Caroline Fourest en veut

C’est extrêmement rare que je cite in extenso un article de presse. Ce n’est peut-être même jamais arrivé. Mais je vais faire une exception pour Caroline Fourest dont les interventions sur LCI, les articles sur Franc-Tireur, les interviews ici et là sont toujours lumineuses de bon sens, de générosité et de clarté. Caroline Fourest est Directrice éditoriale de l’hebdomadaire Franc-Tireur que je suis depuis plusieurs mois et que je vous recommande, soit sous forme papier, soit sous forme numérique.
Voici l’éditorial de C.F. de l’édition de F-T du 3 juillet.
(Je signale que je recopie cet article sans aucune autorisation de C.F. ou de F-T Mais je suis certain qu’ils ne m’en voudront pas.)

J’en veux, comme tous les commentateurs, au président de la République de nous avoir plongés dans cet enfer : une dissolution sans queue ni tête. J’en veux aux commentateurs de passer toujours plus de temps à baver sur les démocrates, sans jamais dire ce qu’ils font de bien, pour s’étonner ensuite de voir les apprentis totalitaires tirer les marrons du feu.

J’en veux aux Français qui avaient à leur disposition d’autres bulletins que le RN pour cracher leur colère et qui ont choisi la peste suprême. S’ils s’inquiètent pour leur sécurité, ils pouvaient voter pour la droite républicaine. S’ils tremblent pour leur pouvoir d’achat, ils pouvaient voter pour le Nouveau Front populaire. Bien sûr, le RN leur a promis les deux : plus de sécurité et plus de pouvoir d’achat, comme par magie. Mais qui peut être assez naïf pour y croire ? Qui ne voit pas qu’ils sont le chaos et non l’apaisement, qu’ils vont dégrader l’image et la note de la France, libérer le racisme et la défiance en guise de fausse solution à nos problèmes ?

J’en veux, terriblement, à la gauche du déni et du « pas de vagues », qui a tout fait pour pousser 10 millions de Français dans les bras du RN. À cette gauche irresponsable qui a commencé par nier la montée de l’islamisme, puis celle de l’antisémitisme, avant de souffler sur ces braises. À cette gauche incendiaire qui a trahi Charlie, adopté le mot « islamophobie », traité les laïques de racistes et les centristes de fascistes. À cette gauche factieuse qui s’affiche le soir du premier tour aux côtés de Rima Hassan, qui relaie des fake news et les éléments de langage du Hamas. Ainsi donc, pour lutter contre le racisme (et l’antisémitisme ?), il faudrait voter pour David Guiraud (qui parle de « dragons célestes » pour désigner les Juifs), Thomas Portes (qui s’est réjoui du 7 octobre et soutient une association satellite du Hamas) ou le fiché S Raphaël Arnault ? J’en veux à tous ceux qui, la bouche en coeur, exigent de nous de faire barrage à l’extrême droite, en agitant des drapeaux palestiniens et en criant « Tout le monde déteste la police ! » place de la République !

Des commentateurs s’étonnent qu’il soit plus difficile d’appeler au désistement républicain en faveur de candidats modérés, du centre ou de la gauche démocrate, qu’en faveur de candidats LFI radicaux et douteux. Mais pourquoi donc ? Vous ne voyez pas ? Et pourtant, il faut ce désistement républicain. Parce que La France insoumise a très peu de chances d’entrer à Matignon, et le RN toutes les chances d’obtenir une majorité absolue. Mais qu’on ne soit pas surpris si le barrage demeure percé par endroits. Même face à des candidats RN racistes pro-Poutine, certains citoyens préféreront avoir piscine ou voter blanc que d’offrir leur voix à des candidats LFI antisémites, pro-Hamas et pro-Poutine. Et si par malheur le RN obtenait la majorité, cela ne sera pas la faute des républicains s’étant abstenus dans trois ou quatre circonscriptions, mais celle de ces apprentis sorciers. C’est à cause d’eux que l’extrême droite monte. Et à cause de leurs repoussoirs que le barrage au RN ressemble à une passoire.

2 réflexions sur « Caroline Fourest en veut »

  1. PS: « Une dissolution sans queue ni tête ». Non, cette dissolution précipitée (même si elle était souhaitable) n’a pas de « tête », je suis bien d’accord, mais elle aura une « queue » regrettable quelque soit le résultat. J’en ai bien terriblement peur.

  2. J’achète épisodiquement en kiosque Franc-Tireur (faut bien varier ses sources de réflexion tout de même) car j’aime ce titre, sa signification et son histoire passée, son indépendance, sa neutralité, sa prise de parti contre les extrêmes, ses créateurs et éditorialistes (Christophe Barbier, Caroline Fourest et quelques autres).
    L’article cité en est un bel exemple, tout à fait à l’ordre du jour (celui de demain en tout cas).
    Dans mon dernier commentaire paru dans l’article « Tout se tient » de Jeudi dernier 4 juillet (jour du 248ème anniversaire de la déclaration d’indépendances des États d’Amérique (« tout se tient » y a pas à dire!), je m’en veut d’avoir laisser passer à mon insu une faute de rédaction qui mettait ainsi dans le même sac les extrémistes « grimés » qui se multiplient dans les démocraties historiques (Trump, Le Pen, Farage, Meloni, etc) avec les démocraties qui leur permet justement de progresser. Un adjectif qualificatif devait figurer après celui de démocraties: « déjantées », c’est à dire « grimées mais plutôt déjantées ». Elles le sont en effet et méritent à mon avis des révisions ou des amendements pour tenir compte des évolutions de leur environnement: évolution des techniques, évolution des mœurs, etc. Par exemple, les articles de la constitution américaine et de ses principaux amendements datent de 1787, à l’époque la cadence pratique de tir des armes à feu était de un coup par minute et aujourd’hui de 100; faudrait revoir l’amendement sur la liberté du port d’armes. Par ailleurs, cette constitution prévoit la nomination des juges de la Cour Suprême (en principe 9 à vie) par le Président avec le consentement du Sénat: situation absolument inepte et même aujourd’hui totalement ubuesque. « Ils » feraient bien de revoir ça rapidement. Biden est pour, Trump est contre. Autre exemple, en France cette fois: la Constitution de la 5eme République (Cinq/Zéro contre l’Amérique!) prévoit l’élection des 577 députés du parlement par un scrutin uninominal majoritaire à deux tours; de Gaulle tenait à ça pour un pays de 365 sortes de fromages, donc ingouvernable efficacement (voire la 4ème République). Eh bien justement, et c’est là où je voulais en venir (d’accord, c’est long) à la suite de l’article de Caroline Fourest, ne serait-il pas temps de prévoir tout ou partie du scrutin de l’Assemblée Nationale par une représentation proportionnelle? Le RN (ex FN) en tant que parti est extrémiste, ses élus le sont bien sûr, je suis d’accord, mais ses électeurs (un tiers le l’électorat national au premier tour) le sont-ils tous? Je ne le crois pas. Le résultat du deuxième tour, car je crois et souhaite ardemment que le RN ne soit pas majoritaire, va produire un grand nombre de frustrés et la frustration peut conduire à des grandes colères, à encore plus d’intolérance. Attention pour la suite après-demain!

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