Le Roman des regards
Daniel Pennac-Laurent Mallet
Éditions Philippe Rey – 25€
Moi, je ne suis pas comme Daniel Pennac. Je n’ai pas eu la chance de rencontrer Lorenzo dell’Acqua pour la première fois dans un musée. La première fois que je l’ai vu, c’est dans le cabinet médical qu’il exploitait sous le nom de guerre de Laurent Mallet. Ce médecin avait-il pour habitude de discuter avec tous ses patients d’autre chose que de leurs intérieurs, ou m’avait-il trouvé particulièrement sympathique, on ne sait ; toujours est-il qu’il me demanda ce que je faisais pour m’occuper pendant ma retraite car, depuis quelques temps, celle-ci était devenue évidente. Quand je lui eu expliqué mon cas, il me précisa que cette question le préoccupait beaucoup car lui-même allait bientôt prendre la sienne et se demandait si son hobby de toujours, photographier, suffirait à remplir son futur. Je lui dit que le mien, l’écriture dans les bistrots, y parvenait aisément. Ainsi rassuré, il me laissa repartir sans plus barguiner.
Quelques mois plus tard, Lorenzo me contacta. Sa retraite était prise, et il aurait bien pris aussi un café, une bière ou un déjeuner avec moi. C’est ainsi que nous liâmes connaissance et commençâmes à nous fréquenter régulièrement, sans compter ses remarquables et remarquées interventions dans le Journal des Coutheillas. Quelques années passèrent au cours desquelles je pus voir, admirer et discuter quantités des produits du hobby de Lorenzo passé désormais au niveau supérieur de la passion, à savoir prendre des photographies, et essentiellement des photos de coïncidences remarquables entre visiteurs, disons plutôt visiteuses, de musée et œuvres contemplées. Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs fait l’objet de publications dans le JdC. Après un certain temps de fréquentation, Lorenzo commença à évoquer très prudemment et à mots couverts une possible collaboration avec Daniel Pennac pour la réalisation d’un livre regroupant textes de l’écrivain et photographies du retraité. Quand je demandais comment cette collaboration serait concrétisée, par exemple sous forme de légendes écrites par Pennac sous les photos de Lorenzo, je n’arrivais à rien obtenir de plus qu’un vague « non, pas vraiment ; tu verras bien ».
Maintenant, le bouquin est sorti : Le Roman des regards.
Belle réalisation.
Lorenzo m’en a dédicacé un exemplaire.
Je l’ai lu.
Alors voilà :
sur une centaine de pages, dans une présentation très aérée, Daniel Pennac raconte d’abord sa première rencontre avec Lorenzo, dans un musée à partir duquel, intrigué par l’étrange comportement du photographe, il le suit dans un autre de galerie en galerie. La chose est louche mais amusante, il en parle en ville, et puis c’est tout. Sa deuxième rencontre, c’est dans le cabinet médical auquel Pennac se rend sans savoir où il met les pieds et le reste de son corps. L’écrivain et le médecin se reconnaissent, tombent dans les bras l’un de l’autre et conviennent de collaborer ; enfin c’est plus long que ça, mais je résume. La narration est entrecoupée de considérations de Pennac et parfois de Lorenzo rapportées par Pennac sur l’Art en général, la peinture et la photographie ainsi que, et surtout, sur le thème, la marotte ou l’obsession, appelez ça comme vous voudrez, de Lorenzo de ne photographier que des femmes de dos en train de contempler des tableaux, le plus souvent des portraits. Probablement comme moi, aurez vous cette impression que c’est plutôt le portrait qui regarde la femme, d’un air souvent moqueur, sévère ou même réprobateur et vous demanderez vous si par hasard le portrait ne réagirait pas à ce que nous, livre en main, ne voyons pas, le regard, la grimace, le maquillage de la visiteuse, ou plus simplement en protestation contre ce que les quelques siècles qui séparent la visiteuse du portrait ont fait à la mode féminine.
Tout cela se lit très agréablement. On connaît Pennac.
Suit une centaine de photographies, belles et surprenantes mais, par les publications précédentes de quelques unes d’entre elles, les lecteurs du JdC s’en doutaient déjà.
Pour conclure cette critique, j’ai cherché à définir d’un mot ce que c’était que ce livre, qui n’est ni un roman ni un livre d’art, en tout cas pas seulement. Je crois avoir trouvé : en réalité, Lorenzo a obtenu de Daniel Pennac qu’il lui écrive le plus long, le plus original et le plus réussi des cartels pour la présentation de son œuvre photographique.

@ Lorenzo : ???
J’y vois ici le cartel des dithyrambes!
» Sans la liberté de blâmer, il n’est point de cartel flatteur « , c’est aussi de toi ?
J’ai vu, j’ai lu, j’ai été convaincu ! Je connaissais certaines photos parmi les milliers de Monsieur Mallet, et je les avais beaucoup apprécié. Je connaissais aussi Monsieur Pennac, qui bénéficiait de ma part d’une certaine estime, sans plus (il m’ennuie un peu) ; j’étais émoustillé par la lecture d’un journal dit familial, qui a toute ma considération. Eh bien ! Je n’ai pas été déçu par ce mélange inspiré, ni par le texte bienveillant et complice, ni par le choix des photographies, toujours surprenantes. Dommages que ce petit livre ne soit pas auto-qualifié de roman, ce qui l’eut rendu éligible au Goncourt.
Et bien je suggère critique admirative … pas si aisée a mettre en forme de la part d’un écrivain reconnu … mais oh combien modeste et bienveillant pour un autre talent que le sien … rareté de nos jours , nombrilistes….et suffisants….
Un mystère est en plus résolu : comment Lorenzo se trouve t il si opportunément devant le bon tableau avec le bon regard?
Pour ne pas spoiler, courez vite acheter le Mallet et Pennac , nouveau duo artistique voué à détrôner le duo historique de nos jeunes années!
Cartel est pourtant le mot utilisé en muséographie pour désigner ce que je voulais dire, à savoir une présentation et/ou explication d’une oeuvre. Le larousse dit : « Cartouche, plaquette, étiquette fixés sur le cadre d’un tableau, le socle d’une statue et portant une inscription qui identifie l’œuvre. »
Cartouche (attention : au masculin) désigne l’emplacement réservé à la légende ou au titre, situé au bas d’un tableau, d’une carte géographique…
D’une manière générale, le sens des mots homographes s’éclaire par le contexte. Par exemple, quand je dis j’ai pris mon élan pour sauter le ruisseau, les gens ne comprennent pas que j’ai utilisé une grosse bête nordique et à cornes pour passer par dessus le filet d’eau.
Quand j’écris que tel roman est un roman à clé, les gens ne se disent pas « Tiens, tiens ? Ce bouquin a donc une serrure ! » Quand je dis que je vais à la pêche, ça ne veut pas dire que je vais grimper dans un arbre…etc…
Je doute que la confusion que tu évoques puisse être faite pas les lecteurs du JdC, car je vérifie régulièrement leur niveau intellectuel, mais si tu veux que je change Cartel, il faudra me dire par quel autre mot je devrai le remplacer.
Merci NRCB
NB : J’ai une faveur à te demander : pourrais-tu remplacer le mot « cartel » par un autre de ton choix parce que sa définition dans le Larousse est : « Entente locale ou régionale de narcotrafiquants » ce qui ne reflète pas exactement le contenu du livre et pourrait en rebuter certains ?