Aux coiffeurs

Ce texte a été diffusé déjà deux fois par le passé, mais le problème avec les coiffeurs, c’est qu’il faut y retourner régulièrement. De plus, par les temps qui accélèrent, un peu de chaleur humaine et humide, de rêve et de poésie ne peuvent pas vous faire de mal.  

Dehors, il fait gris sombre, froid humide et triste angoisse. Quand on passe badaudant devant la vitrine floue de la rue Saint Jacques longue, le trottoir est jaune enluminé.
Si on entre dans l’aquarium boutique, c’est encore mieux : il fait blanc lumineux et chaud tropical. Les vents électriques des séchoirs mangeurs de crânes recouvrent à peine les conversations molles et la musique en tube. D’étranges êtres capés immobiles se contemplent assis dans des miroirs lumière encadrés. Des esclaves serviles légers leur reforment la crête luisante hirsute.

Si l’on a pris bonne et due date, c’est le paradis retrouvé. On se place aussitôt parmi les maitres absolus que des serviteurs emblousés arrosent de pluies tièdes, massent de mousse odorante, abreuvent de café sucré, instruisent de considérations indispensables et d’interloquantes dernières, tondent des rouflaquettes, privent de leurs épis, coupent de leur superflu, apaisent leurs sourcils, séparent de leur raie et coiffent de leur technique.
On flotte léger, on somnole un peu, on répond à peine, on est bébé heureux.
Et puis, il faut partir.

Dehors, il fait gris sombre, froid humide et triste angoisse. Mais la chaleur giron du salon maternel vous caparaçonne encore pour quelques minutes de futur. Et toutes les vitrines qui bordent le chemin réfléchissent un temps puis vous confirment que vous êtes vraiment beaucoup mieux comme ça.

 

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