Qui est derrière ?
Marcel Proust a dit je ne sais plus comment, mais beaucoup mieux que moi, qu’un personnage de roman s’inspire non pas d’une personne connue de l’auteur mais de plusieurs, sinon de toutes les personnes qu’il a rencontrées. Je suis pratiquement persuadé qu’il a dit quelque part ailleurs que, dans chacun de ses personnages, il y avait aussi un peu de lui-même. Proust et moi sommes souvent d’accord et c’est à nouveau le cas ici. À ceux de mes lecteurs qui me connaissent un peu ou beaucoup, je laisse le soin de deviner quelle part de moi il y a dans Georges, dans Antoine ou même dans Isabelle… Pour ce qui est de mes autres modèles, je ne les dévoilerai pas, leur ayant promis l’anonymat. Les plus perspicaces auront cependant reconnu sans difficulté dans Cambremer un subtil mélange de Jacques Chaban-Delmas pour les meilleurs côtés et de François Mitterrand pour les autres.
Encore deux mots de regrets avant de fermer cette partie de mon carnet d’écriture consacrée au Cujas.
Mon premier regret est de n’avoir pas su rendre la fin du roman plus claire. En effet, dans la scène finale, Dashiell accepte avec enthousiasme l’invitation d’Isabelle à déjeuner avec un officier français. Il pense pouvoir ainsi renouer avec elle dont il est éperdument amoureux. Mais, il comprend que tout est perdu pour lui quand elle lui donne le nom de cet officier, Jean de Varax. Le lecteur attentif le comprendra en même temps, mais le distrait, non. Je ne vais pas en révéler ici la raison — vous n’aviez qu’à lire plus attentivement — mais si un jour je dois rééditer ce roman, j’en modifierai les dernières lignes afin de les rendre plus explicites et de mieux comprendre pourquoi de Varax va ruiner pour Dashiell toute chance de récupérer Isabelle.
Mon deuxième regret est d’avoir changé le titre. Cela s’est fait au dernier moment, sur un coup de tête. Pendant toute la période d’écriture puis de diffusion en épisodes dans le JdC, cette histoire avait pour titre « Le Cujas ». Du temps de mes folles études au Lycée Saint Louis, il existait, en bas de la rue Cujas, un café qui portait ce nom « Le Cujas ». Moins chic que les cafés de la place de la Sorbonne, je le fréquentais de temps en temps, surtout pour y jouer au flipper avec des co-détenus du baze Louis. Ce café n’avait pas de charme, pas terrasse, il ne faisait pas l’angle avec le Boulevard Saint Michel, mais quand j’ai vu la fameuse carte postale des « Étudiants-boulevard-Saint-Michel », je me suis dit que l’enseigne Le Cujas lui irait très bien, personne ne connaissant ce mot dont l’étrange sonorité pouvant signifier n’importe quoi. Mais au dernier moment, au moment de la composition du texte sur le site d’Amazon, un esprit de marketing m’a soufflé d’utiliser un titre long et explicatif plutôt qu’un titre court et énigmatique. Erreur ? Est-ce pour cette raison que ce roman ne s’est que très peu vendu ? Je n’en suis pas sûr mais j’aime à le penser.
Et maintenant, vous devez cliquer ci-dessous :

Depuis longtemps, en fait depuis la parution de ce roman, j’ai en vie de revenir au titre originel : Le Cujas.
Refaire une édition d’Histoire de D.Stiller, ça demande un peu de travail d’édition, mais je crois que je vais quand même le faire un de ces jours.
Je suis persuadé que ce titre m’avait été inspiré par celui d’un excellent livre de Jean Hougron qui s’appelait « Histoire de Georges Guersant », récit d’un personnage entrainé malgré lui dans la Résistance à l’occupation allemande.