Archives par mot-clé : Philippe

Go West ! (118)

(…) Je veux vivre avec lui et je le lui ai dit.
Tout à l’heure, John et moi, nous allons rentrer à Washington et nous nous mettrons tout de suite à la recherche de ce studio. Je suis heureuse.
John ne voulait pas que je t’écrive, mais je l’ai fait quand même pendant qu’il était à la réception pour payer la chambre.
Ne m’en veux pas trop. Je ne t’ai jamais menti, je ne me suis jamais moquée de toi, je me suis juste trompée sur lui et sur moi.
P.

Pendant que je lisais, la femme de ménage a fini son travail et puis elle est sortie. Je reste seul dans la chambre et pour la première fois de notre séjour, je la contemple. Tout est redevenu propre et net. Tout est marron, diverses nuances de marron, mais tout est marron. Chocolat le plafond avec ses moulures encore plus foncées. Café au lait les lourdes tentures devant les fenêtres. Marron plus clair les murs parsemés de photographies encadrées — enfilade de la cinquième avenue sous la neige, embarras de fiacres sur Broadway, patineuses en chapeau d’astrakan et manchon en renard à Central Park. Marron sombre laqué les portes et marron rouge chamarré les tapis qui couvrent le sol. Marron aussi le chapiteau de l’immense armoire porté par deux colonnes doriques et sculpté en forme de scène de chasse, chien à l’arrêt devant un faisan à demi dissimulé par un buisson, les portes à miroir qui s’ouvraient d’elles-mêmes en grinçant quand on les déverrouillait, le lit, très large, très haut, qui craquait quand on s’asseyait dessus, avec sa tête en demi-lune et ses gros oreillers rêches cachés sous une cretonne maillée blanc cassé, le seul point clair de toute la pièce. Avec sa coiffeuse en marbre veiné et son grand miroir basculant entre les deux fenêtres, je découvre que notre chambre ressemble à celle de ma grand-mère, avenue Ledru-Rollin à Paris. Elle est d’une Continuer la lecture de Go West ! (118)

NOUVELLES DU FRONT ( 35) – 19/12/2025

LA BÊTISE AU FRONT DE TAUREAU

Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons
Et flatté ce qui nous rebute ;
Contristé, servile bourreau,
Le faible qu’à tort on méprise ;
Salué l’énorme bêtise,
La Bêtise au front de taureau

19/12/2025
Nouvelles du Front 

Des montagnes de connerie

Il y a déjà longtemps que les Emirats Arabes Unis ont inventé les pistes de ski au milieu du désert, les rues à air conditionné, les iles artificielles en forme de palmier, le centre de loisir Ferrari en forme de volant de voiture, les immeubles d’habitation les plus hauts et les plus laids du monde. 

Et des gens qui vivent dans des pays où il y a de très jolies montagnes naturelles avec de la vraie neige, des climats tempérés, de charmantes iles éternelles entourées d’eau (c’est la moindre des choses pour une ile) , des climats agréables, des jardins à la française, des parcs à l’anglaise, des rivières, des torrents, des chutes d’eau, des forêts profondes, des immeubles victoriens ou haussmanniens ou renaissance ou Art Nouveau ou seulement humains et tout et tout, eh bien il y a des gens qui trouvent toutes ces réalisations formidables et qui dépensent Continuer la lecture de NOUVELLES DU FRONT ( 35) – 19/12/2025

La fin de Go West !

L’auteur et tout le personnel du Journal des Coutheillas sont fiers d’annoncer la fin prochaine du feuilleton le moins lu de l’année : Go West !

Samedi 20 décembre  paraîtra l’épisode n°118,  puis quatre jours plus tard le n°119 et enfin, le 28 décembre  le n°120 qui constituera l’épilogue de ce récit. Dans les jours qui viennent, le JdC reproduira dans ses colonnes les commentaires que la presse ne manquera pas de publier en réaction à cette annonce tant attendue, avec espoir pour certains, avec crainte pour les autres. 

Go West! 

Deux mois de voyage
110 dollars de billets d’avion
120 dollars de frais divers
des milliers de miles et davantage de kilomètres,
de la bière et des cokes,
des filles et des filles,
des flics et des stars,
des cow-boys et des indiens,
de l’amour, beaucoup,
du sexe, un peu,
de la drogue, à peine,
du meurtre, un seul. Continuer la lecture de La fin de Go West !

Go West ! (117)

(…) Je suis à New-York chez un cousin bulgare qui tient un drugstore 7/11, angle 105ème / Broadway. Je l’aide à la boutique et il me loge à l’étage au-dessus. J’y serai jusqu’au 7 septembre. Si tu veux m’y rejoindre il y a de la place.
Je ne sais pas où est Hervé mais je ne me fais pas de souci pour lui. Pas trop de souci non plus pour toi parce que je suis sûr que tu es allé chez ton américaine de Zermatt, vieux cochon. J’espère te voir bientôt au 7/11.
A propos j’ai téléphoné à mes parents. Les tiens les ont appelés pour avoir de tes nouvelles. Ils sont inquiets. Faut dire. Pas un coup de fil ni une carte postale en deux mois, il y a de quoi. Tu charries un peu, mec !!!  Amitiés. JP .

Je pose le papier sur mes genoux et me renverse dans mon fauteuil. Sacré JP. Il dit le contraire mais je suis sûr qu’il se fait un souci du diable. Il faudra que je passe le voir. Ce soir ? Non, demain, plutôt.
— Bonne nouvelle, fils ? Elle t’aime toujours ?
C’est le dormeur qui s’est réveillé. Comment peut-il savoir pour Patricia ? Et puis je comprends la plaisanterie.
— Non, non, ce n’est pas ça, lui dis-je en riant. C’est un ami qui va rentrer en France avec moi. On prend le même avion vendredi prochain.
— Un de la Flying Tigers ? demande le bonhomme. T’es sûr ? Eh bien bonne chance, fils !
L’hôtesse intervient :
— Pete, s’il te plait…
— Quoi, Ewa ? demande Pete. Qu’est-ce qu’il y a, Ewa ?
— Tu as trop bu. Tu devrais rentrer chez toi. Si Franck arrive au bureau et qu’il te voit là, dans cet état, il va te virer définitivement, Pete, et moi avec.
— Ce minable ! Il n’osera jamais. Et puis, il faut bien que Continuer la lecture de Go West ! (117)

Retrouver le temps

Aujourd’hui, je vais faire quelque chose d’exceptionnel : je vais vous renvoyer vers un clip de 44 minutes.
Non, ne partez pas tout de suite. Essayez au moins les premières minutes, et puis, si vous aimez, gardez le lien en copie quelque part pour un jour où vous aurez retrouvé le temps.
Vous avez peut-être déjà deviné : ce lien vous emmènera vers Le temps retrouvé, dernier tome de A la Recherche du temps perdu, et plus précisément vers les dernières pages de cette oeuvre colossale et douce à la fois. 

Je crois que c’est à l’heureux temps du confinement, où chacun a pu retrouver un peu de son temps, que les sociétaires et pensionnaires de la Comédie Française ont décidé de lire de large extraits de La Recherche pour les diffuser sur YouTube et permettre ainsi à tout un chacun de passer le temps de manière intelligente.
Parmi toutes les lectures ainsi disponibles, il y a celle que je vous propose aujourd’hui : les dernières pages du dernier volume de La Recherche. 

De cette oeuvre de trois mille pages, quelqu’un a fait un jour le résumé suivant : « Le petit Marcel veut devenir écrivain » Dans cet aphorisme plein d’esprit, Continuer la lecture de Retrouver le temps

Carnets d’Écriture (11) – Un incipit en tête…

Il y a une dizaine d’années, trois années de suite, j’ai participé à des ateliers d’écriture. Ce fut plus intéressant sur le plan social que sur le plan littéraire. Dans un tel atelier, une séance se passe souvent de la manière suivante : après une introduction à un thème ou après la lecture de quelques lignes d’un auteur préférablement reconnu, l’intervenant propose aux participants d’écrire séance tenante et dans un temps limité un texte en relation avec le thème introduit ou les lignes qu’il avait choisies. De plus, la plupart du temps, l’intervenant impose de respecter certaines contraintes. Par exemple : réécrire les lignes lues en changeant de point de vue, ou de genre, ou sous forme de dialogue et toute cette sorte d’acrobaties qui finissent par former l’habile écrivain. La contrainte que j’ai rencontrée le plus fréquemment est celle de l’incipit, qui exige du participant qu’il commence son texte par une phrase imposée. Je ne crois pas que jamais personne en atelier n’ait imposé le plus fameux incipit de tous, à savoir « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » mais à part celui-là, tout est possible car la littérature en fournit à foison. C’est d’ailleurs très instructif et souvent amusant, tout en respectant la contrainte imposée, de prendre Continuer la lecture de Carnets d’Écriture (11) – Un incipit en tête…

Le livre de l’Éthiopien (5/5)

Première diffusion le 17/01/2019

Il y a deux mois environ, dans des circonstances peu ordinaires, je suis devenu propriétaire, où peut-être receleur, d’un recueil de poésie. Si vous voulez savoir pourquoi je l’appelle le Livre de l’Éthiopien, vous n’avez qu’à cliquer dessus.

Sur ce livre, des noms sont inscrits. Sur la couverture, en caractères d’imprimerie, on trouve Gustave Merlet et A.Fouraut. C’est normal, ce sont l’auteur et l’éditeur.

Si l’on Gougueulise Merlet, on trouve des choses. Wikipedia n’a rien à dire sur lui, mais l’Académie Française, oui. Par exemple, on apprend qu’il a vécu de 1828 à 1891, qu’il était agrégé de lettres et qu’il a reçu de l’Académie, pour trois de ses ouvrages, trois prix, respectivement de 1200, 2000 et 3000 Francs. Bon.

Sur le Web, il n’y a pas trace de l’éditeur A. Fouraut. C’est à se demander s’il a existé.

Les autres noms qui figurent Continuer la lecture de Le livre de l’Éthiopien (5/5)

Go West ! (116)

(…) Et, ce qu’il y a de formidable, c’est que Patricia non plus ne souffrira pas. Elle te l’a expliqué elle-même et en détail : elle va changer sa vie de fond en comble. Ce sera un peu grâce à toi, mais ce sera sans toi. Regarde-la, elle respire le bonheur.
Alors, tout est pour le mieux, pas vrai ? Et la vie va continuer, sans drame, sans souffrance. C’est ce que tu voulais, non ? »
Elle avait raison, la petite voix ; c’était ça la vérité, un scénario, sans engagement personnel. Et je l’avais toujours su.

Je n’avais plus mal, je n’étais ni heureux ni malheureux. Patricia ne m’aimait pas, je ne l’aimais pas. Nous nous aimions bien. Dans quatre jours, nous serions séparés. Ça m’était égal.
Patricia est enfin sortie de la salle de bain. Elle s’était enveloppée d’une serviette serrée sous les bras. Ses cheveux encore mouillés plaqués sur son crâne lui faisaient une sorte de casque blond strié de raies plus sombres et, contrairement à ce que m’avaient fait croire les bruits de salle de bain, elle n’était pas maquillée. Elle souriait.
Ce matin, je la voyais d’un œil différent. Était-ce à cause sa tenue ou de ma toute nouvelle indifférence ? Depuis le lit où j’étais encore allongé, quand je la regardais se déplacer dans la chambre, ouvrir sa valise, s’asseoir à la coiffeuse, se relever, ouvrir les rideaux, aller, venir, je lui trouvais l’air d’une enfant, une petite fille affairée, sans souci, passant d’un jouet à l’autre, d’une trousse à une poupée. Le spectacle était charmant, touchant même, mais je la trouvais à peine jolie, cette nouvelle Patricia, et à ma grande surprise, elle ne provoquait chez moi aucun désir.
Pourtant, à un moment, alors qu’elle passait près du lit, je ne pus Continuer la lecture de Go West ! (116)

Bientôt Noël !

Plus que quinze jours, même pas, pour acheter vos cadeaux, les emballer d’un joli papier rouge et or, y coller une étiquette, porter dessus, sans vous mélanger les pinceaux, le nom des récipiendaires, les ranger en quelque lieu secret et, selon votre religion, vos croyances, vos traditions ou le type de logement que vous habitez, les placer au bon moment, sans que personne vous voie, au pied du sapin ou dans des chaussettes rouges pendues au manteau de la cheminée… Plus que quinze jours, donc. Pensez-y : ça fait peu, et même pas beaucoup pour faire tout ça.
Alors, vous feriez bien d’arrêter de procrastiner et de vous y mettre dès maintenant. Rien de plus simple que d’aller dès aujourd‘hui sur Amazon, de taper « Philippe Coutheillas » dans la case de recherche et de commander deux ou trois ou davantage des sept livres de Coutheillas qui vous tendront les bras dès l’ouverture de la bonne page d’internet.

LA COLLECTION COUTHEILLAS  

Blind dinner

Un « Blind dinner », c’est un dîner un peu particulier dans lequel les invités ne se connaissent pas. Dans les beaux quartiers, c’est très à la mode. Renée, la maitresse de maison, trouve cela très chic et parfois follement drôle.  Mais ce soir-là, quand on a commencé à parler d’un mystérieux virus venant de Chine, le diner a vite tourné au vinaigre.

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LA MITRO
et autres drôles d’histoires

C’est un recueil de nouvelles qui porte le titre de la première d’entre elles. Assez inspirée par Marcel Pagnol, il faut la lire avec l’accent. Les autres nouvelles revisitent aussi bien l’assassinat de Jules César que les jeux télévisés, les petits meurtres sans importance, l’effet papillon ou la manière d’accéder au Paradis.

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Histoire de Dashiell Stiller

Paris 1935. Dashiell, jeune touriste Américain, prend une photographie de la terrasse d’un café du Boulevard St-Michel, le Cujas. Treize années plus tard, il est de retour à Paris pour rencontrer les huit personnages qui se trouvaient sur la photo. Il les fait parler sur leur vie, sur la façon dont ils ont vécu cette période troublée de la guerre, l’Occupation, la Résistance, la Collaboration, les Camps, la Libération… Mais pourquoi fait-il cela ? Pour écrire un roman ? Pour retrouver quelqu’un ? Pour expier un crime ? Pour retrouver sa propre histoire, l’histoire de Dashiell Stiller ?

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Bonjour, Philippines !
et autres rencontres

Petit livre sans importance, recueil de récits de rencontres et d’aventures, graves ou anodines, que j’ai vécues un peu partout à travers le monde, à Manille et à Cagayan de Oro, à Téhéran et à Athènes, à Ouagadougou et Bobo-Diouasso, à Douala et à Bamako, au Brésil et en Ukraine, à Sumatra et dans la Vallée de la Mort. La plupart du temps, leur narration est véridique, mais parfois, j’avoue que je me suis laissé aller à les romancer un peu. Après tout, je ne serai pas le premier.

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 Histoire de Noël
et autres contes cruels

Ce petit bouquin n’est pas destiné à être mis entre toutes les mains. En effet, et contrairement à ce que pourrait laisser croire une interprétation trop rapide de son titre, il ne s’agit pas du tout, mais alors pas du tout, d’un recueil de belles histoires de Noël, dégoulinantes de bonté, de morale et de confiture.
Connaissez-vous la légende de la Mort à Samarcande ? Non ? C’est un beau et terrible poème persan du XIIème siècle dans lequel un Vizir qui vient de croiser la Mort dans une rue de Bagdad croit lui échapper en s’enfuyant à Samarcande alors que c’est justement là que, sans le savoir, il a rendez-vous ce soir avec elle. Eh bien, pour la plupart, les nouvelles qui composent Histoire de Noël s’inspirent de cette fatalité ironique : c’est en croyant fuir son destin que l’homme s’y précipite.

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Les disparus de la rue de Rennes

C’est la panique à la Mairie de Paris : alors qu’il procédait à un contrôle de routine, Roger Ratinet, agent municipal affecté à la vérification de la conformité des plaques de rue à la parité homme/femme a découvert que toute une section de la rue de Rennes avait disparu. Eh oui ! Disparu ! Comme ça, en plein Paris, sans qu’on puisse savoir ni quand, ni pourquoi, ni comment. Trois cents mètres de rue, une quarantaine d’immeubles ! Rien que ça ! Introuvables ! Ça fait désordre, non ? Bien sûr, il a fallu en informer Madame Hidalgo. « Comment ! Comment ! a explosé la Maire en furie. Plus de trois cents mètres de rue disparaissent en plein milieu de Saint Germain des Prés et personne n’est fichu de me dire où ils sont passés ! »
L’affaire est encore secrète, mais le scandale couve et, bientôt, la presse s’en mêle, et aussi Cottard, le chef de bureau jaloux de Roger Ratinet, et puis Yvonne, l’épouse de Roger Ratinet. Comme d’habitude, le Dir.Cab de la Maire, Hubert Lubherlu est dépassé.
Heureusement, Anne Hidalgo est solide ; en matière de scandale, elle en a vu d’autres. Mais survivra-t-elle à celui-ci ? Rien n’est moins sûr.

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Les trois premières fois
et autres nouvelles optimistes

Un soir dans un port, trois hommes attendent le départ de leur bateau. Pour passer le temps, ils racontent chacun une « première fois ». Un autre jour, un autre homme explique comment il faut se tenir dans la rue quand on porte un bouquet de fleurs. Un autre soir, un incident à la frontière syrienne va-t-il transformer en drame un beau week-end de tourisme. En fin d’après-midi, un homme écrit à côté de son chien qui dort. Un beau matin, un groupe d’enfants qui se rend au jardin du Luxembourg passe devant la terrasse d’un café ; des clients attablés les regardent passer ; leurs points de vue diffèrent. La peur de l’avion, ça se soigne.
Quatorze nouvelles, drôles ou émouvantes, quatorze textes ironiques ou sensibles, quatorze façons, réalistes ou poétiques, d’être optimiste.

Carnet d’Écriture (10) – Pauvre Noël !

Parmi toutes les nouvelles que j’ai écrites, celle-ci, Histoire de Noël, est l’une des rares pour lesquelles, au moment d’en commencer l’écriture, je savais ce que je voulais et où j’allais.
Ce que je voulais ? Écrire une nouvelle de terreur.
Où j’allais ? À une mort épouvantable du héros.
Je voulais la terreur, mais sans monstres de l’espace du genre d’Alien à la Ridley Scott, ni méchants sadiques du genre Inquisition espagnole à la Edgar Allan Poe. Je voulais de ces terreurs provoquées par l’obscurité et les fantasmes qu’elle abrite.
« (…) Ce n’est qu’une impression fugitive saisie du coin de l’œil, aussitôt mise en doute, déjà presque oubliée, à peine la sensation vague du mouvement imprécis d’une ombre molle dans le monde minéral des sépultures, mais elle lui a fait dresser les cheveux sur la nuque. Il s’arrête net, pétrifié, regardant de tous ses yeux dans la direction de l’ombre, mais il ne voit rien d’autre que les pierres tombales qui luisent sous la lune et les ombres portées des croix qui les surplombent. Son cœur lui bat dans les oreilles. Brusquement la lune disparait et le vent faiblit. Plongé à nouveau dans l’obscurité, Noël se met à gémir. Il n’ose plus bouger. (…) »

Je voulais une mort épouvantable, incompréhensible par la victime, une mort Continuer la lecture de Carnet d’Écriture (10) – Pauvre Noël !