Archives de catégorie : Textes

Trois cafés (25)

(…)— Adieu, chers compagnons, ou plutôt À demain !
Je me rends de ce pas porter ce parchemin
Jusques en les bureaux de la Chancellerie
Exercer mes pouvoirs et ma sorcellerie
Pour établir les droits du sire du Moulot.
Et que Dieu vous protège et vous maintienne au chaud !

Décidemment, il en faisait quand même beaucoup, Trois-cafés.
Il a porté sa main vers le becquet de la porte, mais il s’est ravisé et, comme un automate, l’index tendu devant lui, il a pivoté sur les talons jusqu’à pointer la table de Cottard, lequel était toujours passionnément plongé dans les petites annonces immobilières.

— Ah ! Jules ! s’est-il exclamé. Je suis impardonnable, j’allais t’oublier.

— Tiens ! Bonjour Stanislav ! Je ne vous avais pas vu !

Il faut savoir que le bonhomme qui disait ça, ça faisait plus d’une demi-heure qu’il était planqué derrière un journal qu’il tenait à l’envers. À moins de trois mètres de tout le monde ! Et il disait qu’il nous avait pas vu ! Il est con, ce Cottard ! Il a tout de suite ajouté :

— Mon Dieu ! Il est midi moins le quart, il faut que je parte. J’ai un rendez-vous à midi à la Mairie.

Son rendez-vous, c’était avec la cantine, on le savait tous, sauf Trois-cafés qui a fait semblant de rien. Il a dit, joyeux :

— Une petite minute, mon bon Jules. Est-ce que tu as ton agenda ?

— Ben… non. Je l’ai oublié à mon bureau.

— Ah ! C’est contrariant. C’est très contrariant ! J’ai vu Anne Hidalgo hier-après-midi et je lui ai parlé de toi. Elle est enchantée à l’idée que nous déjeunions ensemble. Maintenant, il faut absolument fixer une date. Elle m’a donné ses jours, je connais les miens. Alors, toi ?  Quels jours peux-tu ?

— Sais pas… je n’ai pas mon agenda…

— Écoute, Jules. Voilà ce qu’on va faire. Tu vas appeler ta secrétaire, tu vas lui demander de prendre ton agenda et de regarder les jours auxquels tu es libre à déjeuner. Allez, va téléphoner.

— Euh… ben… Ma secrétaire est pas là… elle est malade…

Là je dois faire part d’une intuition personnelle : vu le travail qu’il fait, que Cottard ait un agenda, ça me parait déjà extravagant. Mais qu’il ait une secrétaire, ça, c’est carrément impossible ! Non, il voulait tout simplement pas déjeuner avec Hidalgo. Moi, je savais pourquoi, mais Trois-cafés, lui, il savait pas. Alors, il s’est fâché :

— Dis-moi, mon petit bonhomme ! Tu ne sembles pas faire beaucoup d’effort pour déjeuner avec Madame Hidalgo ! Un peu plus et on croirait que tu n’en as pas envie. Songe quand même que je t’offre-là une opportunité de rencontrer une personne, la personne, qui pourrait faire décoller ta carrière !

En entendant ça, je n’ai pas pu m’empêcher de ricaner à l’intérieur : « Faire décoller sa carrière ! Moi, je dirais même mieux : la faire exploser en plein vol ! C’est sûr que si, pendant le déjeuner, la dame vient à s’intéresser aux Poids et Mesures, et ça ne manquera pas, il aura du souci à se faire pour sa planque, le Jules ! » Mais l’autre continuait :

— C’est simple, Jules. Si je ne sors pas d’ici avec une date, je ne pourrai faire autrement que dire la vérité à Anne.

— La vérité ! Quelle vérité ? a crié Cottard, tout à coup persuadé que l’autre savait tout.

— Eh bien, que tu ne veux pas déjeuner avec elle par exemple, que ça t’ennuie, que tu as mieux à faire, que tu ne peux pas la supporter, bref que tu ne l’aimes pas. Et ça, je peux te dire qu’elle n’aimera pas !

— Mais non, mais non, a gémi Cottard. C’est pas ça, pas du tout, au contraire ! Je l’aime, Madame Hidalgo, je l’adore, Madame Hidalgo ! Le problème, en fait, c’est que je suis très très très pris.

— Vraiment, pas un seul jour de libre ? Tu es certain ?

— Ben si ! Y aurait bien demain, mais…

Il est con, Cottard, on l’a vu. Mais il est pas bête. C’est plutôt un sale con qu’un vrai con, si vous voyez ce que je veux dire. Il avait dû penser qu’une personnalité du gabarit de la Maire de Paris ne pouvait pas être libre à déjeuner comme ça, paf, du jour au lendemain. Alors, avec son « Ben si ! Y aurait bien demain… », il avait tenté le coup. Mais le coup était foireux :

— Eh bien tu vois ! Tu as de la chance : demain, c’est parfait ! Et pour elle et pour moi ! Bon, je réserve à la Tour d’Argent. C’est très commode, on peut y aller à pied de l’Hôtel de Ville. C’est pour ça qu’elle y va si souvent, elle qui est tellement contre la voiture. Elle adore la Tour d’Argent. Et puis, moi, j’y ai des prix. Je réserve la table pour 12 heures 30. Rendez-vous ici, chez Georges, à midi précises. Nous la retrouverons là-bas. Tu t’habilleras un peu, n’est-ce pas ? Parce que là… franchement…

Nous avons regardé Cottard partir vers sa cantine d’un pas lent et raide, le regard fixe et le visage crispé. Il devait se demander comment il allait se sortir de ce traquenard. Assez plaisant, le spectacle !

Quand Cottard a disparu, Trois-cafés s’est tourné vers moi :

— Ah, Ratinet ! qu’il m’a dit. J’aimerais beaucoup que nous reprenions notre conversation de tout à l’heure.

A SUIVRE

Anatomie d’une chute

Extrait de « Couleur café »

(…)
Au moment où elle va passer pour la septième fois devant ma table, porteuse d’un plateau chargé — j’ai une mémoire photographique presque absolue — de trois demis pression, un verre de Morgon, un autre de bourgogne aligoté, deux cafés dont un allongé, un croque-monsieur, une tarte du jour et deux tickets de caisse, je pousse légèrement du pied la chaise en osier inoccupée qui se trouve devant moi. Le siège se déplace de trois centimètres environ, ce qui demeure caché aux yeux de la serveuse par le plateau de service qu’elle porte devant elle d’une main encore sûre. Le pied de la chaise se trouve à présent sur le trajet de sa Ranger gauche. La pointe de la chaussure ne heurte que légèrement le barreau d’osier bigarré mais, en retardant d’un tiers de seconde le mouvement de la jambe gauche vers le prochain pas, cela suffit à déséquilibrer la jeune femme. Tout en s’efforçant par une contorsion simultanée du buste et du bras droit de maintenir son plateau à l’horizontale, elle tente de prendre un nouvel et ferme appui du pied gauche en l’avançant un peu plus vite et un peu plus loin à la recherche d’un sol accueillant et fiable. Mais il est déjà trop tard. Poussé par l’énergie cinétique qu’elle a accumulé depuis sa sortie de la cuisine, son corps s’est un peu trop incliné vers l’avant de sorte que la projection verticale de son centre de gravité se trouve à présent en dehors de son polygone de sustentation. Lorsque sa chaussure gauche vient enfin frapper le sol à plat, on entend simultanément la claque sonore de la semelle sur le bitume et le cri déjà résigné de sa propriétaire : « Et merde ! »

La suite est inéluctable : tous deux pris par surprise, le muscle droit antérieur de la cuisse gauche et le Continuer la lecture de Anatomie d’une chute →

Trois cafés (13 à 24)

Pour la deuxième fois, je vous offre ci-dessous la possibilité de lire d’une seule traite les épisodes 13 à 14 de Trois cafés. Si vous voulez lire les 12 premiers, c’est facile , il suffit de cliquer sur ceci :

     Douze premiers épisodes

Sinon, veuillez passer à la suite (9000 mots seulement) :

(…) Et, en se tournant vers la cuisine, il a clamé joyeusement :
— Eh bien Georges, je ne vais pas te compliquer la vie : pour moi, ce sera la même chose que mes deux amis ! Œuf-mayonnaise, merlan frit et baba au rhum !
De toute façon, y avait rien d’autre ! Je lui avais bien dit, pourtant ! Là, je me suis encore demandé s’il continuait pas à se foutre de notre gueule, par hasard. Mais brusquement, il s’est tourné vers Dumoulot et, l’air intéressé, il lui a demandé :
— Dis-moi, Gérard, Dumoulot, c’est Dumoulot ou du Moulot ?

— Hein ? qu’il a dit Dumoulot.
— Je veux dire : ton patronyme, c’est en un mot ou en deux ?
— Hein ? a redit Dumoulot.
— Ah ! Je m’exprime mal. Je veux dire : est-ce que dans Du-mou-lot, le du est un du particule ou non ?

— Hein ? a répété Dumoulot qui commençait à transpirer

 Quand il est gêné, Dumoulot, quand il comprend pas ce qui se passe, quand il pense qu’on le mène en bateau, quand on lui pose une question qu’il peut pas répondre, quand il sait plus où il en est, il transpire, Dumoulot. Il devient tout rouge et il transpire. Ça commence à lui couler sur le front, ça dégouline le long du nez et ça finit par lui faire des petites gouttes aux pointes de la moustache. Oui, parce qu’en plus, il a une moustache ! C’est parce qu’il est timide ; la transpiration, pas la moustache. Ah si ! Peut-être… la moustache aussi. C’est vrai qu’il est gentil, Dumoulot, mais il est timide. Ou alors, il a pas confiance en lui. Ou les deux. C’est un gros handicap dans la vie, ça, la timidité. Pareil avec la confiance en soi. Tenez, un exemple, prenez Cottard : il est pas timide, Cottard. La preuve, c’est qu’il prend ma table chaque fois qu’il peut. Donc, il est pas timide. S’il était timide, il arriverait pas à faire semblant depuis vingt-cinq ans d’avoir un vrai boulot à la Mairie, à supposer qu’il y en ait, là-bas, des vrais boulots. Non, ça ! Cottard, il est pas timide. Ça l’empêche pas d’être con, mais il est pas timide.

Donc, je voyais Dumoulot qui transpirait tant que ça pouvait parce qu’il Continuer la lecture de Trois cafés (13 à 24) →

Les petits cons

Couleur café n°30

La Coupole, Boulevard du Montparnasse, Paris

Quand je vois ces jeunes crétins en T-shirt siglé qui, l’air ennuyé, traversent la Coupole derrière leurs parents ravis, et même parfois, leurs grands-parents rayonnants,

Quand je vois ces grands dépendeurs d’andouilles jeter un œil blasé sur la salle encore à moitié vide,

Quand je vois ces petits cons entrer ici sans rien savoir de ce que ceux qui les y amènent aujourd’hui y ont un jour connu ou auraient aimé connaitre,

Quand je vois ces godelureaux débraillés s’asseoir dans cette salle sans la moindre idée de ce qu’ont pu être ici les soirées bruyantes et enfumées des après France-Galles, les après-midi oisives où Ferdinand Lop venait vendre ses essais philosophiques et, à défaut, ses portraits de Jeanne d’Arc, les tardifs déjeuners du dimanche où apparaissaient, hiératiques, le Premier Secrétaire du Parti Socialiste, son chapeau noir, son écharpe rouge et sa fausse indifférence,

Quand je vois tout cela, je me dis que je donnerais beaucoup pour être à leur place.

Trois cafés (24)

(…) Puis, se tournant vers Dumoulot :
— Allez, Gérard, la machine est lancée ! Vous êtes content, j’espère ?
Et sans attendre la réponse, il est sorti, sans voir qu’il avait l’air plutôt gêné, le du Moulot potentiel. Mais moi je savais bien pourquoi : c’est qu’il avait pas un Kopeck sur lui.

Ne pas avoir d’argent sur soi, c’est une question de principe chez Dumoulot. C’est même plus que ça, c’est une religion. C’est pas qu’il soit radin, non… Ce serait plutôt qu’il aime pas dépenser. Jamais un sou dans la poche, pas de carte de crédit, déjà, ça lui évite la tentation de payer son coup quand ça serait son tour. Ensuite, c’est vrai qu’il règle son ardoise à Georges tous les mois, mais il mange et il boit chez Georges, il lit le journal de Georges, il regarde la télé de Georges et quand il est pas chez Georges, il est dans le métro ou chez lui. Dans le métro, il voyage gratis, bien sûr, et chez lui c’est pareil, je veux dire qu’il paie pas de loyer. Comment ça se fait ? Je sais pas ; une combine quelconque, j’imagine. Bon, c’est pas le sujet. On s’en fiche ! Toujours est-il que comme ça, il dépense pas grand-chose, Dumoulot. Ça lui permet d’économiser pour entrer de temps en temps dans une affaire super-prometteuse avec son beau-frère pour cent ou deux cents balles et de les perdre automatiquement dans le mois qui suit.

Donc, ce matin-là comme les autres matins, Dumoulot n’avait Continuer la lecture de Trois cafés (24) →

Trois cafés (23)

(…) Et tout ce que je reçois de votre part en guise de remerciements, ce sont des plaintes paranoïaques et des jérémiades indignes d’un du Moulot ! J’en viens à me demander si je ne me suis pas trompé sur votre compte et si finalement vous n’êtes pas qu’un simple Dumoulot ! Tout cela pour une petite condition de rien du tout que vous n’avez même pas demandé à connaître ! Ah, vous me décevez, Gérard, vous me décevez énormément !

À voir les gouttes de sueur qui commençaient à perler au front de Dumoulot, j’ai réalisé qu’il n’avait pas compris grand-chose à la tirade de Trois-cafés. Il allait falloir que j’intervienne à nouveau, parce que je l’aime bien, moi, Dumoulot. C’est vrai que c’est pas le couteau le plus aiguisé du tiroir, mais il est pas méchant pour deux sous. C’est pas comme l’autre, là, ce con de Cottard. Alors je l’aime bien, moi, Dumoulot et je suis intervenu.

— Écoutez, Stanislav. Je crois qu’on va pas s’en sortir. Vous voyez bien qu’il comprend rien à ce que vous dites. Faut dire — le prenez pas mal — que vous y mettez pas du vôtre, non plus. Vous vous écoutez des fois ? « une faute grave contre l’honneur de la Chancellerie… se rendre aux arguments… des plaintes paranoïaques… des jérémiades indignes… des moyens qui vous donnaient barre sur le Chancelier… » et puis quoi encore ?   Même moi, des fois, j’ai du mal. Alors Dumoulot, vous pensez ! Vous savez pas à qui vous causez, mon vieux ! Dumoulot, il est gentil, il est franc comme l’or, c’est un livre ouvert, mais y a rien d’écrit dessus. Y a que des dessins, un peu comme une bande dessinée pour moins de sept ans. Alors voilà ce que je vous propose : vous m’expliquez à moi et je lui explique à lui. Ça sera beaucoup moins pénible comme ça. Alors ? C’est quoi cette condition ?

Là, j’ai bien vu que je l’avais impressionné, Trois-cafés. Tout aristo et bien habillé et cultivé et tout qu’il était, Continuer la lecture de Trois cafés (23) →

Le texte, Coco, le texte ! 

Sur YouTube, on ne trouve pas que des Labradors qui parlent, des arbres qui tombent, et des avions qui se posent de travers. On peut y trouver aussi du théâtre, et du bon. Je ne parle pas de ces médiocres captations de mauvaises pièces de boulevard périphérique, mais de théâtre classique (Molière, Marivaux, Musset, Hugo…) interprété par les meilleurs comédiens que la France peut compter, ceux de la Comédie Française¹. 

Depuis 2020, une quarantaine de pièces de théâtre ont ainsi été réalisées par la Comédie Française et diffusées sur YouTube.
Les spectacles que l’on peut y trouver ne sont pas des représentations traditionnelles telles qu’on peut les voir dans les salles de la Comédie. Ce sont en fait des versions améliorées de ce que l’on appelle une « lecture à la table ». Dans le monde du théâtre, m’a-t-on dit une lecture à la table, c’est la première étape dans la création d’un spectacle. C’est une répétition dans laquelle les comédiens, réunis autour d’une table et munis du texte de l’œuvre qu’ils commencent à répéter, lisent leur rôle. Il n’y a pas de décor, pas de costumes, pas de scénographie. Le texte est filé d’un bout à l’autre, en présence de tous les comédiens et du metteur en scène. Le travail est orienté sur la familiarisation des comédiens avec le texte et la recherche du sens. 

Ce que présente la Comédie Française et qui a pour titre générique « Théâtre à la table » se rapproche Continuer la lecture de Le texte, Coco, le texte !  →

Trois cafés (22)

(…) Et, dans une dernière moue languissante, Madame Françoise a cédé :
— C’est bien pour vous faire plaisir, Stan…-
— Ah, merci, merci, merci ! Je vais téléphoner à Robert pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il sera aux anges ! Ah, que je suis content ! Je vais me mettre à la préparation de notre petite expédition dès demain et je vous en reparle très vite ! À présent, vous voudrez bien m’excuser, mais il faut que je voie notre ami Gérard.
Sur un petit nuage, Madame Françoise est partie s’asseoir à sa table sous la télévision où elle restée une bonne demi-heure les yeux dans le vague. Je l’imaginais en train de se demander ce qu’elle allait bien pouvoir mettre pour assister au mariage du siècle.

Si vous me demandiez ce que faisait Cottard pendant tout ce temps, je vous dirais bien qu’il faisait comme si il était pas là. En fait, il était là, mais il le regrettait parce qu’il voulait surtout pas parler à Trois-cafés because le déjeuner avec Hidalgo. Du coup, il s’était planqué derrière un journal qu’il avait ramassé sur le comptoir et il faisait semblant de consulter les annonces immobilières. De son côté, Trois-cafés était allé rejoindre Dumoulot à sa table, celle qu’est juste à côté de la mienne.

— Ah ! Gérard ! Mon ami ! J’ai beaucoup de choses à te dire. Tout d’abord, Continuer la lecture de Trois cafés (22) →

Les désillusions perdues

par Lorenzo dell’Acqua

Comme son ami l’écrivain NRCB, le photographe Lorenzo dell’Acqua était fort déçu. Depuis la parution du Roman des Regards, personne ne lui avait demandé d’autographe dans la rue. Pire encore, personne ne le reconnaissait dans les musées, ni les surveillants, alors qu’il s’y rendait un jour sur trois, ni les visiteurs dont certains avaient dû lire son livre.

Au début, cette frustration lui parut déplacée tant il était conscient de sa chance inouïe : il avait réussi à publier ses photos et, cerise sur le gâteau, avec un écrivain prestigieux. Et puis, petit à petit, cette frustration prit de l’ampleur. Ce n’était pas la fin des séances de signatures avec des lecteurs enchantés ni celle des interviews à la radio qui l’affectaient car il savait bien que cela ne pourrait pas durer éternellement. Mais alors, pourquoi cet état dépressif ?

Il n’envisagea pas une seconde de chercher une Continuer la lecture de Les désillusions perdues →

Trois cafés (21)

Alors, maintenant, elle passe la moitié de son temps chez Georges. Elle dit qu’elle vit chichement de sa retraite et du modeste Loto qu’elle a gagné quand elle était en prison. Mouais… je vous dirais franchement, moi, j’y crois pas à son truc du Loto. Je crois plutôt qu’elle vit avec le fric qu’elle a accumulé quand elle était dealeuse. Mais quand je dis ça, je dis rien. Et puis, c’est pas mes oignons, pas vrai ? Allez ! Je ferme la parenthèse.

 Bon ! Alors ! On en était au moment où Madame Françoise s’était persuadée qu’elle avait connu en gros et en détail le jeune futur Grand Chancelier, Robert Bompar de Colmont.

— Je ne crois rien du tout, chère amie, lui a répondu gentiment Trois-cafés.  Et surtout, je ne veux rien savoir.

Madame Françoise a insisté :

— Mais Robert vous a dit qu’on avait… ?

— Il ne m’a rien dit de semblable. Mais ce qu’il m’a dit, c’est qu’il aimerait beaucoup vous revoir pour parler du passé. Et comme, justement, il marie sa fille dans deux mois d’ici, très exactement les 16, 17 et 18, il m’a chargé de vous inviter. Ça se passera au château familial, en Haute Provence ; quatre cents invités triés sur le volet, deux orchestres, trois traiteurs, une vedette du music-hall dont le nom est gardé secret pour le moment… Ce sera une réception extraordinaire, les Colmont sont réputés pour cela ! Et puis, le mariage de la fille du Grand Chancelier, c’est un évènement ! Vous seriez logée au château, comme Continuer la lecture de Trois cafés (21) →