Archives de catégorie : Textes

Théorie mathématique de la bêtise

C’est la troisième fois que je publie cette théorie. Malgré cela, le fléau n’est toujours pas éradiqué. Alors, cent fois sur le métier…

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Georges Brassens a dit que le temps ne faisait rien à l’affaire et que quand on était con, on était con. Mais, sauf le respect que je dois au bonhomme et l’affection que je lui porte, je dois dire que Brassens se trompait car, en matière de connerie, le temps est un facteur important. Non pas que le con devienne plus con avec l’âge, mais le con d’aujourd’hui l’est davantage que le con d’hier. En effet, récemment, grâce au progrès, la connerie a avancé à pas de géant. Rappelons-nous que le Web est devenu d’usage public à partir des années 90 et que Facebook a été créée en 2004. L’ami Georges, mort en 1981, bien trop tôt, ne pouvait bien sûr pas tenir compte de ces extraordinaires facteurs de progrès.
Voyons ce que Milan Kundera disait du sujet. (Comme il parle de Flaubert, Kundera ne dit pas « connerie« . Il dit « bêtise« , mais c’est pareil.)

« Le 19ème  siècle à inventé la locomotive. Flaubert a découvert la bêtise. J’ose dire que c’est là la plus grande découverte d’un siècle si fier de sa Continuer la lecture de Théorie mathématique de la bêtise

Les Saisons

C’est sans aucun doute le livre qui m’a le plus bousculé depuis une dizaine d’années. Je considère comme un devoir de publier à nouveau la critique que j’en avais faite car, par ces temps de canicule, sa lecture est recommandée. 

Critique aisée n°166

Les Saisons
Maurice Pons – 1965
Christian Bourgois – 214 pages
 

Il faut avouer que j’ai bien failli abandonner. J’ai tellement patiné dans la gadoue froide et visqueuse des vingt premières pages, je me suis tellement senti mal à l’aise à entrer dans ce village en ruine sous cette pluie désespérante, j’ai tellement été rebuté par les premières rencontres avec ses habitants que j’ai bien failli abandonner et ranger le bouquin avec son billet de train composté coincé entre les pages vingt et vingt et un — car on ne sait jamais…

Il n’y avait pas que le climat de ce bled pourri qu’on me décrivait qui me dissuadait d’avancer, pas que la peinture à la Bidochon des premiers exemplaires de sa population qui me prenait à rebrousse-poil, et pas que la noirceur cauchemardesque de l’atmosphère qui me faisait craindre le pire. Ce qui me freinait le plus, c’était la richesse et la désuétude du vocabulaire qui m’annonçaient une indigestion rapide.

Cette phrase faillit bien emporter ma décision :

« (…) assise à califourchon sur les genoux de l’un des douaniers, — le douanier en second à ce qui devait apparaître bientôt — qui la maintenait contre lui en lui plaquant les deux mains ouvertes sur les fesses, elle lui pressait entre deux doigts les ailes du nez, et la séborrhée sale dont elles étaient gorgées jaillissait des pores en petits vermisseaux à têtes noires.« 

Mais avant de lâcher prise, avant de me mettre à relire Bonjour Tristesse ou l’Attrape-Cœurs, je suis allé Continuer la lecture de Les Saisons

Arches et Pyramides

C’est vraisemblablement pour répondre aux deux articles intitulés  L’Inconnu de la Grande Arche (https://www.leblogdescoutheillas.com/?p=57366) et Détruire le ciel de Paris serait impardonnable (https://www.leblogdescoutheillas.com/?p=57007) et aux commentaires qu’ils ont suscités que Lorenzo a produit le texte ci-dessous. Le sujet de « L’Inconnu… » était bien sûr le funèbre monument funéraire qui trône en haut de la Défense tandis que celui de « Détruire… » était le gros furoncle en bordure du Périphérique sud de Paris.
En me confiant son texte, Lorenzo m’a recommandé d’en faire ce que je voulais. Alors voilà : je le publie. 

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Pourquoi aimer l’une et pas l’autre pyramide ? Les goûts de NRCB sont impénétrables en tout cas pour moi. Je considère que la Pyramide de Peï n’est que la copie des Pyramides d’Egypte même si le matériau est différent. La forme elle-même n’est pas une création. Or, en art, seul compte selon moi ce qui est original. Imaginez aujourd’hui un peintre contemporain faisant des tableaux impressionnistes à la perfection. Personne ne les remarquerait. Il n’en est pas de même pour la Pyramide de Peï parce que le lieu choisi oblige tout le monde à la voir, autochtones et touristes. Je trouve que c’est un abus de pouvoir. Par contre, Continuer la lecture de Arches et Pyramides

Carnet d’écriture (27) – Lâcher les freins

(…) Et c’est ainsi qu’un peu honteux, j’ai pris la décision de m’accorder sous ces conditions toutes ces libertés littéraires. Avec le plaisir d’écrire que je retrouvais grâce à cette licence, je ne tardai pas à découvrir que j’avais réinventé un genre dont j’ignorais le nom jusqu’alors, l’autofiction. Ce n’était plus du mensonge, c’était un genre littéraire. Je ne mentais plus, je faisais de l’autofiction. Ça me fit d’autant plus plaisir que je réalisai que Proust n’avait pratiquement fait que ça toute sa vie.

Je l’ai dit dans le carnet précédent : l’autofiction assumée me permit de retrouver un grand plaisir d’écrire. Ça n’est pas pour autant que l’écriture de la suite de Go West ! fut facile. Je n’avais pratiquement aucune expérience dans l’analyse psychologique des motivations des gens en général et des miennes en particulier. Je me souvenais que j’avais mis pas mal de moi-même dans le troisième conte des « Trois Premières fois », « La matinée de Sainte Firmine d’Amelia », mais, si j’avais placé la scène principale dans un lieu réel dont j’avais changé le nom, l’intrigue demeurait essentiellement fictive, en tout cas beaucoup Continuer la lecture de Carnet d’écriture (27) – Lâcher les freins

Journal intime – 3 septembre 2012

Déjeuné dans ma pizzeria favorite du quartier Saint Michel, Il Cavaliere. Au premier étage, on a une vue magnifique pour pas cher ! Et la pizza est bonne.
J’y déjeune seul, comme d’habitude, et je lis les nouvelles sur mon iPhone, tranquille, seulement troublé par la musique de fond, un peu forte. De temps en temps, je regarde le Pont Neuf.

Trois jeunes filles arrivent et s’installent bruyamment à la table qui me fait face. Ni belles ni laides, mais bruyantes, et mon premier réflexe est celui de l’agacement. Je leur jette de temps en temps un regard sombre, mais elles ne s’en aperçoivent pas ou ne veulent pas s’en apercevoir. Puis, comme souvent désormais, mon humeur change : je les trouve bruyantes, c’est vrai, mais elles sont simplement joyeuses et contentes de déjeuner ensemble en buvant du vin blanc. Je remarque, au ton de leur conversation, car je n’entends pas vraiment ce qu’elles disent, qu’il n’y a pas Continuer la lecture de Journal intime – 3 septembre 2012

L’Inconnu de la Grande Arche

Ma dernière Critique Aisée, la 266ème, date d’il n’y a pas si longtemps : six mois. Elle portait sur le Roman des regards de Mallet et Pennac. Mais la précédente, celle du Joueur d’échecs remonte à plus de deux ans.

En réalité, à part pour les amis, je n’écris plus de critique. C’est difficile à faire, il faut être attentif, comprendre la construction, retenir des points d’écriture, des détails de mise en scène, des références et des tas de trucs de ce genre à placer éventuellement dans la critique à venir. Bref, c’est un vrai travail et l’idée d’avoir à le faire gâcherait plutôt le simple plaisir de la vision du film ou de la lecture du roman. Et comme je suis de plus en plus paresseux…

Mais, parfois, Continuer la lecture de L’Inconnu de la Grande Arche

Une mécanique bien huilée

Ce que vous allez lire est le début de cet incroyable récit d’un scandale très parisien. Vous pourrez en lire la suite en achetant sur Amazon 

Les Disparus de la rue de Rennes 

Chapitre 1 – Une mécanique bien huilée

Où l’on constatera qu’à l’instar du temps judiciaire, le temps municipal n’est pas celui de tout le monde et qu’en réalité, il y a moins d’urgence que de gens pressés.

C’est le 27 juin 2022 à 11 h 45, alors qu’il procédait à une opération de contrôle de routine, que Roger Ratinet[1], technicien de la Mairie de Paris préposé à la vérification de la conformité des plaques de rue à la parité homme/femme, découvrit que les quarante premiers numéros de la rue de Rennes avaient disparu. Choqué, il rentra chez lui et prit le reste de la journée pour se remettre.

Le lendemain, de retour à son bureau, il entreprit de rédiger le rapport d’anomalie circonstancié que méritait un tel événement. Quel ne fut pas son embarras quand il constata qu’il n’existait aucun formulaire adapté à ce qu’il avait à rapporter. Il y avait bien le formulaire spécial pour signaler la destruction d’un abribus ou d’une fontaine Wallace, ou celui adapté au vol d’une borne d’incendie ou de toilettes publiques, ou encore celui qu’on utilisait couramment pour signaler l’évaporation dans la nature d’un agent de la voirie avec tout son équipement, mais il n’y avait rien, absolument rien pour signaler la disparition d’un immeuble, d’un monument ou de quoi que ce soit d’approchant. Alors, vous pensez, toute une portion de rue, et commerçante qui plus est ! Choqué, il rentra chez lui et prit le reste de la journée pour réfléchir.

Le lendemain, de retour à son bureau, il reprit le cours de ses pensées et une idée lui vint. Content, il rentra aussitôt chez lui pour demander Continuer la lecture de Une mécanique bien huilée

Carnet d’écriture (26) – Proust et Moi

(…) Il avait un peu raison, Jimini Cricket, mon petit grillon intérieur, celui qui me dit souvent que je n’y arriverai pas, que je n’aurai pas le temps, pas le talent, pas le courage. Il a de bonnes analyses parfois, mais si je l’écoutais tout le temps, je ne ferais jamais rien. Alors, je me suis dit deux choses :

La première, c’est qu’on ne peut écrire qu’avec ce que l’on a, avec sa culture et sa mémoire, avec son histoire personnelle et les souvenirs qu’on en a gardés, et bien sûr avec son imagination et son talent (petit t, avec t variant de zéro à l’infini).
D’un joueur de tennis qui, surpris et grisé par un coup heureux réussi contre un adversaire nettement supérieur, se met à tenter avec succès des coups difficiles, des coups que même à l’entrainement il ne réussit que rarement, on dit qu’il surjoue. Il se met à jouer au-dessus de son niveau. Surjouer peut lui réussir pendant quelques coups, quelques jeux, un set… Ça enthousiasme le public — qui aime bien de temps en temps voir le petit poucet bouffer l’ogre — mais ça ne trompe pas le spectateur averti qui sait que le surjeu ne paie jamais longtemps.
En écriture, c’est pareil. Grisé par une jolie formule, une image intéressante ou une métaphore osée qu’il a trouvée presque fortuitement, il arrive qu’à ces mots, celui qui écrit ne se sente plus de joie et se mette en tête d’enchainer les belles phrases. Il arrive même que l’inspiration s’y mette et que le clavier soit en forme. Alors, il a l’impression d’être Oscar Peterson devant son piano et tout devient facile. On dit qu’il surécrit, qu’il force son talent. Mais jamais cela ne dure car il n’a ni le souffle, ni la culture, ni l’expérience ni le talent (petit t). Et s’il persiste, il tombe dans le discours du Maire de Champignac, l’amphigouri, le cliché, les fioritures, l’inutile, le ridicule.

La première chose que je m’étais dite, c’était donc que, quoi que je décide d’écrire, je devais Continuer la lecture de Carnet d’écriture (26) – Proust et Moi