Carnet d’Écriture (13) – Haro sur Hidalgo

(…) Voilà donc ce que m’avait dit mon père par cette belle matinée de printemps alors que nous attendions la sortie des classes devant le Cour Desir.
Bien que la connaissance de cette curiosité citadine ne m’ait jamais servi à rien, je l’ai conservée précieusement dans un coin de mon cerveau, comme on garde dans une vielle boite à cigare la montre LIP irrémédiablement figée à 9 heures 17 que vous a laissée votre oncle Archibald. Mais un jour…

Mais un jour… Un jour qu’était pas fait comme les autres, un jour que vous cherchez un sujet pour une belle histoire à raconter qui puisse étonner le lecteur blasé de Télérama, instruire les enfants abandonnés à leur ignorance par l’Éducation Nationale, et sortir de l’embarras le chauffeur de taxi malgache, un jour donc, les bulles de souvenir de cette incongruité urbanistique remontent à la surface de votre marais cérébral comme les feux follets dans un marécage poitevin , et vous vous dites in petto « Merci Papa ».

Plus simplement, un jour vous vous dites « Tiens, j’avais oublié : les quarante premiers numéros de la rue de Rennes n’existent pas ! C’est mon père qui m’avait dit ça.» Pour peu que vous soyez un peu à court de horions à lancer sur Anne Hidalgo, vous sentez confusément qu’il y a là une mine de possibilités pour la couvrir d’opprobre et de ridicule. Alors, vous vous Continuer la lecture de Carnet d’Écriture (13) – Haro sur Hidalgo

Brèves rencontres

Dans un article intitulé « Mes rencontres du troisième type » et publié en 2019, j’avais eu la faiblesse de raconter mes deux rencontres avec Brigitte Bardot. En hommage à la magnifique jeune femme qu’elle fut et, quoi qu’on puisse en penser, à la forte femme qu’elle devint, je vais les raconter à nouveau, mais un peu différemment.

Un matin, à Ramatuelle, sur le chemin des douaniers, ce sentier qui fait le tour du Cap du Pinet, désert à cette heure, j’ai rencontré Brigitte Bardot. Ce devait vers la fin des années 80. Brigitte devait avoir moins de la cinquantaine. J’en avais quarante à peine. A cet endroit, entre la prud’homie des pêcheurs et la pointe de Capon, le sentier était malcommode, haut perché dans le maquis, et les habitués préféraient passer au raz de l’eau, par les rochers. B.B. était accompagnée par cinq ou six chiens de races hétéroclites et incertaines. Moi, j’étais seul avec mon Labrador à pedigree certifié. Nous ne nous sommes pas salués. 

En 1968, bien avant que je ne la rencontre sur le chemin des douaniers,  j’avais déjà eu l’occasion d’apercevoir Brigitte Bardot. Ce fut une apparition somptueuse et mémorable. C’était le matin d’une de ces belles journées de Continuer la lecture de Brèves rencontres

Go West ! (120)

(…) C’est pourquoi nos retrouvailles furent plus douces que je ne craignais. Il m’a engueulé brièvement, annoncé que, ce soir, nous irions diner chez Lipp et il est retourné à son bureau. J’ai pris un bain en écoutant la radio. Les informations de 5 heures annonçaient que des missiles russes d’une portée de 2000 kilomètres approchaient de Cuba et je me suis endormi.  

Voilà, c’est tout. C’est comme ça que se termine l’histoire de mon été 62. Il n’y a pas de chute parce que dans la vraie vie, il n’y en a pas non plus ; des hasards, des coïncidences, mais pas de chute, pas de dénouement, pas de retournement, pas de morale ; un conte, sans signification, raconté par idiot ; c’est ça la vie.

Fin

Épilogue

On pourra trouver décevant qu’un récit aussi picaresque s’achève ainsi, par le mièvre tableau d’une famille enfin réunie dans un appartement du 14ème arrondissement de Paris. Après tant d’aventures et de rebondissements romanesques diront certains, on pouvait s’attendre à quelque chose de plus sensationnel que le tableau émouvant de quatre personnes s’embrassant autour d’une table de salle manger. À ceux-là, je rappellerai que la vie n’est pas un roman et que la platitude de la fin de mon récit est une preuve de plus de sa véracité.

Bien sûr, j’aurais pu inventer Continuer la lecture de Go West ! (120)

On demande à voir…

DÉTECTIVE  
On demande à voir !

Depuis que l’on annonce la fin programmée de cet immense récit qu’est devenu Go West ! au fil des épisodes, on espère que le dénouement de cette aventure, ou tout au moins son épilogue ou alors, à défaut, une  note de bas de page apporteront les réponses aux questions que tout lecteur attentif de ce monument est en droit de se poser.

Car enfin : 

Go West ! (119)

(…)Quand je sors des toilettes, JP est à la porte. Il râle :
— T’en a mis un temps ! Qu’est-ce que t’as fichu ?
— Rien !
En même temps, je tire sur ma ceinture pour qu’il puisse voir le revolver plaqué contre mon bas-ventre. Ça le fait rigoler.
— Ben alors bonne chance, mon vieux ! Moi, je ne te connais pas !

L’avion s’est posé à 11 heures 30. A 11 heures 50, nous passions le contrôle de police et deux minutes plus tard, la douane. Je commence à transpirer. JP arrive devant le douanier juste avant moi. Le douanier lui fait signe d’avancer. C’est mon tour.
— Quelque chose à déclarer ?
— Euh, non. Rien.
Le parcours à pied que nous avons fait depuis la descente de l’avion jusqu’au guichet de la douane a déplacé le P. 38. Il ne me gêne pas vraiment mais ça lui permet de se rappeler à ma mémoire. Une sueur froide coule sous mes aisselles. En plus, avec mon pull et ma veste boutonnée, je commence à avoir vraiment chaud.
— C’est votre bagage ? Ouvrez-le s’il vous plait. Continuer la lecture de Go West ! (119)

Regrets éternels !

L’ECHO DES SAVANES
La fin programmée de Go West ?

Comme c’est dommage ! On commençait juste à s’y faire, à cette parution chaotique  des aventures décousues de ce narrateur post-adolescent. On commençait à bien l’aimer, ce personnage dont le prénom, bien qu’il soit le même que celui de l’auteur, en cache probablement un autre. Il nous était devenu presque sympathique ce jeune homme que sa nature casanière et hésitante avait lancé dans cette aventure transcontinentale, que sa timidité endémique encombrait dans ses rencontres inhabituelles, que sa naïveté puérile faisait trop  souvent prendre les vessies pour des lanternes et les lanternes  pour de l’amour. 

Et ne voilà-t-il pas qu’il va rentrer chez lui, notre Ulysse, sans toison ni couronne mais plein d’usage et raison vivre entre ses parents le reste de son âge !

Comme c’est dommage ! 

Carnet d’Écriture (12) – Kurt Vonnegut pour modèle

Kurt Vonnegut est l’un des plus grands écrivains américains du XXème siècle. J’ai longtemps cru que c’était lui qui avait écrit «Catch 22» et «Pourquoi j’ai mangé mon père», mais non, c’est pas lui. Mais, c’est vraiment lui qui a écrit, entre autres, deux bouquins que je n’ai pas lus et vous non plus, mais dont les titres nous disent à tous quelque chose : Abattoir 5 (je suis en train de le lire) et Le petit déjeuner des champions.

En dehors de ses succès littéraires réels, Kurt était un farfelu notoire, connu pour ses discours cinglés de fin d’année universitaire qu’il acceptait de faire uniquement parce qu’il pouvait s’y souler gratuitement. Expert en techniques discursives, il disait « Si vous voulez que les gens écoutent ce que vous avez à dire, prétendez que c’est quelque chose que votre père vous a dite », et c’est ce que je vais faire, en occultant que, d’après Kurt lui-même, les seuls conseils que lui ait jamais donnés son père étaient : « Ne tue personne » et « Ne te mets rien dans l’oreille »

Donc, un jour qu’avec mon père j’allais rue de Rennes chercher l’un de mes enfants à la sortie du Cours Desir (et non pas Désir comme c’est tellement tentant de le dire, mais de toute façon, ça n’a plus d’importance, le cours Desir ayant disparu à la fin des années 90), il me dit :
— As-tu remarqué, Continuer la lecture de Carnet d’Écriture (12) – Kurt Vonnegut pour modèle