Gisèle ! (10)

(…) Il y a longtemps que le propriétaire de Gisèle ne l’écoute plus. Il est reparti vers la table où ses deux compères l’accueillent avec des plaisanteries que Bernard n’entend pas. Ils éclatent de rire encore une fois puis se saluent en heurtant leurs poings fermés. Le bon Samaritain  se dirige vers la porte qui s’efface devant lui, amenant un grand courant d’air froid dans la cafétéria surchauffée. Les emballages de sandwiches s’envolent de la table de Gustave qui hurle « Robert ! La porte, nom de Dieu ! » et éclate de rire encore une fois. Sans se retourner, Robert lui fait un doigt d’honneur et disparaît dans un tourbillon de neige. Le vent s’est levé et maintenant, devant la vitrine, les flocons volent à l’horizontale.

Bernard s’agite. Il se soulève un peu de son fauteuil en s’appuyant péniblement sur les accoudoirs — douleur. Son pantalon encore humide se décolle de ses cuisses comme à regret. Aussitôt, un froid humide enveloppe son entre-jambe. La sensation est extrêmement désagréable. Il se lève, sa veste pèse sur ses épaules et sa chemise vient adhérer à sa poitrine. Sous le contact poisseux, il frissonne. Il essaie d’enfiler ses mocassins. Ils ont perdu une pointure et leur cuir ressemble à du carton froissé. Bernard passe une première manche de son manteau sans trop de difficulté mais, à la deuxième, son bras meurtri se rappelle à lui encore une fois — douleur… Le vêtement lui semble peser autant qu’une cotte de maille. Bernard a mal aux pieds, il a mal au bras, il est épuisé, trempé,  fiévreux. Pourtant il n’y pense plus. Tout ce qu’il sait c’est qu’il y a un camion qui l’attend, avec son routier sympa, son habitacle surchauffé, probablement son Thermos de café et, pourquoi pas même — il sait que beaucoup de semi-remorque en sont équipés — sa couchette accueillante à l’arrière de la cabine. Il a réussi à enfiler ses mocassins en écrasant Continuer la lecture de Gisèle ! (10)

Rendez-vous à cinq heures en auto-stop (3)

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Bernard Schaefer a beaucoup pratiqué l’auto-stop. Il nous fait part de quelques unes de ses expériences. En guise de troisième, voici la première :

27 janvier 1941

C’est très tôt que j’ai eu l’expérience de ce que l’on nomme aujourd’hui le covoiturage. A vrai dire, ce fut avant même ma naissance. En ce jour du 27 janvier 1941, il neigeait en Lorraine et plus particulièrement sur la ville de Metz. Aussi, les transports publics étaient-ils à l’arrêt : pas de bus ni de tramway avant que les chaussées soient déneigées ou sablées.

Or ma maman était sur le point de mettre au monde le bébé qui allait naître, à savoir moi. Il fallait l’emmener à la maternité de l’hôpital dès que possible. Mon futur papa n’avait pas encore Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures en auto-stop (3)

Rendez-vous à cinq heures à la pharmacie

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Numéro 048
par Lorenzo dell’Acqua

Canicule oblige, je portais alors une robe si légère qu’elle ne m’avait pas permis de garder mon soutien-gorge. A cinquante ans passés, l’indécence de cette frivolité ne risquait pas de provoquer un scandale. Jeune, j’avais été une Louise Brook blonde aux yeux verts fort courtisée qui conservait aujourd’hui de beaux restes arrondis par un léger embonpoint. Pharmacienne dans une station balnéaire agréable, je n’étais pas malheureuse mais, ce matin-là, ma tenue aguichante m’avait donné à la fois l’illusion d’être encore désirable et une nostalgie un peu volage.

Le chiffre qui s’affichait là-haut sur l’écran était identique à celui inscrit sur le petit papier blanc qu’il me tendait. C’était donc bien son tour.

— Numéro 048, merci de me montrer votre ordonnance Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures à la pharmacie

Gisèle ! (9)

(…) mais si Gisèle m’avait pas mis en retard… putain, Gisèle, tu fais chier !… si Gisèle m’avait pas mis en retard, je vous aurais doublé à toute allure en klaxonnant la Cucaracha et je serais passé bien avant l’avalanche ; et vous, dans votre cabine crasseuse pleine de paquets de cigarettes à moitié vides et d’emballages poisseux, vous m’auriez regardé filer vers l’Italie et le siège de Sauti-Casagrande SpA en écoutant à fond votre musique reggae à la con !…

Pendant que son manteau s’égoutte au sol, que ses mocassins commencent à se recroqueviller sur le radiateur et que Bernard maugrée toute sa rancœur contre la gent routière, les trois poids-lourds finissent par se calmer. Ils essuient leurs yeux avec des serviettes en papier, se mouchent dedans, poussent de grands soupirs de satisfaction en extrayant de la glacière trois nouvelles Kro. Ils restent silencieux quelques instants puis l’un d’eux, pas Gustave, un autre, frappe la table du plat de ses deux mains, se lève en poussant une sorte de hennissement. Puis, d’un air décidé, il se dirige vers Bernard.

…qu’est-ce qu’il me veut, celui-là ? j’espère qu’il m’a pas entendu tout à l’heure quand je… bon sang, il a l’air sacrément costaud…  j’espère que je l’ai pas mis en colère… mon Dieu, faites que je l’aie pas mis en colère ! faites que…

« Dites, c’est vous qui voulez être à Turin avant demain matin ?
— Euh… oui… pourquoi ? répond Bernard, sur la réserve.
— Parce que j’y vais, moi, à Turin. Je pars dans dix minutes avec Gisèle. Si vous voulez que…
— Avec Gisèle ? Continuer la lecture de Gisèle ! (9)

Dans le monde de l’édition (22)

Scores 

En ce 12 octobre 2023, les scores atteints par mes trois livres publiés sur Amazon sont les suivants :

Blind dinner : 43
La Mitro : 18
Histoire de Dashiell Stiller : 17

Pour ces mêmes livres, les nombres d’avis publiés sur Amazon sont les suivants :

Blind dinner : 10
La Mitro : 5
Histoire de Dashiell Stiller : 1

 

 Hall of fame 

Je tiens à remercier très vivement les amis, la familles et les lecteurs anonymes pour les Continuer la lecture de Dans le monde de l’édition (22)

Gisèle ! (8)

(…) « Quoi encore ? Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi vous rigolez ?
— Mais je ne rigole pas, je tousse. On a le droit de tousser quand même ! Dites, vous ne pourriez pas ralentir un peu, s’il vous plait ? Je me suis fait très mal au bras tout à l’heure…
— On n’a pas le temps. Faut se grouiller ! Et puis, mal au bras, ça empêche pas de marcher, je présume…  »
Et Gustave avait repris sa marche inexorable vers les lumières de la station.
            …Gustave, gros con ! gros con ! gros con !…
Bernard le suivait en ricanant et ça lui faisait du bien.

Une heure a passé. Bernard est assis dans la cafétéria, le plus près possible d’un radiateur brûlant. Juste à côté, il a étalé son manteau sur une chaise sous laquelle une petite flaque est en train de se former. Il a enlevé ses mocassins et les a posé sur le radiateur, puis il s’est laissé tomber dans un petit fauteuil et il a posé ses pieds sur une conduite de chauffage. Il est trempé de sueur et de neige fondue. Sa veste lui semble peser vingt kilos et son pantalon lui colle aux mollets. Il a mal au bras, il s’est vaguement tordu un genou en sautant de la coulée de neige et ses pieds commencent à le bruler. Il se sent misérable.

…quel con, non mais quel con ! pourquoi j’ai sauté comme ça ? pourquoi j’ai sauté comme un con au lieu de le suivre, ce gros connard de Gustave ? c’est parce que je suis con, parce que ça me faisait vingt mètres de plus à faire, que j’ai voulu couper au plus court et que je suis con ! et maintenant j’ai mal au genou… encore heureux que ce soit pas du même côté que le bras… ouais, encore heureux ! mais qu’est-ce que je raconte, moi ? en quoi c’est mieux que ce soit pas du même côté que le bras ? qu’est-ce que ça peut foutre que j’ai mal à la jambe droite ou à la jambe gauche ! quel con ! non mais quel con ! Et Gustave… quel salaud !… Continuer la lecture de Gisèle ! (8)

Désintoxication

Demain, pour la deuxième fois en dix ans, et en guise de cure de désintoxication, le Journal des Coutheillas ne vous proposera aucun article. La page restera blanche toute la journée.
Si le manque devient trop fort, vous pourrez toujours remonter dans le temps et relire de vieux articles.
Vous pourrez aussi cliquer sur la page PUBLICATIONS ; ça pourrait vous donner des idées de lecture.