Archives de catégorie : Textes

Mon cinéma

J’aime le cinéma. Autour de moi, chacun sait que j’aime le cinéma. Ces dernières années, j’ai même eu l’impudence d’écrire des critiques.

Le cinéma… Au début, le plus souvent, j’y allais avec mon ami René-Jean, accompagné par l’une ou l’autre de nos mères. Et nous voyions Quo Vadis ? au Normandie sur les Champs-Élysées. , La Guerre des Mondes au Paramount Opéra, Gunga Din à L’Escurial des Gobelins. Il y avait des Esquimaux Gervais, des Actualités, de la publicité Jean Mineur, un documentaire et même parfois une attraction. Après l’entracte, venait enfin le film. Pendant le générique, d’excitation, nous sautions sur nos sièges, nous donnions des coups de pieds dans les dossiers devant nous, nous lisions tous haut les noms des premiers rôles, nous imitions la musique du générique, nous étions énervés, joyeux, heureux. Plus tard, lorsque nous sortions sur le boulevard, le crépuscule était déjà là, et nous, sur le trottoir, un peu abrutis par le film, la musique de fin encore dans les oreilles, nous nous racontions les scènes du films et des morceaux de dialogue tandis que nos mères, l’une ou l’autre, imaginaient les moyens de rentrer chacun chez soi. Nous aimions les Westerns, c’était le début de leur belle époque, les films de guerre, ils étaient nombreux en ces temps de paix retrouvée, les films comiques de Bob Hope et ses blondes explosives et les films musicaux de Danny Kaye avec sa gentillesse et sa folie.

Et puis un jour, Continuer la lecture de Mon cinéma →

Trois cafés (20)

(…) D’ailleurs, lorsque je lui ai dit que je vous avais rencontrée, je dois dire que cela lui a fichu un petit coup d’émotion dont je ne le croyais pas capable, lui d’ordinaire si sévère, si rigide ! C’est à se demander si… Non, non ! Ne répondez pas ! Je ne veux rien savoir ! Cela ne me regarde en aucune manière…
— Ah ? Vous croyez que…
Là, ça m’ennuie un peu, mais je vais devoir ouvrir une nouvelle parenthèse, parce que je sais des choses que vous savez pas et que, si je garde ça pour moi, vous risquez de pas tout comprendre. Alors voilà :

D’abord « Madame Françoise ». Vous vous demandez sûrement pourquoi je l’appelle tout le temps Madame Françoise. C’est simple, c’est parce que tout le quartier l’appelle comme ça. Alors maintenant, pourquoi tout le quartier l’appelle comme ça ? Ça, c’est un truc qui remonte à loin et qu’a duré pas mal de temps aussi. En fait, dans son gentil petit kiosque, Madame Françoise faisait pas que leur vendre des journaux, aux étudiants de la Fac de Droit. Comme elle aimait pas mal la jeunesse, et surtout les étudiants, les étudiants le lui rendaient bien. Faut dire qu’à ses débuts, elle était pas vilaine, Madame Françoise, et même plutôt pas mal d’après ce qu’on m’a dit.  Parmi les étudiants, ça s’était vite répandu : ça été d’abord « la fille du kiosque, elle couche ! » et puis : « Françoise, elle est super ! » et enfin avec les années : « Madame Françoise, elle veut bien ! » Le kiosque de Madame Françoise, c’était comme un guichet pour le septième ciel. Les étudiants, et parfois mêmes Continuer la lecture de Trois cafés (20) →

Vu du pont

Couleur Café n°30

Café Beaurepaire, 1 rue de la Bûcherie, 13 mai 2019

Ça fait déjà presque un mois que la nef de Notre-Dame a brûlé et je ne suis toujours pas allé voir le désastre. La peur du choc peut-être. Mais en tant que vieux parisien et voisin, il va bien falloir que je lui rende visite. Je lui dois bien ça. J’y vais.

Pour éviter la trompeuse vue de face des tours, apparemment intactes, j’opère un large mouvement tournant par la place de l’Hôtel de Ville, puis par le pont Louis Philippe et le pont Saint-Louis. Je passe rapidement le long des grilles du square Jean XXIII dont les arbres ne permettent pas de voir la catastrophe dans toute son ampleur. Le pont de l’Archevêché offre une vue bien dégagée sur le flanc cathédrale. La première impression, c’est qu’elle est toujours là, et dans un premier temps, la disparition de la flèche se remarque à peine. Mais tout de suite après, c’est l’absence de toiture qui vous saisit, et puis les échafaudages tordus et calcinés, et puis les pierres noircies, et puis les flèches des grues. On a beau l’avoir vue à la télévision, Notre-Dame, à tous les instants de l’incendie, sous toutes les coutures, brûlant des flammes de l’enfer, fumant sous les lances des pompiers, refroidissant sous le regard des drones, la voir ainsi, en vrai, grandeur nature, sans couverture, ça en fiche un coup, on a l’impression de la voir frissonner sous le vent mauvais de ce fichu mois de mai.

Le pont de l’Archevêché n’a jamais porté autant de monde. En colère — mais contre qui, grands dieux ? — Continuer la lecture de Vu du pont →

Mais que faut-il lire en cette rentrée ? (3)

Ce qu’il faut lire ? Mais je vais vous le dire, moi… quoique ce ne soit pas toujours facile quand il faut faire une sélection, car on ne peut pas tout lire, pas vrai ? Que lire, donc ? Du Coutheillas, bien sûr, oui, mais lequel ? 

— le Coutheillas de « Bonjour, Philippines!« , l’explorateur de civilisations aussi lointaines qu’antiques, le fin observateur de coutumes étranges, ancestrales et barbares, l’envoyé spécial sur le terrain des révoltes de clocher et des révolutions de palais ? 

— le Coutheillas d’ »Histoire de Noël« , le passeur de contes fantastiques ou terrifiants, ou les deux à la fois, le chroniqueur des campagnes glauques et des tours jumelles, l’arpenteur des chemins creux qui ne vont nulle part et des tunnels routiers qui vont vers la liberté, le conteur des cantous enfumés et des palais byzantins, l’exorciste de permanence, le témoin de la fin du monde ? 

— le Coutheillas boulevardier, celui de « La Mitro » avec ses trépidantes histoires de cocus, ses portes qui claquent et ses situations explosives, ses trafics de sucre en poudre, ses flics dépassés et ses jours pas faits comme les autres ? 

— le Coutheillas journaliste enquêteur des « Disparus de la Rue de Rennes« , le whistle blower des scandales municipaux, le Savonarole des Continuer la lecture de Mais que faut-il lire en cette rentrée ? (3) →

Trois cafés (19)

(…) A première vue, Cottard m’apparait comme un être plutôt étroit, mesquin et probablement malveillant. Quand à Dumoulot, qu’il ait ou non une particule, cela ne change rien pour moi : je le vois plutôt comme un gentil imbécile. Mais vous, Ratinet, vous, vous êtes différent. Je sens confusément qu’il y a quelqu’un derrière cet aspect un peu bourru, quelqu’un d’intéressant, quelqu’un de valeur, quelqu’un que j’aimerais connaître mieux. Voilà pourquoi, d’instinct, je vous ai vouvoyé. Allez, Ratinet, parlez-moi de vous ! Dites-moi qui vous êtes vraiment.

Si je m’attendais à un truc pareil ! Quelqu’un qui vous demande qui vous êtes , comme ça, d’un coup, sans prévenir, ça vous est déjà arrivé, à vous ? À moi, jamais. C’était la première fois. Quand vous comprenez que ce que le gars vous demande, c’est pas votre nom et votre adresse, ni si vous seriez pas par hasard le cousin à son beau-frère, ça vous fout un coup. Vous savez plus quoi dire. Moi, en tout cas je savais pas quoi dire. C’est vrai qu’il avait du jugement, le bonhomme. Il les avait drôlement bien cadrés, les Pieds Nickelés. Mais ce qui me perturbait le plus, c’était qu’avec le peu que je lui avais dit hier, il avait bien senti que j’étais pas comme eux, que j’étais différent… en mieux… au-dessus du lot, quoi !

Trois-cafés me regardait intensément, les sourcils levés, Continuer la lecture de Trois cafés (19) →

Trois cafés (18)

(…) Trois-cafés resserra son bandana, rajusta un bouton de sa veste, traversa la salle du bistrot en trois enjambées et ouvrit grand la porte. Dehors, la tempête s’était calmée sans que nous nous en soyons aperçus. Il faisait gris mais il ne pleuvait plus. Mais, au moment où la silhouette en Prince de Galles s’est dessinée dans l’encadrement de la porte, un grand éclat de soleil a illuminé la rue, traversé la vitrine du café, projetant l’ombre immense de notre visiteur sur le parquet illuminé.
Là, j’ai quand même trouvé qu’il en faisait beaucoup, Trois-cafés…

Une fois Trois-cafés parti, on s’est retrouvés à nous regarder en chiens de faïence, comme des cons, surtout après que Cottard nous ait rejoint après son déjeuner à la cantine. Pour le mettre à niveau, Madame Françoise lui a raconté en détail tout ce qu’il avait manqué. Quand elle en est arrivée à l’histoire de la Commission des Particules et Machins-Trucs, j’ai bien cru voir dans le regard de Cottard comme l’ombre d’un doute, ou alors peut-être comme une trace d’ironie ou encore comme une étincelle d’amusement. En fait, Cottard, il était comme moi : il savait pas trop à quoi s’en tenir. On se disait qu’on verrait bien demain… si jamais il revenait, Trois-cafés !

Eh ben, il est revenu. Quand il a poussé la porte du bistrot il était pas Continuer la lecture de Trois cafés (18) →

Trois cafés (17)

(…) C’est pas que je me foutais complètement de Dumoulot, parce que perdre un château, c’est quand même pas pareil que perdre un parapluie, mais un peu quand même, parce que Dumoulot, avec ses histoires de combines foireuses pour revendre des tickets de métro portugais ou des sardines périmés, ou l’inverse, il en avait l’habitude, des déceptions ! C’était pas la première fois que je l’entendais dire « — Alors, c’est foutu ! ».
Pourtant, c’est à ce moment que Trois-cafés a relancé la partie en disant :
— Mais pas du tout ! Pourquoi cela serait-il « foutu », comme tu dis ?

— Ben si, c’est foutu, quoi ! Je travaille au métro, alors pensez !

— Mais non, mais non. Je connais des gens qui feraient ça pour rien ou presque.

— Ah ouais ? Combien ? Mille par mois ? Cinq cents ? Allez ! Même ça je pourrais pas ! Je vous l’ait dit, non ? Je travaille au métro…

— Bon, Gérard. Écoute-moi. Je ne voulais pas te le dire tout de suite, parce que ce n’est pas absolument certain, mais voilà : pour une question d’honneur qu’il ne m’appartient pas de révéler, Robert ne peut pas me refuser grand-chose. Alors si je lui demandais comme un service de s’occuper de ton cas, je suis persuadé qu’il le ferait.

— Robert ? Et qui c’est ce Robert ?

— Qui c’est ce Robert, s’agaça Trois-cafés en imitant Dumoulot. Qui c’est ce Robert ? Mais Robert Bompar de Colmont, voyons ! Le Grand Chancelier ! Il faudrait suivre, mon petit Gérard, sans ça on n’y arrivera pas. Bon ! Je résume : Robert et moi avons fait nos années d’études supérieures ensemble à la Fac d’à côté. Il est devenu Grand Chancelier et il m’est redevable. Or, et c’est là que ça devient intéressant… Tu me suis toujours, Gérard ? ll vient de créer à la Chancellerie la Commission de Recherche et de Vérification des Particules et Titres Nobiliaires. La COREVÉPATINO, autrement dit le Comité des Particules, est constituée de Continuer la lecture de Trois cafés (17) →

Trois cafés (16)

 (…) du ton de quelqu’un qui vient de se décider à un grand sacrifice pour une bonne cause, il dit :
— Bon, faudrait compter combien à peu près ?
— Je ne sais pas moi ! répondit Trois-cafés en haussant les épaules. Quelque chose comme deux à trois mille euros…
— Deux à trois mille !
— Par mois, précisa Trois-cafés.
— Alors, c’est foutu ! Je travaille au métro…

 Atterrés ! Nous étions tous atterrés. La construction puis l’effondrement de son château en Espagne avait bien de quoi consterner Dumoulot, mais aussi tous ceux qui en avait suivi le chantier, Georges, Madame Françoise et moi. Georges, qui en avait été jusqu’à envisager de sacrifier gracieusement une bouteille de mousseux pour arroser l’ascension sociale de l’un de ses meilleurs clients, remettait à regret sur son étagère la bouteille poussiéreuse qu’il avait gagnée six ans auparavant à la Foire d’Arpajon et tirant sur des pipes en plâtre. Dans son coin, Madame Françoise écrasait une larme en affutant son crayon à Sudoku au-delà du raisonnable avec une lime à ongle pour se donner une contenance. Ce con de Cottard n’était pas là, mais s’il l’avait été, il aurait surement dit une Continuer la lecture de Trois cafés (16) →

Trois cafés (15)

JUSTE EN PASSANT :
Cet article est le 5441ème publié par le Journal des Coutheillas

(…) De temps en temps, il se ménageait une pause dans son discours, choisissait avec circonspection une rondelle pour la porter lentement à sa bouche. Ensuite, ça ne manquait jamais, il prenait un coin de sa serviette en papier pour s’en essuyer le coin de la bouche avec distinction. Et moi, moi qui avais fini mon œuf depuis longtemps, je prenais mentalement des notes et j’attendais la suite. Je veux dire la suite du déjeuner et de cette sacrée histoire de particule.

Nos merlans venaient de surgir de la cuisine, portés par un Georges tellement courbé en deux pour mieux entendre ce qui se disait qu’on aurait dit un larbin obséquieux. Et pourtant, Georges, c’est pas son genre. L’arrivée des poissons frits avait interrompu la conversation et j’observais la situation sans rien dire : Dumoulot s’était plongé dans la contemplation de son assiette tout en titillant le pauvre animal de sa fourchette. On aurait bien dit qu’il réfléchissait. De son côté, Continuer la lecture de Trois cafés (15) →

Y a plus grave  

Y a plus grave !
Quelle affirmation stupide !

Vous avez remarqué ? Quand vous vous plaignez de quelque chose, il y a presque toujours quelqu’un pour vous dire « Y a plus grave », surtout si la chose dont vous venez de vous plaindre ne le concerne pas :

  • J’ai attrapé une contravention sur une place livraison. Je n’étais pas là depuis deux minutes, et paf !, une contravention ! Deux minutes ! Tu te rends compte  ? C’est scandaleux ! 
  • Ouais ! Bon ! Y a plus grave…
  • Mon TGV a eu plus de vingt minutes de retard à l’arrivée à Marseille. Ils se moquent du monde, quand même ! Je vais faire une réclamation ! 
  • Bof ! Y a plus grave, non ? 
  • Z’ont fermé le bureau de poste qu’était au coin de la rue. Maintenant, faut que j’aille jusqu’à la Place Roger Ratinet pour poster mes lettres ! Sont vraiment gonflés, non ?
  • Fais pas ch… ! Y a plus grave quand même !

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