BLIND DINNER (Extrait)

Un diner Place des Vosges à Paris. Un message sms sur tous les smartphones des invités vient d’annoncer un couvre -feu absolu à partir de toute suite. Mais que se passe-t-il donc ? 

(…)

— Mais, vous n’avez pas encore compris, Monsieur Longchamp ?

C’est moi qui viens de parler. Comme il n’y a plus de siège disponible, je me suis assis d’une fesse sur la grosse table de ferme qui occupe le centre de la pièce. Je trouve que c’est une position avantageuse. Au cinéma, on la voit souvent adoptée par le héros dans les scènes d’explication finale. Elle donne une image de décontraction, de sagesse et de confiance en soi tout à la fois. D’un ton paternel et patient, je poursuis :

— Vous n’avez pas encore compris que c’est le gouvernement qui contrôle toutes les radios ? Faut pas être grand clerc, quand même…

J’aime bien ces expressions un peu désuètes. J’essaie d’en apprendre une ou deux nouvelles par semaine. Il y a un site pour ça. En attendant, l’assistance est suspendue à mes lèvres. Raison de plus pour continuer : Continuer la lecture de BLIND DINNER (Extrait) →

Que faut-il penser d’ Histoire de Dashiell Stiller ?

Des écrivains vous répondent…

La première question qui vient à l’esprit quand on s’interroge sur un roman tel que cette Histoire de Dashiell Stiller est celle-ci : où son auteur se cache-t-il, dans quel personnage ?
Une analyse sommaire du roman pourrait mener à conclure que Stiller, c’est Coutheillas. Stiller est écrivain, Coutheillas voudrait l’être. Dashiell est encore jeune, Philippe pense qu’il l’est toujours… Ceux qui connaissent bien Coutheillas ont pu décliner ainsi les ressemblances avec le photographe américain, mais pour cela, il leur aura fallu patienter car, avant le dernier chapitre, le lecteur ne saura rien de Dashiell, sinon qu’il est tombé amoureux d’Isabelle par une douce fin d’après-midi à Saint-Germain des Prés.
Si légitime que soit ce désir pour l’amateur de romans de découvrir le déguisement de l’auteur, pour le romancier devant l’œuvre de son confrère, ce n’est qu’une recherche superficielle. En effet, il est constant que dans un roman, consciemment ou inconsciemment, l’auteur met de lui-même dans chacun de ses personnages. C’est en cela que je diffère, sans que cela amoindrisse en quoi que ce soit mon admiration pour lui, de Gustave Flaubert, mon frère ainé, quand il clame que Madame Bovary, c’est lui ! A supposer qu’il ait vraiment prononcé cette sentence, ce dont on peut raisonnablement douter, je pense qu’il faut comprendre que Madame Bovary, c’est aussi lui, car Charles aussi, c’est lui, Homais de même, Rodolphe sans doute. N’allez pas vous récrier en alléguant qu’Homais est un imbécile et que Flaubert Continuer la lecture de Que faut-il penser d’ Histoire de Dashiell Stiller ? →

UNE VIE DE DINGUE !

Cette nouvelle, totalement stupide, est extraite du recueil « LA MITRO », en vente sur Amazon.fr. Cliquez sur l’image pour parvenir au site. 


1 – Les origines 

Si mes souvenirs sont bons, je suis né un 24 décembre vers 23h45 entre un bœuf et un âne gris. Et pourquoi cela, vous demandez-vous ? Eh bien, essentiellement parce que le gynécologue accoucheur de ma mère était parti à l’improviste à la Martinique pour trois semaines. Ma mère ne put se résoudre à attendre son retour et, en l’absence de mon père pour la conduire à l’hôpital, elle me donna le jour dans la ferme familiale. Il faut dire qu’à cette époque, papa était parti acheter des langoustines depuis plus de trois ans, ce qui rendait ma filiation incertaine. Dès que je fus en âge de comprendre cette bizarrerie de calendrier, je posai la question à ma mère et m’éloignai aussitôt. Un peu plus tard, elle me répondit très franchement en m’expliquant qu’il s’agissait là de l’un de ces miracles de l’amour et que je ferais mieux de réviser l’annuaire des marées plutôt que de perdre mon temps à faire de la généalogie. Sur quoi, elle me laissa redescendre du Continuer la lecture de UNE VIE DE DINGUE ! →

NOUVELLES DU FRONT (33) – 10/07/24

Cette chronique d’une dérive annoncée avait été publiée une première fois le 1er novembre 2018.  No comment…

LA BÊTISE AU FRONT DE TAUREAU

Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons
Et flatté ce qui nous rebute ;
Contristé, servile bourreau,
Le faible qu’à tort on méprise ;
Salué l’énorme bêtise,
La Bêtise au front de taureau

1/11/2018
Nouvelles du Front 

Poutine, Erdogan, Maduro, Bolsonaro, et après ?
Mélenchon, Le Pen ou qui encore ?

D’après un sondage Ifop paru le 31 octobre, 41% des Français seraient désormais d’accord pour « confier la direction du pays à un régime politique autoritaire« .

Chez les étudiants, on monte à 50%.

Comme quoi, chez les cons, il y a plus de petits que de vieux.

LE GRAND MEAULNES (Critique)

LE GRAND MEAULNES
ALAIN-FOURNIER, 1913.

par Lorenzo dell’Acqua

Mon roman préféré pourrait avoir bien d’autres titres en raison des significations différentes qu’il a eues au cours de ma vie : Robin des Bois et la Belle au Bois Dormant en Sologne ou Les Trois Mousquetaires, Le Bon, la Brute et le Truand ou bien encore l’Idéaliste, l’Utopiste et le Passif, et enfin  Augustin, Frantz, Julien, moi et les autres pour faire plaisir aux inconditionnels de Claude Sautet.

Comme celle de la plupart des romans, la lecture du Grand Meaulnes n’est pas la même selon l’âge où on le découvre. Mais, ce qui me semble plus rare, sa vision en change chez un même lecteur avec le temps. Tel a été mon cas. En schématisant, je l’ai lu pour la première fois pendant la préadolescence, une seconde fois pendant l’adolescence et bien d’autres fois à l’âge adulte. Et chaque lecture fut pour moi celle d’un roman complètement différent comme le montrent ces titres imaginaires que je lui ai donnés.

Lors de ma découverte du Grand Meaulnes, je n’ai vu aucune différence avec les aventures d’Ivanhoë et surtout, forêt oblige, de Robin des Bois. Un héros idéal tombe amoureux d’une princesse Continuer la lecture de LE GRAND MEAULNES (Critique) →

 La matinée de Sainte Firmine d’Amelia (Extrait)

(…) Une dizaine d’années auparavant, un évènement était survenu dans ma vie personnelle. Il m’avait bouleversé et, malgré le temps qui avait passé, il était encore présent à mon esprit. Peu enclin aux confidences, je n’en avais jamais parlé à personne. Sans doute considérais-je cette histoire trop intime pour que je puisse la raconter sans honte, même à de très proches amis, à supposer que j’en eusse. Elle était assez banale et bien loin d’être passionnante, mais elle m’avait marqué. À l’époque, j’étais persuadé qu’elle avait constitué l’une de ces rares étapes par lesquelles un homme doit passer au cours de son existence et qui le laisseront différent de ce qu’il était avant de les franchir. Cette nuit était sans doute l’occasion de la partager enfin avec quelqu’un. Voir comment ces deux étrangers recevraient le récit de cet évènement m’intéressait et m’inquiétait tout à la fois. Comprendraient-ils l’importance qu’il avait revêtue pour moi ou le jugeraient-ils banal et sans intérêt ? Y trouveraient-ils l’indice d’une sensibilité de bon aloi ou d’une sensiblerie ridicule ?  J’étais conscient du risque de moquerie ou même de déconsidération que je courais, mais, tout au long de la soirée, Bauer et Fitzwarren m’avaient parus exempts de préjugés et plutôt bienveillants. Je décidai donc de passer cet épisode au crible de leur jugement. De toute façon, je n’avais rien d’autre à leur raconter. Je me lançai :

 La matinée de Sainte Firmine d’Amelia

« Ça s’est passé à Paris, il y a neuf ans, en novembre. Continuer la lecture de  La matinée de Sainte Firmine d’Amelia (Extrait) →

Caroline Fourest en veut

C’est extrêmement rare que je cite in extenso un article de presse. Ce n’est peut-être même jamais arrivé. Mais je vais faire une exception pour Caroline Fourest dont les interventions sur LCI, les articles sur Franc-Tireur, les interviews ici et là sont toujours lumineuses de bon sens, de générosité et de clarté. Caroline Fourest est Directrice éditoriale de l’hebdomadaire Franc-Tireur que je suis depuis plusieurs mois et que je vous recommande, soit sous forme papier, soit sous forme numérique.
Voici l’éditorial de C.F. de l’édition de F-T du 3 juillet.
(Je signale que je recopie cet article sans aucune autorisation de C.F. ou de F-T Mais je suis certain qu’ils ne m’en voudront pas.)

J’en veux, comme tous les commentateurs, au président de la République de nous avoir plongés dans cet enfer : une dissolution sans queue ni tête. J’en veux aux commentateurs de passer toujours plus de temps à baver sur les démocrates, sans jamais dire ce qu’ils font de bien, pour s’étonner ensuite de voir les apprentis totalitaires tirer les marrons du feu.

J’en veux aux Français qui avaient à leur disposition d’autres bulletins que le RN pour cracher leur colère et qui ont choisi la peste suprême. S’ils s’inquiètent pour leur sécurité, ils pouvaient voter pour la droite républicaine. S’ils tremblent pour leur pouvoir d’achat, ils pouvaient voter pour le Nouveau Front populaire. Bien sûr, le RN leur a promis les deux : plus de sécurité et plus de pouvoir d’achat, comme par magie. Mais qui peut être assez naïf pour y croire ? Qui ne voit pas qu’ils sont le chaos et non l’apaisement, qu’ils vont dégrader l’image et la note de la France, libérer le racisme et la défiance en guise de fausse solution à nos problèmes ?

J’en veux, terriblement, à la gauche du déni et du « pas de vagues », qui a tout fait pour pousser 10 millions de Français dans les bras du RN. À cette gauche irresponsable qui Continuer la lecture de Caroline Fourest en veut →

Tout se tient

L’année 2016, au cours de laquelle je diffusai ce texte pour la première fois, fut cette grande année mythique au cours de laquelle je donnai une série de conférences dont le titre générique était « Cours de mythologie – 1ère année ». Cette série eut tant de succès que je la rediffusai en 2022. 

Où l’on verra que tout se tient : les Mosches, l’Amérique, les patronymes, l’or, le gros lot, la pensée unique, les noeuds, l’impérialisme, la musique, les chapeaux, la République, les roseaux, la dépression nerveuse. Tout se tient, je vous dis ! 

Midas était roi des Mosches, quelque part en Macédoine. Un jour, une bande de Mosches rencontra Silène, un ami débauché de Dionysos. Ils le firent prisonnier et l’amenèrent à leur roi. La spécialité de Silène, c’était de raconter des histoires, ce qu’il fit pour Midas. Il lui raconta celle d’un continent au-delà de l’Océan, séparé de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie, où les habitants sont grands et forts, où ils vivent longtemps et heureux et bénéficient de lois justes.

-Sans blague ? dit le roi des Mosches.

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Chagrin des côlons

Un récit de voyage par le Docteur Lorenzo dell’Acqua

En plus de celle d’exercer mon métier, j’ai eu la chance de faire pendant plus de trente ans de l’endoscopie digestive. Cette investigation courante explore à l’aide d’endoscopes flexibles les organes digestifs creux et accessibles comme l’estomac et le colon. Ces deux examens n’ont strictement aucun point commun, tant sur le plan technique que poétique. L’endoscopie de l’estomac est un acte quasiment automatique, le trajet comme la couleur rouge étant toujours les mêmes : d’abord on descendait tout droit puis on tournait vers le droite, puis on empruntait le tunnel du pylore et on explorait le duodénum. Tous les estomacs sont identiques. Jamais la moindre surprise. Cette uniformité de leur estomac, les hommes la partage avec Continuer la lecture de Chagrin des côlons →

Un soir à Monte-Carlo…

Dernière heure :
La participation aux élections s’annonce forte, encore plus forte que prévu. C’est notre seule chance pour réduire l’ampleur de la victoire aujourd’hui certaine du RN et le priver d’une majorité absolue. Ne la gâchez pas : sitôt que vous aurez fini de lire l’article d’aujourd’hui, allez voter !

Extrait de « Bonjour, Philippines ! et autres rencontres« 


1971, Manille, Roxas Boulevard

(…) Notre taxi prend la contre allée du boulevard et s’arrête devant le quatrième qui porte le nom de The Monte Carlo.

Devant l’entrée, deux vigiles armés et un grand costaud en costume gris foncé nous accueillent et nous ouvrent la première porte à côté de laquelle une petite pancarte avertit :

Unaccompanied ladies and deadly weapons prohibited 

Nous pénétrons dans une sorte de sas. Nous avons droit à une fouille à corps symbolique et à l’ouverture d’une deuxième porte vers un nouveau sas. Cette fois, pas de fouille à corps mais ouverture de la troisième porte qui donne enfin sur l’intérieur du restaurant. C’est une seule grand salle très éclairée. Au premier plan, il y a une dizaine de tables rondes habillées de nappes blanches tombant jusqu’au sol. Quelques-unes sont dressées et un petit nombre de clients y sont installés en train de diner ou Continuer la lecture de Un soir à Monte-Carlo… →