Depuis mon lit de Champ de Faye.
Hier, il a neigé une bonne partie de la nuit. Le matin, tout blanc d’une neige mouillée.
Une promenade avec Sari, très vivifiante, dans le froid et le blanc. Ma chienne retrouve un peu de jeunesse, comme je le ferais peut-être si je chaussais un jour à nouveau les skis.
Croisé le fils Coupy, qui pissait au vent sans me voir. Il s’est rajusté, pas vraiment gêné. Nous entamons une conversation, plus longue que d’habitude, sur la neige, la beauté du paysage. Je m’aperçois qu’avec sa tenue de chasse culottée, sa casquette fourrée, ses bottes marron et sa moustache grisonnante, il est magnifique. Mais je n’ose pas lui demander de se laisser prendre en photo. Comme le chien des voisins, Farenheit, suit Sari avec obstination au cours de mes promenades, il en vient à se plaindre du comportement des chiens laissés en liberté.
Les chasseurs et les agriculteurs n’aiment pas beaucoup que ces chiens vagabondent en toute liberté au milieu des bois, des champs et du gibier. Ils n’aiment pas beaucoup non plus la réaction des propriétaires de ces chiens, généralement des rurbains, qui, pour la plupart et sans même s’en rendre compte, méprisent les paysans sans tenir compte de leurs habitudes ou de leurs besoins. Ils se considèrent comme les gardiens de la nature, sans formation ou expérience pour ça.
Je n’ai toujours pas digéré le projet de ce chemin récupéré sur une haie. Il ne va nulle part en démarrant de nulle part. Sa remise en état effectuée par une association, qui sera sans doute éphémère, a nécessité la suppression d’une épaisse haie sur 5 ou 600 mètres. Le débroussaillage ayant été mal fait, les souches et les nouvelles pousses rendent le chemin impraticable, les traces de feu, les vestiges des objets — bidons déformés, armatures métalliques de pneus calcinées, bouteilles brisées— qui ont été utilisés pour l’allumer marquent le paysage. Nous avons maintenant une vue (et une ouie) directe sur la grand-route. Ce sont généralement les mêmes personnes qui parsèment la campagne d’abris improvisés pour leurs chevaux, de tentes multicolores pour leurs déjeuners, de piscines molles et d’agrès agressifs pour leurs enfants.