafés (14)

— Écoutez, Monsieur. Ça commence à énerver tout le monde, cette histoire. C’est Dumoulot comme il a dit. En un seul mot. Sans particule. Sans marque de noblesse. Sans rien. Dumoulot ! Ça vous va ? Vous êtes content ? Parce que… bon !
J’ai bien vu qu’il avait compris, mais il a répondu directement à Dumoulot :
— Sans particule… Vous êtes sûr ? Ah ! Cela m’étonne !

— Peut-être ! que j’ai dit, un peu trop sec. Mais c’est comme ça ! Dumoulot, Dumoulot, Du-mou-lot !, à la fin des fins !

Mais il a continué pareil, comme si j’existais pas :

— Ah ! Vraiment, je le redis, je suis très étonné ! Vois-tu, Gérard, je connais très bien les Sagan du Moulot-Trévise, vieille famille du Nord. Les Moulot-Trévise sont liés par leur arrière-grand-père, Edgar Dumont du Moulot, avec les Moulot de la Gardinière, très ancienne famille d’Aquitaine. Tu me suis, Gérard ?

— Euh… ben, oui, a balbutié Dumoulot, transpirant de plus belle.

— Eh bien, il se trouve qu’en novembre dernier, alors que j’étais invité à chasser le sanglier par les Moulot-Trévise Continuer la lecture de Trois cafés (14) →

Journal intime – 10 décembre 2006

Champ de Faye

Une première question se pose quand on écrit ce genre de journal, puisqu’il faut bien l’appeler comme ça : faut-il tout dire, sa moindre pensée, même divaguante, même honteuse ? Faut-il au contraire autocensurer, lisser, arranger, embellir, magnifier ?

Magnifier, certainement pas. Je ne suis pas à l’aise dans l’exagération. Plutôt que l’autocensure, mon genre, ou mieux, ce que j’aimerais être mon genre, ce serait l’euphémisme, la litote, pour tout dire et le dire comme les anglais, l’Understatement.

Une deuxième question se pose : faut-il écrire comme si jamais on ne devait être lu, ou faut-il le faire en pensant toujours qu’un jour, dans un mois, dans un an ou dans trente, quelqu’un lira un peu de ce que l’on aura écrit ?

Ecrire comme si jamais on ne devait être lu, quelle Continuer la lecture de Journal intime – 10 décembre 2006 →

La madeleine, la biscotte et le pain grillé

par Lorenzo dell’Acqua 

Il m’en parlait chaque fois que je le rencontrais comme s’il était persuadé que je ne la connaitrais jamais alors que moi j’étais persuadé que cette lacune gustative n’aurait aucune conséquence sur la suite de ma carrière littéraire d’autant que j’avais découvert dans une revue spécialisée qu’il s’agissait en réalité d’une biscotte. Bien sûr, je n’avais pas osé le lui révéler de peur de lui infliger une peine à laquelle notre amitié n’aurait pas survécu. Plein de bienveillance à son égard, je l’écoutais me raconter inlassablement les méandres vaporeux de la sensation enivrante que procurait ce petit gâteau. Il le faisait avec une conviction exaltée non pas comme s’il en était l’auteur mais comme si lui aussi l’avait ressentie. Je me disais qu’à force d’y penser depuis sa petite enfance dans un village désolé du Bas de l’Aisne, il avait fini par s’en convaincre alors qu’il ne s’agissait que d’une trouvaille littéraire fumeuse relevant d’un sens consommé de la technique en vogue chez les conteurs du début du siècle (J’emploie à dessein le terme fumeuse pour évoquer ce que l’on nomme dans le langage d’aujourd’hui un joint ou un pétard).

Je m’étais aussi interdit de lui raconter un souvenir douloureux de ma Continuer la lecture de La madeleine, la biscotte et le pain grillé →

Trois cafés (11)

(…)  En dix minutes il est chez Georges pour s’installer à sa table habituelle — quand il me prend pas la mienne — et regarder TMC ou BFM-TV en continu. Il dit qu’il TV-travaille. En général, vers trois heures, il retourne à l’Hôtel de Ville parce que c’est souvent à cette heure-là qu’il y a un pot de départ ou d’arrivée. Ensuite, il rentre directement chez lui et on ne le revoie chez Georges que le lendemain même heure.
Valait le coup, la parenthèse, pas vrai ? Vous saviez pas ça, hein !

On en était où, déjà ? Ah oui :

— Fichtre ! Contrôleur Général ! Ça n’est pas rien, ça !

— Ça, vous pouvez le dire, Monsieur Stanislav.

— J’en suis tout à fait conscient. Juste une remarque en passant, mon ami : Monsieur tout seul ou Stanislav tout seul iront très bien. Parce que je trouve que Monsieur Stanislav ça fait un peu interlope. Mais à propos, comment t’appelles-tu donc, que je puisse Continuer la lecture de Trois cafés (11) →

Rome unique objet

Ce texte a été publié une première fois ici le 28 novembre 2015. Comme vous avez eu largement le temps de l’oublier, le voici à nouveau. Lisez-le comme un témoignage de ce que Rome fut il n’y a pas encore si longtemps.
Témoignage d’une Rome disparue, car on dit que les choses ont bien changé, là-bas. Surtourisme, bien sûr…

Si vous me demandiez de vous dire un lieu d’adoption, un lieu que j’aimerais particulièrement à cause des souvenirs qui s’y attacheraient, un lieu dont j’aurais tant reçu que je lui en serais éternellement reconnaissant, un lieu qui…, un lieu que…, alors, je vous dirais : ça, c’est Paris !
Paris, j’y ai vécu la plus grande partie de ma vie, je l’ai quittée un temps, c’est vrai, mais j’ai fait beaucoup pour y revenir, y compris changer de vie.
Mais Paris, j’y suis né. C’est ma ville mère, pas ma ville d’adoption.

Alors s’il fallait quitter ma ville, quitter ma mère, en trouver une nouvelle, alors ce serait Rome.

Pourtant, quand j’y suis arrivé Continuer la lecture de Rome unique objet →

Journal intime – 9 décembre 2006

Champ de Faye
(…) Ces oublis me troublent de plus en plus, tant et si bien que j’en ai parlé au Docteur M., ma nouvelle généraliste, lors d’une visite il y a quelques jours. Elle m’a fait passer un petit test très simple, trop simple : dessiner une horloge marquant quatre heures moins vingt, me rappeler à dix minutes d’intervalle quatre noms entrevus sur un carton (merlan, peuplier, les autres j’ai oublié), dire si je me sens déprimé, et toute cette sorte de choses… J’ai eu l’impression de réussir le test, mais elle envoie néanmoins un rapport à l’hôpital Broca, qui me contactera pour des examens plus sérieux. J’en ai profité pour lui raconter, très à propos, l’histoire de celui qui vient consulter son médecin en lui disant « Docteur, je perds la mémoire. »-« Ah oui, et depuis quand ? »-« Depuis quand quoi ? » Succès moyen.

J’ai donc décidé cette nuit d’écrire une sorte de Continuer la lecture de Journal intime – 9 décembre 2006 →

I would prefer not to

Par Lorenzo dell’Acqua

Avertissement : par crainte des représailles, j’ai modifié le nom de la localité où se déroule ce drame.

Invité au Festival Littéraire d’On the Flowers pour y présenter notre livre, le Roman des Regards, je m’étais empressé d’accepter pour deux raisons : la première flattait mon orgueil et la seconde était la proximité de Back Town où je résidais alors chez ma fille. Malheureusement, le coauteur, en réalité le vrai auteur du livre dont je n’étais que l’illustrateur, avait décliné l’offre pour d’obscures raisons liées à une allergie à l’iode. Mon gendre me proposa de m’y conduire et de venir m’y rechercher le soir ce que j’acceptais imprudemment car le trajet se révéla très éprouvant dans son 4×4 sans la moindre vitre. Le Grenier à sel où se déroulaient Continuer la lecture de I would prefer not to →

Trois cafés (1)

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres.
Vraiment !
J’ajoute « Vraiment ! » parce que « C’était un jour qu’était pas fait comme les autres », c’est devenu chez moi un tic de langage, un peu comme le « en fait » que disent beaucoup les enfants aujourd’hui, quoique moins maintenant, mais quand même, et comme le « du coup » que dit tout le monde tout le temps. C’est agaçant ! En tout cas, moi, ça m’agace. Parce que, c’est vrai, vous avez vu, les gens disent « du coup » à tout bout de champ. Alors que non, faudrait pas ! Par exemple, ils disent « Y avait plus de métro, du coup je suis rentré à pied » Ben non, non et non ! On peut dire « du coup » quand ça vaut le coup, mais pas là ! Il fallait dire « La RATP était en grève, donc je suis rentré en taxi. » On vous l’a dit et répété, cent fois, à la radio, à la télévision, partout ! Mais les gens n’écoutent pas. Ils lisent pas non plus, faut dire. Du coup, ils disent n’importe quoi, des tas de trucs agaçants, genre « en fait » ou « du coup ». Ah ben, oui, tiens ! Dans le genre agaçant, « genre » c’est pas mal non plus. Par exemple, les gens disent « C’est un mec genre faux-cul de première » Ben non, non et non ! On peut pas dire ça ! Il faut dire « C’est une personne du genre hypocrite invétéré».

En fait, « du coup », je le dis très peu. Moi, ce que je dis souvent, ce serait plutôt Continuer la lecture de Trois cafés (1) →

Journal intime – 4 décembre 2012

Le Fumoir

Je suis entré là après presque deux heures passées sous la`pluie à  prendre des photos d’ambiance : Paris sous la pluie, lumières mouillées, touristes et parapluies, cour du Louvre déserte…

Le Fumoir, endroit probablement  branché, mais néanmoins agréable.

Musique de jazz presque inaudible, tant mieux, lumières basses, banquettes confortables, brouhaha supportable.

Lui, mon voisin de banquette, était là avant moi, buvant du thé en travaillant sur son Mac Pro. Très propre, assez joli garçon, pull à col en V, chemise à carreaux, il porte sûrement des mocassins que je ne peux pas voir. Il doit habiter le NAP, si cette expression a toujours un sens.

Elle est arrivée un peu après moi. Continuer la lecture de Journal intime – 4 décembre 2012 →