Archives par mot-clé : Philippe

Journal de Campagne (5) : Sur le ring

Jordan Bardella, bien conseillé, continue son entreprise de séduction destinée au électeurs républicains de droite et de centre-droit. (Je ne pense pas que ceux du centre et du centre gauche puissent être atteints par la manoeuvre RN). Il recule ou temporise sur les mesures les plus couteuses de son programme, il annonce la dissolution des organisations violentes, tant d’ultra droite que d’ultra gauche. Raisonnable, impartial, voila comment il tente de se présenter.
Par ailleurs, il annonce qu’il ne sera Premier Ministre que s’il dispose d’une majorité absolue.
Moi qui clame depuis un mois ou plus que Bardella ne sera pas premier ministre, avec ou sans victoire du RN, je commence à me demander s’il n’est pas en train de reculer devant la tâche, tant celle-ci a de quoi effrayer n’importe qui, et particulièrement un homme si jeune et si peu formé. 

De l’autre coté du ring, le NFP adopte la tactique inverse. A l’initiative de LFI, il radicalise son programme économique, ses positions sociétales et ses nominations électorales. Ce qui est étonnant, mais explicable, c’est qu’il entraine dans ce mouvement ses alliés du NFP sans qu’ils protestent le moins du monde. Cette tactique Continuer la lecture de Journal de Campagne (5) : Sur le ring

Histoire de Dashiell Stiller (extrait)

Lundi 26 octobre 1942

Premier jour de mon journal. Ça fait trois mois que je suis là mais c’est juste aujourd’hui que je commence. C’est Claude qui m’a dit de le faire. Il m’a donné des raisons pour ça : pour m’occuper et pour me souvenir plus tard. Mais moi, je commence à le connaître, Claude. Je l’aime bien, il m’a sauvé la mise une fois. Mais c’est un révolutionnaire, c’est plutôt un agitateur qu’un mouton. J’ai compris que ce qu’il voudrait vraiment c’est pour plus tard qu’il y ait des témoignages, des gens qui racontent ce qui se passe vraiment ici. Vu comme c’est parti, c’est probable que dans pas très longtemps, des gens, il y en aura plus beaucoup. Mais des trucs écrits, si on les cache bien, avec un peu de chance, ça pourra être retrouvé plus tard quand tout sera fini.
Donc voilà : un peu pour lui faire plaisir, un peu pour m’occuper, j’ai décidé de commencer mon journal. Bon mais là, j’ai plus le temps. Il va bientôt faire jour.

Mardi 27 octobre

Avant de commencer à raconter ce qui se passe dans le camp, Continuer la lecture de Histoire de Dashiell Stiller (extrait)

Journal de Campagne (4) : Pourquoi ? Parce que !

Pourquoi assommè-je les gens avec mes interrogations, mes affirmations, mes anathèmes, mes colères et mes lamentations sur ce qui se passe ? 

Pourquoi ? Parce que je suis dans un état de rage qui me ramène brutalement et irrésistiblement à l’exutoire de mon clavier plusieurs fois par jour. 

Pourquoi ? Parce que, sur une initiative incompréhensible, un vote censé être européen a déjà bouleversé l’équilibre national, alors qu’il ne changera pratiquement rien à l’équilibre pré-existant à l’Assemblée européenne.

Pourquoi ? Parce que je suis furieux que moi, vous, nous, les autres et mon pays tout entier soyons conduits au choix qui se dessine, le choix entre extrême droite et gauche révolutionnaire. 

Pourquoi ? Parce que ça me rend fou que ce pays qui fut si longtemps Continuer la lecture de Journal de Campagne (4) : Pourquoi ? Parce que !

Les trois Marius

Il y eut d’abord les Trois Horaces, puis les Trois Curiaces. Un jour, vinrent les Trois Mousquetaires, les Trois Stooges, Les Trois lanciers du Bengale, sans compter les Trois premières fois. Parmi ces trios célèbres viennent se placer les Trois Marius. Voici le pourquoi et le comment dans un texte déjà diffusé le 22 novembre 2016. 

Dans Cinématurgie de Paris, un livre que j’ai déjà eu l’occasion de vous recommander, Pagnol raconte comment la version de sa fameuse pièce de théâtre Marius fût finalement tournée telle que vous l’avez vue. .

La pièce connaissait un énorme succès, jouée sans interruption depuis deux ans par Raimu, Fresnay, Charpin, enfin ceux que vous connaissez.
Bob Kane, patron de la Paramount en France voulait tourner la pièce, mais il considérait que des comédiens de théâtre n’étaient pas capables de jouer dans un film parlant, ou plutôt incapables d’attirer le public.
Les noms des acteurs qu’il citait pour tourner le film ne vous diraient rien ou pas grand-chose aujourd’hui, mais c’étaient ceux de véritables vedettes du cinéma de l’époque.
Pagnol se battit très fort pour imposer les comédiens qui jouaient sa pièce et il obtint gain de cause. Voici ce que lui dit Kane (La scène se passe en 1931 et c’est Pagnol qui raconte) :

 » –Voici, me dit-il, ce qui est convenu. Tu seras le superviseur de la production française, et tu auras pour collaborateur Alexandre Korda. Le film sera joué par tes acteurs puisque tu y tiens. De plus j’accepte de te donner des droits d’auteur sur les recettes, ce qui me vaudra de vifs reproches télégraphiques de la part d’Hollywood. Mais, en échange de ces sacrifices, tu m’autorises à tourner comme il me plaira une version allemande et une version suédoise de ton film. Je ferai, pour ces versions, les coupures qui me paraitront nécessaires, je choisirai les acteurs à mon goût, je changerai le titre, bref, tu me laisses une entière liberté. Es-tu d’accord ? Continuer la lecture de Les trois Marius

Journal de Campagne (3) : Questions sans réponse

Comment Macron a-t-il pu prononcer la dissolution ? Et pourquoi ? Je cherche encore à comprendre mais, malgré ma bonne volonté, je n’y arrive pas. 

Comment des socialistes ont-ils pu mettre leur signature en bas de l’invraisemblable programme du NFP ? 

Comment ont-ils pu se mettre sous la houlette du dictateur à tendance stalinienne qui est à la tête de LFI alors que leurs positions sur des sujets fondamentaux sont totalement incompatibles avec celles de Mélenchon ? 

Finalement, il était bien socialiste, Glucksmann, comme les autres. Après avoir raté le coche de la fondation d’un nouveau Parti socialiste, il a mangé son chapeau comme les autres. Il a avalé sa couleuvre, il a signé et il s’est rangé derrière le Lider Massimo, comme les autres.

Encore plus lamentable, mais moins surprenante : la candidature de François Continuer la lecture de Journal de Campagne (3) : Questions sans réponse

Journal de Campagne (2) : Bardella masqué, PS disqualifié, Éléphants silencieux, Glucksman cocufié

La dernière fois que j’ai lancé un journal de campagne, c’était, en jouant sur le mot campagne, au début du Covid’s confinement. Sous la menace de cette grave crise sanitaire, je l’avais fait dans un esprit charitable dans le but de distraire et d’occuper mes légions de lecteurs et de les faire sourire sous leur masque chirurgical. L’initiative avait rencontré un certain succès, principalement d’estime, mais un succès quand même. 

Aujourd’hui, confronté à une nouvelle menace, politique cette fois mais tout aussi grave, du moins sur le plan hexagonal, je vais tenter encore une fois un Journal de Campagne, d’un autre genre il est vrai. 

Avec ce journal, mon intention n’est pas de vous distraire, mais de vous foutre une sacrée trouille, une frousse telle que vous ne puissiez pas vous en sortir autrement qu’en vous opposant par tous vos moyens au RN et au Front populaire. 

1-Jordan Bardella, le neveu idéal, habillé-coiffé comme Jacques Chirac, lâche déjà certaines des propositions qui lui ont permis d’atteindre 32 %.
Les journalistes commentent :  J. B. se démarque de Marine Le Pen …
Il se démarque ? Et alors ? Croyez-vous qu’il soit vraiment possible de se démarquer de MLP sans subir son fouet ? Non bien sûr. JB se démarque sur ordre, en plein accord. Je l’ai déjà dit : le RN ne change pas, il avance masqué. 

2-Que les Verts fassent n’importe quoi, on en a l’habitude. Et en plus, on s’en fout. Que le PS s’allie au PC, on ne s’en fout pas, mais on l’a déjà vu, sous Blum, sous Mitterrand. Ça n’a pas été rigolo mais ça n’a pas duré. Et puis, il faut bien l’admettre, même si ça m’écorche un peu : le PC, lui, a changé.
Mais que le PS s’associe à nouveau avec LFI et maintenant avec le NPA est un reniement honteux et disqualifiant. 

3-Plus grave encore : jusqu’ici, on a pas beaucoup entendu Continuer la lecture de Journal de Campagne (2) : Bardella masqué, PS disqualifié, Éléphants silencieux, Glucksman cocufié

Journal de Campagne (1) : suivre la piste des éléphants

Il y a eu un drôle de débat hier soir sur LCI à propos des démêlés du match Ciotti – Les Républicains

Avec l’aide de quelque sondeur ironique et opinant du chef,  Natacha  Polony soulignait pour le regretter  le décalage politique existant entre les « barons » LR  et les sympathisants de ce parti. 

Une remarque préliminaire et sémantique en passant : on notera que, pour désigner les personnes qui comptent dans un parti politique, il est convenu d’utiliser soit le mot « baron » soit le mot « éléphant ». On remarquera la connotation de sympathie dans l’utilisation du nom de cet animal imposant et respecté, par opposition à l’utilisation d’un titre de noblesse, déjà par essence anti-républicain et finalement assez bas dans la hiérarchie aristocratique. 

Pour revenir au décalage souligné par la directrice du magazine souverainiste Marianne, il réside en ceci : Continuer la lecture de Journal de Campagne (1) : suivre la piste des éléphants

État de choc

État de choc… La France a voté. La moitié de la France, mais ça revient au même.

État de choc… si je suis en état de choc, ce n’est pas du fait du résultat des élections européennes ; ils étaient attendus et, en gros, les sondeurs avaient raison. État de choc… C’est vrai que cette carte de France des résultats par département publiée par le Figaro, entièrement bleu foncé, la couleur attribuée au RN, a quelque chose de terrifiant. Mais finalement sans surprises, les résultats peuvent provoquer de la tristesse, de l’accablement, de la colère, de la gène, de la honte, mais un état de choc ?  Non. Et pourtant, j’y suis.

Le mien est dû à l’annonce de la dissolution de l’Assemblée Nationale. Brutale, sans ménagement, précipitée, probablement néfaste… Personne n’y croyait, à la dissolution, le RN encore moins que les autres. C’est pourquoi il l’avait réclamée, sans espérer et surtout sans vouloir l’obtenir. Ils l’ont. Nous l’avons. Vous Continuer la lecture de État de choc

La nuit des Roggenfelder (extrait)

Au lieu de lire cet extrait d’un texte érotique et transalpin déjà publié, vous feriez bien mieux d’aller voter…

(…) et tout en la regardant intensément dans les yeux, de ma main restée libre, je lui pris un sein et le serrai. Je fus surpris par sa douceur. Tandis qu’une tendre tiédeur gagnait la paume de ma main, je pensais que j’étais perdu : elle allait me gifler, ou crier, ou s’échapper pour courir jusqu’au refuge et me dénoncer à mes camarades horrifiés, je serais chassé sur le champ du refuge et de Sankt-Johann et je rentrerais chez mes parents couvert de honte…
— Non, Franz, dit Tavia en écartant doucement ma main de sa poitrine.
J’étais sauvé ! Elle n’allait pas me dénoncer… Et puis elle ajouta :
— Pas maintenant…

Pas maintenant ? Qu’est-ce que ça voulait dire pas maintenant ? Continuer la lecture de La nuit des Roggenfelder (extrait)

Une affaire de taille

Rediffusion d’un texte publié pour la première fois le 29 mai 2016.

Je vais vous raconter une histoire. C’est une histoire vraie. Il n’y a aucun doute sur sa véracité. Elle a été rapportée par l’un de ses intervenants. Et pas n’importe lequel ! Un prix Nobel ! C’est dire combien cette histoire ne peut qu’être vraie.

Quand il s’agit d’une histoire courte et vraie, on a l’habitude de parler d’anecdote. Voici donc une anecdote. Continuer la lecture de Une affaire de taille