Nighthawks, huit fois revisité

Nighthawks est probablement le tableau de plus célèbre d’Edward Hopper (1882-1967). Voici l’œuvre en question :

Les commentateurs s’accordent en général pour dire que Nighthawks est une représentation de la solitude et de l’aliénation de l’individu dans la société américaine.

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NIGHTHAWKS 1

Pourtant cette interprétation est loin de faire l’unanimité chez les spécialistes et plus particulièrement chez les gardiens de musée, surtout depuis qu’un jeune chercheur de l’Université d’Hawal-Bumpil-On-The-Gange a retrouvé dans l’un des containers qui renfermaient les documents en instance de classement du Whitney Museum de New York une série d’études du maître qui mettent en évidence ses hésitations Continuer la lecture de Nighthawks, huit fois revisité 

Le Cujas (4)

Chapitre 2 – Antoinette Gazagnes

(…) Et voilà, j’ai pris Milo par la main et nous sommes montés chez moi par le petit escalier, là, derrière le bar… Je me souviens même que… Écoutez ! Mon Léonard, il n’était peut-être pas bien ardent au lit, mais jamais je l’aurais trompé de son vivant, jamais ! Mais là, j’étais veuve, et depuis deux ans, s’il vous plait ! … Dites ? Vous ne voulez pas que je vous fasse quelque chose à manger ? Une omelette aux champignons, par exemple. Vous connaissez ça dans votre pays, l’omelette aux champignons ? Vous allez voir, j’en ai pour cinq minutes.

 

Troisième partie

Si, si, ça me fait plaisir. Pour une fois que j’ai quelqu’un pour m’écouter… Venez donc par-là, comme ça je pourrai continuer à vous raconter en préparant l’omelette.
Il est resté deux semaines, Milo. La première, il ne sortait pas de ma chambre. On faisait l’amour tous les matins et puis une ou deux fois dans la nuit et, de temps en temps, une fois vite fait dans l’après-midi. Pour ça, sa blessure à l’épaule ne le gênait pas beaucoup, fallait voir. J’aurais jamais imaginé qu’une femme puisse vivre des trucs comme ça. Pensez ! Entre le couvent de Sainte Agnès et Léonard Gazagnes… Je lui apportais son petit-déjeuner au lit, un grand café au lait avec Continuer la lecture de Le Cujas (4) 

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (33)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (33)

17/06/2020

Cadavres exquis

(0)

Ils découvrirent les cadavres dans une tranchée, à l’extrême limite nord du quartier dépendant du commissariat. La compagnie du téléphone avait éventré la chaussée, la veille en début de matinée, afin de réparer des câbles souterrains. Les ouvriers avaient terminé leur travail à la tombée de la nuit, alors que la température était tombée en dessous de zéro. Ils avaient provisoirement recouvert le trou de planches et l’avaient encerclée de barrières équipées de feux clignotants afin de tenir les voitures à distance de la longue et étroite tranchée. Quelqu’un avait arraché les planches et jeté les six corps dans le trou. Deux flics qui patrouillaient aux environs des quais à bord de leur voiture-radio repérèrent la brèche dans le revêtement de planches et braquèrent leurs torches électriques dans la tranchée. C’était un 6 janvier, à trois heures du matin. À trois heures dix, les inspecteurs Al Corbaccio et Bertram Winter étaient sur les lieux. Continuer la lecture de RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (33) 

Le Cujas (3)

Chapitre 2 – Antoinette Gazagnes 

(…) On a fait des transformations, on a eu l’autorisation d’ouvrir une terrasse, on a embauché du monde. On a eu jusqu’à trois garçons sur deux services, vous vous rendez compte. Bien sûr, c’était beaucoup de travail, mais l’argent rentrait et on était heureux. Léonard était gentil, pas très ardent, faut bien dire, mais très gentil. Dur au travail aussi, économe, honnête. Enfin, on était bien, quoi.

Deuxième partie

Non, on n’a pas eu d’enfant. Pas le temps, trop de travail. C’est dur, la limonade, vous savez : levé cinq heures, couché minuit, et ça tous les jours. Alors, des enfants… Aujourd’hui, je regrette un peu, mais qu’est-ce que vous voulez, c’est comme ça. Et puis, il y a eu la guerre. Août 1914 ! Il faisait beau, les affaires marchaient comme jamais, et boum ! Voilà l’Archiduc qui se fait trucider et voilà Léonard qui est mobilisé. A 35 ans, vous vous rendez compte ? Départ pour la Somme en septembre, et hop ! dans les tranchées en octobre. Et moi, toute seule à Paris à faire marcher la boutique. Avant-guerre, c’était rare pour une femme Continuer la lecture de Le Cujas (3) 

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (32)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (32)

17/06/2020

Cadavres exquis

(0)

Ils découvrirent les cadavres dans une tranchée, à l’extrême limite nord du quartier dépendant du commissariat. La compagnie du téléphone avait éventré la chaussée, la veille en début de matinée, afin de réparer des câbles souterrains. Les ouvriers avaient terminé leur travail à la tombée de la nuit, alors que la température était tombée en dessous de zéro. Ils avaient provisoirement recouvert le trou de planches et l’avaient encerclée de barrières équipées de feux clignotants afin de tenir les voitures à distance de la longue et étroite tranchée. Quelqu’un avait arraché les planches et jeté les six corps dans le trou. Deux flics qui patrouillaient aux environs des quais à bord de leur voiture-radio repérèrent la brèche dans le revêtement de planches et braquèrent leurs torches électriques dans la tranchée. C’était un 6 janvier, à trois heures du matin. À trois heures dix, les inspecteurs Al Corbaccio et Bertram Winter étaient sur les lieux. Continuer la lecture de RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (32) 

Le Cujas (2)

Chapitre 2 – Antoinette Gazagnes  

Première partie

Ah ! Je me disais bien que je vous avais déjà vu quelque part ! Alors comme ça, c’est vous qui aviez pris cette photo ! Vous n’avez pas trop changé, dites-donc !

Oh si, oh si, moi j’ai changé ! Pensez-donc, à l’époque je ne devais pas avoir cinquante ans, alors ! Aujourd’hui, j’ai passé la soixantaine, je suis une vieille femme. Mais si, mais si ! Vous, les hommes, vous ne pouvez pas savoir, vous vieillissez beaucoup moins vite. Un homme à la soixantaine, il est encore dans la force de l’âge, tandis qu’une femme au même âge, eh bien… eh bien, ce n’est plus une femme. Enfin, c’est la vie…Bon, qu’est-ce que je vous sers ? C’est pour la maison, bien sûr.

Un café américain ? Ah, ben non, j’ai pas ça moi. On commence tout juste à retrouver du vrai café à Paris, mais du café américain, ça non. Un petit verre de vin, peut-être ? Ça, du vin, j’en ai. J’en ai jamais manqué, même pendant l’Occupation. Écoutez, j’ai un petit Givry que je me fais livrer directement par un cousin de Chalon, je ne vous dis que ça. Alors ? Un Givry ? Allez, je vous accompagne… Ah, ben ça fait plaisir de revoir quelqu’un d’avant, je veux dire d’avant la guerre. Vous étiez tout jeune, pas vingt ans, hein ? Et étudiant aussi… je ne me rappelle plus en quoi, mais votre passion, c’était Continuer la lecture de Le Cujas (2) 

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (31)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (31)

15/06/2020

Cadavres exquis

(0)

Ils découvrirent les cadavres dans une tranchée, à l’extrême limite nord du quartier dépendant du commissariat. La compagnie du téléphone avait éventré la chaussée, la veille en début de matinée, afin de réparer des câbles souterrains. Les ouvriers avaient terminé leur travail à la tombée de la nuit, alors que la température était tombée en dessous de zéro. Ils avaient provisoirement recouvert le trou de planches et l’avaient encerclée de barrières équipées de feux clignotants afin de tenir les voitures à distance de la longue et étroite tranchée. Quelqu’un avait arraché les planches et jeté les six corps dans le trou. Deux flics qui patrouillaient aux environs des quais à bord de leur voiture-radio repérèrent la brèche dans le revêtement de planches et braquèrent leurs torches électriques dans la tranchée. C’était un 6 janvier, à trois heures du matin. À trois heures dix, les inspecteurs Al Corbaccio et Bertram Winter étaient sur les lieux. Continuer la lecture de RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (31)