Souvenirs, souvenirs… 

Il y a quelques jours, j’ai publié un article intitulé « Journal intime » suivi d’une date, le 3 décembre 2012. Pendant quelques semaines, de manière espacée et pour un temps limité, je continuerai à publier des articles portant ce titre suivi d’une autre date. Mais pourquoi donc, se demande-t-on à voix basse sous la feuillée ? À voix basse sous la feuillée, on se demande
Pourquoi publier un journal intime ?
Et aussi, pourquoi écrire un journal intime ?
Et surtout, qu’est-ce qu’un journal intime ?
Mais d’abord, pourquoi cette question ?

Eh bien voilà : 

Pendant quelques années, plus précisément de 2005 à 2013, j’ai tenu un journal intime. Oui, j’ai eu cette faiblesse. Pourtant, avant que cela n’arrive, combien de fois m’étais-je moqué de cette préciosité de jeune fille de pensionnat ?  Confier à un cahier à spirale ses états d’âme, ses joies, ses espoirs et ses déceptions, ça n’est pas très viril-viril me direz—vous, ni même très intéressant, non ? À quoi je vous répondrai que, pour dire ça,  c’est que vous n’avez pas lu le journal intime de Paul Morand, ni celui de Julien Green.
Car moi, je ne vous parle pas là de journaux juvéniles, pleins de préciosités et de questions que personne ne pense plus à se poser une fois passé vingt ans. Ce dont je vous parle, c’est de journaux de la maturité et de la vieillesse, pleins de vérités premières et désabusées sur la vie, l’amour, la mort et la dangerosité des trottinettes.
Si mon journal intime, écrit entre les âges de 63 et 70 ans, est bien un journal de la maturité avancée, il n’est pas pour autant rempli de sages considérations universelles ou d’amères constatations existentielles, car lorsque je l’ai entrepris, mon intention n’était pas de « prendre du recul » ni de « faire le point ». Non, ce que je voulais, c’était rassembler des faits pour constituer une sorte d’album photo que je pourrais consulter parfois pour me souvenir de mon existence passée. En effet, jeune, j’avais été frappé par un aphorisme dont j’ai oublié l’auteur et qui disait : « L’homme n’existe qu’autant qu’il est mémoire ». Autrement dit, ce qui fait l’homme ce sont les souvenirs. Cette sentence définitive m’avait inquiété car à cette époque, j’avais déjà constaté que ma mémoire était déplorable et, pour pallier cette déficience, à plusieurs reprises, j’avais commencé puis, autant de fois, abandonné l’écriture d’un journal intime.
La tentative qui a duré le plus longtemps, c’est celle qui a commencé à la fin de l’année 2006. Elle s’est terminée en juillet 2013, peu de temps avant la première parution du Journal des Coutheillas, en novembre. 

Il y a quelques jours, je l’ai relu in extenso, ce journal. J’en ai conclu, premièrement, que j’avais bien fait de le tenir, deuxièmement, que j’aurais dû persévérer et, troisièmement, qu’il n’est pas publiable en l’état. 

Premièrement, j’avais bien fait de le tenir car sa lecture m’a rappelé tout un tas de choses que j’avais totalement oubliées et ce n’était pas tant les faits qui étaient tombés dans mon oubli que mes états d’esprit devant leur survenance. Deuxièmement, j’aurais dû continuer à le tenir, car cela m’aurait permis de ne pas oublier comment j’avais réagi à ce qui s’était passé depuis la fin de 2013 ni à qui j’avais prêté les deux DVD de la Recherche du temps perdu qu’avait réalisés Nina Companez. Et troisièmement, le journal n’était pas publiable en l’état ni surtout in extenso. J’ai l’habitude de dire que lorsqu’on écrit, on s’expose. Bon, d’accord, mais il y a des limites à l’exhibitionnisme. J’ai donc dû effectuer une sélection sévère dans mon journal intime et ne retenir pour la publication que les textes qui selon moi, pourraient présenter un intérêt anecdotique ou même littéraire sans trop franchir le mur de ma vie privée. Ceux qui voudront en savoir davantage n’auront qu’à attendre que mon éditeur posthume ait retrouvé et publié mon journal. Et c’est pas demain la veille. 

6 réflexions sur « Souvenirs, souvenirs…  »

  1. Comme dit Lorenzo on serait curieux de lire quelques passages de tes mémoires, bien sûr pas d’ordre privé !

  2. @Lorenzo dell’Acquabon
    La bouche d’ego…
    Belle expression, joli jeu de mots, répartie spirituelle quand on parle de journal intime. Il faudrait demander à Freud ou à Lacan ce qu’ils en pensent.
    Mais qu’on se rassure, dans les extraits de mon journal intime d’autrefois que je publierai dans les semaines qui viennent, il y aura surtout des images, des observations, des réflexions légères, des questions sans importance, mais pas, ou si peu, de déversement d’ego. En tout cas pas davantage que ce que je n’en mets habituellement dans mes petites histoires. Voyeurs s’abstenir.

  3. Il peut y avoir de tout dans un journal intime : chacun l’assaisonne à sa sauce. Il y a pourtant une grande différence avec des mémoires, qui ont une intention plus publique.
    C’est vrai que journal intime fait un peu demoiselle bien rangée : le jeune homme ambitionne, débat et n’a rien à cacher, tandis que la jeune femme médite, introspecte et doit combler sa solitude par un dialogue avec elle-même. Je n’en dis pas plus là-dessus sous peine de me faire castrer par la ligue anti-genre…
    Reste que le « journal », intime ou non, devrait être obligatoire : c’est un formidable exercice de synthèse et un indisponible outil de réflexion et de mémoire.
    J’ai toujours voulu en écrire un quotidiennement, mais la somme des cahiers éparses de mes journaux ne doit pas dépasser quatre pages… Je le confesse et le regrette.

  4. Là encore, le mot clé ici n’est pas journal mais intime, c’est à dire une révélation continue de l’observation et de la pensée, de ce qu’on est réellement en tant qu’individu sur cette terre. C’est d’abord un témoignage pour soit, à relire chaque fois que nécessaire car la pensée évolue, éventuellement pour d’autres après sa mort. Mais on peut aussi demander à ce qu’il soit incinéré avec soi, c’est ce que je préconise.

  5. Maintenant que nous a mis l’eau de vie à la bouche d’ego, nous te supplions à genoux de publier tes Mémoires avant de la perdre.
    Pétition signée par : Jim, Bruno, Lariégeoise, Paddy, Jean-René, Edgar, Martine, Sophie, Lorenzo, Marcel, Arthur, Alexandre, Honoré, Patrick, Daniel, Victor, Homère, James, Léon, Anton, Gotlib, Sempé et Aloïs.

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