Archives de catégorie : Textes

Les corneilles du septième ciel (31)

Chapitre 31

Bruno Body et le suspect avaient fait leurs études secondaires ensemble au Lycée Saint Louis, à deux pas du Cyrano qu’ils fréquentèrent assidument dès qu’ils purent remplacer le chocolat chaud de leur goûter par des demis de Leffe. Leurs familles catholiques pratiquantes les avaient inscrits aux scouts de France ce qui leur permit pendant les grandes vacances de visiter notre beau pays à moindres frais. Tous les week-ends de l’année, ils partaient avec leur groupe dormir tantôt dans la forêt de Fontainebleau, tantôt sur les voies ferrées désaffectées de la banlieue nord.

Astreints comme tous leurs camarades au rituel de la totémisation*, ils choisirent le leur avec l’aide de leurs parents bienveillants. Pour Bruno, ce fut l’âne, à cause de Bob, suivi d’ébouriffé, un totem qui ne reflétait pas du tout son Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (31)

Rendez-vous à cinq heures avec Poutine au café

la page de 16h47 est ouverte…

Poutine meurt et va en enfer

En bas là-bas, son expérience d’ancien du KGB et de chef maffieux lui permettent de très bien se débrouiller. Il collabore efficacement au bon fonctionnement de l’enfer. Il lui arrive même de proposer des modifications pour rendre l’enfer encore plus infernal.

Satan le convoque et lui fait part de sa satisfaction. Pour le récompenser, il lui donne la permission de redescendre à Moscou pour 24 heures.

Poutine arrive à Moscou sans être reconnu et entre dans un café. Le patron, qui ne le reconnait pas, lui demande ce qu’il veut. Sur ses gardes, Poutine se contente d’un café.

Puis il entame la conversation, l’air de rien : Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures avec Poutine au café

HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 1

Voici un extrait d’HISTOIRE DE DASHIELL STILLER, 435 Pages, 12€ sur Amazon.fr

Extrait du chapitre 1 : Marcel Marteau

Marcel Marteau est ébéniste rue Monsieur le Prince. Sur la photo de Stiller, il est debout, au zinc, à demi caché par la vitrine repliée, à coté d’Antoinette Gazagnes, la patronne du Cujas. C’est lui que Dashiell rencontre en premier. Il lui raconte ses souvenirs du temps où il fréquentait le café du Boulevard Saint Michel.

(…)

Et vers les dix heures, j’avais toujours une petite faim, vous comprenez. Alors, j’allais au Cujas. Je prenais un petit verre d’aligoté et un œuf dur, quelquefois deux. Je discutais avec la patronne, Antoinette. C’était ouvert tous les jours, le Cujas. Alors j’y allais tous les jours, même le dimanche. Faut dire que le dimanche, je travaillais tout pareil. Trente ans comme ça : dix heures, un petit aligoté, un œuf dur, tous les matins. Sauf pendant la Grande Guerre, bien sûr. Je pouvais pas y aller, forcément. J’ai fait quatre ans dans l’aviation. Je réparais les avions. Tout était en bois à l’époque, vous savez, en bois et en toile, sauf le moteur, c’est sûr, alors les ébénistes, c’était recherché. Quatre ans dans l’aviation, pas volé une seule fois. Quatre ans de guerre, pas une seule égratignure. Ah si ! Je me suis Continuer la lecture de HISTOIRE DE DASHIELL STILLER – extrait du chapitre 1

Aventure en Afrique (40)

temps de lecture : 6 minutes 

Voir la mer (1)– la soudure
Début novembre, un soir au cours d’un apéritif, nous avions évoqué les vacances que nous pouvions pendre au mois de décembre soit une année pleine de service. Henri nous a dit en plaisantant : « en tant qu’Alsacien, je n’ai jamais vu la mer ». Il y eu un grand blanc puis un « pourquoi pas ? ».

Je précisais : « Je me permets de vous rappeler qu’officiellement nous n’avons pas le droit de sortir du département de Niamey sans un laissez-passer ».
Nous nous mîmes au travail : trouver une carte Michelin de l’Afrique Nord et Ouest, choisir un itinéraire, relever les positions des stations-services, des campements…Nous avons appris plus tard, à nos dépends, que sur le lot ils y en avaient de non approvisionnés depuis plusieurs semaines, de fermés et “Via Michelin“ n’existait pas encore.

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Aventure en Afrique (39)

La vente aux enchères
       Un matin vers 10 heures, dans mon bureau, un de mes gars me dit « patron tu as vu, il y a un européen dans la cour. Le connais-tu ? « Non je ne le connais pas  » Une demi-heure plus tard, l’homme était toujours là debout en plein soleil. Je lui proposais de venir s’asseoir dans mon bureau bien que n’ayant pas encore de climatiseur.
Européen ? Il avait un fort accent canadien ! L’homme m’expliqua qu’il devait y avoir ce matin-là une vente aux enchères de vieux véhicules, dans la cour. Je demandais à mes gars, personne n’était au courant.
Vers 11h30 arrivait une grosse Mercedes noire avec un chauffeur : c’était le commissaire-priseur. En quelques minutes une trentaine de personnes arrivaient dans la cour. Je me glissais au milieu de mon personnel et d’autres du Génie-Rurale pour assister à la vente. Le commissaire-priseur nigérien, avec, ses lunettes noires son petit cartable en cuir, un papier et un stylo en or à la main, se tenait devant des véhicules. Continuer la lecture de Aventure en Afrique (39)

Les corneilles du septième ciel (30)

Chapitre 30

A l’Hôtel du Ragondin Bienveillant où il dormit à Fontenay, Ph. s’était levé de bonne heure et avait quitté les lieux avant même l’ouverture de la salle à manger pour le petit déjeuner, fait aussi surprenant qu’inhabituel chez lui. Malgré la saison, il faisait donc encore nuit quand il s’installa au volant de sa voiture. Aux alentours de six heures du matin et de la capitale du Marais, il s’arrêta pour prendre de l’essence et le pompiste, qui n’était pourtant pas un ancien camarade d’Ecole, l’identifia formellement lors de l’enquête ultérieure. A Coulon, un complice l’attendait à l’embarcadère de la Pigouille avec lequel il monta sur une petite barque qui disparut dans un canal latéral. Le responsable affirma que Ph. portait enroulé autour de son poignet droit le même fouet que celui d’Indiana Jones. Pourquoi s’enfonça-t-il dans le marais avec cette arme redoutable ? La perspicacité de nos trois enquêteurs aboutit assez vite à la conviction qu’il s’apprêtait à commettre un vilain forfait. Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (30)

Les corneilles du septième ciel (29)

Chapitre 29

Ce sont trois vieilles connaissances du JdC, les inspecteurs Jim Nastyck, Bruno Body et Edgar Kiné, enfin débarrassé de son nom à rallonge, ceux-là même qui avaient résolu jadis le mystère de l’assassinat de six innocents à Saint Brévin les Pins, que le Procureur de la République commit pour enquêter sur la disparition suspecte de Lorenzo dell’ Acqua, le délicat commentateur et l’intermittent photographe du JdC. A coup sûr, ce magistrat ignorait que nos trois limiers de la PJ rodés aux crimes les plus crapuleux avaient fait leurs études avec l’écrivain goncourtisé Ph. C., le principal suspect du drame survenu dans le Marais Poitevin. Comme lui, ils avaient été les lauréats du prestigieux concours de l’Ecole des Pompes et Chaussettes. Dépêchés sur les lieux du drame, ils y avaient retrouvé Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (29)

La Tour Eiffel qui penche ! (5/5)

temps de lecture : 5 minutes

Résumé des chapitres précédents :
La tour Eiffel penche ! Que d’un côté, mais pas qu’un peu ! C’est un dénommé Ratinet, photographe, qui s’en est aperçu. N’écoutant que son devoir, il a voulu en informer la Direction de la Société d’Exploitation de la Tour Eiffel, mais celle-ci (la Direction, pas la Tour, la pauvre) n’a pas voulu fermer le monument aux touristes pour ne pas contrarier ses actionnaires. Mais elle a quand même fait deux choses : au photographe, elle a fait prendre un ascenseur privé très spécial (le pauvre homme n’en est pas revenu, de cet honneur) et à la Tour, elle a secrètement accolé une énorme structure de soutien. Mais la Presse s’est emparée de l’affaire, et quand la Presse s’empare de quelque chose, il est toujours délicat de prévoir ce qu’elle va en faire. Voici :

Le lendemain de l’évènement tragique, à la page 6 d’un grand journal du soir, on pouvait lire :

« Accident mortel à la Tour Eiffel
Hier en fin de matinée, un visiteur a fait une chute mortelle depuis le deuxième étage de la Tour Eiffel. La Société d’Exploitation de la Tour Eiffel se perd en conjectures sur les raisons qui ont poussé cette personne à ouvrir la porte pourtant verrouillée d’une cage d’ascenseur désaffectée depuis plus de vingt ans. Le corps de la victime de ce malheureux accident, monsieur Gérald Ritinet, 37 ans, typographe, a été transporté à Bouseville, Calvados, dont il était originaire.
»

*

5-Le poids des photos 

Sur la page d’en face, une grande photo de la Tour Eiffel illustrait l’article suivant :

« La nuit dernière, le voisinage de la Tour Eiffel a été dérangé une bonne partie de la nuit par les travaux de montage d’une gigantesque structure métallique. Ces travaux, qui n’avaient pas été annoncé, commencés vers 22h45, se sont achevés à 5h30 heures du matin, ce qui, de l’avis des spécialistes, représente une véritable performance pour un ouvrage de cette importance. La construction réalisée Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche ! (5/5)

La Tour Eiffel qui penche ! (4/5)

temps de lecture : 5 minutes 

(…)
— Bon ! La tour penche ! Et alors ? s’énerva-t-il. Elle n’est pas la seule, que je sache ! Et Pise ! Vous avez pensé à Pise ? Elle ne penche pas, peut-être, la tour, à Pise ? Bien sûr qu’elle penche, la tour ! Et depuis des siècles, Monsieur ! Huit cents ans et des poussières qu’elle penche ! Et pas qu’un peu ! De presque 5 degrés, je me suis renseigné. Et est-ce qu’elle est tombée, la tour de Pise ? Non, Monsieur ! Pas une seule fois ! Alors, ne venez pas m’emmerder pour deux petits degrés ‘’environ’’! Et puis vous m’agacez, tiens !Jje vous retire mon invitation à déjeuner ! Zut à la fin ! »

4 La solution de Verdurin

Ladislas Verdurin avait eu le tort d’entourer le mot ‘’environ’’ de ce petit geste si ordinaire qui, pour matérialiser les guillemets qu’il avait mis dans son intonation, avait consisté à lever les deux mains à hauteur des épaules en dressant l’index et le majeur de chaque main de manière à former deux sortes de V, puis à plier ces quatre doigts à deux reprises.

C’est sans doute ce stupide petit geste qui fit passer Ratinet de la colère à la fureur. Se  levant brusquement de sa chaise de visiteur, il s’appuya des deux mains sur le bureau directorial et, se penchant brusquement en avant, il glapit à la face d’un Verdurin médusé :

« Non mais dites-donc, espèce de Président à la gomme, vous vous rendez-compte de ce que vous dites ? La Tour Eiffel ne tombera pas parce qu’elle penche moins que la Tour de Pise ! C’est totalement idiot ! Et puis, aujourd’hui c’est deux degrés, mais demain, combien ? Trois, douze, quarante-cinq ? Qu’est-ce que vous en savez ? A partir de combien de degrés vous allez faire évacuer les touristes ? A moins que vous n’attendiez qu’elle ne se redresse toute seule, la tour ? On ne sait jamais, après tout… un bon coup de vent, et hop, problème résolu !

Sous la violence de l’assaut, Verdurin était retombé dans son fauteuil.
«  Mais, monsieur, protestait-il, je ne peux pas fermer la Tour comme ça, pour un oui ,  pour un non ! J’ai des obligations, moi monsieur, des obligations envers les Continuer la lecture de La Tour Eiffel qui penche ! (4/5)

Les corneilles du septième ciel (28)

Chapitre XXVIII

Nous apprenons à l’instant la disparition aussi soudaine qu’imprévue de Lorenzo dell’Acqua dont le roman inachevé laissera bien des lecteurs et surtout des lectrices dans la plus profonde désolation. D’après ses proches, il aurait été meurtri par les critiques d’un éditeur connu qui considérait que son œuvre pourtant admirable de sincérité et d’honnêteté n’était qu’une banale autobiographie. Il ignorait que Lorenzo était en accord avec les penseurs les plus modernes de son temps pour qui la fiction était désormais dépassée bien que, selon lui, la frontière entre ces deux genres littéraires avait toujours été floue. « Ecrire, c’est parler de soi, et parler de soi, c’est obscène parce que si on parle de soi de manière transparente, on se déshabille, et si on parle de soi de manière trouble, on se travestit ».

D’après un de ses amis médecin, la disparition de Lorenzo ne pouvait pas être en rapport avec une éventuelle blessure narcissique incapable selon lui d’ébranler sa confiance exagérée en lui. Peu de temps avant son départ, il s’était confié au Rédacteur en Chef du JdC attablé comme tous les matins à la terrasse ensoleillée du Panthéon devant les colonnes de ce vaste édifice funéraire dédié aux héros de notre pays et en particulier à nos écrivains célèbres. Sa famille espérait le voir Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (28)