Archives de catégorie : Récit

Le Cujas (67)

Chapitre 10 – Dashiell Stiller
Première  partie

Debout au milieu de sa chambre, Dashiell regardait le Suédois qui lui tendait la main. Le Suédois souriait et Dashiell restait planté là, indécis. Fallait-il saisir sa main comme si de rien n’était ou bien lui tourner le dos et le laisser partir sans un mot ? Il était fatigué, tendu, frustré. Il en avait assez de supporter les brusqueries et les menaces d’Engen sans réagir. Mais justement, comment réagir ? L’homme était coléreux, il l’avait montré à plusieurs reprises. Il pouvait être dangereux, il l’avait fait comprendre. Alors pourquoi relever cette dernière menace — car c’en était une, à peine voilée ?  Pour le plaisir de le défier ?  Pour lui montrer que finalement, Dashiell n’était pas ce jeune homme effacé qu’il avait ballotté à sa guise ? A quoi bon ? Cela changerait-il l’opinion qu’il s’était faite de lui qu’il lui refuse la main tendue ? Pour Engen, il ne devait être qu’un pantin impressionnable et docile, un pion qu’on pouvait pousser dans un sens ou dans un autre pour parvenir à ses fins. Alors, pourquoi Dashiell voudrait-il Continuer la lecture de Le Cujas (67)

Photos souvenirs – 2

Lorenzo poursuit son pèlerinage des bistrots évocateurs de souvenirs


Celui-là, je ne le connais pas et il ne me rappelle rien du tout mais les œuvres de Misstic fleurissent par bonheur les rues de Paris enlaidies par la Maire Hidalgo. Je ne sais pas quand elle a fait ce pochoir mais il est d’une actualité effrayante. Quant au nom du café, il me rappelle ce dessert que nous faisait jadis une amie qui ne savait faire que celui-là. Elle avait réussi à nous en dégoûter à jamais.

Extrait de Wikipédia : Un plat salé similaire peut être réalisé avec de la viande de bœuf ou de mouton. Dans ce cas, la recette ne comporte pas de sucre. On peut aussi cuisiner ce plat avec des courgettes, du bacon et du parmesan. La pâte est alors au parmesan, à la farine, à la chapelure, avec une pincée de paprika et une gousse d’ail écrasée. Continuer la lecture de Photos souvenirs – 2

Ne nous fâchons pas !

Un petit incident que j’ai vécu tout récemment m’a rappelé cette excellente comédie de Georges Lautner que fut « Ne nous fâchons pas ! » et dont je donnerai bientôt un extrait dans un rendez-vous à cinq heures.  Voici la chose :

L’autre dimanche, c’était tôt dans l’après-midi, du côté de l’Institut. Il faisait nuageux avec éclaircies, sans chaleur ni averse annoncée. Comme le confinement l’exigeait, les restaurants, les cafés, leurs terrasses étaient fermés. De ce fait, probablement, un grand concours de badauds se pressait dans les rues, sur les quais et sur les berges de la Seine.

Moi-même, j’arrivais sur le Quai Malaquais — j’aime beaucoup ce nom, Quai Malaquais, pas vous ? — par la rue Bonaparte. Mon intention première était de traverser les voies de circulation pour me rendre sur le Pont des Arts qui, ce jour-là, se trouvait un peu plus loin sur ma droite. Sur la chaussée, les automobiles, très nombreuses, n’avançaient que par à coup — on ne dit pas pas à pas pour une automobile. Le petit bonhomme était rouge, donc il n’était pas question de traverser, ni pour moi, ni pour Continuer la lecture de Ne nous fâchons pas !

Mexican Hat

Première diffusion : Juin 2014

La carcasse d’un petit hélicoptère plantée sur l’auvent de la station-service Chevron donnait une impression bizarre d’après cataclysme, au contraire de la salle de restaurant, bleue pâle et fraîche, qui faisait plutôt penser à une impeccable clinique. Nous y avons déjeuné d’œufs avec leur côté ensoleillé sur le dessus, de lamelles de lard fumé, de frites françaises et de salade de choux râpés. Puis, nous avons quitté Bluff et déposé les garçons au bord de la rivière San Juan. Nous les avons regardés s’embarquer à bord de radeaux pneumatiques qui descendront tout à l’heure les gorges de la rivière tumultueuse jusqu’à Mexican Hat.
Quant à nous, les parents, nous avions décidé de rouler au hasard dans cette partie quasi désertique et sauvage du sud de l’Utah. J’aime ces paysages jaunes, roses ou rouge brique, scandés par des rochers aux formes de dieux assis, découpés par de brusques canyons que franchissent des arches naturelles  et que parcourent des filets d’eau café au lait.
Entre deux forêts de petits sapins clairsemés, la route 261 file vers le sud, toute Continuer la lecture de Mexican Hat

New York, où sont les vieux ?

Voici un texte écrit et publié il y a presque six ans, avant la COVID-19 bien sûr .
J’y ai ajouté quelques illustrations. New-York, où sont les vieux ? Bonne question.

Et  les neiges d’antan ?

Au cœur de SoHo, entre Houston et Canal Street, Broadway n’est plus qu’un grand marché aux vêtements où les magasins de luxe côtoient les boutiques ordinaires. La foule est partout, et aussi le bruit, la circulation, les travaux, les sirènes, les roulottes à hot-dogs et les panaches de vapeur qui montent des cheminées rouges et blanches plantées dans la chaussée.

En bordure Est de ce quartier, le Bowery rassemble d’étranges magasins de matériels d’occasion pour pizzerias, restaurants chinois, grecs, turcs, et autres exotiques. Les machines en inox usagé voisinent avec des petits personnages bedonnants en plâtre peint de couleurs vives qui présentent des menus vides d’un air jovial et des petits cochons souriants vautrés dans des plats garnis de fausses tomates.

Lafayette Street est différente. Située entre Broadway et le Bowery, au milieu des Continuer la lecture de New York, où sont les vieux ?

Le vaniteux

Vous l’avez un peu connu dans les années soixante-dix. C’était l’époque où vous fréquentiez encore les cocktails professionnels et les déjeuners d’affaire.

S’il fallait le décrire d’un mot, vous diriez qu’il était rond. Pas vraiment gros, mais rond. Son corps, enveloppé dans des habits ajustés exactement à ses mesures, donnait une impression de densité. La plupart du temps, il portait des vêtements de “sportsman”, à l’anglaise, très chic. Il avait l’habitude de les acheter dans un magasin spécialisé de l’avenue de la Grande Armée. Mais, sur sa silhouette de Tartarin, ces tenues donnaient un air apprêté et désuet, presque comique : on avait l’impression qu’il allait entrer en scène dans une pièce de Feydeau.
Son visage était souvent luisant d’une légère transpiration. Il avait la cinquantaine, il était volubile, enjoué, joyeux et moustachu et, la plupart du temps, aimable.
Célibataire, divorcé sans doute, des enfants peut-être ; personne n’en savait rien car il n’en parlait jamais.
Fondateur, unique actionnaire et directeur d’un cabinet de conseil, ses revenus étaient conséquents.

Son appartement, dont les fenêtres donnaient sur le Bois de Boulogne, était très confortablement installé, à l’anglaise, comme ses vêtements. Disséminées dans la pièce Continuer la lecture de Le vaniteux

Photos souvenirs – 1

Les enseignes de tous ces cafés fermés me font souvent penser aux voyages que nous avons faits ou bien à l’idée que je me suis faite de ceux que nous n’avons pas faits. A ces souvenirs réels ou imaginaires, il m’a semblé amusant de joindre des informations trouvées sur Internet.

Ce matin-là, je montais la rue Mouffetard et le premier café fermé sur mon chemin était … l’Ile de Crète, justement, un de nos Continuer la lecture de Photos souvenirs – 1

Rendez-vous à cinq heures : El Misti Guy

La page de 16h47 est ouverte…

El Misti Guy
Guy


El Misti, pas le Vésuve, un volcan en activité, plutôt calme, qui domine de 3000 m, Arequipa, mégapole du sud du Pérou, de 1,2 Mns habitants.
Architecture hispanique coloniale en tuf blanc.
Population quechua et lamas dans les rues.
Dépaysement assuré et, avec l’altitude, 2400 m,  tête un peu vide (je venais de Rio) , ce qui était Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : El Misti Guy

Retour sur la Piazza Farnese

Il y a 6 ans, je publiai cet article auquel je n’ai rien changé, sinon son titre en y ajoutant le mot “retour”. Mais je suis allé chercher dans la presse si cette affaire avait évolué sur le plan judiciaire. Eh bien oui, et je vous ferai savoir comment à la fin de l’article.

11 mars 2015

Sur la Piazza Farnese, c’est une belle fin de matinée de mars, fraiche et ensoleillée. Pour la centième fois depuis que nous venons à Rome, nous avons erré un peu sur le Campo dei Fiori dans les allées du marché au milieu des fruits, des fleurs, des bouteilles d’huile, des pâtes multicolores, des olives en vrac, des épices en sachet, des bruits, des odeurs et des triporteurs abandonnés.

Et puis, pour la centième fois, nous avons pris la Via dei Baullari, cette ruelle qui nous amène à chaque fois, bouche bée, sur la grande Piazza Farnese, entre les deux fontaines, juste dans l’axe de l’Ambassade de France. D’ordinaire, hormis une demi-douzaine de Continuer la lecture de Retour sur la Piazza Farnese

En direct du Luxembourg

Ils sont une douzaine, garçons et filles. Ils ont entre quinze et vingt ans. Ils portent des tenues de sport disparates mais il est clair qu’ils se répartissent en deux équipes. Ils sont légers, ils courent, ils sautent, se retournent, virevoltent, ils font voler la poussière, jamais ne se touchent. Ils ne crient pas, parfois ils s’interpellent brièvement, presque à voix normale : à moi… Paul… ici…à droite… faute… allez… mais, la plupart du temps, on entend

seulement le frottement de leurs tennis sur le ciment ensablé du terrain de jeu du Luxembourg. Ils font planer de l’un à l’autre un disque léger qui décrit Continuer la lecture de En direct du Luxembourg