Archives de catégorie : Textes

Mélange des genres

Le texte ci-dessous est un extrait de Go West !, récit des aventures, petites et grandes, vécues au cours de l’été 62 par un autostoppeur français aux États Unis. A cette époque, le narrateur n’a pas encore vingt ans. Son périple est jalonné de rencontres féminines plus ou moins réussies. A Barstow, une femme l’accueille dans sa baignoire. Ce qui vient de s’y passer lui inspire quelques réflexions. 

(…) Nous nous étions mélangés sans paroles ni tendresse, mais dans une sorte de calme naturel, confiant, déterminé et, somme toute, plutôt gai. Tout cela était à mille lieues des approches hésitantes, prudentes, souvent habillées d’un romantisme affecté, que je pratiquais quand les choses pouvaient devenir sérieuses avec une gentille de passage. Comme elle le ferait souvent par la suite et, à y réfléchir, comme toutes celles que j’avais rencontrées depuis le début de ce voyage, Nancy avait pris toutes les initiatives. Et à présent, elle était assise, certes à demi nue, mais aussi impassible que Continuer la lecture de Mélange des genres

Journal intime – 26 Février 2013

Hier, j’ai appris la mort de Bill Breed. Bill avait 84 ans. Pour un homme que je n’ai vu que finalement très peu et à des intervalles de temps très éloignés, sa disparition me touche beaucoup. Je ne l’ai jamais oublié.
La première raison en est qu’il était la personnification de ma grande aventure américaine. La deuxième est que j’avais été impressionné par son calme, sa douceur, sa générosité, sa disponibilité, son gentil humour. Le récit de ses dernières heures que sa fille Amy a envoyé à Jean-Louis est magnifique et réconfortant, quand je compare par exemple à la mort de M.P. J’ai écrit un mot à sa fille, que pourtant Continuer la lecture de Journal intime – 26 Février 2013

Rencontre avec un gentleman

Là, c’est Casquette qui dégoise comment qu’il a rencontré son meilleur pote, Sammy de Pantin : Casquette s’est fait lourder de chez ses vieux ; avec trois autres arpètes de sa bande, il va arroser ça entre Pigalle et Blanche ; mais ça tourne vinaigre fissa  parce qu’un des gluges file une mandale à une gonzesse qui se met à gueuler au charron ; et v’la t’y pas que ça défrise deux maquereaux qui passaient par là ; vite fait, c’est la castagne…

(…) J’ai fait partie d’une bande à Nanterre, oh ! pas bien dangereuse, la bande, mais on faisait des petits vols à l’arraché, ou dans les entrepôts la nuit, ou dans les magasins. Les gars m’ont trouvé de quoi loger sur une péniche du côté de Chatou. C’était un vieil anar qui abritait les jeunes de banlieue qu’avaient des problèmes avec les flics. Ça sentait mauvais sur ce rafiot ! Il devait bien y avoir deux cents chats là-dedans, autant de chiens, et pas mal de graines de voyous ; mais on rigolait bien, on était jeunes. Bon, un soir avec trois copains, on décide de descendre en ville. La semaine d’avant, Continuer la lecture de Rencontre avec un gentleman

Contribution à l’étude des comportements des visiteurs et surtout des visiteuses dans les musées

Courant mars dernier, le JdC avait publié une étude de Lorenzo dell’Acqua sur les étranges comportements des visiteurs et des visiteuses dans les musées. Son titre était « ETUDE DES COMPORTEMENTS DANS LES MUSÉES ». Lorenzo a repris son étude, il l’a corrigée, étoffée, améliorée et allongée. Malgré cela, il lui a donnée un titre plus modeste que celui de l’étude d’origine.  C’est cette version (finale ?) que le JdC vous présente aujourd’hui.

 

Contribution à l’étude des comportements des visiteurs
et surtout des visiteuses dans les musées

par le Docteur Lorenzo dell’Acqua

Chapitre I : Les visiteurs, étude individuelle

 Bien qu’interrompues par les confinements successifs et les séjours au bord de la mer en famille, mes campagnes d’exploration des musées parisiens se sont succédées à un rythme croissant au cours de ces dix dernières années et ont atteint le chiffre record de cent vingt cinq en 2024 (soit un jour sur trois). Cette fréquentation exponentielle était motivée par mon émerveillement devant ces analogies entre les visiteurs et les tableaux qui n’en finissaient pas de se renouveler et que j’étais peut-être le premier à voir.  Continuer la lecture de Contribution à l’étude des comportements des visiteurs et surtout des visiteuses dans les musées

Journal intime – 20 Février 2013

Ce matin à mon deuxième réveil, vers 9h30, je me suis senti très fatigué et je me suis recouché pour encore une heure. Auparavant, entre 7 heures et 9heures 30, j’avais somnolé en écoutant en continu quelques pages des Jeunes Filles en Fleurs, lues par Lambert Wilson, décidément moins bon que Dussolier.

Je me demande ce que peut penser une femme Continuer la lecture de Journal intime – 20 Février 2013

Journal intime – 14 Février 2013

Quel âge a-t-on au réveil ?

Ce matin au réveil, petite réflexion, prolongée pendant ma gymnastique : j’ai noté qu’à mon réveil, pendant les quelques instants où je sais que je ne dors plus mais où je ne suis pas encore tout à fait réveillé, ces mêmes instants où j’ai encore quelque souvenir du dernier rêve qui m’a agité et que je vais oublier définitivement dans trois secondes, pendant ces quelques instants donc, je n’ai pas d’âge, je n’ai pas conscience d’avoir un âge, quel qu’il soit. Mais si, comme disait le petit Marcel, je me tourne vers mon esprit, alors j’ai conscience d’avoir l’âge idéal, quelque part entre 17 et 30 ans, l’âge auquel le problème de l’âge ne se pose pas, celui que longtemps on croit éternel. Bien sûr, cette conscience disparait bientôt, tout se Continuer la lecture de Journal intime – 14 Février 2013

Un souvenir d’enfance

(…) Après, nous avons allumé des cigarettes. Longtemps, nous avons fumé en silence, et puis la bougie s’est éteinte. Dans la lueur irréelle et vacillante qui venait du salon, j’ai vu Mansi se lever. Quand elle est revenue quelques minutes plus tard, elle avait enfilé un t-shirt et portait deux tasses de café. À brûle-pourpoint, elle m’a demandé :

— Philippe, j’aimerais que tu me racontes ton plus vieux souvenir d’enfance ?

Elle m’avait appelé Philippe, pas Jay, ni Phil. Elle avait même fait un effort pour le prononcer correctement. Dans sa bouche, ça ressemblait plus à de l’espagnol qu’à du français, mais Continuer la lecture de Un souvenir d’enfance

Comment lutter contre l’insomnie ?

Les conseils du Père Coutheillas de Jardin

 Comment lutter contre l’insomnie ?

par Lorenzo dell’Acqua

Je ne sais pas si je dois le remercier ou non. Je lui avais raconté que je souffrais d’insomnie et que je trouvais cela très pénible. Après avoir comptabilisé sans le moindre résultat plus de deux cent cinquante mille ovins de passage sur mon balcon, j’avais essayé de lire La Recherche en allemand et à l’envers comme il me l’avait conseillé. Peine perdue ;  cette technique ne marchait pas non plus. Immuablement, je me réveillais à 3 ou 4 heures du matin quelle que fut l’heure à laquelle j’avais éteint ma lumière la veille, en général assez tôt en raison de ma fatigue due à mes dépenses physiques de la journée chiffrées sur mon smartphone à environ 7 ou 8 kilomètres à pied. Et à 4 heures du matin, je ne parvenais plus jamais à me rendormir. Pas la moindre Continuer la lecture de Comment lutter contre l’insomnie ?

Journal intime – 7 Février 2013

Clinique St Jean de Dieu. Salle pré bloc. Les bruits réguliers des appareils, un ronronnement calme (la climatisation sans doute), les conversations assourdies des infirmières, des brancardiers, des médecins qui entrent et sortent. Allongé sur mon brancard, en attendant l’entrée dans le bloc et l’anesthésie,  je me sens parfaitement bien, somnolent, confiant. Pourquoi ce sentiment d’apaisement ?

La raison apparaît, tout à coup, évidente : je ne suis plus responsable de rien.

Gustave, gros con

Sur l’autoroute qui mène au tunnel du Fréjus, Bernard est en retard parce que, juste avant de partir pour Turin, il a eu une dispute avec sa femme Gisèle. Il fait nuit, il neige et il est en retard. Et voilà qu’à quelques kilomètres seulement de l’entrée du tunnel, une coulée de neige barre la chaussée. Bernard qui ne sait plus quoi faire se met sous la protection d’un chauffeur routier qui va traverser à pied la coulée de neige pour rejoindre l’abri d’une station-service.  

(…) Bernard est parti en courant vers sa voiture. Mais avec cette neige et ses chaussures de ville, ça ne manque pas : quand il veut se retourner pour vérifier que le routier l’attend toujours, il glisse et tombe rudement sur le côté. Il se relève aussitôt et crie vers le chauffeur qui n’a pas fait un geste pour venir vers lui : « Non, non ! Ça va, ça va, je vous assure, tout va bien ! J’arrive dans deux minutes ! Attendez-moi, hein ? » La couche de neige n’est pas bien épaisse et, en dessous, le dur bitume n’est pas loin. Pourtant, Bernard n’a mal nulle part. C’est le choc qui l’a anesthésié, mais pour quelques secondes seulement. Au deuxième pas vers sa voiture, il commence à sentir une sorte de gêne monter dans son coude droit. Il s’arrête pour le masser un peu. C’est alors qu’il ressent dans son épaule droite une vive douleur, qui s’évanouit aussitôt. Il la fait bouger un peu pour l’assouplir et la douleur revient, comme un coup de poignard dans l’articulation. Il serre son bras contre son corps et la douleur disparaît. Il dit tout haut : « Merde alors ! Je me suis fait vraiment mal !  Pourvu que… » mais il n’arrive pas à imaginer ce qu’il a pu se faire. De toute façon, il n’a pas le temps, il y a l’autre, là, qui l’attend près de son camion. Il ne faudrait pas qu’il parte sans lui. Alors, à pas prudents, Bernard repart vers sa voiture.

La Peugeot est recouverte de cinq centimètres de neige au moins, à l’exception du pare-brise sur lequel les essuie-glaces s’évertuent en grognant à maintenir le dessin de deux éventails. Il entreprend d’ouvrir la portière de sa main droite et tout de suite Continuer la lecture de Gustave, gros con