Je pense : quel plaisir d’avancer, de s’enfoncer un peu plus chaque jour dans la Recherche et se dire en même temps que ce qu’il en reste devant soi est presque infini.
Pourquoi ce plaisir ? Pourquoi pas avec d’autres livres ?
Parce que la richesse, la précision, la finesse de la langue, la beauté complexe du style…
Parce que l’incroyable réalisme (est-ce le mot ?) dans l’évocation des caractères, des sentiments, de leurs ressorts, et de leurs enchainements, de l’âme…
Parce que la description des paysages, des tableaux, des musiques…
Parce que le snobisme, les mesquineries, les ridicules, les lâchetés, la noblesse, l’intelligence, tout cela mélangé dans des proportions variables dans chaque personnage…
Parce que l’avance lente et majestueuse sur ce fleuve aux larges et infinis méandres…
Le plaisir est donc là, dans la Recherche du temps perdu : on a le temps.
Et aussi parce que, en raison de la fameuse paresse intellectuelle que Proust a si bien décelée chez l’homme, lire la Recherche empêche de penser, de penser à ses soucis, à ses lâchetés, à son égoïsme, à sa vacuité, à sa vanité, à sa fin.
Lire en général, et lire Proust en particulier, empêche de réfléchir.
Je sens que je viens d’écrire un blasphème, mais, sur l’instant, j’y crois.
Ah ben si t’avais ouvert le premier tome du Temps retrouvé, tu te serais sûrement endormi dans les dix minutes.
Non, non…
Pour empêcher de réfléchir, il y a d’autres possibilités, par exemple entrer dans une belle forêt, de préférence française et domaniale, celle de Bellême par exemple, celles de Rambouillet ou de Fontainebleau à la rigueur bien que trop fréquentées, pour observer, écouter, s’offusquer, s’extasier, libre quoi!
J’écris ça après une nuit presque blanche, la première de ma 84ème année, passée à réfléchir sur les affres de la condition humaine dans le monde d’aujourd’hui, mais il n’y avait pas de forêt à proximité…
Si, si…
Il y a une douzaine d’années, quelques semaines après ce bref élan d’enthousiasme, j’avais écrit cette critique n•7 Ne lisez jamais Proust. Qui justifiait son titre par le fait qu’après Proust, tout paraît insipide. Bien sûr ce n’est pas tout à fait vrai. Flaubert, Vialatte, Chandler, Sagan, Houellebecq et quelques autres gardent leur charme, mais combien de Page Turner, de Goncourts, d’autobiographies, d’auto fictions, de récits loués au delà du raisonnable paraissent inconsistants ou prétentieux ou ennuyeux ou les trois à la fois ?
Ne lisez jamais Proust.
https://www.leblogdescoutheillas.com/?p=352
Proust, la Recherche, oui, mais pas que…