Le retour de Dashiell Stiller

Histoire de Dashiell Stiller dont  j’avais annoncé qu’il était devenu indisponible est de retour sur les étagères d’Amazon.fr. Précipitez vous pour acheter ce roman qui deviendra bientôt un collector car il sera re-publié prochainement sous un titre différent (Le Cujas).

 

Histoire de Dashiell Stiller
Paris 1935. Dashiell, jeune touriste Américain, prend une photographie de la terrasse d’un café du Boulevard St-Michel, le Cujas. Treize années plus tard, il est de retour à Paris pour rencontrer les huit personnages qui se trouvaient sur la photo. Il les fait parler sur leur vie, sur la façon dont ils ont vécu cette période troublée de la guerre, l’Occupation, la Résistance, la Collaboration, les Camps, la Libération… Mais pourquoi fait-il cela ? Pour écrire un roman ? Pour retrouver quelqu’un ? Pour expier un crime ? Pour retrouver sa propre histoire, l’histoire de Dashiell Stiller ?

GUILLAUME N’AIME PAS L’AVION (Extrait)

— Doung ! La compagnie Delta Airlines vous souhaite la bienvenue à bord de ce Boeing 777 à destination de Paris-Orly. Nous atteindrons notre destination dans sept heures et trente minutes. Le temps sera calme sur l’ensemble du parcours avec un risque de turbulences une heure avant l’arrivée. Vous pouvez dès à présent détacher votre ceinture de sécurité. Un diner vous sera servi dans quelques instants. Le personnel de bord est à votre disposition pour…

Dès le début de l’annonce, les hôtesses avaient commencé à s’agiter, fermant les rideaux qui séparent la classe Business du reste de l’avion, sortant les apéritifs et s’enquérant du confort des passagers. Ce tranquille va et vient du personnel de bord, ces légers bruits de vaisselle, ces murmures polis et familiers, tout cela finissait de rassurer Guillaume. Il avait commencé à se sentir un peu mieux dès qu’il avait perçu en même temps que la décélération du Boeing le bruit de ses deux réacteurs qui passait du stade « hurlement rageur » de la phase de montée à celui de « calme vrombissement » de la vitesse de croisière. Mais le début du service de cabine achevait toujours de le convaincre que tout allait bien, car si on servait le champagne, c’était bien la preuve qu’il n’y avait plus de danger.

Guillaume n’aime pas l’avion. Malgré ses centaines de décollages et d’atterrissages et bien qu’aucun incident ne se soit jamais produit sur aucun de ses vols, il n’aime pas l’avion. Il n’aime pas cette idée d’être enfermé dans un gigantesque tube en même temps que trois cents autres personnes assises sur une énorme citerne de produit hautement inflammable. Il n’aime pas cette idée de n’être qu’un pantin impuissant aux ordres d’un équipage qui, en cas de problème, ne fera que lui déguiser la vérité, par exemple celle que l’avion va immanquablement se casser la figure.

Non, Guillaume n’aime pas l’avion. Compte tenu de son métier, c’est plutôt contrariant. Guillaume travaille

Continuer la lecture de GUILLAUME N’AIME PAS L’AVION (Extrait) →

La légende des oiseaux de nuit

Nighthawks est probablement le tableau le plus célèbre d’Edward Hopper (1882-1967). Voici l’œuvre en question :

Les commentateurs s’accordent en général pour dire que Nighthawks est une représentation de la solitude et de l’aliénation de l’individu dans la société américaine.

*

NIGHTHAWKS 1

Pourtant cette interprétation est loin de faire l’unanimité chez les spécialistes et plus particulièrement chez les gardiens de musée, surtout depuis qu’un jeune chercheur de l’Université d’Hawal-Bumpil-On-The-Gange a retrouvé dans l’un des containers qui renfermaient les documents en instance de classement du Whitney Museum de New York une série d’études du maître qui mettent en évidence ses hésitations quant à la signification de son œuvre majeure. Voici la première d’entre elles qui exprime le désarroi pathétique de la femme devant l’absurdité du temps qui passe en même temps que l’assurance insolente de l’homme devant l’absurdité de la femme.
Nota bene : Avant d’envoyer des insultes à la Rédaction, rappelez vous que c’est Hopper qui pense et que nous sommes en 1942.

*

NIGHTHAWKS 2

Voici maintenant le deuxième croquis préparatoire à l’œuvre majeure d’Edward Hopper. Dans cette version, ce n’est plus la femme que l’artiste cherche à accabler pour mieux mettre l’homme en valeur. C’est toute la vie de couple qu’il questionne de façon magistrale. On peut légitimement se demander si l’artiste s’est introduit dans son tableau à travers le barman ou à travers l’homme de dos. Le plus simple est de considérer que c’est à travers les deux.

*

NIGHTHAWKS 3

Dans sa troisième esquisse, le peintre aborde de front et de façon prémonitoire le problème récurrent de notre époque : boire ou conduire, faut-il vraiment choisir ?

*

NIGHTHAWKS 4

Dans ce quatrième projet pour Nighthawks, Hopper se souvient de son séjour à Paris en septembre 1906, au cours duquel, au cinéma Champollion, il avait assisté  d’affilée à quatre projections successives d’un film français dont le titre s’est malheureusement perdu.

*

NIGHTHAWKS 5

Après avoir évoqué successivement l’instabilité féminine et la permanence masculine, les difficultés de la vie en couple, le dilemme angoissant des automobilistes et les joies du touriste américain à Paris,  dans cette antépénultième version, l’artiste a voulu exprimer son désespoir et sa colère devant l’impossibilité dans laquelle se trouve l’homme de sortir de son enfermement. Y a-t-il réussi ? Là est la question. On notera avec amusement que, par le truchement du personnage de dos, l’artiste s’interpelle lui-même en tant que Créateur de toutes choses et, en particulier, de ce bar sans issue.

*

NIGHTHAWKS 6

C’est au cours d’une soirée plutôt arrosée qu’Hopper a pondu cette incompréhensible version. Certains y voient une terrible mise en abime :

*

NIGHTHAWKS 7

Cette ultime version révèle le coté autoritaire d’Edward Hopper. On raconte que pour tirer le meilleur de ses modèles, il aimait les mettre dans des situations inconfortables ou gênantes. C’est ainsi que faute de tabourets de bar, le couple de face simule la position assise, position très pénible à la longue, on en conviendra. De même, le modèle qui tient le rôle de barman ne porte pas de pantalon, ce qui est gênant et pour lui et pour la femme en rouge. C’est dans les p’tits détails comme ça que l’on est snob ou pas. On remarquera aussi que Hopper, l’homme de dos, est le seul à être véritablement assis et complètement vêtu.

*

NIGHTHAWKS 8

Et voilà ! C’est tout pour aujourd’hui.

Faut-il ne pas brusquer l’intolérance ?

Morceau choisi (publié une première fois en mars 2017)

(…) C’est pourquoi on ne doit pas transiger avec l’injustice, ni se mettre en position d’attente devant le mensonge, ni faire des concessions à la violence ni sa part à l’intolérance. L’intolérance, par définition, ne compte pas sur des arguments, des « échanges d’idées » avec ses adversaires pour s’imposer, mais sur des positions de force, les seules sur lesquelles elle puisse s’appuyer et qu’elle puisse élargir. S’imaginer que si on évite de la brusquer elle va s’apaiser d’elle-même, c’est s’incliner devant un besoin d’expansion par définition insatiable puisque non fondé en droit ni en raison. Cette naïve tactique est un suicide : les préjugés ne sont jamais reconnaissants. 

J-F Revel, 1960

BLIND DINNER (Extrait)

Ça fait longtemps que je trouve très agaçante cette manie de Renée d’avoir régulièrement chez elle à diner des gens qui ne se connaissent pas. Pourtant, même après toutes ces années, Anne et moi, on n’arrive pas à refuser ses invitations et, deux ou trois fois par an, voilà qu’on se retrouve vers huit heures et demi du soir dans son appartement de la Place des Vosges en compagnie de parfaits inconnus.
Toute la journée, la perspective du diner de ce soir m’avait mis de mauvaise humeur. Quant à Anne, depuis quelques jours, je l’avais trouvée plus maussade que d’habitude sans arriver à en trouver la raison. Y en avait-il seulement une, de raison ? Enfin… les femmes…
Nous roulions en silence Continuer la lecture de BLIND DINNER (Extrait) →

Faut-il conduire en état d’ivresse ?

Cet article essentiel a été publié ici même il y a plus de 7 ans. Ne serait-ce que pour la sécurité des lecteurs du Journal des Coutheillas, il est temps de le publier à nouveau.

« Dans le cadre de la lutte contre les idées reçues, voici la traduction partielle d’un article paru récemment aux USA.

Résumé :
Chaque mile parcouru à pied en état d’ivresse est huit fois plus dangereux que le même mile parcouru au volant dans le même état. 

Imaginez que vous soyez à une soirée chez un ami. Il habite à un mile (1,609 km) de chez vous. Vous avez passé une très bonne soirée, probablement parce que vous avez bu quatre verres de vin. Maintenant, la réception se termine et les amis s’en vont. Tout en finissant votre dernier verre, vous extrayez vos clés de voiture de votre poche et brusquement, vous réalisez que c’est une mauvaise idée : vous n’êtes pas en état de conduire pour rentrer chez vous.

Pendant des décennies, nous avons été informés des risques qu’il y a à conduire sous l’empire de l’alcool. Aux Etats Unis, plus de trente pour cent Continuer la lecture de Faut-il conduire en état d’ivresse ? →

Chauvin ? Moi ?

Avant-hier, Lorenzo s’étonnait de l’absence de réponse à son commentaire déplacé sur mon séjour enfantin à Rome. Mais moi, que plus grand chose n’étonne, ça m’a laissé froid. Par les températures qui courent, c’est déjà quelque chose.

Plus grand chose ne m’étonne ? Si, quand même : j’ai été surpris de n’avoir suscité avec mon article sur la cérémonie des J. O. que deux commentaires. Intéressantes, certes, ces deux interventions. Bea, qui n’écrit que rarement parce qu’elle réfléchit avant, a tenté gentiment de me sortir de ma bouderie supposée. Quant à Jim, il a fait part de son appréciation mitigée sur la cérémonie française, regrettant comme moi la gaîté de celle de Londres. Et je ne crois pas que ce soit parce qu’il est à moitié Anglais, Jim. En tout cas moi, je ne le suis pas.

Ce qui m’a surpris (mais après tant d’années d’édition du JdC, comment puis-je l’être encore ?), c’est que personne d’autre n’ait senti le besoin de faire entendre soit sa différence dans ce concert de louanges, soit son enthousiasme pour une création enfin provocatrice.
Ma critique n’était sans doute pas assez acerbe pour déclencher le déluge de contradictions (ou l’averse d’approbations) comme le cri de l’imbécile déclenche  l’avalanche. Continuer la lecture de Chauvin ? Moi ? →

Une conception de la campagne

Cet article est une rediffusion du Post it n°20, paru une première fois le 14/02/2018, sous le simple titre « La Campagne ». Il en dit beaucoup plus qu’il n’y parait.  

Aujourd’hui, quelques jours après la Toussaint, le Jardin du Luxembourg est à son meilleur. Le soleil est radieux, l’air est purifié par un petit vent irrégulier et les nuages laissent une large place au ciel bleu. Il y a une dizaine de minutes, je me suis assis face au Sud. Les pieds bien posés sur la petite rampe métallique qui court au ras du sol le long de la pelouse en demi-lune, à peine renversé dans mon fauteuil de métal, les avant-bras appuyés sur les accoudoirs, j’ai ouvert le livre que l’on vient de m’offrir : « Les leçons du Vertige ». De temps en temps, je lève les yeux du bouquin et je vois le parterre de fleurs, l’herbe tondue, et plus loin les arbres et, au-dessus de leurs cimes vertes et jaunes, les nuages qui passent sans se presser du haut de la tour Montparnasse au dôme de l’Observatoire. Pas d’autre bruit que celui des conversations tranquilles des promeneurs qui passent derrière moi, des pieds des enfants qui raclent le sol et des ailes des pigeons qui m’effleurent. Le soleil me chauffe amicalement le visage.

Un couple s’est approché. Il s’est dirigé vers les deux fauteuils qui sont demeurés libres à ma droite. L’homme a la cinquantaine. Il est habillé d’un pantalon de flanelle grise, d’une Continuer la lecture de Une conception de la campagne →