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Carnet d’Écriture (14) – Excipit ou Comment s’en sortir

Tout le monde sait ce que c’est qu’un incipit. Ah ! Le fameux Longtemps, je me suis couché de bonne heure ! D’ailleurs j’en ai parlé dans le onzième numéro de ces Carnets d’Écriture. Vous vous rappelez peut-être qu’au joyeux temps du confinement, j’en avait fait un jeu littéraire, tentative oulipienne rapidement dévoyée par certains. Mais passons. Donc, un incipit, on sait ce que c’est. Mais un excipit ? 

Symétrique de l’incipit, on trouve l’excipit  à l’autre bout d’une œuvre littéraire. Le mot savant en désigne les dernières lignes. Ah ! Le moins fameux : Si du moins il m’était laissé assez de temps pour accomplir mon œuvre, je ne manquerais pas de la marquer au sceau de ce Temps dont l’idée s’imposait à moi avec tant de force aujourd’hui, et j’y décrirais les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant dans le Temps une place autrement considérable que celle si restreinte qui leur est réservée dans l’espace, une place, au contraire, prolongée sans mesure, puisqu’ils touchent simultanément, comme des géants, plongés dans les années, à des époques vécues par eux, si distantes – entre lesquelles tant de jours sont venus se placer – dans le Temps.

Ne faites pas le malin et ne me dites pas que Continuer la lecture de Carnet d’Écriture (14) – Excipit ou Comment s’en sortir

Carnets d’Écriture (11) – Un incipit en tête…

Il y a une dizaine d’années, trois années de suite, j’ai participé à des ateliers d’écriture. Ce fut plus intéressant sur le plan social que sur le plan littéraire. Dans un tel atelier, une séance se passe souvent de la manière suivante : après une introduction à un thème ou après la lecture de quelques lignes d’un auteur préférablement reconnu, l’intervenant propose aux participants d’écrire séance tenante et dans un temps limité un texte en relation avec le thème introduit ou les lignes qu’il avait choisies. De plus, la plupart du temps, l’intervenant impose de respecter certaines contraintes. Par exemple : réécrire les lignes lues en changeant de point de vue, ou de genre, ou sous forme de dialogue et toute cette sorte d’acrobaties qui finissent par former l’habile écrivain. La contrainte que j’ai rencontrée le plus fréquemment est celle de l’incipit, qui exige du participant qu’il commence son texte par une phrase imposée. Je ne crois pas que jamais personne en atelier n’ait imposé le plus fameux incipit de tous, à savoir « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » mais à part celui-là, tout est possible car la littérature en fournit à foison. C’est d’ailleurs très instructif et souvent amusant, tout en respectant la contrainte imposée, de prendre Continuer la lecture de Carnets d’Écriture (11) – Un incipit en tête…

Carnet d’Écriture (9) – Incipit ? Késsesséssa ?

(…) j’ai pensé que le meilleur moyen de faire entendre l’accent dans des phrases écrites, c’était tout d’abord de planter soigneusement le décor, un décor fait de tuiles romaines, de rues étroites, de places ombragées et de terrasses de cafés sous les platanes. Pour cela j’ai pris pour modèle la petite ville de Trets. Ensuite, je me suis dit qu’il faudrait adopter certaines formes de phrases et utiliser certains mots particuliers, mais sans exagération. En dernier lieu, il devrait suffire de broder à partir d’un archétype méridional, c’est à dire une intrigue pagnolesque, un cliché reconnu et assumé.

*

« Quand arrivent les premiers jours d’octobre et que les feuilles des platanes de la place Honoré Panisse commencent à brunir, il fait encore assez doux pour prendre le premier café du matin à la terrasse de chez Fernand. »

Tout est parti de cette phrase « Quand arrivent les premiers jours d’octobre et que les feuilles des platanes… » Je l’ai écrite tout de suite, en entier, tout d’un trait, facilement et, je le jure, sans avoir aucune idée de ce que pourrait être la suite de l’histoire que je venais de commencer. A tout bien considérer, il est normal qu’elle vienne facilement cette phrase, car c’est un sacré cliché. On la croirait tirée d’un article de Télérama sur le néo-bobo-tourisme en Provence profonde. Un sacré cliché, certes mais, après tout, que l’incipit d’une nouvelle-cliché soit lui-même un cliché, c’est plutôt un avantage : ça annonce la couleur : « … il fait encore assez doux pour prendre le premier café du matin à la terrasse de chez Fernand. »

Dans ce décor planté à la façon de Flaubert pour Continuer la lecture de Carnet d’Écriture (9) – Incipit ? Késsesséssa ?

Carnet d’Écriture (8) – Écrire, avec ou sans accent ?

Autrefois, nous allions souvent à Aix en Provence et, de là, nous allions parfois à Peynier. Même, une année, nous y avions loué une maison pour le mois d’Aout.  Peynier, c’est un village situé à une vingtaine de kilomètres d’Aix, sur la route de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. Quand vous habitez là, pour faire vos courses, vous roulez quatre kilomètres vers l’est et vous arrivez à Trets (prononcez Tretse).

Trets, dix mille habitants, sa Basilique Saint Maximin, son Château des Remparts, son Avenue Mirabeau et ses platanes, sa Place de la Mairie et ses platanes, son Cours Esquiros et ses platanes, ses platanes…

Si vous avez passé un tant soit peu de temps dans le Midi et si en cet instant vous êtes de bonne humeur, je vous défie de prononcer cette suite de mots sans finir, au bout du troisième, par prendre l’accent : Aix en Provence, Peynier, Saint Maximin, Sainte Baume, Esquiros, Platanes. Allez-y ! Essayez ! Moi, je n’y arrive pas.

Ah ! l’Accent ! L’Assan ! Longtemps, j’ai cru que l’assan était une invention de Marcel Pagnol destinée à donner Continuer la lecture de Carnet d’Écriture (8) – Écrire, avec ou sans accent ?

MON ROMAN (Extrait)

(…)

Chapitre 5 – Critiques de mon roman

Pour mettre de mon côté les critiques en leur mâchant le travail et pour éviter les surprises, j’écrirai moi-même les critiques de mon roman et je les enverrai aux journaux. Voici les premières :

Le Figaro
Entre Soljenitsyne et Roux-Combaluzier , à mi-chemin de Thérèse Raquin et de la Porte d’Orléans, partagé entre « Le Dniepr coule toujours dans le même sens » et « Ascenseur pour l’échafaud » , ce court roman devrait donner satisfaction à tout le monde et déplaire souverainement aux autres.

Télérama
Tous les ingrédients d’un drame désopilant sont réunis dans cette œuvre magistrale que l’on n’attendait plus d’un auteur que sa légèreté et Continuer la lecture de MON ROMAN (Extrait)

SASSI MANOON ET LES TEXAS RANGERS (Extrait)

(…) Un beau matin, deux hommes en uniforme parurent à la porte du dispensaire : un gros rouquin du nom de Bill Crawley, et un petit brun moustachu qui s’appelait Ive Krupckie.
« Hi, Ma Sœur, dit Bill. Belle journée qui s’annonce, pas vrai ? »
La sœur resta un instant stupéfaite car aucun homme en uniforme ne s’était jamais présenté au dispensaire et, plus généralement, aucun homme blanc n’avait jamais été vu sur l’ile, a fortiori au dispensaire. Néanmoins, elle se ressaisit pour répondre :
« Bonjour Messieurs les soldats, et que Dieu vous protège.
— Bill et moi, on est des Rangers du Texas. On est comme qui dirait à la recherche de chasseurs d’alligators, des sacrés fils de pute, pardon Ma Sœur, mais y a pas d’autre mot, des sacrés fils de pute qui chassent la nuit au fusil et même à la dynamite. Pas vrai, Bill ?
— Pour sûr, Ive !
— Alors on remonte la Sabine depuis une semaine à la recherche d’un bateau qu’on nous a signalé et qui pourrait bien être celui de ces salopards qui se foutent de la loi comme de leur première vérole. S’cusez, Ma Sœur, ça m’a échappé. C’est un foutu gros dinghy tout noir. Mille pardons, Continuer la lecture de SASSI MANOON ET LES TEXAS RANGERS (Extrait)

REINE D’UN SOIR (Extrait)

(…) Dorsett a paru déstabilisé. Il a tapoté son oreillette pour vérifier son bon fonctionnement, mais, apparemment, elle est restée silencieuse. Il s’est tourné vers les coulisses, espérant sans doute une intervention ou au moins un signe de Bojo. Mais Bojo demeurait inexplicablement absent et Dorsett a commencé à perdre contenance. Il s’est mis à hésiter, à bafouiller :

« Euh… enfin voyons, Carmen… euh, je veux dire Veolia… ce n’est pas gentil ce que vous…

— Pas gentil ? Pas gentil ? a rugi Veolia. Et la salope, là, l’allumeuse de Clocaenog, l’inondeuse de polders, c’est gentil ce qu’elle fait ? C’est gentil de vouloir me voler mon titre en se faisant dessiner des trucs à deux balles sur la peau pour attendrir les braves gens ?

— Mais enfin… protestait Dorsett, mais enfin… »

Il n’avait plus pied, le présentateur vedette, il ne savait Continuer la lecture de REINE D’UN SOIR (Extrait)

RETOUR SUR ANDROMAQUE (Extrait)

(…) Ô toi, lecteur fidèle ! Reconnais que c’est grâce à moi que tu as connu la vérité sur les circonstances de la mort de Jules César ; que c’est bien par mon truchement que tu as entendu le récit de Quintus Tertius, ce militaire en retraite qui malencontreusement voulut changer de coiffeur en ce jour maudit des Ides de Mars 44 ; que c’est bien son récit(*) qui t’a révélé comment et pourquoi Marc-Antoine, ami et garde du corps du grand Jules, avait abandonné son poste, permettant ainsi à une bande de politiciens bedonnants et craintifs de trucider sévèrement le plus grand homme que Rome ait connu avant qu’Octave n’entre en scène dans le costume d’Auguste.

Tu te rappelles donc que Quintus Tertius, après avoir acheté Disiset, une jeune et jolie esclave fraichement arrivée de Cyrénaïque, pour remplacer son coiffeur barbare et récemment défunt du typhus, avait changé son nom en Andromaque, plus convenable Continuer la lecture de RETOUR SUR ANDROMAQUE (Extrait)

LA FORCE DE L’HABITUDE (Extrait)

(…) Il n’a jamais dit à sa femme que les horaires du bureau avaient changé et depuis ce jour, La Lorraine l’accueille chaque soir de la semaine.

Sa table, toujours la même, est située près d’une large fenêtre. De là, dans le confort chaleureux et ouaté de la salle, il peut contempler à sa guise la place des Ternes luisante de pluie et l’agitation des voitures hésitantes derrière leurs essuie-glaces et des piétons engoncés dans leurs manteaux.

Lorsqu’il s’assied, il n’a plus à commander le vin. Jean, le serveur, lui apporte immédiatement un seau à glace et une demi-bouteille de Pouilly-Fuissé. Pendant que le serveur la débouche, Jérôme et lui échangent quelques mots sur le temps qu’il fait.

Un peu plus tard, le maître d’hôtel, toujours le même – Monsieur Robert – lui présentera la carte et les suggestions du jour. Pendant que Jérôme fera semblant de consulter le menu Continuer la lecture de LA FORCE DE L’HABITUDE (Extrait)

C’ÉTAIT UN JOUR QU’ÉTAIT PAS FAIT COMME LES AUTRES (Extrait)

(…). Faut absolument que j’appelle la boite ! Faut que je dise à Verlingue que je vais être en retard, et sacrément même, mais que c’est pas ma faute, que c’est la faute à ces salopards de grévistes — sûr qu’il va aimer ça, Verlingue, ces salopards de grévistes —  qui empêchent l’honnête ouvrier de se rendre à son travail pour gagner l’entrecôte. Le problème, c’est que j’ai plus de portable depuis qu’on me l’a piqué pendant que je me reposais dans le bistrot à Paulo où je soigne ma cuite hebdomadaire. Comme téléphone, y aurait bien chez Liang, le chinetoque qu’a racheté le Balto, de l’autre côté de l’avenue. Mais l’autre problème, c’est que j’ai eu des mots avec lui. La dernière fois que je lui ai causé, au Chinois, c’était pour lui dire que j’y refoutrais jamais les pieds, dans son rade de minables. Y m’avait répondu un truc du même tonneau, genre je sais plus quoi. Bref, on est en froid, Liang et moi. Bon, mais j’ai pas le choix. Faut que je passe un coup de fil. J’entre dans le troquet. C’est pas Liang qu’est derrière le comptoir, c’est un autre jaune, mais qu’est-ce que ça peut foutre ? Sont tous pareils de toute façon.

« Salut, gros lard, que je lui dit au niakoué. T’as le téléphone ? »

Je m’attendais à une vanne quelconque, une chinoiserie à la con, mais non ! Le voilà qui me dit :

« Tiens donc ! Mais c’est Continuer la lecture de C’ÉTAIT UN JOUR QU’ÉTAIT PAS FAIT COMME LES AUTRES (Extrait)