Après la Caverne de Platon, dans sa série « Comment briller en société sans forcément parler de la famille », le Journal des Coutheillas vous offre aujourd’hui: « Le Chaudron de Freud » en version abrégée, facile à retenir, que vous pourrez aisément étoffer afin de passer pour un brillant causeur. Allons-y :
A emprunte un chaudron de cuivre à B.
Une fois qu’il l’a rendu, B fait traduire A en justice en l’accusant d’être responsable du gros trou qui se trouve maintenant dans le chaudron, et qui rend l’ustensile inutilisable.
A présente sa défense en ces termes :
–Primo, je n’ai jamais emprunté de chaudron à B
–Secundo, le chaudron avait déjà un trou lorsque B me l’a donné
–Tertio, j’ai rendu le chaudron en parfait état.
(Tiré de ‘Le Mot d’esprit et sa relation à l’inconscient’ – Freud)
Voici maintenant la version originale, plus élaborée, forcément :
Ludwig emprunte ein Kupferkessel à Franz.
Une fois qu’il l’a rendu, Franz fait traduire Ludwig en justice en l’accusant d’être verantwortlich du große Loch qui se trouve maintenant dans le Kupferkessel, et qui rend l’ustensile unbrauchbar.
Ludwig présente sa Verteidigung en ces termes :
- Erstens, je n’ai Niemals emprunté de Kupferkessel à Franz
- Zweitens, le Kupferkessel avait déjà un Loch lorsque Franz me l’a donné
- Dritte, j’ai rendu le Kupferkessel einwandfreiem Zustand
(Ach ! Ludwig ! Du filou !)
Ça sonne mieux mais c’est moins clair, pas vrai ?
« Et ce sera justice ! »
C’est pourquoi on apprend aux jeunes avocats à plaider d’abord le subsidiaire pour mieux asséner le principal…
N’empêche, plaider le subsidiaire quand on est sûr du principal, ça fait louche.
Pas moins que les mis en cause qui déclarent d’entrée : « je fais confiance à la justice de mon pays »
Tout comme ceux qui disent : « Vous ne pouvez pas le prouver »
Parce que quand même, il n’y a pas de fumée sans feu, pas vrai ?
Bon, j’arrête là dans le populisme, c’est trop facile; et trop triste aussi.
En fait, c’est le troisième argument qui détruit les deux autres, et qui empêche la comparaison avec la montre en or. Je n’ai jamais emprunté le chaudron parce que lorsque B me l’a proposé, j’ai vu qu’il était percé et ne convenait donc pas à mon besoin. Ou encore, je n’ai pas volé la montre : je la convoitais, mais quand j’ai vu qu’elle n’était pas en or, j’ai laissé tomber.
Quand à nier toute responsabilité puis contester l’importance du préjudice, c’est tout à fait classique : il y a le principal et le subsidiaire.
Bon, je ne voulais pas donner une leçon de droit, tout cela est bien connu.
Il fallait bien un Freud pour réveiller les commentaires de Lorenzo.
Moi, j’aime bien cette petite histoire de défense absurde de A dans laquelle chacun des trois arguments pris isolément est valable en soi mais qui devient stupide quand A les utilise tous les trois, prouvant ainsi sa responsabilité.
Ça me rappelle, toutes choses égales par ailleurs, ces litiges dans lesquels les défendeurs s’évertuent à prouver devant le tribunal qu’ils n’ont aucune responsabilité dans le préjudice des demandeurs pour terminer en démontrant longuement et en grands détails que le préjudice ne vaut rien ou pas grand chose.
Autrement dit, j’ai pas volé la montre, et elle n’était pas en or.
J’ai pas volé la montre et elle était pas en or.
Ne connaissant pas l’humour espagnol, cette histoire m’est difficilement accessible. Néanmoins, je souhaiterais apporter deux précisions :
1 « Les produits en cuivre peuvent durer plusieurs décennies, voire des siècles, avec un entretien minimal. Cette durabilité fait du cuivre un excellent investissement à long terme pour des infrastructures et des projets de construction. Par exemple, les toitures en cuivre peuvent durer plus de 100 ans, tout en nécessitant très peu de réparations ». Ces données scientifiques fond de cette anecdote une histoire totalement inconcevable.
2 Quand on sait que le symbole du cuivre est Cu, on n’est pas étonné que l’auteur en soit ce sacré farceur de Sigmund !