Rendez-vous à cinq heures en auto-stop (4)

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Langage des signes 

Voici la quatrième intervention de Bernard Schaefer dans le Journal des Coutheillas. Il nous y explique ce qu’a été pour lui l’auto-stop en tant qu’auto-stoppeur e§t d’auto-stoppé. Ensuite, vous pourrez découvrir une de ses expériences d’auto-stoppé. 

 L’autostop est aujourd’hui une pratique presqu’oubliée. Internet l’a remplacée presque totalement avec le recours à des sites de rapprochements qui permettent à des personnes de faire du covoiturage ou de l’autopartage. Ceux qui ont une voiture individuelle souhaitent généralement partager les frais d’un déplacement et/ou avoir de la compagnie pour un trajet plutôt long, prévisible à l’avance, parfois régulier.
Mais autrefois, l’autostop consistait à chercher à arrêter une voiture, pour se faire transporter gratuitement, le plus souvent par le geste du pouce levé, parfois en portant aussi une pancarte sur laquelle on avait écrit sa destination. Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures en auto-stop (4)

Gisèle ! (12)

(…) Le connard, je l’ai vu dans le rétro, y s’est mis à chasser dans tous les sens que c’en était marrant. Il a dû finir dans le décor, le mec… »
Robert se tait quelques instants. Il semble réfléchir, puis il ajoute en secouant la tête : « Y a quand même de sacrés brêles sur la route ! Vous trouvez pas ? »

…Robert est sympa, Robert est un chic type, Robert va m’emmener à Turin…Robert est sympa, Robert est un chic type…non ! Robert est un gros con, il a failli me faire tuer, Robert est un gros con, Gustave est un gros con, tous les routiers sont des gros cons, des tarés, des salopards…

« Vous trouvez pas ? répète le gros con.
— Si, bien sûr… les gens conduisent n’importe comment, les Mercedes surtout, répond docilement Bernard.
— Ah ! Vous voyez bien ! conclut Robert, satisfait »
Le silence s’établit dans la cabine. Quelques instants plus tard le camion franchit la barrière de péage et pénètre dans le tunnel. Aussitôt, la neige disparait et, après quelques grognements, les essuie-glaces s’immobilisent en bas du pare-brise.
Robert détend un peu sa ceinture de sécurité, se soulève de son fauteuil en se trémoussant, puis il se laisse retomber sur le siège, soupire un grand coup et allume une cigarette.
« Ouf ! On y est… Maintenant c’est tout bon, on est pépères… Quatorze kilomètres de tunnel… route sèche, bien éclairée, bien à l’abri, presque au chaud ! Et après, ça descend tout du long jusqu’à Turin… du gâteau ! Dites, j’y pense… C’est comment, votre nom ? Charly me l’a pas dit…
— Charly ? Je ne … Ah, oui, Gus… Charly, oui bien sûr… Charly…
— Alors, c’est comment, votre nom ? Moi, c’est Robert.
— Je m’appelle Gustave…, je veux dire Bernard… Bernard Ratinet.
— Et vous faites quoi dans la vie ? Continuer la lecture de Gisèle ! (12)

Histoire de Dashiell Stiller ? Je l’ai lu !

La première question qui vient à l’esprit quand on s’interroge sur un roman tel que cette Histoire de Dashiell Stiller est celle-ci : où son auteur se cache-t-il, dans quel personnage ?

Une analyse sommaire du roman pourrait mener à conclure que Stiller, c’est Coutheillas. Stiller est écrivain, Coutheillas voudrait l’être. Dashiell est encore jeune, Philippe pense qu’il l’est toujours… Ceux qui connaissent bien Coutheillas ont pu décliner ainsi les ressemblances avec le photographe américain, mais pour cela, il leur aura fallu patienter car, avant le dernier chapitre, le lecteur ne saura rien de Dashiell, sinon qu’il est tombé amoureux d’Isabelle par une douce fin d’après-midi Continuer la lecture de Histoire de Dashiell Stiller ? Je l’ai lu !

Gisèle ! (11)

(…) À bout de fatigue, étourdi par la tempête, abruti par les injonctions du routier, Bernard se conduit comme un parfait imbécile. Il ne sait plus où donner de la tête. Il avance, saisit la poignée de la portière du conducteur, la lâche comme si elle était brûlante, recule, part vers l’arrière du semi-remorque,  repart dans l’autre sens, laisse tomber sa valise, se penche pour la ramasser, glisse et tombe sur le dos, veut se relever trop vite, glisse et tombe à nouveau…  Tout d’abord subjugué par les contorsions de Bernard, Robert s’est tu un court instant. Mais maintenant, il explose :
« Non mais quel andouille ! Vous avez pas bientôt fini de faire le clown ? Je vais finir par vous planter là, moi. Ça va pas trainer !»
…si tu crois que c’est facile, Ducon !…

Bernard en a assez d’être moqué, bousculé, insulté. Ça ne peut plus durer ; il a décidé de l’appeler Ducon, ce gros plein de soupe de Robert, ce pauvre type, ce primaire mal embouché, ce primate, avec son métier à la con… Non mais sans blague… il ne va pas se laisser traiter comme ça sans rien dire… il faut qu’il réagisse… il va réagir…

« Si vous croyez que c’est facile, dit-il doucement en montant dans la cabine. Je fais ce que je peux, Monsieur Robert, je fais ce que je peux…
— Bon, ben grouillez-vous de mettre votre ceinture, répond Robert d’un ton un peu radouci. On a plus de cent bornes à faire et le temps a pas l’air de s’arranger. »

Le semi-remorque s’est engagé sur la voie d’accès à l’autoroute après quelques manœuvres effectuées avec concentration et adresse à grands renforts de rugissements de moteur. En trois gestes du majeur, Robert est passé en troisième vitesse et le moteur s’est calmé. C’est à présent une sorte de ronronnement puissant qui semble pousser le camion dans la côte. Apaisé par le silence et la maitrise de son chauffeur, réconforté par la chaleur qui règne dans l’habitacle, Bernard s’enfonce dans son siège et observe l’intérieur de la cabine. Sur sa gauche, Continuer la lecture de Gisèle ! (11)

Pourquoi la Mitro ?

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Un jour, l’envie m’a pris d’écrire une histoire provençale. Je revenais sans doute du Midi car j’avais en tête une petite ville entre Aix et Saint Maximin, à la limite des Bouches du Rhône et du Var, Trets. Une Place de la Mairie à l’ombre de platanes centenaires, un café-tabac-PMU, des parties de boules… vous connaissez ça aussi bien que moi. J’ai donc écrit une première phrase, à la première personne, avec l’accent. Il y était question de la douceur du temps sous les platanes de la Place Honoré Panisse à l’heure de l’apéritif, quand les parties de boules vont commencer… A ce moment-là, je n’avais aucune idée de ce qu’il allait advenir de ce parfait cliché. Juste pour voir, j’ai fait débouler sur la place le petit Félix, messager affolé d’une catastrophe imminente : « Il a de la Mitro ! criai-il.» Bien sûr, moi, je savais que le mot que Félix déformait, c’était nitro, pour nitroglycérine. Mais ce que je ne savais pas encore, c’était qui pouvait bien avoir de la dynamite, ni ce qu’il voulait en faire et pourquoi. Pourtant la suite est venue simplement ; elle s’est construite sous mes yeux, naturellement, presque automatiquement. Continuer la lecture de Pourquoi la Mitro ?

De la collection Schaefer (2)

Voici une deuxième série d’aphorismes de la collection Bernard Schaefer, toujours consacrée à la science vue par les scientifiques. Les commentaires qui suivent le nom de l’auteur des sentences sont de Bernard. 

*

La poupée que jette un enfant hors de son berceau ébranle Sirius sur sa trajectoire.
Niels Bohr, astrophysicien danois
affirmation de l’effet « papillon » ; est-ce vrai ou pas ?

Les questions sont universelles, les réponses sont culturelles.
Hubert Reeves, astrophysicien canadien
voilà une réponse sensée et conjoncturelle à une question fondamentale et structurelle

La chance ne favorise que les esprits préparés.
Louis Pasteur, biologiste
Convergence Continuer la lecture de De la collection Schaefer (2)