Archives de catégorie : Textes

Un flic – Critique aisée n°214

Critique aisée n°214

Un flic
Jean-Pierre Melville – 1972
Alain Delon, Catherine Deneuve, Richard Crenna

Wikipedia vient de me rappeler qu’« Un flic », que je viens de revoir sur Netflix, c’était le dernier film de Melville. Alors, je vais mettre la pédale douce.

Je ne dirai donc pas qu’« Un flic », c’est un film ennuyeux, dont le scenario est sans intérêt, où l’interminable scène d’action principale est laborieusement tournée avec des maquettes de train et d’hélicoptère à peine dignes d’un feuilleton pour enfants des années 50, dans lequel les seuls acteurs qui se donnent la peine de jouer le peu qu’on leur donne sont André Pousse, tout naturellement dans le rôle d’un gangster, et Paul Crauchet dans celui du chien (triste) du commissaire, les autres acteurs étant là seulement pour faire les têtes d’affiche, Alain Delon, Catherine Continuer la lecture de Un flic – Critique aisée n°214

Mexican Hat

Première diffusion : Juin 2014

La carcasse d’un petit hélicoptère plantée sur l’auvent de la station-service Chevron donnait une impression bizarre d’après cataclysme, au contraire de la salle de restaurant, bleue pâle et fraîche, qui faisait plutôt penser à une impeccable clinique. Nous y avons déjeuné d’œufs avec leur côté ensoleillé sur le dessus, de lamelles de lard fumé, de frites françaises et de salade de choux râpés. Puis, nous avons quitté Bluff et déposé les garçons au bord de la rivière San Juan. Nous les avons regardés s’embarquer à bord de radeaux pneumatiques qui descendront tout à l’heure les gorges de la rivière tumultueuse jusqu’à Mexican Hat.
Quant à nous, les parents, nous avions décidé de rouler au hasard dans cette partie quasi désertique et sauvage du sud de l’Utah. J’aime ces paysages jaunes, roses ou rouge brique, scandés par des rochers aux formes de dieux assis, découpés par de brusques canyons que franchissent des arches naturelles  et que parcourent des filets d’eau café au lait.
Entre deux forêts de petits sapins clairsemés, la route 261 file vers le sud, toute Continuer la lecture de Mexican Hat

Le Cujas – Chapitre 9 – Mattias Engen -Texte intégral

Après que Mattias Engen vous ait été livré en treize petits morceaux en un peu plus d’un mois, le voici dans toute sa splendeur et toute son intégralité.
Le chapitre suivant, qui sera sans doute le dernier — mais qui sait ? — sera consacré à Dashiell Stiller. Celui qui, jusqu’à présent, ne s’est exprimé qu’au moyen de groupes de trois petits points va-t-il enfin parler ? Va-t-il enfin nous révéler le pourquoi du comment de cette histoire chorale et compliquée ?

Vous le saurez bientôt, mais surement pas la semaine prochaine.

 

Chapitre 9 – Mattias Engen

Monsieur Stiller ? Bonsoir Monsieur Stiller. Je suis Mattias Engen. C’est moi qui vous ai téléphoné hier au sujet de Samuel Goldenberg. J’ai des choses importantes à vous dire. Vous voulez bien monter dans ma voiture, s’il vous plaît ? C’est celle-là.

Non, non ! Dans le bar de votre hôtel, on risquerait de nous entendre. On sera très bien dans ma voiture pour causer.

Écoutez, Stiller, on ne va pas rester là plantés sur le trottoir comme deux pingouins congelés. Il fait froid, la nuit va tomber et il va bientôt neiger, alors montez ou je rentre chez moi illico et vous ne saurez rien du Journal de Samuel.

Oui, le Journal de Samuel ! Quand il était à Treblinka, Samuel a écrit un journal. Ça devrait vous intéresser, non ? Allez, montez.

Voilà, c’est mieux. Installez-vous. Pas trop chaud ? Elle est chouette, hein, ma Chrysler ? Vous vous intéressez aux voitures, Monsieur Stiller ?  Non ? Vous devriez… Elle a été fabriquée chez vous, celle-là. Ah, pour le vrai luxe, avant la guerre, il n’y avait que les Anglais, et puis les Allemands aussi, un peu. Mais après les bombardements, il est pas resté grand-chose de leurs usines. Alors maintenant, il n’y a plus que Continuer la lecture de Le Cujas – Chapitre 9 – Mattias Engen -Texte intégral

Le Cujas (66)

Chapitre 9 – Mattias Engen
Treizième partie

 Que du champagne, tu parles ! Il m’a même dit que c’était ce soir-là qu’il avait découvert le charme et les avantages des bordels. C’est pour ça qu’il venait régulièrement au Marquis et qu’il a continué à La Marquise pendant un temps après la Libération. Mais maintenant, il est ministre. Alors, il faut qu’il fasse plus attention. Je suppose qu’il se fait livrer à domicile ! Bon, moi, j’ai rien à y redire, chacun ses goûts, mais c’est juste pour vous montrer que c’est un fameux baratineur, le Georges !

Au Marquis. La première fois qu’il y est venu, il se trouve que j’étais là, en tournée d’inspection, si j’ose dire. Je ne le connaissais pas, mais j’ai bien vu qu’il accompagnait un sous-ministre quelconque de Vichy, alors je me suis dit que c’était sûrement un bonhomme à cultiver. Et puis je le vois qui croise Simone et les voilà qui se tombent dans les bras l’un de l’autre, et qui s’exclament, et qui se congratulent. Je me suis approché et Simone me l’a présenté. On est allé boire une Veuve Clicquot dans un coin du bar et on a fait connaissance. Je me disais qu’un type du Ministère de l’Intérieur, ça pouvait toujours servir, et je l’ai soigné. Et ça a servi, je peux vous le dire… J’avais toujours besoin de formulaires pour les autorisations de transport, de bons d’essence et même de cartes d’identité et de passeports vierges à fournir à des amis ou à vendre à des clients. Alors, la deuxième fois qu’il est arrivé au Marquis — je n’étais pas là, mais j’avais demandé à Simone de me prévenir — j’y suis allé vite fait et je l’ai sondé gentiment sur des possibilités de coopération. Je peux vous qu’il n’a pas été trop difficile à convaincre, le grand serviteur de l’État. En moins d’un mois, on avait mis au point un gentil petit trafic de faux papiers. Ce qui est marrant, c’est que quelques-uns de ces papiers ont servi à des juifs, et même Continuer la lecture de Le Cujas (66)

Le Cujas (65)

Chapitre 9 – Mattias Engen
Douzième partie

 Bon, Cambremer…
Ah ! D’abord, tenez ! Je vous rends vos notes.

Il n’y a pas de quoi, c’est bien normal. De toute façon, j’en garde une copie : j’ai tout fait taper ce matin à Bougival. C’est du rapide, hein ! Elles s’y sont mises à plusieurs, faut dire.

Bon ! Cambremer ! Allons-y !

Cambremer, Georges, la trentaine, Polytechnicien, bel homme, fils de l’industriel Fernand Cambremer, agent de De Gaulle infiltré à Vichy, membre de plusieurs cabinets ministériels et maintenant, ministre des Anciens Combattants… un homme très remarquable, Monsieur Cambremer… beaucoup de relations… promis à un grand avenir… enfin, peut-être.

Tout ça, c’est ce qu’il vous a dit, c’est ce que vous avez écrit. Et tout ce qu’il vous a dit, c’est vrai… ou presque… Non, presque, c’est pas le mot que je cherche. Ah ! Comment dire ? Vous savez, au tribunal, quand on interroge un témoin, on lui fait jurer de dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. Eh bien, notre ami, il n’a pas dit toute la vérité. Il en a caché une bonne partie, même. Dans chaque mensonge, il a mis un peu de vérité, et vice-versa. Il a changé une date, ici ou là, il a mélangé des personnages, il a même avoué quelques erreurs, et ça, quand on raconte des bobards, c’est la meilleure méthode pour qu’on vous croie. C’est qu’il est loin d’être bête, l’ami Georges. Bref, avec ça, il a entourloupé tout le monde, et vous le premier.

Par exemple, tenez : est-ce qu’à un moment quelconque, il vous a dit Continuer la lecture de Le Cujas (65)

Les journées de Monsieur Lambert

Ce texte est de Marie-Claire. C’est sa deuxième publication. La précédente date du 19 novembre 2016.

Monsieur Lambert est ponctuel, c’est une qualité que sa femme lui reconnaît. Il ne se permet pas de flâner, la vie dans la maison est réglée comme ça, pas de temps perdu, pas de laisser-aller, une efficacité maximum. Même les enfants, un garçon et une fille, subissent cette loi et Madame Lambert en est fière.

Comme d’habitude, elle le regarde partir au bureau. Il est huit heures, il décroche sa gabardine du portemanteau, Il l’enfile, enroule son écharpe autour de son cou, prend son attaché-case, crie “A ce soir” à sa femme et claque la porte. Il a pris soin, avant de partir, de ramasser sa carte orange sur la console de l’entrée et de la mettre dans sa poche.

Il sort à petits pas, regarde le ciel menaçant puis monte dans sa voiture qu’il a garée devant le portail.

Arrivé à la gare, il prend le RER, ne descend pas à Étoile, station de son bureau, change à Châtelet, sort enfin à Luxembourg. Il avance droit devant lui, puis il tourne à droite, quitte le boulevard Saint-Michel pour la rue Soufflot.

Encore quelques pas et il se retrouve dans les pas de sa jeunesse : à la bibliothèque Sainte-Geneviève. Il se sent chez lui. Les bibliothécaires le saluent d’un cordial “bonjour”. Chaque jour, elles s’étonnent de le revoir là : il ne correspond à aucun type d’habitués, trop vieux pour être étudiant. Trop jeune pour être retraité et sa façon de lire est si étrange ! Il choisit chaque matin une lettre de l’alphabet, dans l’ordre, et il prend trois livres dont le nom de l’auteur commence par cette lettre. Aujourd’hui, il en est au M -Malraux, Maupassant, Mauriac…Il ne les emporte jamais ; une fois son choix fait, Il s’installe à une place et passe la journée là, absorbé au point d’en oublier de sortir déjeuner.

Il est trois heures. A la maison, Madame Lambert fait des rangements et pense à son mari. Elle a beau le sermonner, il est incapable d’obtenir de l’avancement. Ce soir, elle lui en reparlera.

A la bibliothèque, Monsieur Lambert bouge. Il va rendre un livre pour se dégourdir les jambes. Les trois dames lèvent le nez. Le petit homme leur sourit. La plus jeune suit la progression méthodique de ses lectures. Arrivé au bout de l’alphabet, que fera-t-il ?

A six heures, Monsieur Lambert quitte la bibliothèque. Chaque soir, le voyage lui semble plus pénible : RER, changement, RER puis trajet en voiture.

Une fois chez lui, il pose sa carte orange sur la console, manteau, embrasse sa femme.

-Comment s’est passée ta journée ? demande-t-elle. Monsieur Lucas est-il toujours content de toi ? Tu pourrais lui demander une augmentation !

Cela lui rappelle les retours de l’école et les questions de sa mère : “As-tu été sage ? Quelles notes as-tu eues ? Tu pourrais faire mieux ! ” Il en a la chair de poule.

Les enfants sont rentrés, il se garde bien de les questionner.

Les jours passent. Monsieur Lambert a négligé la lettre X, Xénophon ne le tente pas. Le Y lui apporte Yourcenar et Il oublie pendant quelques heures l’échéance qui approche. Un jour de plus et le Z sera là. Finir avec Zola, ce n’est pas si mal. Il a déjà vécu cent vies à travers ses lectures. Il a connu l’amour, la jalousie, la haine, l’avarice et la prodigalité, tant de péripéties.

Le jour suivant tire à sa fin. Il est près de cinq heures. Les enfants, rentrant de l’école, trouvent leur mère singulièrement nerveuse. Elle vient d’avoir un appel de la banque : “Votre compte est débiteur, Madame.” Elle ne comprend pas, elle va appeler leur père au bureau. Le petit garçon s’interroge aussi : depuis quelques temps, Papa se propose pour l’aider à faire ses dissertations, c’est nouveau. Sa sœur, elle, se contente de sucer son pouce.

Loin d’eux, Monsieur Lambert réfléchit. Il sait que l’heure de vérité est là. Les ressources de l’alphabet sont épuisées, ses ressources financières aussi. On lui avait donné de l’argent pour qu’il parte, Il n’y en a plus. Comment aurait-il pu annoncer à sa femme qu’on le payait pour se débarrasser de lui ?

Mais le temps passe, maintenant il est six heures. Il rend les derniers livres, adresse un salut aux dames et sort. Il achète un paquet de caramels, qu’il mange, un à un. Il déchire sa carte orange en confetti. Les petits morceaux colorés se mêlent aux papiers des caramels, s’envolent et tombent derrière lui, seules traces de son passage.

Il hésite puis se met à descendre le boulevard. Au début, on le bouscule encore. Il croise une multitude de femmes auxquelles il donne un nom : Anna, Emma, Mathilde, compagnes de ses journées volées.

Plus il avance, plus il a l’impression de fondre, de se dissoudre dans la foule, de s’évaporer. C’est doux, confortable, il est léger, léger… Arrivé place Saint-Michel, il ne voit même plus son reflet dans les vitrines.

MCC

Bientôt publié

22 Mai, 07:47 Pleine Lune
23 Mai, 07:47 Le Cujas (65)
23 Mai, 16:47 Rendez-vous à cinq heures : les pavés de Gay-Lussac
24 Mai, 07:47 L’examen de minuit

Le Cujas (64)

Chapitre 9 – Mattias Engen
Onzième partie

C’est incroyable, ça, quand même ! Vous passez votre temps à faire parler les gens, vous noircissez des pages et des pages avec ce qu’ils vous racontent et quand on vous pose la moindre question personnelle, toc, ça y est, vous vous refermez comme une huître et il n’y a pas moyen de vous tirer quoi que ce soit. Ça commence à être agaçant, vous savez ? Dis-moi, kamrat, est-ce que tu serais timide ? Ou alors, est-ce que par hasard tu n’aurais pas des choses à cacher ? Non ? Alors, qu’est-ce qui t’empêche comme ça de raconter quoi que ce soit sur toi-même ? Et d’abord, tu veux faire quoi, avec toutes ces interviews ?

 

Un roman. Bon, d’accord, disons un roman… peut-être… mais toi, d’où est-ce que tu viens, toi ? C’est quoi ton histoire ?

Mais si, ça a un intérêt. Et d’abord, moi, ça m’intéresse. Alors ?

Vraiment ? Tu ne veux rien dire ? Écoute, Stiller, ne me force pas à te faire revisiter la machine de Marly. Il y a plein de neige, il fait froid et la nuit va tomber ! Alors, j’ai pas envie de retourner là-bas, t’as pas envie de retourner là-bas, personne a envie de retourner là-bas, mais fais gaffe quand même !
Allons bon ! Voilà que je m’énerve encore une fois. C’est de ta faute, aussi ! Oh, et puis, fais donc comme tu veux…
Bon, faut que je me calme. Je crois que vous aimez mieux quand Continuer la lecture de Le Cujas (64)

Le Cujas (63)

Chapitre 9 – Mattias Engen
Dixième partie

Alors, je me suis dit que Sammy avait dû être balancé.  À cette époque, c’était une sorte de sport à Paris, de dénoncer des Juifs, alors pourquoi pas Sammy ? Balancé, mais par qui ? Un type d’une autre bande à qui il aurait fait du tort ? Un cave qu’il aurait rançonné un peu trop fort ? C’est que dans notre métier, on se fait pas que des amis, pas vrai ? J’ai tourné ça dans ma tête pendant longtemps, et puis les semaines ont passé. On était sûrs maintenant que Sammy ne reviendrait jamais. Alors, il a bien fallu qu’on se réorganise sans lui. Qu’est-ce que vous voulez ? Les affaires… Le temps a passé et puis, forcément, on a pensé à Sammy de moins en moins et puis plus du tout.

Et voilà qu’un soir, je sais pas pourquoi, je me remets à penser à lui, et à Casquette, et à Simone, et que je me dis tout content que c’est bon pour les affaires et bon pour elle qu’elle ait retrouvé un homme, et qu’en plus, ce soit un gars de la bande. Et puis je me dis que Casquette, il l’a quand même prise bien vite, la place de Sammy, qu’il l’a prise dans la bande, au Marquis et dans le lit de Simone, et tout ça en moins de deux, et que ça c’est quand même drôlement bien goupillé pour lui. Et d’un seul coup, ça m’a sauté aux yeux ! C’était Casquette qui avait donné Sammy à la Gestapo. C’était lui, forcément. D’abord, il y avait tout intérêt. La preuve Continuer la lecture de Le Cujas (63)

Les retours de Jules César (1)

Dans le quart de douzaine de grands personnages historiques que j’admire le plus, Jules César figure en bonne place. 
C’est pourquoi j’ai écrit plusieurs textes à son propos.

La plupart du temps, son assassinat est présenté comme un acte de libération de la tyrannie dont une partie de Rome l’accusait. Mais sur ce point, je rejoins la position opposée, celle de Shakespeare et de pas mal d’historiens sérieux. César était un génie militaire et un habile politicien, sans parler de l’écrivain passionnant.. Il était plus intéressé par le pouvoir que par la fortune, qu’il possédait déjà par sa famille. Il avait voulu le pouvoir par goût mais aussi pour réformer et transformer la République. Quelques citoyens dont il contrariait les intérêts, avec l’aide de quelques puristes du droit, lui ont reproché, ceux-ci de bonne foi et ceux-là par opportunisme, ses infractions aux règles de la République — on ne peut parler à cette époque de démocratie — pour fomenter un complot qui a abouti comme on sait.

J’ai toujours trouvé injuste et regrettable la disparition de Cesar à 56 ans. Elle a été une grande perte pour Rome et finalement pour la civilisation occidentale. Pour se consoler, on peut toujours se dire que sa mort a permis l’accession au pouvoir d’un grand empereur, le premier, Octave-Auguste, mais le sentiment d’injustice demeure. Continuer la lecture de Les retours de Jules César (1)

Le Cujas (62)

Chapitre 9 – Mattias Engen
Neuvième partie

Un jour, il est même monté à l’appartement et il a menacé Antoinette de dénoncer son trafic à la police, tout ça devant les clients en train de diner. Ça ne lui a pas plu du tout à l’Auvergnate. Ça pouvait nuire à son commerce et en plus elle risquait gros s’il la dénonçait vraiment. Elle voulait savoir si je pouvais faire quelque chose ? Ben, évidemment que je pouvais faire quelque chose ! J’ai juste envoyé Sammy demander gentiment à l’artisan d’arrêter ses conneries. Et Sammy, quand il demandait gentiment, c’était ça qui fichait la frousse aux gens. A partir de là, Marteau est resté tranquille dans son atelier, bien content qu’on n’y fiche pas le feu.

Alors, ça vous change la couleur du tableau, pas vrai ?

Vous savez, Dashiell, les gens adorent parler d’eux mais ils ne disent jamais, jamais  la vérité vraie. Ils racontent ce qu’ils ont envie que vous croyiez d’eux. C’est humain, mais faut le savoir. Marteau, il ne tenait pas à ce que vous sachiez qu’il s’était fait virer comme un malpropre du lit d’Antoinette. Il préférait faire le fier, le mystérieux, le genre « ça me regarde », l’homme d’honneur plutôt que le cocu prêt à aller se plaindre à la police. Pareil pour Antoinette : elle vous a joué les veuves méritantes alors qu’elle s’envoyait en l’air avec Continuer la lecture de Le Cujas (62)