Temps mort

Parfois, au moment où je vais m’endormir, il m’arrive de diriger mes rêves. C’est un instant rare et apaisant. À vrai dire, quand cela se produit, il ne s’agit pas véritablement de rêves mais plutôt de quelque chose d’intermédiaire entre la pensée consciente qui s’efface et le délire onirique à venir. C’est une pensée vagabonde, une pensée libérée des certitudes relatives au futur immédiat et non encore soumise à l’imprévisibilité du rêve. Quand je dis que je peux diriger cette pensée vagabonde, ce n’est pas tout à fait exact, mais je peux tenter de l’orienter et c’est déjà beaucoup. Ce sont des instants rares et je les fais naître à chaque fois que je peux.

Quand les circonstances sont favorables, c’est vers un train que je fais tendre mes pensées vagabondes. C’est un train de nuit. Sa destination est inconnue. Ou plutôt, elle n’est pas précisée. Elle est sans importance. L’important, c’est Continuer la lecture de Temps mort

Cinq bonnes raisons de ne plus être amis

Je vais reproduire ci-dessous le texte d’un récent commentaire de Lorenzo, que sa position en bas d’un article sur la Caverne du Pont-Neuf ne mettait pas particulièrement en lumière. Le voici en intégralité : « Après les discussions passionnantes sur les qualités esthétiques respectives des cavernes et des échafaudages, serait-il possible d’élever le débat et de soumettre aux lecteurs avachis par la canicule un autre sujet de réflexion qui me tarabuste tous les matins vers cinq heures ?L’amitié peut-elle durer toute la vie ?
« Parce que c’était lui, parce que c’était moi » ne reflète pas Continuer la lecture de Cinq bonnes raisons de ne plus être amis

Pauvre Noël

Pauvre Noël Couvresac ! La nuit est tombée depuis des heures. Il pleut depuis des jours et la rivière en crue lui barre le chemin. Pour pouvoir rejoindre La Prétentaine, la seule solution à présent, c’est de traverser le cimetière. Et Noël a peur des démons de la nuit. Pauvre Noël !

          (…) Ce n’est qu’une impression fugitive saisie du coin de l’œil, aussitôt mise en doute, déjà presque oubliée, à peine la sensation vague du mouvement imprécis d’une ombre molle dans le monde minéral des sépultures, mais elle lui a fait dresser les cheveux sur la nuque. Il s’arrête net, pétrifié, regardant de tous ses yeux dans la direction de l’ombre, mais il ne voit rien d’autre que les pierres tombales qui luisent sous la lune et les ombres portées des croix qui les surplombent. Son cœur lui bat dans les oreilles. Brusquement la lune disparait et Continuer la lecture de Pauvre Noël

Attention les yeux !

Plus ça va, plus je grandis en âge et en sagesse et plus j’aime regarder les enfants ; les petits ; presque autant que j’aime regarder les chiens, les gros. Ils me touchent, les petits enfants et les gros chiens ; les petits enfants me touchent par leur expression quand ils se concentrent sur un emballage de MacDo qui vole au vent, un pigeon hocheur de tête, un homme qui boite, un parapluie rouge. J’aime accrocher leur regard.
Pour les chiens, c’est difficile, ou alors il faut une tranche de saucisson. Mais pour les enfants, c’est facile. Avec les petits, c’est facile, parce que les moyens et les grands, ils ont toujours un truc à faire, courir, sauter, demander une glace… mais avec les petits, c’est facile. Qu’ils soient assis dans leur poussette ou qu’ils titubent leurs Continuer la lecture de Attention les yeux !