Autrefois, nous allions souvent à Aix en Provence et, de là, nous allions parfois à Peynier. Même, une année, nous y avions loué une maison pour le mois d’Aout. Peynier, c’est un village situé à une vingtaine de kilomètres d’Aix, sur la route de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. Quand vous habitez là, pour faire vos courses, vous roulez quatre kilomètres vers l’est et vous arrivez à Trets (prononcez Tretse).
Trets, dix mille habitants, sa Basilique Saint Maximin, son Château des Remparts, son Avenue Mirabeau et ses platanes, sa Place de la Mairie et ses platanes, son Cours Esquiros et ses platanes, ses platanes…
Si vous avez passé un tant soit peu de temps dans le Midi et si en cet instant vous êtes de bonne humeur, je vous défie de prononcer cette suite de mots sans finir, au bout du troisième, par prendre l’accent : Aix en Provence, Peynier, Saint Maximin, Sainte Baume, Esquiros, Platanes. Allez-y ! Essayez ! Moi, je n’y arrive pas.
Ah ! l’Accent ! L’Assan ! Longtemps, j’ai cru que l’assan était une invention de Marcel Pagnol destinée à donner un aspect plus folklorique à ses films. Allons donc, me disais-je, personne ne peut parler comme ça, c’est très ezzagéré ! Eh bien non, ce n’est pas exagéré et, pour avoir intégré une famille de la région, je peux vous confirmer que les gens, pas tous, mais quand même pas mal, parlent vraiment comme ça. Ça ne facilite pas toujours la compréhension, mais ça met du soleil et de l’huile d’olive dans les conversations.
Alors, un jour, je me suis souvenu de Trets et j’ai eu envie d’écrire une histoire avé l’assan. Mais, problème : l’accent du midi, le vrai, le naturel, ne peut être que très imparfaitement rendu avec notre alphabet. Voici par exemple ce qu’un nordiste devra écrire pour figurer un dialogue entre Marseillais :
— Aloreu ! Tu la mengeu ton orengeu ?
— É non, peuchéreu ! Je la gardeu pour deming !
Détestable, non ? Et totalement ridicule aussi.
Sans doute l’alphabet phonétique permettrait-il de mieux rendre la vraie sonorité de ce dialogue, par ailleurs absurde, mais je n’en connais pas l’usage, et quand bien même je connaitrais cette étrange écriture, vous, vous ne sauriez pas la lire et nous ne serions pas plus avancés.
Ayant pris conscience de cette difficulté mais tenant toujours à mon projet, j’ai pensé que le meilleur moyen de faire entendre l’accent dans des phrases écrites, c’était tout d’abord de planter soigneusement le décor, un décor fait de tuiles romaines, de rues étroites, de places ombragées et de terrasses de cafés sous les platanes. Pour cela j’ai pris pour modèle la petite ville de Trets. Ensuite, je me suis dit qu’il faudrait adopter certaines formes de phrases et utiliser certains mots particuliers, mais sans exagération. En dernier lieu, il devrait suffire de broder à partir d’un archétype méridional, c’est à dire une intrigue pagnolesque, un cliché reconnu et assumé.
A SUIVRE
Avant la parution de l’épisode suivant, pour être en avance sur les autres lecteurs, vous devriez aller sur Amazon pour acheter LA MITRO, c’est un conseil que je vous donne. Cliquez donc sur le titre là-dessous :
LA MITRO
et autres drôles d’histoires
C’est un recueil de nouvelles qui porte le titre de la première d’entre elles. Assez inspirée par Marcel Pagnol, il faut la lire avec l’accent. Les autres nouvelles revisitent aussi bien l’assassinat de Jules César que les jeux télévisés, les petits meurtres sans importance, l’effet papillon ou la manière d’accéder au Paradis.