Archives de catégorie : Récit

L’Iran, connais pas ! 

J’y suis allé, moi, en Iran. Ça m’a même permis d’écrire les impressions nocturnes d’un étranger dans les rues de la capitale de l’Iran. Je les publierai demain ici-même. Donc, l’Iran, j’y suis allé. Mais en fait, l’Iran, je connais pas ! 

L’Iran, connais pas !

L’Iran, je n’y ai passé qu’un mois, et c’était il y a une cinquantaine d’années. Alors, vous pensez, l’Iran, je ne peux pas dire que je connais.

En plus, c’était du temps du Shah ! Depuis, il est parti, le Shah. Alors, l’Iran il a changé, surement. Aujourd’hui, il me serait difficile de dire que je connais. 

Et, quand j’y étais, ce que j’avais vu de l’Iran, c’était surtout Téhéran. J’avais bien fait un petit tour en avion jusqu’à Isfahan et en voiture jusqu’au Continuer la lecture de L’Iran, connais pas ! 

Journal intime – Mardi 11 mars 2013

Café Le Comptoir, rue Soufflot, en haut à droite

Je me retrouve a nouveau dans ma position favorite de consommateur dans un cafe d’étudiants, déjà décrite dans des épisodes précédents. Je n’y reviens pas. Comme d’habitude, je suis venu la à la recherche de l’inspiration. La voilà.

Seule a une table devant moi, une grande fille, assez belle dans son allure, est assise de profil, face à son ordinateur Asus de couleur rouge. Entre elle et le PC, un gros livre est ouvert, qu’elle consulte entre deux sessions de frappe. Elle est concentrée. Derrière elle, la neige continue de tomber, moins épaisse que tout à l’heure. Plus je la regarde, et plus Continuer la lecture de Journal intime – Mardi 11 mars 2013

Journal intime – 9 Mars 2013

Café le Bac Saint Michel

Me voici à nouveau dans ma position favorite de consommateur assis en salle d’un café du coin, devant mon clavier et un demi de 1664. Serai-je plus inspiré que tout à l’heure dans le Luxembourg avec mon appareil photo ?
Contrairement au jardin, rempli d’une foule qui hésite encore entre le manteau d’hiver et le blouson de demie saison, la salle du café-tabac est vide, mis à part les fumeurs à court de cigarettes et qui font la queue au guichet. La terrasse, Continuer la lecture de Journal intime – 9 Mars 2013

Autobus 84

Je n’irai pas jusqu’à dire que je connais tous les chauffeurs du 84 par leur prénom, mais je le prends tellement souvent qu’il m’arrive de ne plus faire attention aux paysages traversés. C’est ainsi que lundi, alors que mon autobus roulait à vive allure et sans à-coups, j’étais plongé dans les informations lapidaires que me distribue mon iPhone sans jamais se lasser. J’avais, comme c’est devenu fréquent, perdu la notion du temps et de l’espace ; autrement dit, je ne savais plus ni quand ni où j’étais et je m’en fichais totalement, pour la bonne raison que mon arrêt est aussi le terminus de la ligne. Aucun souci, donc ! Ça roule ! Mais, tout à coup, une zone verte, subliminale et tremblante apparut au delà de mon écran à la limite extrême-droite de mon champ visuel. Je levai les yeux, tournai la tête et aperçu à travers une vitre sale un merveilleux spectacle. Des arbres, des pelouses, des fontaines, des enfants et des coureurs bariolés défilaient de gauche à droite. À peine eus-je le temps de me dire « où suis-je ?» que je réalisai que c’était à bord du 84, qu’il remontait la rue de Médicis et que, la vitesse ayant la propriété d’effacer les grilles, elle me permettait de bénéficier d’un merveilleux travelling que Claude Lellouch filmant le Luxembourg n’y aurait pas renié.

Allez-y, courez-y, réservez vos places assises sur IDF mobilités, car c’est un spectacle rare. Prenez l’autobus 84 entre Sénat et Luxembourg pour en profiter pendant qu’il en est encore temps. Car c’est un spectacle éphémère que celui-ci, bonnes gens. D’ici peu, il disparaîtra ; comme à chaque nouvelle saison, il nous sera gâché par  l’affichage coutumier des immenses chromos, souvent de mauvais goût, parfois grotesques, toujours convenus, que le Sénat nous impose.

Cette nouvelle diatribe de vieux con m’amène tout naturellement à la prolonger avec une autre chose qui me tient tout autant à cœur mais que pourtant je n’ai jamais abordée. Il s’agit de l’abusive occupation des lieux, espaces, jardins, places et autres monuments publics par de fallacieuses animations, événements municipaux ou privés, commémoratifs ou festifs, culturels ou sportifs. Je ne parle pas ici des rassemblements de prétexte politique ou syndical qui, pour disgracieux, bruyants et inutiles qu’ils soient, sont l’inévitable revers de la médaille démocratique que nous nous flattons encore de pouvoir faire reluire chaque fois que l’envie en prend LFI ou la CGT. Non, je parle ici par exemple de la privatisation de la cour carrée du Louvre pour la Fachonne Ouique, de la colonisation d’une partie des Tuileries pour le Salon des Brocanteurs, de l’occupation du parvis de l’Hotel des Invalides pour la présentation des dernières créations combinées de Dior-Adidas, du lotissement des Jardins des Champs Élysées avec boutiques en contreplaqué pour bêtises de Cambrai, savons de Marseille et ceintures de chasteté. 

J’admets la réservation de la Place de la Concorde et des avenues y afférentes pour la célébration du 14 juillet, mais c’est mon ultime concession. 

Pour le reste, il existe des salles spécialisées, des hangars inoccupés, des banlieues délaissées et des terrains vagues et éloignés qui conviendraient parfaitement. Qu’on arrête de transformer Paris en attraction foraine permanente pour touristes moutonniers, en galerie marchande pour acheteurs compulsifs et en espace néoclassique culturel et éphémère pour visiteurs hystériques. 

Et qu’on foute enfin la paix aux Parisiens et à leurs calmes visiteurs. Qu’on les laisse admirer les perspectives royales et impériales et découvrir les petits coins tranquilles et charmants en vrai plutôt que sur Internet. 

Et surtout, surtout, qu’on me rende mes dix-neuf ans.

Journal intime – 4/03/2013 

Hôpital St Jouis, Chambre 3128.
Ça y est.Je suis installé dans cette chambre depuis une heure.C’est une belle chambre, à peu près triangulaire.Dans l’un des angles, deux fenêtres donnent sur l’entrée de l’hôpital, avec ses immeubles du début du siècle dernier, le vingtième, et sur les toits d’ardoise des vieux bâtiments de l’hôpital. Ceux-là doivent dater du dix-septième, seulement, comme disait Dufhilo. La vue est dégagée et le soleil brille.

Mon admission s’est déroulée comme l’arrivée dans un hôtel de bonne catégorie.

Des infirmières sont passées, en nombre, l’une après l’autre, pour me Continuer la lecture de Journal intime – 4/03/2013 

Mélange des genres

Le texte ci-dessous est un extrait de Go West !, récit des aventures, petites et grandes, vécues au cours de l’été 62 par un autostoppeur français aux États Unis. A cette époque, le narrateur n’a pas encore vingt ans. Son périple est jalonné de rencontres féminines plus ou moins réussies. A Barstow, une femme l’accueille dans sa baignoire. Ce qui vient de s’y passer lui inspire quelques réflexions. 

(…) Nous nous étions mélangés sans paroles ni tendresse, mais dans une sorte de calme naturel, confiant, déterminé et, somme toute, plutôt gai. Tout cela était à mille lieues des approches hésitantes, prudentes, souvent habillées d’un romantisme affecté, que je pratiquais quand les choses pouvaient devenir sérieuses avec une gentille de passage. Comme elle le ferait souvent par la suite et, à y réfléchir, comme toutes celles que j’avais rencontrées depuis le début de ce voyage, Nancy avait pris toutes les initiatives. Et à présent, elle était assise, certes à demi nue, mais aussi impassible que Continuer la lecture de Mélange des genres

Journal intime – 26 Février 2013

Hier, j’ai appris la mort de Bill Breed. Bill avait 84 ans. Pour un homme que je n’ai vu que finalement très peu et à des intervalles de temps très éloignés, sa disparition me touche beaucoup. Je ne l’ai jamais oublié.
La première raison en est qu’il était la personnification de ma grande aventure américaine. La deuxième est que j’avais été impressionné par son calme, sa douceur, sa générosité, sa disponibilité, son gentil humour. Le récit de ses dernières heures que sa fille Amy a envoyé à Jean-Louis est magnifique et réconfortant, quand je compare par exemple à la mort de M.P. J’ai écrit un mot à sa fille, que pourtant Continuer la lecture de Journal intime – 26 Février 2013

Journal intime – 20 Février 2013

Ce matin à mon deuxième réveil, vers 9h30, je me suis senti très fatigué et je me suis recouché pour encore une heure. Auparavant, entre 7 heures et 9heures 30, j’avais somnolé en écoutant en continu quelques pages des Jeunes Filles en Fleurs, lues par Lambert Wilson, décidément moins bon que Dussolier.

Je me demande ce que peut penser une femme Continuer la lecture de Journal intime – 20 Février 2013

Journal intime – 14 Février 2013

Quel âge a-t-on au réveil ?

Ce matin au réveil, petite réflexion, prolongée pendant ma gymnastique : j’ai noté qu’à mon réveil, pendant les quelques instants où je sais que je ne dors plus mais où je ne suis pas encore tout à fait réveillé, ces mêmes instants où j’ai encore quelque souvenir du dernier rêve qui m’a agité et que je vais oublier définitivement dans trois secondes, pendant ces quelques instants donc, je n’ai pas d’âge, je n’ai pas conscience d’avoir un âge, quel qu’il soit. Mais si, comme disait le petit Marcel, je me tourne vers mon esprit, alors j’ai conscience d’avoir l’âge idéal, quelque part entre 17 et 30 ans, l’âge auquel le problème de l’âge ne se pose pas, celui que longtemps on croit éternel. Bien sûr, cette conscience disparait bientôt, tout se Continuer la lecture de Journal intime – 14 Février 2013

Un souvenir d’enfance

(…) Après, nous avons allumé des cigarettes. Longtemps, nous avons fumé en silence, et puis la bougie s’est éteinte. Dans la lueur irréelle et vacillante qui venait du salon, j’ai vu Mansi se lever. Quand elle est revenue quelques minutes plus tard, elle avait enfilé un t-shirt et portait deux tasses de café. À brûle-pourpoint, elle m’a demandé :

— Philippe, j’aimerais que tu me racontes ton plus vieux souvenir d’enfance ?

Elle m’avait appelé Philippe, pas Jay, ni Phil. Elle avait même fait un effort pour le prononcer correctement. Dans sa bouche, ça ressemblait plus à de l’espagnol qu’à du français, mais Continuer la lecture de Un souvenir d’enfance