Journal intime – 26 Janvier 2013

Je pense : quel plaisir d’avancer, de s’enfoncer un peu plus chaque jour dans la Recherche et se dire en même temps que ce qu’il en reste devant soi est presque infini.

Pourquoi ce plaisir ? Pourquoi pas avec d’autres livres ?

Parce que la richesse, la précision, la finesse de la langue, la beauté complexe du style…

Parce que l’incroyable réalisme (est-ce le mot ?) dans l’évocation des caractères, des sentiments, de leurs ressorts, et de leurs enchainements, de l’âme…

Parce que la description des paysages, des tableaux, des musiques…

Parce que le snobisme, les mesquineries, les ridicules, les lâchetés, la noblesse, l’intelligence, tout cela mélangé dans des proportions variables dans chaque personnage…

Parce que l’avance lente et majestueuse sur ce fleuve aux larges et infinis méandres…

Le plaisir est donc là, dans la Recherche du temps perdu : on a le temps.

Et aussi parce que, en raison de la fameuse paresse intellectuelle que Proust a si bien décelée chez l’homme, lire la Recherche empêche de penser, de penser à ses soucis, à ses lâchetés, à son égoïsme, à sa vacuité, à sa vanité, à sa fin.

Lire en général, et lire Proust en particulier, empêche de réfléchir.

Je sens que je viens d’écrire un blasphème, mais, sur l’instant, j’y crois.

11 réflexions sur « Journal intime – 26 Janvier 2013 »

  1. Hello Lorenzo. Mon psy? Il s’est suicidé après ma première séance. C’est un métier risqué la spy, personne le lui avait dit avant moi.

  2. Dis-donc, Paddy, t’as parlé à ton Psy de tes souvenirs intimes avec Jim ?
    Et il en pense quoi ?
    NB : Lorenzo del Aquaboulevard n’était même pas né quand vous fréquentiez déjà ces lieux de perdition.

  3. John et Mary me pardonneront, je souhaite compléter mon commentaire d’hier soir sur le Journal Intime. J’ai appelé ce matin mon vieux complice Jim, un fin connaisseur de la vie parisienne. Notre amitié remonte à nos navigations à bord de nos sloops respectifs sur le bassin du Luxembourg. Je lui ai demandé s’il connaissait celle qui se fait appeler von Badaboom. Il m’a confirmé qu’elle était bien la Greta Garbo des drag-queens parisiennes, connue du tout Paris, fréquentant assidûment les salons littéraires comme celui de Madame Renée place des Vosges où celui de Madame Lariégeoise au Trocadéro, qu’elle habitait un penthouse grandiose au 39 de la rue de Rennes, à deux pas de la Brasserie Lipp où elle aime retrouver sa bande de comparses devant une grosse choucroute aussi garnie que celle sur sa tête dans ses apparitions Chez Michou où à L’Alcazar de la belle époque, qu’elle a souvent posé en costume d’Adam et Ève pour les célèbres calendriers Pirelli photographiée par le pape de l’Instamatic Kodak Lorenzo del Acquaculture devant des toiles de nus des grands peintres. Cette Greta von Atchoum n’est pas un myth, encore moins une fiction de romans, elle a bien existé mais n’est jamais apparue au Crazy Horse car non conforme aux standards imposés au personnel. Et Proust dans tout ça, surtout ne le réveillez pas, il dort après s’être administré une dose de son invention enfin trouvée après une longue recherche.

  4. J’avoue, j’ai bien connu vers la fin des années 1980 le Crazy Horse Saloon et son fondateur M. Bernardin pour la réalisation d’un parfum portant le nom de son épouse Lova Moor, mais jamais au premier rang, dans les coulisses seulement. Je ne me souviens pas d’une von Paraboomboom, comme c’est bizarre et très étrange. Notre NRCB comme l’appelle Lorenzo confondrait-il le Crazy Horse avec le Cabaret Michou de Montmartre?

  5. Je me fais le porte-parole des nombreux lecteurs déçus du JdC qui espéraient avoir enfin des révélations sur la vie intime de NRCB et qui découvrent à la place le témoignage édifiant d’une prostituée uhlan sur les mœurs dépravées de Paddy rivé tous les mercredis soirs au premier rang d’un spectacle que la morale réprouve.

  6. Cher Monsieur Paddy, sachez que je ne suis pas une duchesse, ni même une baronne mais une ancienne travailleuse du Crazy Horse jouissant à présent d’une retraite bien méritée. C’est à mes moments perdus, dans les loges ou les coulisses du Crazy, que je lisais en cachette des exemplaires illustrés de la Recherche du temps perdu. Mais si j’ai fait tout à l’heure ce commentaire sur le Temps retrouvé, c’est que je me suis effectivement endormie en le lisant. J’ai été réveillée en sursaut par le régisseur et je me suis précipitée des coulisses jusque sur scène pour m’apercevoir que je venais d’y apparaitre entièrement habillée. Vous imaginez le scandale ! Vous devriez d’ailleurs vous en souvenir, car je me rappelle très bien vous avoir vu au premier rang des spectateurs, comme chaque mercredi soir cette année-là. Lova Moore, Polly Underground, Stella Patchouli et Kika Revolver se joignent à moi pour vous donner le bonjour.

  7. Greta von Paraboomboom, une duchesse uhlan? De quoi se mêle-t-elle avec des conseils soporifiques? Il est vrai que Proust lui-même avait « l’habitude de dormir avec des soporiques », il était bien placé lui pour prescrire et offrir le remède.

  8. Ah ben si t’avais ouvert le premier tome du Temps retrouvé, tu te serais sûrement endormi dans les dix minutes.

  9. Non, non…
    Pour empêcher de réfléchir, il y a d’autres possibilités, par exemple entrer dans une belle forêt, de préférence française et domaniale, celle de Bellême par exemple, celles de Rambouillet ou de Fontainebleau à la rigueur bien que trop fréquentées, pour observer, écouter, s’offusquer, s’extasier, libre quoi!
    J’écris ça après une nuit presque blanche, la première de ma 84ème année, passée à réfléchir sur les affres de la condition humaine dans le monde d’aujourd’hui, mais il n’y avait pas de forêt à proximité…

  10. Si, si…
    Il y a une douzaine d’années, quelques semaines après ce bref élan d’enthousiasme, j’avais écrit cette critique n•7 Ne lisez jamais Proust. Qui justifiait son titre par le fait qu’après Proust, tout paraît insipide. Bien sûr ce n’est pas tout à fait vrai. Flaubert, Vialatte, Chandler, Sagan, Houellebecq et quelques autres gardent leur charme, mais combien de Page Turner, de Goncourts, d’autobiographies, d’auto fictions, de récits loués au delà du raisonnable paraissent inconsistants ou prétentieux ou ennuyeux ou les trois à la fois ?

    Ne lisez jamais Proust.
    https://www.leblogdescoutheillas.com/?p=352

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *