Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Les disparus de la rue de Rennes (sixième extrait)

Résumé des chapitres précédents

Une partie non négligeable de la rue de Rennes étant portée disparue, pour éviter le scandale et ne pas risquer de perdre la face devant ses électeurs, Madame Hidalgo a choisi la seule solution politiquement efficace : ne rien faire.

6- La vengeance de Cottard

Où l’on pourra vérifier que la vengeance est un plat qui se mange enveloppé dans du papier journal.

Oui, mais voilà ! Madame La Maire avait compté sans la rancune de Cottard. Il en avait gros sur le cœur, le Cottard. Non seulement il avait réalisé que lorsque ses collègues prononçaient son patronyme en dehors de sa présence, ils le faisaient toujours précéder de « ce con de », mais encore, la façon dont il avait été mis à l’écart de l’affaire de la rue de Rennes l’avait mortifié. Il avait donc décidé de se venger et c’est pour cela qu’il avait déposé nuitamment et incognito une copie du rapport Ratinet dans la boîte du journal L’OBS réservée aux lettres anonymes. Il y avait joint une petite note, anonyme également. Écrite à la main pour faire simple, en lettres capitales – plus faciles à déguiser – et bourrée de fautes d’orthographe pour brouiller les pistes, elle présentait ainsi la chose :

CHER L’OBS J’AI PENSÉ QUE CE RAPORT POURRÉ VOUS INTERRESSER CAR CÉ UNE AFAIRETRÉS GRAVE QUE CETTE DISPARISSION DE RUE QUE MADAME LA MÉRE VEUT SUR TOUT KASHER PARCE QUEL EST RESPONSAB VU QUELLE S’OCCUPPE DE TOUT LA VACHE. SIGNÈ UN FIDÉL LECTEUR.

À l’OBS, on prit tout d’abord la chose pour un canular, tant les fautes étaient grossières et tant l’absence d’une quarantaine de numéros d’une rue de Paris paraissait saugrenue. Mais, Elboise de Villetaneuse, la plus jeune des journalistes, qui avait rendez-vous le soir même Chez Lipp avec un député de l’opposition pour y discuter politique et plus si affinité, décida d’aller vérifier. De toute façon, il fallait qu’elle passe à la bijouterie Arije pour y négocier la revente d’un collier qui venait de lui être offert par un sénateur de la majorité. Arrivée place du Québec, Elboise ne put que constater ce qui était dit dans le rapport officiel de la Ville : rue de Rennes, il manquait des numéros. N’écoutant que sa conscience professionnelle, elle remit à plus tard sa visite au bijoutier et téléphona aussitôt au rédacteur en chef :

— Allo, Matthieu, c’est moi. Écoute, je suis à Saint-Germain et…

— Fais vite, cocotte, j’ai un pot chez Perdriel et j’suis déjà en retard.

— Écoute, c’est du sérieux. Tu sais, le rapport sur la rue de Rennes, comme quoi il manque des numéros, tout ça… Eh bien, c’est du solide.

— Comment ça, c’est du solide, choupette ?

(…)

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Les disparus de la rue de Rennes (cinquième extrait)

Résumé des chapitres précédents

Devant la disparition inexpliquée de toute une section de rue de Paris, Madame la Maire se demande à qui elle pourrait bien faire porter le chapeau.

5- Si j’aurais su, j’aurais pas venu

Où l’on verra un ex-député de la Corrèze, mais pas celui qu’on pourrait croire, inspirer Anne Hidalgo.

Pourtant, plus elle réfléchissait, plus elle se rendait compte que taire cette affaire était devenu impossible. Trop de monde était désormais au courant : les fonctionnaires de la Mairie parmi lesquels il pouvait toujours rester quelques supporters de l’opposition, les personnes dont les témoignages figuraient dans le rapport de Ratinet, les badauds qui avaient assisté à la stupide visite d’aujourd’hui et parmi lesquels il y aurait bien au moins un journaliste, ou un ami de journaliste, ou un informateur de journaliste, enfin quelqu’un qui parlerait à un journaliste !

De plus en plus consciente de l’impossibilité d’étouffer l’affaire, consciente également de la grande difficulté qu’il y aurait à la faire endosser par l’opposition, Madame la Maire arriva dans son bureau dans un état de nerfs extrême. Après avoir fracassé le portrait officiel du Président de la République contre un radiateur, elle convoqua Hubert Lubherlu à qui elle Continuer la lecture de Les disparus de la rue de Rennes (cinquième extrait)

Les disparus de la rue de Rennes (quatrième extrait)

Extrait (gratuit) du chapitre 4

Résumé des chapitres précédents

Après un vote unanime, moins les voix de l’opposition, le Conseil Municipal, Maire en tête, s’est rendu sur place et sous la pluie pour constater les faits de visu. C’est confirmé, il manque tout un bout de la rue de Rennes. C’est bien embêtant.

4- Stratégie municipale

Où l’écologie retrouvera ses limites et la politique, ses habitudes.

Ces choses ayant été accomplies, la Maire se retira dans le véhicule à gyrophare, parce que l’écologie, ça va bien cinq minutes, tandis que son garde du corps restait planté au milieu de la chaussée, triplement embarrassé par un parapluie de golf marqué aux armes de la ville, un vélo batave et un costume sombre complètement fichu.

Sur le chemin du retour, dans le confort de sa voiture de fonction et de son for intérieur, Madame la Maire réfléchissait : cette disparition n’était pas une petite affaire et il fallait la prendre très au sérieux : deux ou trois cents mètres de rue manquants, ça faisait quand même désordre, même pour une municipalité de gauche. Il lui fallait établir une stratégie de toute urgence.

Était-il possible de mettre l’affaire sur le dos de quelqu’un d’autre ? Elle pourrait bien sûr parler d’héritage de la mandature précédente, mais ça faisait quand même plus de huit années qu’elle exerçait le pouvoir absolu sur la ville. De plus, dans ce cas, on ne manquerait pas de lui rappeler que, dans l’équipe précédente, elle était première adjointe. Remonter plus loin en arrière, c’est-à-dire à Tiberi ou même jusqu’à Chirac, lui paraissait difficile. Elle demanderait conseil sur ce point à Laurent Joffrin et à Edwy Plenel dès demain, mais elle ne Continuer la lecture de Les disparus de la rue de Rennes (quatrième extrait)

Les disparus de la rue de Rennes (troisième extrait)

Extrait du chapitre 3 

Résumé des chapitres précédents

Une quarantaine d’immeubles de la rue de Rennes (75006) semble avoir disparu sans que l’on ne sache ni quand, ni pourquoi, ni comment. Le rapport que Roger Ratinet a établi ne satisfait pas, mais alors pas du tout, Anne Hidalgo, Maire de Paris.

3- Les parapluies de Saint-Germain

(…)  Dans un premier mouvement qu’elle ne devait pas tarder à regretter, Madame la Maire convoqua pour la fin du mois une réunion extraordinaire du Conseil Municipal. Celui-ci mit aux votes une motion selon laquelle il se transporterait sans tarder sur les lieux du drame. La motion fut votée triomphalement à l’unanimité, moins les voix de l’opposition bien entendu.

Le jour où les édiles devaient se rendre sur place, il pleuvait. La veille, on avait Continuer la lecture de Les disparus de la rue de Rennes (troisième extrait)

Les disparus de la rue de Rennes (2ème extrait)

Résumé des chapitres précédents

Roger Ratinet, employé à la Mairie de Paris, vient de constater la disparition d’une bonne quarantaine de numéros d’immeubles dans la rue de Rennes. On lui a demandé d’établir en toute hâte un rapport sur cette disparition pour le moins étrange.

Chapitre 2- La charge de la preuve

Où l’on découvrira que prouver un manque n’est pas chose facile et qu’éprouver un manque, non plus.

 C’est donc le 17 février 2023 vers 10 h 30 que notre préposé à la vérification des plaques de rue se rendit en toute hâte sur les lieux, muni de son appareil nippon tout neuf et de son certificat tout frais d’aptitude à la prise de vue numérique.

En arrivant en vue de l’église Saint-Germain des Prés, vint à l’esprit curieux de Ratinet la question suivante : « Comment fait-on pour photographier une rue qui a disparu ? ». Son esprit cartésien résista un temps à passer du particulier au général, mais il fallait bien qu’il cédât. Il céda et passa à « Comment fait-on pour photographier quelque chose qui n’est pas là ? », puis, plus général encore, à « Comment prouve-t-on l’absence d’une chose ? » et enfin à son inévitable universalisation : « Comment prouve-t-on qu’une chose n’existe pas ? ». La tête commençait à lui tourner Continuer la lecture de Les disparus de la rue de Rennes (2ème extrait)

Les disparus de la rue de Rennes (extrait)

Chapitre 1 – Une mécanique bien huilée

Où l’on constatera qu’à l’instar du temps judiciaire, le temps municipal n’est pas celui de tout le monde et qu’en réalité, il y a moins d’urgence que de gens pressés.

C’est le 27 juin 2022 à 11 h 45, alors qu’il procédait à une opération de contrôle de routine, que Roger Ratinet[1], technicien de la Mairie de Paris préposé à la vérification de la conformité des plaques de rue à la parité homme/femme, découvrit que les quarante premiers numéros de la rue de Rennes avaient disparu. Choqué, il rentra chez lui et prit le reste de la journée pour se remettre.

Le lendemain, de retour à son bureau, il entreprit de rédiger le rapport d’anomalie circonstancié que méritait un tel événement. Quel ne fut pas son embarras quand il constata qu’il n’existait aucun formulaire adapté à ce qu’il avait à rapporter. Il y avait bien le formulaire spécial pour signaler la Continuer la lecture de Les disparus de la rue de Rennes (extrait)

Pagnol, Raimu et la Western Electric

Rediffusion du 30/06/2016

En 1929, Marcel Pagnol écrit sa quatrième pièce de théâtre, Marius. C’est un très gros succès. Le rôle de César est tenu, bien entendu, par Raimu.
La même année, Pagnol rencontre Bob Kane, patron de la succursale française de la Paramount, et devient son ami. Il découvre le cinéma parlant et décide de devenir réalisateur. Devant le succès de Marius qui est joué depuis deux ans, Bob Kane veut tourner un film d’après la pièce, mais avec de « vrais » acteurs de cinéma. Pagnol le convainc de garder la troupe de théâtre. C’est Alexandre Korda, réalisateur autrichien de talent, qui met le film en scène.
Dans « Cinématurgie de Paris », Pagnol raconte cette scène (que je vous conseille de lire avec l’accent) :

Le premier jour, un soundman fit son apparition sur le plateau : il sortait de la villa du Mystère, où tournaient en silence les dérouleurs de la Western Electric. Il vint vers moi, et me dit d’un ton décisif :

– Il est impossible d’enregistrer la voix de Raimu.

– Pourtant, dis-je, il a déjà fait plus de cent disques de phonographe, et un film Le Blanc et le Noir.

– Sa voix n’est pas phonogénique, reprit le sorcier. Nous avons ici les meilleurs appareils du monde : et pourtant, je n’arrive pas à un bon résultat.

– Qu’est-ce que ça ? dit Korda, de loin.

– Ce monsieur affirme qu’il ne peut pas enregistrer la voix de Raimu.

– C’est bien dommage pour lui, dit Korda. Parce qu’on ne peut pas remplacer Jules. Mais lui, on peut. Continuer la lecture de Pagnol, Raimu et la Western Electric

Antoine au Chabanais

Ceci est un extrait de « Histoire de Dashiell Stiller ». Georges Cambremer raconte sa nuit avec Antoine de Colmont au Chabanais.
Pour lire le reste, il va falloir acheter le bouquin, mon vieux!

(…)  Antoine a fini par reparaitre dans le salon de musique. C’était bien après minuit. En le regardant venir vers moi, je guettais un sourire, une gêne, un air rêveur, une expression quelconque, quelque chose qui aurait pu me donner un indice sur la façon dont ces deux dernières heures s’étaient passées pour lui. Mais son visage restait impassible. Sans un mot, il a pris mon bras et m’a entrainé vers la sortie.
Dehors, il faisait bon. Nous avons marché jusqu’au jardin du Palais-Royal, nous nous sommes assis sur un banc face à la fontaine et là, il s’est mis à parler. Solennel comme à son habitude, il a commencé par me remercier. « Mon cher Georges, laisse-moi t’exprimer ma gratitude. Grâce à toi, je viens de passer la soirée la plus passionnante et la plus instructive de ma vie. » Comme je lui demandai un peu plus de détails, il a commencé à parler de sa nuit. La petite Louise était absolument adorable. Elle lui avait Continuer la lecture de Antoine au Chabanais

Athènes – 17 novembre 1973 – 8h45

Ceci est extrait du récit que j’ai intitulé Les canons de Syntagma.

 Athènes, samedi 17 novembre 1973, 8h45
(…) Je suis maintenant à nouveau debout sur le balcon, appuyé à la rambarde. Il y a de moins en moins de piétons dans Venizelou. Par-dessus le bruit discontinu des rafales, apparait le wouche-wouche-wouche d’un hélicoptère. Il passe très lentement et très bas au-dessus de Syntagma puis, comme un frelon qui changerait d’avis, il se met à filer tout droit en direction de la place Omonia. Prenant petit à petit le pas sur le bruit de l’hélicoptère qui disparaît, monte maintenant un nouveau bruit que je mets du temps à identifier. Il vient de la gauche. Il ressemble à celui de ces rideaux de fer que les magasins relèvent le matin. Le bruit dure et monte en puissance et d’un seul coup, je le reconnais : c’est celui des chenilles d’un char d’assaut sur la chaussée. Quand il ne sort pas des haut-parleurs d’une salle de cinéma, ce bruit métallique et inexorable est absolument terrifiant. Au même moment, l’avant d’un tank, puis son canon, puis sa tourelle, enfin la totalité de sa puissante silhouette apparaissent. Il est immédiatement suivi Continuer la lecture de Athènes – 17 novembre 1973 – 8h45

Les débuts dans le monde d’Armelle Poder

Le texte qui suit est extrait du roman Histoire de Dashiell Stiller et plus particulièrement du 3ème chapitre. C’est Armelle Poder qui raconte son histoire. Il faut que vous sachiez qu’elle préfère qu’on l’appelle Simone Renoir. Elle trouve que ça fait  plus distingué.

(…)
Bon, après ça, on a vécu des moments difficiles, Sammy et moi. J’avais plus de travail, plus de chambre, plus rien. Il a bien voulu que j’emménage avec lui dans sa chambre rue d’Odessa. La chambre était pas terrible, mais moi j’étais heureuse, vous pensez, toute la journée avec Sammy, à m’occuper de lui et tout. Mais au bout d’une semaine, il m’a dit que c’était pas tout ça, que c’était bien beau l’amour et l’eau fraiche, mais que ça manquait de beurre dans les épinards et qu’il allait falloir voir à me mettre au boulot. Quand j’ai compris que le boulot, c’était le ruban…

Le ruban ? Ben, c’est le trottoir, le turf, la racole… faire la pute, quoi ! Quand j’ai compris que c’était ça, j’ai refusé tout net. Alors il m’a flanqué une de ces roustes. J’étais une ingrate — une ingrate, c’est une moins que rien, une qu’a pas la reconnaissance du ventre, qu’il m’a dit — et qu’avec tous les sacrifices qu’il avait fait pour moi, il pensait que je pourrais bien faire ça pour lui, une fois de temps en temps. Quand j’ai dit « Jamais ! », il m’a flanqué Continuer la lecture de Les débuts dans le monde d’Armelle Poder