Gisèle ! (7)

(…) Il se penche dans la voiture pour attraper son téléphone — douleur — il s’extrait de l’habitacle avec prudence, claque la portière avant, ouvre la portière arrière — douleur — attrape d’une main son manteau — douleur — enfile le bras valide dans une manche, puis l’autre bras — douleur, douleur — claque la portière arrière en la poussant avec la hanche, va au coffre, l’ouvre, en sort sa valise à roulette de la main gauche et referme le coffre en le claquant dans un grand mouvement du bras droit. Aïe ! Il avait oublié — douleur, douleur, douleur !

…la vache ! qu’est-ce que ça fait mal ! j’ai vraiment dû me casser quelque chose… merde, les clés ! j’ai oublié les clés à l’intérieur !…

Il retourne à l’avant, ouvre la portière de la main gauche, se penche à l’intérieur pour tenter d’atteindre les clés, impossible sans entrer dans la voiture, se résigne à s’asseoir au volant, tend le bras vers les clés — douleur — les attrape et s’extrait finalement de l’habitacle sans trop de peine. Il est en nage, il est essoufflé, il a mal au bras ; sous la veste et le manteau, la transpiration plaque sa chemise glacée contre sa poitrine. Il s’appuie contre la voiture. Il voudrait se laisser glisser au sol, s’asseoir par terre, dans la neige.  Il voudrait que quelqu’un vienne, qu’on lui parle gentiment, qu’on lui apporte un café chaud, une couverture, qu’on lui dise que tout va s’arranger, que tout va aller bien…
« Eh alors ! Ça vient, oui ? » Continuer la lecture de Gisèle ! (7)

On est toujours trop bon avec les femmes

morceau choisi 

Zazie dans le Métro“ est certainement le roman le plus célèbre de Raymond Queneau. Mais pour moi, ce n’est pas le meilleur. Le meilleur, le plus drôle, c’est “On est toujours trop bon avec les femmes“ édité en 1947, réédité plus tard avec “Le Journal intime de Sally Mara“ pour former “Les oeuvres complètes de Sally Mara“.
La scène se passe à Dublin au début de la révolution irlandaise de 1916. L’armée britannique va attaquer la Grande Poste de Dublin, occupée par les Républicains. Ph.C.

Le Furious s’embossa quelques yards en aval d’O’Connell bridge. Sur l’ordre du commodore Cartwright, les canons furent prêts à canonner. Mais il avait toujours quelques répugnance à les servir, non qu’il se refusât à écrabouiller des rebelles papistes et républicains, mais ce bureau de poste, parfaitement laid, graisseux et sordide en son architecture fonctionnaire et presque dorique, ce bureau de poste évoquait pour lui l’attachante personnalité de sa fiancée, Miss Gertie Girdle avec laquelle il devait de plus (et désirait) se marier dans un délai très proche afin de consommer avec elle l’acte quelque peu redoutable pour un garçon chaste, l’acte étrange dont les péripéties occultes amènent une jeune gonzesse de l’état virginal à l’état prégnant.
Cartwright hésitait donc. Ses matelots attendaient ses ordres. Soudain, une demi-douzaine d’entre eux s’étalèrent sur le pont et deux autres basculèrent par-dessus le bastingage pour piquer une tête sanglante dans la Liffey. Il ne s’était pas méfiés. Kelleher en avait eu marre, de voir ces silhouettes si sûres d’elles. Sa mitrailleuse fonctionnait très bien. 

Raymond Queneau – On est toujours trop bon avec les femmes – 1947

Gisèle ! (6)

(…) L’homme saute à terre, verrouille la portière du camion, passe son sac en bandoulière et dans un grand mouvement d’épaule, il le fait valser dans son dos et commence à s’éloigner. En quatre pas précipités, Bernard l’a rejoint :
— Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Qu’est-ce qu’on va faire ?
Le routier s’arrête et fait face à Bernard.
— Vous, je sais pas ; moi, je vais à la station ; il doit faire chaud là-bas, il y a un bar, il y a de quoi manger. Y a même des douches !
— Ben, et moi ? Vous n’allez pas me laisser là…

Bernard se sent comme un enfant, perdu. Il sait bien qu’il est ridicule, qu’il ne devrait pas se comporter comme ça, mais il n’a jamais vécu de situation de ce genre. Dans sa vie, tout a toujours été réglé, attendu. Sur la route, il n’a jamais eu le moindre pépin, pas une seule panne, même d’essence, pas un contrôle de vitesse, rien. Ah si ! Il se souvient maintenant : le pneu crevé à la sortie de Grenoble. C’était il y a longtemps ; il était presque minuit ; ils sortaient d’un diner chez les Vidal, des cousins de Gisèle. C’était la première fois qu’il crevait un pneu. Il avait fallu tout sortir, le manuel, le cric, la roue de secours, découvrir comment on change une roue ; et tout ça dans la nuit, le froid et la bruine, avec tous ces camions qui passaient à toute allure en secouant la voiture tellement ils la frôlaient ; c’était Gisèle qui lisait le manuel et qui lui criait les instructions depuis l’intérieur de la Mégane… un sale moment… Continuer la lecture de Gisèle ! (6)

Rendez vous à cinq heures : souvenir de cinéma (41)

La page de 16h47 est ouverte…

Le cercle des poètes disparus
Peter Weir – 1989

Robin Williams, Ethan Hawke,
un grand film

Il y aura bientôt deux ans, je vous avais fait profiter d’une performance d’acteurs dans la scène du YAWP de ce grand film. Voici maintenant une scène classique dans le cinema américain, celle de l’adieu du chef à sa troupe. Ne faites pas le blasé et admettez que cette scène vous avait ému il y a 33 ans et qu’elle vous émeut encore. Ou alors admettez que vous êtes devenu une buche.

O Captain !  My captain !

 

 

 

Gisèle ! (5)

(…) « Vous avez pu voir ce qu’il y a devant ? demande Bernard. Vous croyez qu’on va pouvoir passer ?
— Y a plus de trois mètres de haut de neige jusqu’à l’entrée de la station, répond le chauffeur. Ça fait une bonne centaine de mètres. Vous croyez qu’on va pouvoir passer, vous ? Peut-être qu’avec un peu d’élan… Qu’est-ce que vous en pensez ? »
La réponse était plutôt narquoise, mais Bernard ne s’en est pas rendu compte.
— Mais, il faut absolument que je passe ! supplie Bernard. J’ai un rendez-vous très… »

Mais Bernard n’achève pas. Ça ne sert à rien de gémir auprès du routier. D’ailleurs le type ne l’écoute même plus. Il est remonté dans sa cabine, il a claqué la portière et maintenant il s’agite autour de ce qui doit être son émetteur radio. « La CiBi, ils ont tous un truc comme ça, pense Bernard. » Il se sent tout petit auprès de ce grand type, avec son bonnet de laine noire roulé au bord, son gros anorak vert aux manches orange, sa petite barbe, son pantalon plein de poches et ses grosses chaussures. Il voudrait monter avec lui dans la cabine, il voudrait lui demander de lui dire ce qu’il faut faire, de le protéger… Mais il n’ose pas. Il ne voudrait surtout pas l’agacer ; il ne faudrait pas que le type l’envoie balader ; ce serait couper les ponts avec la seule personne qui pourrait l’aider. Alors, au pied du tracteur, les yeux levés vers la vitre de la cabine, Bernard attend. La neige fond autour de ses chaussures qui Continuer la lecture de Gisèle ! (5)

Rendez-vous à cinq heures en auto-stop (2)

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Bernard Schaefer a beaucoup pratiqué l’auto-stop. Il nous fait part de quelques unes de ses expériences. En voici une nouvelle entre Caen et Flers.

L’habit fait-il l’autostoppeur ?

La tenue de l’autostoppeur est constituée souvent de vêtements et de chaussures de marcheur, sans grande originalité, et d’un sac à dos ou d’une grosse musette ; l’autostoppeur tient parfois à la main un panneau indiquant sa destination, cela plutôt en période de vacances. La présente anecdote est celle d’un cas différent, celle de quelqu’un testant l’hypothèse de l’autostoppeur en costume-cravate avec un attaché-case, hors période de vacances. Comment en suis-je arrivé là ? Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures en auto-stop (2)

Rendez-vous à cinq heures avec de la fièvre

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RITA MORENO !!!

Vous vous souvenez du Muppets show ?

Rita Moreno, l’explosive égérie des Sharks de West side story, a aujourd’hui (ou demain) 92 ans. La voici dans toute sa splendeur invitée dans le Muppet Show. Elle chante ici Fever, morceau rendu célèbre par la fameuse interprétation de Peggy Lee, une des rares chanteuses de jazz blanches. Son interprétation est calquée sur celle de Peggy Lee, mais perturbée par un batteur fou qui en fait un peu trop.

FEVER