Archives de catégorie : Textes

Au petit fer à cheval

Ce texte, ainsi que sa suite qui paraitra demain, ont déjà été publiés en juin 2017. 

 Au petit fer à cheval
30 rue Vieille du Temple Paris 4°

Je ne suis jamais allé dans ce café, et rarement dans cette rue. Le 4ème, ce n’est pas mon quartier. Ce n’est pas que je ne l’aime pas ou que je le méprise ou même qu’autrefois, je l’aie trouvé trop décrépit et aujourd’hui trop bobo, trop « touriste », mais je ne le connais pas et, comme disait Boubouroche, je n’y ai pas mes habitudes.
Pourtant cette photo, prise 16 mai 2017 à onze heures quarante-trois, pourrait bien me donner envie d’en créer, des habitudes. Regardez-là attentivement. Agrandissez-là au besoin :

Remarquez d’abord les vélos : depuis que Continuer la lecture de Au petit fer à cheval

Rendez-vous à cinq heures à bicyclette

la page de 16h47 est ouverte…

GIANT
par Lorenzo dell’Acqua

Dans mes souvenirs d’enfance, la bicyclette n’était qu’un jouet. Mon premier vélo m’avait été offert pour l’anniversaire de mes sept ans et ce n’est pas ma chute avec une fracture du bras qui m’empêcha de continuer à en faire toute ma vie. Aujourd’hui encore, il me donne un plaisir infini et une incroyable sensation de liberté.

Chez ma tante à Dreux, j’eus par la suite un « routier » bleu, une sorte de vélo de course avec de gros pneus et des garde-boue, l’ancêtre des VTT, sur lequel je sillonnais sans plaisir cette sous-préfecture sans charme. A Tharon-Plage au bord de l’Atlantique où je passais les vacances d’été, un vélo de course récompensa mon succès au BEPC avant d’être remplacé par un solex. Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures à bicyclette

Que faut-il penser d’ Histoire de Dashiell Stiller ? (9)

A peine sorti de presse, l’Histoire de Dashiell Stiller déclenche les polémiques auxquelles les ouvrages de Philippe Coutheillas nous ont habitués.
Histoire de Dashiell Stiller… Roman d’aventures, autofiction, roman historique, histoire d’amour, roman à l’eau de rose, roman de l’été, bide de l’année… tout à été dit.
Mais que peut-on en penser, que FAUT-il en penser ?

Des écrivains vous répondent…

Moi, j’avais jamais rien dit, rien demandé. Rien. Ça m’est arrivé comme ça, un matin, par la poste. Normalement, je reçois rien par la poste, que des cadavres de chat, des cloportes empaillés, des merdes dans de la cellophane et des lettres d’injures. Que des amis qui m’envoient ça ! Des copains d’avant comme ils disent à l’ORTF. Ça prouve au moins qu’ils pensent à moi. D’avant quoi, les copains ?  D’avant la guerre, c’est sûr ! La Grande, je veux dire. Z’ont pas aimé mes souvenirs d’au bout de la nuit alors ils m’envoient des leurs, des souvenirs bien frais de leurs entrailles, des trucs qu’ils ont libérés hier soir dans du papier bonbon en faisant bien attention de pas se salir les doigts. C’est pour offrir qu’ils disent. Moi, je m’en fous de leurs attentions. Je les balance dans le jardin et c’est mes chiens qui Continuer la lecture de Que faut-il penser d’ Histoire de Dashiell Stiller ? (9)

Un ptérodactyle sur fond d’azur

Le fameux récit des aventures de Philippe aux Philippines sortira bientôt en livre broché sur le site Amazon. Pour vous mettre ou vous remettre dans l’ambiance avant de lire ou relire cette oeuvre magistrale dans cette nouvelle édition de luxe, en voici le premier chapitre en deuxième diffusion. 

Bonjour, Philippines ! 

Chapitre 1 – Un ptérodactyle sur fond d’azur

La première scène se passe au Bureau Central d’Études pour les Équipements d’Outre-Mer, 15 Square Max Hymans à Paris. Philippe est seul dans la salle de réunion du quatrième étage, département des études économiques. Sur le grand planisphère offert par UTA qui est affiché au mur, ça ressemble à un gigantesque ptérodactyle volant lourdement sur fond d’azur. C’est Mindanao.

*

Mindanao. J’ai mis du temps à trouver cette île sur la carte, car au moment où j’ai appris qu’on voulait m’envoyer aux Philippines pour cinq ou six mois, je ne savais même pas dans quel océan se trouvait cet archipel. Maintenant, je sais : c’est loin. Cette multitude d’îles avec leurs formes étranges et entremêlées ne m’inspire pas une grande confiance. De plus, les circonstances ne sont pas très favorables : Cécile vient d’avoir six ans et Thomas six mois et il n’est pas question de les emmener dans un pays si éloigné et si différent de tout ce que nous connaissons. Cela signifie donc une longue séparation. Vaguement inquiet, je me dis cependant que, revenant d’une mission presque paradisiaque au Liban, il serait malvenu, si je veux progresser un peu dans cette société, de refuser celle-là. Je me dis aussi qu’il est peut-être temps de vivre des expériences un peu plus aventureuses qu’étudier l’intérêt économique du boulevard périphérique de Beyrouth. Je vais donc accepter la mission. Et c’est pourquoi en ce début décembre, je suis devant cette grande carte du monde en train d’évaluer la distance entre Paris et ce gros oiseau de mauvais augure. Continuer la lecture de Un ptérodactyle sur fond d’azur

Gisèle ! (20)

(…)n’oublie pas, la rive droite tout le temps, et tu arriveras aux premières maisons de Bardonnèche. Après, t’arriveras bien à te débrouiller pour faire de l’auto-stop. Ah ! et puis, surtout, fais attention aux … »
Bernard n’écoute plus, submergé par les instructions du passeur, fasciné par ses allers et venues dans le local, angoissé par la conscience que dans quelques minutes, il va se retrouver seul dans la nuit, encore une fois, sans lampe, dans un milieu hostile et glacé, plein de pièges, de rochers abrupts, de torrents gelés et de carabiniers en patrouille.

Ça y est, Tony a claqué la porte de la baraque et l’a verrouillée. C’est vrai, il ne neige pas, il n’y a pas de vent et une lune presque pleine éclaire un paysage en noir et blanc. Tony a accompagné son petit groupe de réfugiés sur une dizaine de mètres vers le haut, puis il est redescendu vers Bernard qui restait à les regarder, planté sur le seuil de la baraque en béton. Il lui a redonné quelques consignes essentielles, rester sur le chemin, contourner le poste des Carabiniers, suivre la rive droite du torrent et puis… « bonne chance pour l’auto-stop ! » Il lui a même donné trois billets de 10 euros, « de la part de Tanios » et il est remonté prendre la tête de la petite colonne de ses clients. Ils se sont mis en marche. Longtemps après qu’ils se soient évanouis dans l’ombre d’un gros rocher, Bernard était encore là, immobile, hésitant, à fixer l’endroit où le dernier Syrien avait disparu. Continuer la lecture de Gisèle ! (20)

Gisèle ! (19)

(…) Mais j’ai tué quelqu’un ! crie Bernard. On ne peut pas recommencer sa vie quand on a tué quelqu’un ! »
A l’autre bout de la pièce, le guide s’agite et gronde :
« Vous n’allez pas la fermer un peu, là-bas ? Je vous préviens : on repart dans une demi-heure alors, vous feriez bien de dormir, sacré bonsoir ! »
Bernard répète en chuchotant :
« On ne peut pas recommencer sa vie quand on a tué quelqu’un…

— D’autres l’ont fait avant vous, soyez-en sûr. Et d’abord, êtes-vous certain de l’avoir tué ? Tout à l’heure, vous avez dit que vous n’aviez pas frappé si fort que ça. Est-ce qu’il était vraiment mort, votre Robert, quand vous êtes parti ? Vous avez vérifié ? Non, bien sûr ! Alors, peut-être n’avez-vous fait que le blesser. Et puis, il m’avait l’air costaud. Si ça se trouve, il s’est fait soigner au PC du tunnel et il est en train de rouler vers Turin avec un pansement sur le crâne, votre agresseur… parce que c’en est un, d’agresseur ; vous vous êtes simplement défendu contre un agresseur et vous l’avez envoyé au tapis. Vous devriez être fier : pour une fois, vous voyez, vous n’avez pas cédé, vous vous êtes battu et vous avez Continuer la lecture de Gisèle ! (19)

Rendez-vous à cinq heures avec les souvenirs

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Aimer Modiano

Chaque fois que nous évoquons un souvenir, nous le modifions.

Sa profession médicale et les hasards de la vie nous firent nous retrouver par hasard cinquante ans plus tard. Nous parlâmes de cette époque avec nostalgie. Comme j’évoquais ma passion pour Patrick Modiano, elle me demanda si je me souvenais de la soirée passée chez Dominique Zerhfuss, une de ses amies d’enfance et future femme de l’écrivain. Dans son souvenir, il s’agissait d’un magnifique appartement du quai Anatole France donnant sur la Seine et les Jardins des Tuileries où nous étions allés ensemble. Je suis absolument certain n’y être jamais allé et, d’ailleurs, je n’ai pas non plus le moindre souvenir de Dominique Zerhfuss. Lisant ce soir une biographie de Modiano, je m’aperçois qu’il s’est marié en septembre 1970. Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures avec les souvenirs

Gisèle ! (18)

(…) L’homme ne prête pas attention à Bernard, il regarde devant lui, les yeux dans le vague. Bernard hésite et se lance :
« Excusez-moi, monsieur, mais votre ami m’a dit que …
— Non, dit l’homme.
­— Pardon ?
— Boutros ne vous a rien dit. Il ne parle pas votre langue. Mais j’ai entendu votre question.
— Alors ? Vous pouvez me dire où vous allez en Italie ?
— Non et non, dit l’homme, impénétrable. »

L’air idiot, Bernard ne peut que répéter cette réponse qu’il n’a pas comprise :
« Non et non ?
— C’est cela, dit l’homme au sac avec une toute petite étincelle de gaité dans le regard, non, je ne peux pas vous dire où nous allons et non, ce n’est pas en Italie.
— Vous n’allez pas vers l’Italie ? insiste Bernard qui, tout à son problème, n’a rien vu de l’étincelle.
— Puisque nous y sommes, dit l’homme de plus en plus énigmatique.
— On est en Italie ?
— Je le crains. Vous auriez préféré autre chose ? »

Le ton mondain que vient d’utiliser son interlocuteur vient de faire comprendre à Bernard que le bonhomme veut s’amuser. Énervé, il élève la voix :
« Écoutez, monsieur. Je suis fatigué, je suis épuisé, je n’en peux plus. Je viens de vivre les pires heures de ma vie. On s’est moqué de moi, on m’a tapé dessus. J’ai tué un homme. C’était lui ou moi, mais je l’ai tué. La police me poursuit depuis des heures, j’ai parcouru des kilomètres de tunnels pleins de rats. Je me suis cogné partout, je suis tombé un million de fois ; j’ai froid, j’ai faim, Continuer la lecture de Gisèle ! (18)

Rendez-vous à cinq heures pour la revanche

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À CHARGE DE REVANCHE !
par Patrick

Il n’y a pas de rubriques sportives dans le JDC qui se veut être depuis sa création il y a 10 ans un journal culturel. Il était temps que cette anomalie soit corrigée une fois au moins alors que la finale  du championnat du monde de rugby à XV vient de consacré à Paris son vainqueur: C’est l’Afrique de Sud et c’est pas la France, tant espérée. De profundis!
J’aime le rugby à XV, en spectateur je précise, dont on dit que c’est un sport de voyous joué par des gentlemen avec un ballon oval, inventé en Angleterre à Rugby. Deux équipes de 15 joueurs se disputent ce ballon oval dans un jeu brutal. Les règles du jeu sont strictes, ce qui nécessite la participation d’un trente-et-unième joueur sur le terrain, dit l’arbitre, pour faire respecter les règles de façon loyale et infaillible. Loyale? Infaillible? Pas sûr! C’est ce que je vais tenter d’illustrer dans l’histoire qui a pour titre :

À CHARGE DE REVANCHE !

Comme tous les français, amateurs de rugby ou non, j’espérais que le match final du championnat du monde 2023 organisé en France opposerait l’équipe de France, « les Bleus », à l’équipe Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures pour la revanche

Gisèle ! (17)

(…)Juste au-dessus de lui, un disque de lumière vient de s’allumer et Bernard reconnaît une nouvelle cheminée verticale, une échelle fixée à la paroi et, tout en haut, l’éclat aveuglant d’une lampe.
« Ici, répond la lampe. Montez ! Il y a une échelle… »
Bernard a saisi un barreau.
…sauvé ! y a du monde, y a de la lumière… je suis sauvé !… mais qui c’est, là-haut ? des flics ? pour moi ? pas possible ! pas déjà ! des ouvriers du tunnel ? à cette heure ? sûrement pas !… alors qui ? faut que je monte quand même… le moyen de faire autrement ?… va falloir faire gaffe !…
« J’arrive, crie Bernard en commençant à grimper. »

Ils sont cinq à le regarder émerger de son trou, quatre hommes et une femme. Celui qui tient la lampe porte une de ces combinaisons de moniteur de ski, épaisse, cintrée à la taille, bleu marine rayée de rouge aux épaules et à la ceinture. Les autres hommes sont engoncés dans des vêtements de ville enfilés les uns sur les autres ; la femme porte un blouson de cuir trop grand passé par-dessus un long manteau de fourrure. Ils se sont groupés dans le coin le plus éloigné de la petite pièce. Ils ont l’air fatigué.
Le moniteur, lui, a l’air furieux. Il aboie :
« Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous foutez là ?
— Ben voilà, commence Bernard en hésitant, j‘étais dans le tunnel… je me suis perdu… je ne sais pas comment je suis arrivé là… en tout cas, je suis bien content de vous avoir trouvé… Dites, vous avez de l’eau ? Quelque chose à manger ?
— Alors, tu étais tout seul, mon gars ? Dans le tunnel, comme ça, Continuer la lecture de Gisèle ! (17)