Journal de Campagne (1) : suivre la piste des éléphants

Il y a eu un drôle de débat hier soir sur LCI à propos des démêlés du match Ciotti – Les Républicains

Avec l’aide de quelque sondeur ironique et opinant du chef,  Natacha  Polony soulignait pour le regretter  le décalage politique existant entre les « barons » LR  et les sympathisants de ce parti. 

Une remarque préliminaire et sémantique en passant : on notera que, pour désigner les personnes qui comptent dans un parti politique, il est convenu d’utiliser soit le mot « baron » soit le mot « éléphant ». On remarquera la connotation de sympathie dans l’utilisation du nom de cet animal imposant et respecté, par opposition à l’utilisation d’un titre de noblesse, déjà par essence anti-républicain et finalement assez bas dans la hiérarchie aristocratique. 

Pour revenir au décalage souligné par la directrice du magazine souverainiste Marianne, il réside en ceci : la grande majorité des « barons » LR est farouchement opposée à toute alliance avec le RN tandis que 50% des sympathisants de ce parti y sont favorables. Les éléphants viennent de le démontrer. Natacha Polony a manifesté sous diverses formes et à plusieurs reprises ses critiques envers les premiers, usant pour les qualifier les habituels et journalistiques syntagmes figés de « hors sol », « déconnectés de la réalité », allant même jusqu’à ironiser sur leur parcours à pied (sic) des rues du 7ème arrondissement de Paris à la recherche d’un lieu de réunion, etc…

Si l’on est certain de recueillir l’assentiment d’un auditoire dès que l’on commence à ridiculiser un homme politique, il faut quand même réaliser que la positon de N.Polony revient a dire qu’un homme politique, sénateur, député, maire, se doit de suivre son électorat dans ses évolutions. Autrement dit, si son électorat tourne raciste ou xénophobe ou populiste ou tout à la fois, l’homme politique doit le suivre ; si son électorat est favorable à une alliance avec le diable, l’homme politique doit s’y résoudre. 

Drôle de conception de la politique, conception purement électoraliste et politicienne, que les hommes politiques de bas niveau n’ont que trop tendance à suivre dans le but de conserver leur siège. 

Le rôle d’un homme politique ne serait-il pas plutôt, devant les dérives évidentes de l’opinion de son électorat, de le guider plutôt que de le suivre, de lui faire entendre la voix de la raison et de l’humanisme, tout au moins de le tenter,  plutôt que de flatter ses bas instincts naturels ?
La politique ne serait-elle que la traduction et la mise en oeuvre des résultats des sondages ? 

Je ne doute pas que le décalage souligné par N.Polony soit réel. Je ne doute pas qu’il soit connu des éléphants concernés. Alors, moi, je trouve que leur comportement en cette affaire est plutôt honorable.

Et puisque ce matin, nous sommes chez Les Républicains, je ne voudrais pas quitter les lieux sans aborder le cas Bellamy. On a dit chez les LR qu’il avait fait une bonne campagne et le voila vice-président par interim du parti. Malgré les louanges qui lui ont été tressées par les sympathisants LR et au delà et malgré ses violentes critiques à l’encontre de Ciotti Eric-Homer Simpson, je crois qu’il faut quand même se méfier un peu du personnage. Hier soir, lors d’une interview sur la même chaine, pressé par les journalistes de se positionner en cas d’alternative Gauche / Extrême droite, il s’est débattu laborieusement pour ne pas répondre, pour finir par avouer que, pour lui, le véritable ennemi était la Gauche. Par contre, il m’est apparu très nettement que son anti-macronisme était encore plus fort. Tout donne donc à penser qu’en cas de duel FN/Renaissance, il choisirait et recommanderait de choisir le FN, ce qu’il a déjà conseillé lors de deux élections précédentes.

On remarquera enfin que la partie des LR la moins droite dans ses bottes jure que les sympathisants seront consultés sur un accord FN/LR. Si les autres éléphants ne parviennent pas à éviter une telle consultation, il y a fort à parier que la position de Ciotti, sinon Ciotti lui-même, reviendra en force à la surface.

2 réflexions sur « Journal de Campagne (1) : suivre la piste des éléphants »

  1. Comme pas mal de ceux des LR qui ne sympathisent pas avec E.Ciotti, Bellamy ne semble avoir pour programme que l’anti-macronisme. Et bien que Macron ait mis en oeuvre une bonne partie de ce que LR voulait faire, cet anti-macronisme obstiné en toutes occasions est très partagé, chez les éléphants, les barons et les militants. Ça paye, c’est irrationnel mais ça paye chez les électeurs.

  2. C’est à tous les niveaux, dans tous les partis, le bal des faux culs, des retournements de veste, des masques qui tombent. La palme d’or des traîtrises revient cette fois à Marion Maréchal, Éric Ciotti était nominé mais devra se contenter d’une médaille d’argent. Quand j’écrivais dernièrement que je préférerais la franchise d’un Zemmour aux complotistes masqués du RN et maintenant du LR de ne me trompais pas.

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