Archives de catégorie : Textes

En descendant au fleuve

Alors voilà.

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres.  Encore un ! D’abord, c’était le troisième jour de la première canicule printanière. Vers quatre heures du matin, il ne faisait plus que 26° C dedans et 22 dehors. Le temps que je me sorte de ma torpeur humide, que je me fasse une tasse de café et que je réfléchisse à l’avenir de l’humanité — et conséquemment au mien — étrangement, la température était montée dehors à 23° et descendue dedans à 25.  Comme on annonçait 33 pour la journée à venir, cette tendance à l’égalisation n’annonçait rien de bon. Il était temps d’agir. Je sortis. Je voulais prendre mon petit-déjeuner à une terrasse, au frais, avant qu’il ne soit trop tard.

Dehors, il est un peu plus de cinq heures. Contrairement aux sornettes de Lanzmann et Dutronc, Paris ne s’est pas éveillé. Quand il fait jour, quand la rue Gay-Lussac est déserte et que le Boulevard Saint-Michel n’est parcouru que par des sacs plastique virevoltants pressés de se rendre au Chatelet, quand les feux de circulation s’obstinent à changer de couleur pour rien, c’est perturbant. On se demande ce qui se passe, on s’attend à tout, à n’importe quoi, la survenance d’un évènement historique tel que l’entrée Continuer la lecture de En descendant au fleuve

The Big Bang Theory

The Big bang Theory est une série télévisée américaine dont les 12 saisons (279 épisodes) ont été diffusées aux USA entre 2007 et 2019 puis en France avec un décalage de quelques années. Cela fait 8 ans que j’ai écrit sa critique et si je la publie à nouveau aujourd’hui, c’est parce que, depuis des mois, TBBT repasse en boucle sur RMC et que cela m’enchante. Un petit morceau de Big Bang chaque soir peut vous faire oublier des tas de choses ennuyeuses, contrariantes ou même inquiétantes.
Ces séries américaines aux incroyables succès, telles que Friends, Seinfeld ou The Big Bang Theory ont ceci en commun que Continuer la lecture de The Big Bang Theory

Homéotéleute et Polyptote – Lever de rideau

 Acte I

La scène est à Athènes et le décor entièrement blanc à l’exception de deux éléments : un grand cognassier du Péloponnèse et un petit banc en marbre de Thassos.

Le Récitant

Gens d’Athènes, prêtres de l’Acropole, commerçants de l’Agora, ménagères de Plaka et même vous, marins du Pirée, salut ! Laissez-moi ce soir dérouler devant votre assemblée attentive la vraie histoire de deux amants superbes et généreux, que certains dieux protégeaient mais que d’autres n’aimaient pas. Retenez vos larmes, étouffez vos cris, car il n’y a que dans le silence et le recueillement que l’on peut entendre une telle tragédie. Je commence…

C’est au pied du mont Lycabette, la colline aux loups féroces, qu’ils se rencontrèrent pour Continuer la lecture de Homéotéleute et Polyptote – Lever de rideau

Fort Alamo

Une critique de Lorenzo dell’Acqua

Fort Alamo est un roman de Fabrice Caro. Ce n’est pas le premier de cet auteur connu de bandes dessinées qui a en plus un talent rare chez un écrivain : l’humour.

Le thème est simple : toutes les personnes qui irritent le narrateur décèdent dans les minutes qui suivent : AVC brutal, arbre sur le bord de la Nationale où va s’encastrer la voiture qui vient de le doubler, mort subite en tous genres à la sortie du supermarché ou sur son lieu de travail. Qui n’a jamais eu envie de tuer l’automobiliste qui vous a fait une queue de poisson, ou le garçon du Cyrano qui s’obstine à vous ignorer alors que vous aviez prétendu à votre charmante et future conquête y être connu comme le loup blanc, ou cet arrogant qui vous prend pour le préposé du magasin alors que vous lui avez gentiment tenu le Continuer la lecture de Fort Alamo

Journal intime – 8 décembre 2012

Depuis  mon lit de Champ de Faye.

Hier, il a neigé une bonne partie de la nuit. Le matin, tout blanc d’une neige mouillée.

Une promenade avec Sari, très vivifiante, dans le froid et le blanc. Ma chienne retrouve un peu de jeunesse, comme je le ferais peut-être si je chaussais un jour à nouveau les skis.

Croisé le fils Coupy, qui pissait au vent sans me voir. Il s’est rajusté, pas vraiment gêné. Nous entamons une conversation, plus longue que d’habitude, sur la neige, la beauté du paysage. Je m’aperçois qu’avec sa tenue de chasse culottée, sa casquette fourrée, ses bottes marron et sa moustache grisonnante, il est magnifique. Mais je n’ose pas lui demander de se laisser prendre en photo. Comme le chien des voisins, Farenheit, suit Sari avec obstination au cours de mes promenades, il en vient à se plaindre du comportement des chiens laissés en liberté.
Les chasseurs et les agriculteurs n’aiment pas beaucoup que ces chiens Continuer la lecture de Journal intime – 8 décembre 2012

Sologne du Grand Meaulnes

 Il arriva chez nous un dimanche de novembre 1974 …

La Sologne imaginaire du Grand Meaulnes est entrée dans ma vie un dimanche d’automne et ne m’a plus jamais quitté. Ce pays longtemps rêvé, je l’ai bien connu et j’ai maintes fois parcouru jusqu’au soir tombé les allées sombres de ma Sologne. J’ai vu les étangs gelés couverts de brume et l’envol bruyant des canards sauvages, j’ai attendu immobile le passage des grands gibiers et je fus souvent récompensé, j’ai entendu geindre les grands arbres aux tempêtes de la mauvaise saison, je me suis perdu au plus profond des fourrés et j’ai enfoncé mes bottes, tel un gamin désobéissant, dans les chemins inondés de pluie. Je suis parti mille fois pour une aventure toujours différente où Continuer la lecture de Sologne du Grand Meaulnes

Journal intime – 5 décembre 2012

Vu Shane à la télévision ce soir. J’aime ce film naïf, si loin des westerns italiens qui ont détruit le genre. Je l’ai vu quand j’avais 12 ans. Il a créé non seulement un genre, mais aussi quelques archétypes, le plus résistant et le plus remarquable d’entre eux étant le « hired gun« , joué par Jack Palance.

A revoir ce film, je deviens beaucoup plus indulgent envers Alan Ladd qui, finalement, a été un bon acteur. Le plus solide me parait quand même être Van Heflin, le brave fermier courageux qui ne veut pas quitter sa terre, même sous la menace du méchant éleveur. La gueule de Jack Palance est vraiment trouvée. Sa silhouette est inoubliable comme ses gants noirs, sa parole rare, ses gestes déliés et précis. C’est un rôle facile mais marquant. Il a fait école.
L’enfant a une tête de mutant (Il doit avoir mon âge aujourd’hui !) Alan Ladd reste bien propre. Son costume d’apparat est un peu ridicule.
Pour une fois, Ben Johnson, habitué des rôles de gentil chez John Ford, joue le rôle d’un méchant, mais il se rattrape vers la fin.
Ce pauvre Elisha Cook, monté sur son tout petit cheval, va encore Continuer la lecture de Journal intime – 5 décembre 2012

Les Chinois, c’est des cons !

(Extrait de Suite africaine) 

Antoine était un grand et beau garçon de vingt-cinq ans. Brun aux yeux bleus, il dégageait une sorte de joie de vivre, ou plutôt d’envie de vivre qui me l’avait rendu très vite sympathique. La semaine précédente, alors que nous étions tous les deux à Bobo-Dioulasso, c’est lui qui m’avait décidé à aller passer le week-end à Bamako plutôt que de rester à attendre notre rendez-vous de lundi dans cette petite ville plutôt agréable, mais sans grand intérêt. De Bobo à Bamako, plus de 1200 kilomètres aller et retour dans un bruyant pick-up 404 sur des pistes en latérite sur la plus grande partie du parcours ! Cela signifiait au moins vingt heures de voyage ! Pourtant, il avait réussi à me convaincre et nous étions partis de Bobo-Dioulasso avant le lever du soleil. Rouler de nuit sur ce genre de route n’est pas recommandé. C’est même conduire soi-même qui est déconseillé dans certains coins d’Afrique. Mais nous nous considérions sans doute déjà comme des habitués du pays. Et puis, nous n’avions pas les moyens de faire autrement. Bref, nous étions partis de bonne heure. Continuer la lecture de Les Chinois, c’est des cons !

Carnet d’écriture (24) – Marcel et Marcel

La Mitro…

Pourquoi j’ai écrit La Mitro ? Je le sais très bien. Voilà :

Souvent je suis allé à Aix en Provence ; j’y ai même séjourné de nombreuses fois, à tous les âges ; et je continue à le faire. Pas très loin d’Aix, un peu à l’écart de la route qui mène à Brignoles et plus loin, à Nice et même à Rome si on y tient, il y a une petite ville qui s’appelle Trets. Il y a seulement six cents ans, vous n’auriez pas dit de Trets que c’était une petite ville. Au contraire, c’était une des villes les plus importantes de Provence. Mais aujourd’hui, Trets n’est plus qu’une bourgade qui vit en dehors de l’agitation du monde et dont personne ne parle. Il m’est arrivé de séjourner près de Trets, et c’est là que nous allions faire les courses. J’aimais bien aller à Trets et y flâner pendant que d’autres se chargeaient d’acheter les tomates, les côtelettes de mouton et le rosé qui allait avec. Me plaisaient particulièrement les platanes de son avenue Mirabeau et de la place triangulaire de la mairie. J’appréciais la fraîcheur qu’ils dispensaient sur les Tretsois, les Tretsoises et les rares touristes égarés. Mains dans les poches, chemise ouverte, cheveux au vent, appuyé contre  le capot de ma voiture, je humais l’air et le silence parfois troublés par la fumée bleue et le vrombissement aigu d’une néo-mobylette montée par deux minots à casquette niouyorkaise. Verlaine autant décalé spatialement que temporellement, je me disais « Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là, simple et tranquille… ». C’est ainsi que Trets est devenue mon image à moi d’un Midi en voie de disparition à l’époque des faits racontés et largement disparu depuis. C’est pourquoi j’ai voulu laisser un peu de cette image à la postérité en la prenant pour décor d’une petite histoire.

Pour démarrer mon texte, il me fallait des platanes centenaires, une place de la Mairie ombragée, un café terrasse accueillant. Comme je Continuer la lecture de Carnet d’écriture (24) – Marcel et Marcel

Carnet d’écriture (23) – Qui est derrière ?

Qui est derrière ?

Marcel Proust a dit je ne sais plus comment, mais mieux que moi,  qu’un personnage de roman s’inspire non pas d’une personne connue de l’auteur mais de plusieurs, sinon de toutes les personnes qu’il a rencontrées. Je suis pratiquement persuadé qu’il a dit quelque part ailleurs que, dans chacun de ses personnages, il y avait aussi un peu de lui-même. Proust et moi sommes souvent d’accord et c’est à nouveau le cas ici. À ceux de mes lecteurs qui me connaissent un peu ou beaucoup, je laisse le soin de deviner quelle part de moi il y a dans Georges, dans Antoine ou même dans Isabelle… Pour ce qui est de mes autres modèles, je ne les dévoilerai pas, leur ayant promis l’anonymat. Les plus perspicaces auront cependant reconnu sans difficulté dans Cambremer un subtil mélange de Jacques Chaban-Delmas pour les meilleurs côtés et de François Mitterrand pour les autres. 

Encore deux mots de regrets avant de fermer cette partie de mon carnet d’écriture consacrée au Cujas. 

Mon premier regret est de n’avoir pas su rendre la fin du roman plus claire. En effet, dans la scène finale, Dashiell accepte avec enthousiasme l’invitation d’Isabelle à déjeuner avec un officier français. Il pense pouvoir ainsi renouer avec elle dont il est éperdument amoureux. Mais, il comprend que tout est perdu pour lui quand elle lui donne le nom de cet officier, Jean de Varax. Le lecteur attentif  le comprendra en même temps, mais le distrait, Continuer la lecture de Carnet d’écriture (23) – Qui est derrière ?