Archives par mot-clé : Philippe

Go West ! (104)

— Et là, tu vois, tout s’éclairait, tout s’arrangeait. Patricia était redevenue tendre, on allait déposer Walter dans son summer camp et on allait être tranquilles, tous les deux, pendant des jours et des jours… et des nuits.
— Et ça ne s’est pas passé comme ça, bien sûr !
— Ben non… Pas tout à fait… Mais quand même un peu…
— Pauvre cloche, va !

Nous sommes partis dans la petite Coccinelle bleu métallisé de Patricia, elle au volant et moi à côté. A l’arrière, Walter partageait la banquette avec une glacière que Patricia avait préparée pour notre pique-nique. Juste avant que nous quittions la maison, je l’avais entendue se disputer avec son frère et depuis, Walter n’avait plus dit un mot. Il faisait la gueule en regardant fixement dehors à travers la vitre. Au début du voyage, Patricia avait tenté de rétablir la communication en vantant le Sparrows sailing summer camp où il allait passer les deux prochaines semaines, la plage sur la baie de Chesapeake, les dériveurs, les soirées feu de camp, les chahuts dans les chalets, le spectacle de fin de séjour. Elle même y était restée tout un mois l’été de ses quatorze ans et elle en avait gardé un formidable souvenir. Bien sûr, le camp des garçons était séparé de celui des filles, mais elle se souvenait de deux ou trois endroits pas très bien surveillés qui permettaient de passer d’un camp à l’autre… À tous les avantages qu’énumérait Patricia, son frère se contentait de répondre « M’en fous !» avant de Continuer la lecture de Go West ! (104)

Coutheillas&Amazon Ltd – Rapport d’activité, statistiques et comparaisons utiles

Exemplaires vendus (Tableau n°1)

Entre 2023, première année de parution, et fin septembre 2025, l’association Coutheillas&Amazon Ltd a vendu en tout 204 exemplaires des livres présentés au public.
On notera plus particulièrement le succès de Blind Dinner avec 55 exemplaires vendus, l’échec relatif des Disparus de la Rue de Rennes, dont on dit qu’il serait dû à une campagne négative et clandestine dont le point de départ se trouverait à l’Hôtel de Ville, et la modestie des ventes des Trois Premières Fois, peut-être explicable par la date plus récente de sa parution.

TABLEAU N°1
TITRE TOTAL 2023 2024 2025
BLIND DINNER 55 46 3 6
LA MITRO 29 21 2 6
HISTOIRE DE DASHIELL STILLER 33 26 3 4
BONJOUR, PHILIPPINES ! 25 15 7 3
HISTOIRE DE NOEL 29 14 8 7
LES DISPARUS DE LA RUE DE RENNES 18 11 7
LES TROIS PREMIÈRES FOIS 15 10 5
TOTAL 204 122 44 38

Fiches produit et Mentions obligatoires (Tableau n°2)

Conformément à la réglementation européenne, les prix à la page et au poids sont indiqués dans Continuer la lecture de Coutheillas&Amazon Ltd – Rapport d’activité, statistiques et comparaisons utiles

Go West ! (103)

(…) Elle a dit non, qu’il était tard, qu’elle était fatiguée, qu’elle devait se lever de bonne heure demain matin, qu’on allait réveiller son frère et que la véranda… que non, vraiment, la véranda, ce n’était pas possible. J’ai insisté un peu, mais elle m’a regardé avec ce sourire si doux, un peu triste, mais aussi un peu prometteur. Alors, j’ai lâché sa main. Elle s’est dressée sur la pointe des pieds pour déposer sur mon font un baiser aérien et je l’ai regardée grimper l’escalier, légère, et disparaître vers sa chambre. Debbie Reynolds…
C’est là que j’aurais dû comprendre.

— Et tu n’as pas compris…
— Eh ben… non ! À ce moment-là, je n’ai pas compris.
— Tu n’as pas compris que l’heure tardive, la fatigue, le frangin, la véranda, ça faisait beaucoup de raisons pour un refus.
— Mais, c’était vrai tout ça ! Il était tard, il y avait Walter à l’étage au-dessus, et puis, et je l’ai tout de suite regretté, vouloir entraîner Patricia sur la moquette de la véranda, c’était quand même un peu brutal…
— Et même carrément sordide. Ça ! Pour un soi-disant romantique… enfin… Et le baiser sur le front… pas vraiment amoureux, le baiser sur le front… plutôt amical, presque maternel… On n’embrasse pas comme ça quelqu’un qu’on attend depuis des mois, voyons !
— Tu as sûrement raison mais, qu’est-ce que tu veux, moi, je voulais y croire, à ses excuses. Je voulais croire que ça allait s’arranger. J’y trouvais même un côté positif, à son drôle d’accueil : je me disais que le lendemain, quand elle serait reposée, disponible, quand on se serait débarrassé Continuer la lecture de Go West ! (103)

Les routiers sont-ils vraiment sympa ?

Je me souviens de mes premières années de conduite. C’était il y a bien plus de soixante ans (O.M.G. ! Soixante ans !). À cette époque, en France, il n’y avait que très peu d’autoroutes : une trentaine de kilomètres vers l’ouest à partir de Paris, une quinzaine vers le sud, pas davantage au sud de Lille, une vingtaine au sud de Lyon et la même chose au nord de Marseille, et encore, je n’en suis pas sûr. Les routes étaient magnifiques, souvent bombées et bordées de platanes. On parcourait campagnes, villes et villages sans traverser de zone commerciale ou industrielle. Il n’y avait pas de encore de Courtepaille, pas davantage de Novotel ou de Formule 1. Les restaurants de bord de route s’appelaient  « Le Lion d’Or », « Chez Angèle », « L’Auberge Saint-Christophe », quelques uns présentaient un panneau spécial bleu et rouge « Les Routiers ». Il y en avait même qui offraient deux salles, une pour les chauffeurs routiers (nappes en papier, verres à moutarde, menu unique) et une pour les voyageurs (nappes en tissu, verres à pieds et carte du jour). Quant aux hôtels, on ne les trouvait qu’au centre des villes, Place de la Gare, Avenue Gambetta, Cours de la République. Ils s’appelaient Hôtel Monopole, Hôtel de Sens et de la Poste, Hôtel des Voyageurs…

On roulait vite, on roulait agressif, on roulait Continuer la lecture de Les routiers sont-ils vraiment sympa ?

La République de Weimar

Je n’ai pas une grande confiance en Franck Ferrand en tant qu’historien. Ma méfiance est née le jour où j’ai lu un livre qu’un ami qui connaissait mon gout pour l’Iliade m’avait offert. Ce bouquin complotiste dont j’ai vite oublié et l’auteur et le titre était entièrement consacré  à démontrer que la ville de Troie ne se trouvait pas en Turquie, mais quelque part en Angleterre ou en Écosse, je ne sais plus… Il se trouve que Franck Ferrand avait préfacé et promu ce livre ridicule, d’où ma méfiance. D’ailleurs,  je ne connaissais pas F.F. avant de me mettre à écouter Radio Classique comme seule et unique radio d’information. Leur matinale, de 7 heures à 9 heures me convient très bien (mis à part l’invitation du lundi de Luc Ferry). Or, chaque jour, entre 9h et 9h30, Franck Ferrand reprend l’antenne pour raconter un événement historique. Historiquement exacte ou complaisamment amélioré — ça m’est égal — l’évènement est agréablement raconté, parfois instructif, souvent surprenant. 

Le sujet de ce matin du 20 septembre 2025 était la République de Weimar, cette république Continuer la lecture de La République de Weimar

Go West ! (102)

(…) Une lumière s’allume au-dessus de la porte, trois verrous se dénouent bruyamment et la porte s’ouvre, vite bloquée par un entrebâilleur. C’est Walter. Il me regarde du genre « Alors, comme ça, c’est toi, Philippe ! » et referme la porte sans dire un mot. Il la rouvre largement et me fait entrer.
Walter est brun, les cheveux lisses coupés au bol. Il doit avoir une douzaine d’années mais il est déjà grand, un peu fort, un peu enveloppé. Le contraste avec sa sœur est frappant. Je pense qu’il faudra bientôt qu’il fasse attention. Il porte un large bermuda vert militaire et un sweat-shirt presque de la même couleur. Il est pieds nus.
— Alors, comme ça, c’est toi, Philippe ? (…)

Walter parle clairement, il me regarde droit dans les yeux, sans sourire. Je lui réponds négligemment :
— Oui. Patricia est là ?
— C’est toi qui as appelé tout à l’heure ?
— Oui. Patricia est là ?
— Le type qu’elle a rencontré en Suisse ?
— C’est ça. Patricia n’est pas là ?
— Tu couches avec, mec ?
— Tu es fou ! Nous sommes juste amis !
— T’es sûr, mec ?
— Bien sûr que je suis sûr ! Elle n’est pas là ?
— Mouais…
— Écoute-moi juste une seconde, Walter. Continuer la lecture de Go West ! (102)

Cruella de retour ?

Mais qu’est-ce qu’il se passe avec Madame Hidalgo ? Elle était pas dans la Creuse ? Paraît qu’elle est revenue ! Si, si, je vous assure, je l’ai vue à la télévision. Même qu’elle n’avait pas l’air dans son assiette. Ben, oui ! Voilà qu’on reparle d’elle ! Parait qu’on lui cherche des poux dans la tête à propos de ses frais de bouche — c’est quoi ça, les frais de bouche ? Le coût de son rouge à lèvres ? — et de sa garde-robe, de son voyage à Tahiti pour aller, avec son mari, inspecter la solidité d’un plongeoir, la conformité de la hauteur des vagues et l’humeur de sa fille qui habite dans le coin et autres dispendieuses babioles.

Moi, qu’on parle d’elle à propos de tout ça, ça me dérange pas. C’était inévitable. On le savait, qu’elle avait poussé le bouchon plus loin que les autres. C’est sa Nature qui veut ça.
Non, ce qui m’ennuie, c’est qu’elle soit revenue sur le devant de la Seine, Annie Dingo ! Moi qui croyais qu’on l’avait envoyée pour le reste de son mandat dans une jolie maison de repos, à Guéret (dans la Creuse). Elle était pas bien, là-bas ?
Vous vous souvenez du schmilblick ? Non ? Ah ben c’est pas la peine que je me donne du mal à vous tenir informés. Bon, je vous rappelle : Continuer la lecture de Cruella de retour ?

Go West ! (101)

(…) Ms Sherman-Vance reste de marbre. Robert et Alice regardent devant eux. Ils ne se sont même pas retournés quand j’ai ouvert la portière. Harry Belafonte vient d’entamer Jamaica Farewell. Je suis dehors, les pieds sur le bitume, penché vers l’intérieur de la voiture ; les camions me passent au ras des fesses en hurlant ; je me penche un peu plus pour attraper mon sac et, par-dessus le dossier du siège avant, je vois, posées tranquillement sur la banquette, les mains d’Alice et de Robert, leurs doigts entrelacés.
Je referme la portière. Dans la seconde qui suit, le doux ronronnement des huit cylindres de la voiture semble pousser la Lincoln vers l’avant et, tandis que je la regarde s’éloigner, je pense que pour Alice, tout n’est pas perdu. 

Et me voilà de retour dans le Super-Constellation des Flying Tigers. En montant dans l’avion tout à l’heure, j’espérais un peu que Carol serait parmi les hôtesses, mais non. Le quadrimoteur a décollé en milieu d’après-midi face au soleil, puis il a amorcé un large virage sur la gauche, nous laissant admirer les tours de Manhattan qui se découpaient au loin dans une sorte de halo marron au-delà du miroir étincelant de l’East River. Et puis il a mis le cap vers Terre-Neuve. Demain après-midi, nous serons à Paris.
Je suis assis, serré, entre Hervé et Jean-Louis. Les quelques jours que nous venons de passer ensemble à New-York ont épuisé les histoires que nous avions à nous raconter. C’est ainsi que j’ai appris que, lors de mon arrestation sur la plage de Santa Monica, mes Continuer la lecture de Go West ! (101)

Vous avez dit « économies »?

Le premier ministre cherche partout des économies, grandes ou petites, à réaliser un peu partout. Il demande aussi que chaque service de l’état, chaque collectivité donne l’exemple. Comme tout un chacun, j’ai quelques idées la-dessus. Des tas de choses sont possibles. Par exemple, au hasard, à Paris, (dont la dette est, paraît-il, aujourd’hui de 12 milliards et le déficit pour 2024 de 231 millions) :

Anne Hidalgo
    • Arrêt des travaux continuels de transformation de la voirie et des places publiques

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L’Apple Intelligence et la Madeleine

J’ai un nouvel iPad. À bord, il y a maintenant une sorte d’Intelligence Artificielle embarquée. Elle s’appelle Apple Intelligence. Quand on l’utilise, elle travaille en interne sans échanger avec de mystérieux centres californiens ou chinois. De ce fait, bien sûr, elle n’a pas les capacités de la vraie A.I., celle qui fait peur, qui se trompe, et bouffe des milliards de kilowatts-heures. Pourtant, elle peut rendre des services, notamment en matière d’écriture. J’ai expérimenté ses possibilités pour la première fois en lui soumettant le passage le plus célèbre de À la Recherche du Temps Perdu, celui de  la madeleine. Lisez d’abord le passage tel que l’a écrit Marcel Proust. C’est long, mais admirable et facile à lire. 

 (Notre passé) est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas.

Il y avait déjà bien des années que, de Combray, Continuer la lecture de L’Apple Intelligence et la Madeleine