Archives par mot-clé : Philippe

Le pénal tient le civil en l’état

Il y aura 3 ans dans quelques jours, une explosion due à une fuite de gaz détruisait l’un des deux pavillons symétriques qui encadrent le parvis de l’église du Val de Grace, rue Saint-Jacques à Paris. Outre la destruction de ce bâtiment du XVIIe siècle, l’explosion causa la mort de trois personnes, des blessures graves à plusieurs autres, des dommages importants aux immeubles voisins, dont certains demeurent inhabitables encore aujourd’hui, ainsi qu’aux vitraux, à l’orgue et au baldaquin de l’église,

Mardi dernier, j’ai assisté à une réunion de l’association qu’ont fondée les victimes de ce sinistre et ce que j’en ai appris est effarant :
1- Trois ans après le sinistre, aucune Continuer la lecture de Le pénal tient le civil en l’état

Journal intime – 8 décembre 2012

Depuis  mon lit de Champ de Faye.

Hier, il a neigé une bonne partie de la nuit. Le matin, tout blanc d’une neige mouillée.

Une promenade avec Sari, très vivifiante, dans le froid et le blanc. Ma chienne retrouve un peu de jeunesse, comme je le ferais peut-être si je chaussais un jour à nouveau les skis.

Croisé le fils Coupy, qui pissait au vent sans me voir. Il s’est rajusté, pas vraiment gêné. Nous entamons une conversation, plus longue que d’habitude, sur la neige, la beauté du paysage. Je m’aperçois qu’avec sa tenue de chasse culottée, sa casquette fourrée, ses bottes marron et sa moustache grisonnante, il est magnifique. Mais je n’ose pas lui demander de se laisser prendre en photo. Comme le chien des voisins, Farenheit, suit Sari avec obstination au cours de mes promenades, il en vient à se plaindre du comportement des chiens laissés en liberté.
Les chasseurs et les agriculteurs n’aiment pas beaucoup que ces chiens Continuer la lecture de Journal intime – 8 décembre 2012

Journal intime – 5 décembre 2012

Vu Shane à la télévision ce soir. J’aime ce film naïf, si loin des westerns italiens qui ont détruit le genre. Je l’ai vu quand j’avais 12 ans. Il a créé non seulement un genre, mais aussi quelques archétypes, le plus résistant et le plus remarquable d’entre eux étant le « hired gun« , joué par Jack Palance.

A revoir ce film, je deviens beaucoup plus indulgent envers Alan Ladd qui, finalement, a été un bon acteur. Le plus solide me parait quand même être Van Heflin, le brave fermier courageux qui ne veut pas quitter sa terre, même sous la menace du méchant éleveur. La gueule de Jack Palance est vraiment trouvée. Sa silhouette est inoubliable comme ses gants noirs, sa parole rare, ses gestes déliés et précis. C’est un rôle facile mais marquant. Il a fait école.
L’enfant a une tête de mutant (Il doit avoir mon âge aujourd’hui !) Alan Ladd reste bien propre. Son costume d’apparat est un peu ridicule.
Pour une fois, Ben Johnson, habitué des rôles de gentil chez John Ford, joue le rôle d’un méchant, mais il se rattrape vers la fin.
Ce pauvre Elisha Cook, monté sur son tout petit cheval, va encore Continuer la lecture de Journal intime – 5 décembre 2012

Les Chinois, c’est des cons !

(Extrait de Suite africaine) 

Antoine était un grand et beau garçon de vingt-cinq ans. Brun aux yeux bleus, il dégageait une sorte de joie de vivre, ou plutôt d’envie de vivre qui me l’avait rendu très vite sympathique. La semaine précédente, alors que nous étions tous les deux à Bobo-Dioulasso, c’est lui qui m’avait décidé à aller passer le week-end à Bamako plutôt que de rester à attendre notre rendez-vous de lundi dans cette petite ville plutôt agréable, mais sans grand intérêt. De Bobo à Bamako, plus de 1200 kilomètres aller et retour dans un bruyant pick-up 404 sur des pistes en latérite sur la plus grande partie du parcours ! Cela signifiait au moins vingt heures de voyage ! Pourtant, il avait réussi à me convaincre et nous étions partis de Bobo-Dioulasso avant le lever du soleil. Rouler de nuit sur ce genre de route n’est pas recommandé. C’est même conduire soi-même qui est déconseillé dans certains coins d’Afrique. Mais nous nous considérions sans doute déjà comme des habitués du pays. Et puis, nous n’avions pas les moyens de faire autrement. Bref, nous étions partis de bonne heure. Continuer la lecture de Les Chinois, c’est des cons !

Carnet d’écriture (24) – Marcel et Marcel

La Mitro…

Pourquoi j’ai écrit La Mitro ? Je le sais très bien. Voilà :

Souvent je suis allé à Aix en Provence ; j’y ai même séjourné de nombreuses fois, à tous les âges ; et je continue à le faire. Pas très loin d’Aix, un peu à l’écart de la route qui mène à Brignoles et plus loin, à Nice et même à Rome si on y tient, il y a une petite ville qui s’appelle Trets. Il y a seulement six cents ans, vous n’auriez pas dit de Trets que c’était une petite ville. Au contraire, c’était une des villes les plus importantes de Provence. Mais aujourd’hui, Trets n’est plus qu’une bourgade qui vit en dehors de l’agitation du monde et dont personne ne parle. Il m’est arrivé de séjourner près de Trets, et c’est là que nous allions faire les courses. J’aimais bien aller à Trets et y flâner pendant que d’autres se chargeaient d’acheter les tomates, les côtelettes de mouton et le rosé qui allait avec. Me plaisaient particulièrement les platanes de son avenue Mirabeau et de la place triangulaire de la mairie. J’appréciais la fraîcheur qu’ils dispensaient sur les Tretsois, les Tretsoises et les rares touristes égarés. Mains dans les poches, chemise ouverte, cheveux au vent, appuyé contre  le capot de ma voiture, je humais l’air et le silence parfois troublés par la fumée bleue et le vrombissement aigu d’une néo-mobylette montée par deux minots à casquette niouyorkaise. Verlaine autant décalé spatialement que temporellement, je me disais « Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là, simple et tranquille… ». C’est ainsi que Trets est devenue mon image à moi d’un Midi en voie de disparition à l’époque des faits racontés et largement disparu depuis. C’est pourquoi j’ai voulu laisser un peu de cette image à la postérité en la prenant pour décor d’une petite histoire.

Pour démarrer mon texte, il me fallait des platanes centenaires, une place de la Mairie ombragée, un café terrasse accueillant. Comme je Continuer la lecture de Carnet d’écriture (24) – Marcel et Marcel

Carnet d’écriture (23) – Qui est derrière ?

Qui est derrière ?

Marcel Proust a dit je ne sais plus comment, mais mieux que moi,  qu’un personnage de roman s’inspire non pas d’une personne connue de l’auteur mais de plusieurs, sinon de toutes les personnes qu’il a rencontrées. Je suis pratiquement persuadé qu’il a dit quelque part ailleurs que, dans chacun de ses personnages, il y avait aussi un peu de lui-même. Proust et moi sommes souvent d’accord et c’est à nouveau le cas ici. À ceux de mes lecteurs qui me connaissent un peu ou beaucoup, je laisse le soin de deviner quelle part de moi il y a dans Georges, dans Antoine ou même dans Isabelle… Pour ce qui est de mes autres modèles, je ne les dévoilerai pas, leur ayant promis l’anonymat. Les plus perspicaces auront cependant reconnu sans difficulté dans Cambremer un subtil mélange de Jacques Chaban-Delmas pour les meilleurs côtés et de François Mitterrand pour les autres. 

Encore deux mots de regrets avant de fermer cette partie de mon carnet d’écriture consacrée au Cujas. 

Mon premier regret est de n’avoir pas su rendre la fin du roman plus claire. En effet, dans la scène finale, Dashiell accepte avec enthousiasme l’invitation d’Isabelle à déjeuner avec un officier français. Il pense pouvoir ainsi renouer avec elle dont il est éperdument amoureux. Mais, il comprend que tout est perdu pour lui quand elle lui donne le nom de cet officier, Jean de Varax. Le lecteur attentif  le comprendra en même temps, mais le distrait, Continuer la lecture de Carnet d’écriture (23) – Qui est derrière ?

Partez pour pas cher et pour l’Ouest sauvage !

Vous avez drôlement bien fait d’attendre un peu avant d’acheter Go West !

Le livre est à présent disponible en ebook, édition numérique,
sur la page Philippe Coutheillas chez Amazon pour 2 € ! 

C’est moins cher que le livre relié (12 €), la couverture est un peu moins belle,
mais c’est strictement la même histoire. 

Mais si vous préférez voyager en classe Affaire, achetez l’édition brochée pour 12 €. Continuer la lecture de Partez pour pas cher et pour l’Ouest sauvage !

Carnet d’écriture (22) – Qui est à l’appareil ?

Qui est à l’appareil ?

Si vous avez lu les dernières pages de mon carnet d’écriture (19, 20 et 21), vous avez compris que pour ce roman en gestation, encore sans pitch ni titre, j’avais une époque, 1935, un environnement, le Quartier Latin, huit personnages et leur apparence physique, un étudiant de bonne famille, son meilleur ami aristocrate, une fille entretenue, deux gouapes de Pigalle, un artisan du quartier, une patronne de bar et un garçon de café — un neuvième, supposément photographe, encore à l’état d’ectoplasme. Ce n’était pas grand chose, mais quand même plus qu’un simple incipit du genre « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »

Quoi que l’on écrive, Continuer la lecture de Carnet d’écriture (22) – Qui est à l’appareil ?

 Breakfast in Paris

 Couleur café n°33

Quand je suis arrivé au Comptoir du Panthéon,  ils étaient installés à ma place habituelle. J’ai jeté un coup d’œil interrogatif à Kevin, le garçon, mais il a haussé les épaules avec une moue d’impuissance, et puis il est parti en cuisine pour éviter la discussion. Je suis resté un instant planté là, devant eux, devant ma table. Ils n’ont pas dû me voir, ou alors ils ont fait semblant, ou alors ils n’ont pas compris, car ils n’ont pas bougé un cil. Alors, j’ai pris la table juste en face et depuis ma banquette, en attendant mon café allongé, tartines et beurre demi-sel, je les observe.

Elle… vingt-cinq ans, blonde, coiffée en queue de cheval, peu maquillée ; en guise de boucles d’oreille deux fins cercles d’or ; pas de bijou, à part une montre de sport dont le bracelet dissimule à moitié un discret tatouage de poignet ; pantalon et blouson en tissu léger rose, T-shirt blanc sans marque ni déclaration d’intention. Elle porte des chaussures de tennis blanches. Bien qu’assise, je la devine grande et charpentée, sportive.

Il doit avoir deux ou trois ans de plus qu’elle. Il est chauve, mais de ces chauves volontaires, affirmés, dont le crâne luit impeccablement sous Continuer la lecture de  Breakfast in Paris

Carnet d’écriture (21) – Caractère et patronyme

(…) Ça y est ! C’est décidé : je vais écrire sur eux, avec eux. Mais qui sont-ils sur cette photo ? Qui est là ?
Il va falloir d’abord leur créer une ébauche de personnalité, une ébauche seulement car, par expérience je sais, et je ne suis pas le seul à le dire, qu’au cours de l’écriture, chaque personnage prendra de plus en plus d’indépendance, jusqu’à en devenir éventuellement incontrôlable. Il faudra aussi trouver ce qu’ils ont pu vivre avant le jour de la photo et, pour chacun, la raison de sa présence dans ce café, à cet instant, sur cette photo. Ensuite, il suffira de lâcher les chevaux…

Caractère et patronyme

Tout de suite, à regarder la photo, on sait que les personnages principaux seront les deux étudiants. Le plus grand, le brun, celui qui est habillé comme un attaché d’ambassade, j’en ferais bien un arriviste à la morale un peu souple, mais je ne voudrais pas tomber dans le cliché du type parti de rien et arrivé à tout. Non, il serait de bonne famille, grande bourgeoisie, père industriel et tout… Le jeune homme au chapeau me paraît habillé de façon décalée, même pour un étudiant de 1935. J’en ferais un original, un type hors de l’ordinaire, hors du temps. Je le verrais bien aristocrate, grande famille, château en province, hôtel particulier à Paris, rigueur morale et conscience de classe, un peu cliché certes, mais vraisemblable ; j’en ai rencontré des comme ça. Les baptiser ne fut pas difficile : pour le grand brun, j’adoptais un prénom courant de l’entre-deux guerres, Georges, et pour patronyme, celui d’un personnage de la Recherche du temps perdu, le marquis de Cambremer, à qui j’ôtai toute particule. Pour l’autre étudiant, Continuer la lecture de Carnet d’écriture (21) – Caractère et patronyme