Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Les chiens de guerre

Mars 44 avant JC. César vient d’être assassiné. Antoine, ami de César, est seul dans le théâtre de Pompée. Il contemple le corps de César et annonce la guerre civile.

…La malédiction va fondre sur la tête des hommes ; les fureurs intestines, la terrible guerre civile vont envahir toutes les parties de l’Italie. Le sang, la destruction seront des choses si communes, et les objets effroyables deviendront si familiers, que les mères ne feront plus que sourire à la vue de leurs enfants déchirés des mains de la guerre. Toute pitié sera étouffée par l’habitude des actions atroces ; et conduisant avec elle Até, sortie brûlante de l’enfer, l’ombre de César promènera sa vengeance, criant d’une voix puissante dans l’intérieur de nos frontières : Carnage ! Et alors seront lâchés les chiens de la guerre, jusqu’à ce qu’enfin l’odeur de cette action exécrable s’élève au-dessus de la terre avec les exhalaisons des cadavres pourris, gémissant après la sépulture.

Jules César. Shakespeare

 

De la naissance des théories complotistes

Si l’homme était forcé de se prouver à lui-même toutes les vérités dont il se sert chaque jour, il n’en finirait point ; il s’épuiserait en démonstrations préliminaires sans avancer ; comme il n’a pas le temps, à cause du court espace de la vie, ni la faculté, à cause des bornes de son esprit, d’en agir ainsi, il en est réduit à tenir pour assurés une foule de faits et d’opinions qu’il n’a eu ni le loisir ni le pouvoir Continuer la lecture de De la naissance des théories complotistes

Ah ! la belle époque !

Renée Faure (1918-2003), sociétaire de la Comédie Française, racontait ceci : 

Assise au premier rang de la Comédie Française, une dame regarde évoluer devant elle, sculptural et majestueux, Jean Marais dans le rôle de Néron. Elle se penche vers sa voisine et lui murmure, défaillante et ravie : 

— Y a pas à dire, à l’époque, les hommes, c’était autre chose !

 

L’examen de minuit

Ceci a déjà été publié en 2018, mais un  petit rappel de temps en temps, ça peut pas faire de mal. 

La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
À nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s’enfuit :
— Aujourd’hui, date fatidique,
Vendredi, treize, nous avons,
Malgré tout ce que nous savons,
Mené le train d’un hérétique.

Nous avons blasphémé Jésus,
Des Dieux le plus incontestable !
Comme un parasite à la table
De quelque monstrueux Crésus,
Nous avons, pour plaire à la brute, Continuer la lecture de L’examen de minuit

Vrac

Avertissement :
ne cherchez pas trop longtemps le lien logique qui unit ces citations.
Il n’y en a pas.

Nous étouffons parmi des gens qui croient avoir absolument raison.
Albert Camus

… une vie froide comme un grenier dont la lucarne est au nord…
Gustave Flaubert – Madame Bovary

La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire, sans exciter d’émotion, de rire ou de rêverie.
Gustave Flaubert – Madame Bovary Continuer la lecture de Vrac

Les Atrides ? C’est pas compliqué.

Les Atrides, ça vous dit quelque chose ?
Vaguement ?
Oui, je sais, c’est compliqué, mais faites un effort, que Diable  !
Tantale qui fait bouffer son fils aux Dieux, ça vous parle ?
Et Agamemnon qui zigouille sa fille pour pouvoir faire de la voile ? Toujours pas ?
Et le même, occis dans sa baignoire par sa femme et son cousin ?  Ah ? J’ai cru voir une lueur !
Et Oreste, fils d’Agamemnon qui trucide sa mère et ledit cousin ? Vous l’aviez oublié, ça, n’est-ce pas ?

Bon, je vois. Normalement, la culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. Eh bien, même pas !

Alors, voilà : j’ai retrouvé dans mes papiers ce document Continuer la lecture de Les Atrides ? C’est pas compliqué.

Rendez-vous à cinq heures : Toute la Gaule ?

La page de 16h47 est ouverte…

Toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ?

Cet incipit récurrent est sans doute plus célèbre que le Longtemps, je me suis couché de bonne heure du petit Marcel. C’est celui qui depuis 60 ans ouvre chaque nouveau volume des aventures d’Astérix, le Gaulois.

Mais Madame Marie-Isabelle Tasset, auteur que je ne connais pas, a passé ce court texte à l’examen de la correctitude contemporaine. Et voici la lettre recommandée AR qu’elle a envoyé aux auteurs. Ils doivent se marrer là-haut.

Merci à Marie-Isabelle de l’avoir écrite et à Bruno de me l’avoir transmise.

Messieurs Goscinny et Uderzo,
vous êtes priés de revoir votre copie !

Dans le cadre de sa réédition 2021, voici quelques remarques à prendre en compte pour la révision de l’incipit de votre série « Les aventures d’Astérix » :
« Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non ! Car un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. Et la vie n’est pas facile pour les garnisons de légionnaires romains des camps retranchés de Babaorum, Aquarium, Laudanum et Petibonum… ».

– avant Jésus-Christ : pas assez inclusif
– toute la Gaule est occupée par les Romains : colonisation = archaïsme, à proscrire
– irréductibles : stéréotype
– Gaulois, Romains : formulation sexiste
– envahisseur : stigmatisant
– Babaorum : incitation à l’addiction
– Laudanum : incitation à la débauche
– Petibonum : atteinte morale aux personnes de petite taille

Notre suggestion :
“Nous sommes à l’époque où les Romain.e.s partagent avec les Gaulois.e.s les progrès de leurs avancées techniques et commerciales. Un village peuplé de Gaulois.e.s combatif.v.e.s a toutefois décidé de faire cavalier seul. La vie n’est donc pas simple pour les garnisons de légionnaires romains des camps retranchés de Pandémonium, Aquarium, Symposium et Funérarium.”
Tant que vous y êtes, vous me virez aussi le pirate numide, les accents régionaux et les références au poids d’Obélix ; vous me gommez les courbes de Falbala ; vous évitez d’humilier les Romains à tout bout de champ ; et par les temps qui courent, vous me supprimez le banquet final !!!
Bien à vous,
L’Ordre du Polissage Universel

© Marie-Isabelle Tasset, auteur

Bientôt publié

Demain, 07:47 Tours – 6
4 Avr, 07:47 TABLEAU 342
5 Avr, 07:47 Le Cujas (51)
6 Avr, 07:47 Stations de Métro – 7, 8, 9
7 Avr, 07:47 Rien ne va plus – Critique aisée n°212

La Lune

Morceau choisi

La Lune remonte à la plus haute Antiquité. Elle change de forme tous les jours. De couleur aussi. Elle est tantôt rouge, tantôt verdâtre, tantôt énorme et orangée. Parfois elle a l’air d’un coquillage. Un coquillage nacré, tout usé sur les bords. Il y a deux ou trois jours, elle était transparente. On pouvait voir le ciel à travers. Tantôt elle est grosse comme un petit pois, tantôt comme un ballon de football, tantôt comme une pièce de cinquante centimes. Certains matins d’épais brouillard on prend le soleil pour la lune. C’est ce qui fait dire à ma femme de ménage : « C’est surnaturel, la Nature ! » (Elle n’aime vraiment, à part la Lune, que l’opéra et les temples romains, ce qu’elle doit à Continuer la lecture de La Lune

La parole de Yogi Berra

Yogi Berra  (1925-2015) fut un grand joueur et entraineur de baseball. Il est connu pour les aphorismes avec lesquels il encourageait ses joueurs. Au delà du paradoxe ou de la Lapalissade, Etienne Klein, physicien et philosophe des sciences, y trouve souvent un sens profond. 

La théorie et la pratique, c’est exactement la même chose, sauf qu’en pratique, ce n’est pas vrai.

Vous devez donner 100% dans la première moitié du match. Si cela ne suffit pas, dans la seconde moitié, vous devez donner ce qui reste.

Ce n’est pas terminé tant que ce n’est pas terminé.

Personne ne va plus Continuer la lecture de La parole de Yogi Berra

Heureuse

Morceau choisi

Ceci est le texte d’une chanson de Pierre Philippe, chantée par Juliette… pas Binoche — comment peut-on être une star et s’appeler Binoche, non vraiment elle exagère, pourquoi pas Grougnard pendant qu’elle y est ? — ni Greco, non, Juliette tout court.
La poésie, c’est pas tous les jours dans ce journal irréfutable. Alors, profitez-en.
(Vous pouvez aussi l’écouter en cliquant sur le lien en fin de texte.)

Heureuse

S’extraire au petit jour de la torpeur du lit,
Ouvrir grands les volets sur le vol des courlis,
Faire du café très fort, le boire à la fenêtre,
Respirer, expirer et se sentir renaître.
Se dire qu’il faudrait bien rentrer chaises et table
Mais attendre pour ça des temps moins délectables,
Là, descendre au jardin crissant sous la gelée,
Redresser les dahlias alanguis de l’allée

Ne pas lire le courrier, ne pas lire les journaux,
Les jeter tout en tas au loin sur le piano
Puis verser dans le bain l’huile d’amande douce,
Faire glisser le peignoir et sombrer dans la mousse,
Déjeuner sur la nappe de fil d’Ecosse écru,
Dans de l’ancien Moustiers, d’un peu Continuer la lecture de Heureuse