Comment lutter contre l’insomnie ?

Les conseils du Père Coutheillas de Jardin

 Comment lutter contre l’insomnie ?

par Lorenzo dell’Acqua

Je ne sais pas si je dois le remercier ou non. Je lui avais raconté que je souffrais d’insomnie et que je trouvais cela très pénible. Après avoir comptabilisé sans le moindre résultat plus de deux cent cinquante mille ovins de passage sur mon balcon, j’avais essayé de lire La Recherche en allemand et à l’envers comme il me l’avait conseillé. Peine perdue ;  cette technique ne marchait pas non plus. Immuablement, je me réveillais à 3 ou 4 heures du matin quelle que fut l’heure à laquelle j’avais éteint ma lumière la veille, en général assez tôt en raison de ma fatigue due à mes dépenses physiques de la journée chiffrées sur mon smartphone à environ 7 ou 8 kilomètres à pied. Et à 4 heures du matin, je ne parvenais plus jamais à me rendormir. Pas la moindre

pensée noire, ni envie de faire pipi, mais une impossibilité absolue de retrouver le sommeil.

C’est alors que le Père Coutheillas, celui-là même qui, sous les traits de John Wayne,  avait tué Liberty Valence et délivré Orléans, est intervenu pour me sauver la mise à moi aussi. Je cite ses propos qui sont consignés chez un huissier :

« Moi aussi, j’ai connu le même problème et j’ai réussi à le résoudre sans le secours de somnifères ou d’un psychanalyste.

« Non ? » Avais-je fait en parodiant Cary Grant dans La mort aux trousses.

 « Eh bien si, et c’est fastoche » m’avait-il répondu sans l’ombre d’une hésitation comme le Petit Gibus dans La guerre des boutons.

« Mais encore ? » avais-je ajouté.

« A quatre heures du matin, je me lève, je vais dans la cuisine sans réveiller ma charmante épouse (Sophie, NDLR), j’active la cafetière électrique Thomson 1969, je m’en verse un grand bol, j’allume une, voire deux ou trois Gauloises bleues comme Michel Piccoli dans tous ses films, je lis quelque pages de l’almanach Vermot qui me mettent en joie et, une heure après, je ressens une curieuse impression de lassitude extrême, mes yeux se brouillent, je m’affaisse sur ma chaise comme Johnny Weissmuller dans le remake de Tarzan mais sans tomber à terre. En réalité, j’ai tout simplement envie de dormir ou plutôt de me rendormir. Et ça marche »

Et moi de m’exclamer comme le docteur Schweitzer peu avant minuit : « Voilà un remède auquel je n’avais pas pensé ! »

Donc, je mets en application immédiatement les recommandations de NRCB. Je me réveille à 4h30 et comme d’habitude et je ne réussis pas à me rendormir. Pas d’angoisses ni de pensées dépressives. Alors je me lève et refais à la lettre ce que m’avait dit de faire NRCB sauf que je ne fume pas, ça me fait tousser. En revanche, je ne suis pas contre un petit verre de calva comme le répétait Jean Carmet dans Buffet Froid. En tout cas, à quatre heures du matin, ça requinquerait un moribond. Ne possédant pas l’intégrale de l’almanach Vermot, je me mets à l’ordinateur et je m’occupe de mes photos. Et puis, comme NRCB, je ressens au bout d’une heure, une heure et demi, une curieuse sensation qui m’oblige à retourner au lit avec une lourdeur des paupières à peine supportable. Et là, très rapidement, je découvre un truc incroyable dont il ne m’avait pas parlé. C’est ce moment délicieux que j’avais lu dans les livres sans jamais l’avoir ressenti, le rêve éveillé, un mélange de réalité et de fiction comme dans les romans de Modiano. La première fois, c’est au moment où Monica Belluci m’embrasse sur la bouche que m’a effleuré l’idée que, peut-être, j’avais déjà commencé à rêver …

La suite se déroule dans la matinée. J’ouvre un œil, puis les deux, je me précipite sur ma montre et là, oh stupeur, je découvre l’ampleur du miracle ! Il est 10h30, des chiffres qui m’étaient inconnus jusqu’alors. J’avais donc redormi pendant cinq heures qui, ajoutées aux cinq d’avant mon insomnie, faisaient un total de 10 heures de sommeil ! Du jamais vu. Je me précipite dans la cuisine et susurre à mon épouse, comme Jean Gabin à Michèle Morgan dans Quai des brumes : « Je n’en crois pas tes yeux ! ». La suite, je vous la fais courte : tous les jours, ou plutôt toutes les nuits, le remède de NRCB fonctionnait à merveille !

« Aux grands mots, les grands remèdes » avait dit le docteur Schweitzer sur le plateau d’Apostrophe. Certes, mais les grands remèdes ont parfois de grands effets secondaires que l’on ne découvre que petit à petit … Un jour, je me souvins d’un livre parlé de mon enfance dans lequel Napoléon Bonaparte disait : « Il faut six heures de sommeil à un homme, sept à une femme et huit à un imbécile », mais il ne parlait pas de ceux qui dormait dix heures ce que j’interprétais comme un profond mépris vis-à-vis de ceux-là, et donc de moi. Or, comme vous le savez, je suis très susceptible et la pensée que Napoléon puisse me mépriser m’a démoralisé. Le deuxième effet secondaire eut des conséquences encore plus dramatiques. Quand vous quittez votre lit à 10h30 du matin, la journée est déjà sérieusement entamée. Après avoir refait un café parce que celui de 4 heures du matin a gelé, puis avoir fait votre toilette et vous être habillé, il est autour de 11h30. Autrement dit, quasiment l’heure du déjeuner. Votre journée se trouve amputée de sa première moitié, celle où la lumière est la plus belle pour la photo. Et en plus, pour couronner le tout, je n’ai jamais d’inspiration l’après midi. Ainsi prit fin mon activité de retraité qui m’occupait tout le restant de la journée. Et la tristesse m’a envahi, puis la dépression et à nouveau l’insomnie.

Une réflexion sur « Comment lutter contre l’insomnie ? »

  1. Les fidèles lecteurs du JdC se souviennent de mes problèmes d’insomnie qui me pourrissaient la vie et que je résolus dans un premier temps grâce à la méthode NRCB. Malheureusement, ses effets secondaires me firent replonger dans le marasme de la dépression et donc de l’insomnie. Il se trouve que par le plus grand des hasards j’ai trouvé une autre solution qui fonctionne à merveille et je tenais à en faire part aux lecteurs pour les rassurer et la leur faire savoir au cas où, eux aussi, souffriraient du même mal. Ma femme collectionnant les boites de médicaments, je tombai un jour sur de petits bâtonnets blancs sécables en quatre. Il s’agissait d’un anxiolytique qui, pris le soir, pouvait avoir des vertus favorisant le sommeil. Méfiant vis à vis des remèdes de bonnes femmes en général et de la mienne en particulier, je n’en prie qu’un quart alors qu’il était conseillé d’en avaler un demi. L’effet fut remarquable. Mes nuits redevinrent normales et durent désormais six heures à la grande satisfaction de Napoléon. Je pus reprendre la pratique de la photo tôt le matin quand la lumière est si belle surtout en hiver ce que je ne peux hélas vous montrer puisque le JdC interdit la publication des photos de ses lecteurs même fidèles. Cette méthode a cependant un effet secondaire mineur : toutes les nuits sans la moindre exception je fais le même rêve où je suis allongé sur un canapé et un monsieur, assis dans un fauteuil confortable, me demande de parler de moi pendant cinquante minutes et pas une seconde de plus. Ce n’est pas inintéressant et c’est même plutôt sympathique parce que le monsieur qui m’écoute sans jamais prononcer la moindre parole et à qui je remets la moitié de ma retraite en espèces n’est autre que NRCB.

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