La photographie selon Calvin

Cet article du Journal de Lorenzo (suite) qu’il nous a proposé hier aborde en trois parties deux sujets distincts, tous deux relatifs à l’art. Le premier concerne la photographie et le second la littérature, deux domaines de l’art dans lesquels Lorenzo exerce ses talents, parfois ici même.

Aujourd’hui, mon commentaire ne traitera que de la première partie de l’article, celle qui abordait la question de la photographie en « noir et blanc » et en couleur et, qu’après une première lecture, j’avais trouvée passionnante. Historique et paradoxale, elle avait de quoi attirer l’esprit ignorant mais curieux qui est le mien.

Ainsi donc, selon Lorenzo, ce que personne ne soupçonne c’est le fait que le noir et blanc des photographies de l’ancien temps résulte d’une part, et c’est logique,  des limites de la technique de l’époque, mais aussi, et c’est là que ça devient intéressant, d’un « choix arbitraire entre plusieurs possibilités, une infinité même, de transformer les couleurs en noir et blanc »

Et là, comme le faisait si bien Desproges, je me dis « Étonnant, non ? » Et puis, soudain, comme aurait dit le même, « le doute m’habite ». L’auteur (Lorenzo) a-t-il voulu dire Continuer la lecture de La photographie selon Calvin →

Journal de Lorenzo, suite

Mon dernier taureau n’est pas encore né (devise du toréador)
Quand on vieillit, la voiture ne sert plus qu’à aller chez le médecin et le petit déjeuner à avaler ses médicaments

Dire qu’il n’y a pas de « vrai » noir et blanc en photographie peut sembler provocateur de la part d’un photographe. Pourtant, c’est vrai. Nous avons grandi avec le noir et blanc qui était alors la seule expression possible en photo, voire au cinéma pour les plus anciens. Tous les grands photographes le sont devenus grâce à lui. Pour peu qu’on s’y intéresse, on est tous capables de juger la qualité technique d’une photo en noir et blanc sur ses caractéristiques comme le contraste, la profondeur des noirs, les nuances de gris allant du clair au sombre, etc … C’est parce que nous en avons vu des milliers que nous avons retenu inconsciemment ces critères de qualité qui nous permettent de les apprécier.

Ce qui est étrange, et que personne ne soupçonne, c’est que le noir et blanc Continuer la lecture de Journal de Lorenzo, suite →

Go West ! (64)

(…)
— Écoute, tu as l’air mort de fatigue, tu es sale, tes vêtements sont couverts de poussière… on dirait un clochard. Personne ne te prendra jamais en stop dans cet état, et puis, tu te feras vite arrêter par les flics, même s’ils ne te recherchent pas particulièrement.

— Je sais, mais qu’est-ce que je peux y faire ?
Je lui ai dit ça dans un soupir en prenant mon air d’épagneul. Si elle pouvait m’abriter un peu, juste pour cette nuit par exemple…
Sans prendre le temps de réfléchir ni même faire semblant, comme si elle avait pris sa décision depuis longtemps, et tout en commençant à bander ma main, elle dit :
— Bon, écoute, Jay…

J’ai dit tout à l’heure que mes trois jours à Barstow étaient les plus étranges que j’ai jamais passés de toute ma vie. Mais, à la réflexion, « étranges » n’est peut-être pas le mot qui convient. Alors, comment qualifier ces trois jours ? De bizarres, d’insolites, d’extraordinaires, d’intenses, d’inhabituels ?
Inhabituels ? Certainement, parce qu’à l’époque, je n’avais jamais rien vécu de tel et que rien de tel ni même d’approchant ne m’est jamais arrivé depuis. Jours extraordinaires ? Dans le sens littéral, oui, hors de l’ordinaire, bien sûr, mais extravagants aussi, et surprenants, pas mal. Insolites ? Forcément, comme certaines découvertes peuvent l’être. Bizarres ? Je l’avoue, quelques fois. Encore aujourd’hui, il m’est impossible de qualifier ces jours d’un seul mot. Alors finalement, si « étrange » recouvre les mots que je viens de citer et si, à l’étrangeté, on ajoute une touche de joie et une nuance de plénitude, alors oui, les trois jours de Barstow ont été étranges.
Pour mieux comprendre ma surprise, il faut se rappeler qu’en cet été 62, je n’avais pas encore vingt ans et que mon expérience des femmes Continuer la lecture de Go West ! (64) →

An audience with Peter Ustinov

Peter Ustinov (1921-2004) fut un homme extraordinaire : conteur, britannique, comédien, écrivain et metteur en scène de théâtre, acteur, scénariste et producteur de cinéma, ambassadeur de l’UNICEF, d’origine russe, fils d’espion, animateur de télévision, anobli par la Reine Elisabeth II, réfugié fiscal en Suisse et bien d’autres choses encore.  

Il fut surtout et toujours un humoriste anglais pur jus. Si vous n’avez jamais vu Peter Ustinov dans ses oeuvres, je vous laisse regarder sa conférence de 1988 devant un aréopage de comédiens et de personnalités anglo-saxonnes dont vous reconnaîtrez sûrement quelques unes. Cette conférence est une perle absolue. 

J’oubliais : Continuer la lecture de An audience with Peter Ustinov →

Du côté des tennis

Les tennis du Luxembourg sont fermés depuis le mois de mars 2023. Cinq mille adhérents sur le carreau, contraints de se rabattre sur la pétanque dans la partie humide du jardin, sur la boxe franco-thai du coté du Musée ou sur les échecs du coté de l’Orangerie, les régates de voiliers sur le bassin leur étant interdites pour dépassement de la limite d’âge. 

Et pourquoi cela, s’il vous plait ? Les courts ne seraient-ils plus en état ? Pas du tout. Le bruit des balles empêcheraient-il  les sénateurs de faire leur sieste. Plus depuis qu’on leur a mis du triple vitrage à cet effet. Les ahanements nadaliens de certains joueurs ou joueuses viendraient-ils troubler les âmes prudes  de passage ? Absolument pas, ces dernières ayant Continuer la lecture de Du côté des tennis →

Les sept cadeaux de Noël

Bonjour à tous,

C’est bientôt Noël. Vous êtes dans la panique habituelle et, comme l’année dernière et les années précédentes,  vous vous dites encore une fois :« Que vais-je pouvoir offrir cette année pour éviter le traditionnel Prix Goncourt ou la sempiternelle boîte de chocolats ? »

Ne cherchez plus. La réponse est là, devant vous : les livres de Philippe Coutheillas (c’est moi), auteur officiel du Journal des Coutheillas. Sept pépites littéraires, sept bonnes raisons de faire plaisir, et surtout, sept façons d’être original sans vous fatiguer.

Voici le programme : Continuer la lecture de Les sept cadeaux de Noël →

Les journées de Monsieur Lambert

Ce texte est de Marie-Claire.
Sa première publication remonte au 19 novembre 2016

Monsieur Lambert est ponctuel, c’est une qualité que sa femme lui reconnaît. Il ne se permet pas de flâner, la vie dans la maison est réglée comme ça, pas de temps perdu, pas de laisser-aller, une efficacité maximum. Même les enfants, un garçon et une fille, subissent cette loi et Madame Lambert en est fière.

Comme d’habitude, elle le regarde partir au bureau. Il est huit heures, il décroche sa gabardine du portemanteau, Il l’enfile, enroule son écharpe autour de son cou, prend son attaché-case, crie « A ce soir » à sa femme et claque la porte. Il a pris soin, avant de partir, de ramasser sa carte orange sur la console de l’entrée et de la mettre dans sa poche. Continuer la lecture de Les journées de Monsieur Lambert →

Une Américaine à Paris

La parution dans le JdC du 26 octobre 2024 (un quotidien chrétien de gauche proche de Télérama) d’un commentaire élogieux envers NRCB (Notre Rédacteur en Chef Bienaimé) a soulevé bien des protestations et suscité une immense jalousie chez l’ensemble de ses lecteurs de sexe masculin. Pour ces maris et pères de famille respectables férus de la Princesse de Clèves, le commentaire de cette jeune et belle américaine venue étudier le portugais à Paris revêtait tous les caractères d’une véritable déclaration bien qu’il ne s’agissait, en théorie, que d’un remerciement un peu appuyé quand même pour l’aide décisive apportée par NRCB à la révision de ses cours. Selon Paddy qui avait traduit en albanais pour La Cause Ouvrière de Tirana les fameuses Lettres de la Religieuse Portugaise, la ressemblance littéraire était troublante même si certaines imprécisions grammaticales traduisaient les tâtonnements, si l’on peut dire, de l’étudiante en portugais et de son mentor parisien. Continuer la lecture de Une Américaine à Paris →

Go West ! (63)

(…) Nancy n’a pas dû remarquer mon gémissement car, sans un mot, elle me tourne le dos et marche vers la silhouette sombre de la maison. Je reprends mes esprits et commence à marcher derrière elle quand je réalise que je ne porte plus mon sac. Vite, je retourne le chercher près de la voiture derrière laquelle je m’étais caché et je repars en courant vers la maison. Je rejoins Nancy sous la véranda au moment où elle pénètre dans la maison.
C’est ainsi qu’ont commencé les trois jours que j’allais passer à Barstow.

La porte d’entrée donne directement sur une grande pièce qui sent le tabac froid. J’en devine les contours à la lumière bleue d’un poste de télévision allumé et silencieux. Sur l’écran, les héros de Bonanza s’agitent en noir et blanc. Nancy allume le plafonnier central et aussitôt la pièce rapetisse. Comme dans d’innombrables maisons américaines, elle fait office de salon, de salle à manger et de cuisine. Elle est meublée sobrement, d’un mobilier moderne et bon marché, dans un style utilitaire et involontairement danois. Le téléviseur, adossé à une baie vitrée, fait face à un canapé aux sévères formes anguleuses recouvertes d’un froid tissu vert pomme. Devant le canapé, Continuer la lecture de Go West ! (63) →

Je ne crois pas qu’ils prendront Varsovie

A propos des jugements mondains ou populaires que l’on entend prononcer sur tout et partout  — y compris ici et par moi-même — voici un extrait du dernier volume de « A la Recherche du temps perdu », « Le Temps retrouvé ».
A travers les propos de Mme de Forcheville, anciennement Odette Swann, anciennement Odette de Crécy, cocotte de luxe, l’auteur se moque des avis subtils et définitifs que les gens émettent avec le plus grand sérieux sur le sujet de l’époque, à savoir la Première Guerre Mondiale. 

Il (Monsieur de Charlus) finit par une remarque juste : « Ce qui est étonnant, dit-il, c’est que ce public qui ne juge ainsi des hommes et des choses de la guerre que par les journaux est persuadé qu’il juge par lui-même. » En cela M. de Charlus avait raison. On m’a raconté qu’il fallait voir les moments de silence et d’hésitation qu’avait Mme de Forcheville, pareils à ceux qui sont nécessaires, non pas même seulement à l’énonciation, mais à la formation d’une opinion personnelle, avant de dire, sur le ton d’un sentiment intime : « Non, je ne crois pas qu’ils prendront Varsovie » ; « Je n’ai pas Continuer la lecture de Je ne crois pas qu’ils prendront Varsovie →