Archives de catégorie : Textes

Le stockfisch et la méduse

Couleur café 

diffusé pour la première fois le 8 juillet 2014

Le Soufflot, rue Soufflot

 Cet après-midi, je me suis installé tranquillement avec ma canne anglaise et mon iPad à la terrasse du café Soufflot. Il faisait doux et j’avais soigneusement choisi une table à l’extérieur, avec banquette en vannerie perpendiculaire au trottoir. De cette manière, je faisais face au bas de la rue, avec en horizon la cime des arbres du Luxembourg. J’ai commandé mon demi pression à un garçon pour une fois aimable, qui m’a servi dans les deux minutes une bière très comme il faut.

J’ai sorti mon iPad, je l’ai ouvert et je l’ai connecté à Internet par le biais du réseau wifi du bistrot. Ça a marché tout de suite.

Tout allait donc bien, très bien même. J’étais en paix avec le quartier pour ne pas dire avec l’Univers, dans des dispositions d’esprit parfaites pour travailler mon texte sur cette gentille petite scène dont j’avais été le témoin il y a quelques mois dans un autre bistrot, celui du haut de la rue Gay-Lussac, et à laquelle j’avais donné comme titre provisoire: « Le bon, la brute et les enfants ».

J’ai entrepris de relire l’ébauche que j’avais écrite le jour même de la scène.

Et puis, c’est arrivé. J’ai commencé à percevoir la voix Continuer la lecture de Le stockfisch et la méduse →

To be or not to be : what is the question ?

C'est le programme minimum de l'été. 

Alors, on rediffuse :

To be or not to be
Ernst Lubitsch – 1942
Jack Benny, Carole Lombard

Désœuvré comme souvent et libre comme parfois et comme l’air, je passai l’autre jour devant ce qui, pour des générations d’étudiants, restera pour toujours le lieu intime où ils ont découvert l’art du cinéma, Le Champollion. J’ai déjà écrit sur cette salle et je ne vais pas vous refaire aujourd’hui le coup de la nostalgie, mais vous pouvez toujours retrouver l’article que je lui avais consacré en cliquant sur ce lien

https://www.leblogdescoutheillas.com/?p=9313

Donc, je passai devant le Champo. Il devait être 11h40, ou 45 à la rigueur, et la vitrine annonçait pour 12h10 To be or not to be ! Ça devait bien faire quelques années, au moins cinq ou six, que je n’avais pas revu To be or not to be. Alors, un petit tour devant la vitrine de La Compagnie pour passer le temps et hop, au Champollion !

Dans la salle, nous devons être cinq ou six. Si je suis le plus âgé, ça ne doit pas être de beaucoup. Quelques publicités, quelques annonces : La Strada, Buffet froid, Milou en mai… que du beau monde. La salle s’éteint. Continuer la lecture de To be or not to be : what is the question ? →

Offres d’emploi

C’est le programme minimum de l’été.

Alors, on rediffuse :

Le Ministère de l’Administration des Ministères et de la Procrastination de la Réforme de l’Administration recherche plus ou moins activement à pourvoir les postes suivants:

revendeur de trous – vérifieur de certification – certifieur de vérifications – videur intersidéral – remplisseur de boîtes de nuit – entraineur de chaises de jardin – calculateur de π – démonteur d’océans – remonteur de moral – couvreur d’opprobre – corneur de pages – purificateur de cieux – décolleur d’avions – baratineur de beurre – débordeur de vases – avaleur de sable – accompagnateur de téléphérique – écraseur de champignon – intégrateur de zéro à l’infini et au-delà – additionneur de zéros – censeur des aiguilles d’une montre – Continuer la lecture de Offres d’emploi →

Les débuts de Proust et de Flaubert

C’est le programme minimum de l’été, alors, on rediffuse :

C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar.

Avec le « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » du petit Marcel, « C’était à Mégara… » est probablement l’incipit le plus connu de la littérature française. C’est celui du roman Salammbô de Gustave Flaubert.
Je ne vais pas disserter sur cette œuvre puissante et surtout pas tenter de la comparer à la Recherche du temps perdu. D’abord parce que ces deux romans sont incomparables, y compris entre eux. Ensuite parce que je ne suis carrément pas au niveau et, dans ces cas là, j’aime bien dire que je n’ai pas les outils.
Je voudrais simplement faire remarquer les différences qui existent pour moi entre ces deux magnifiques phrases d’entrée qui ne font d’ailleurs que refléter les différences fondamentales de nature entre les deux œuvres.
Avec l’incipit du petit Marcel, vous entrez dans son roman (on dirait aujourd’hui autofiction) par une petite porte, la fragile petite porte du fond du jardin de la maison de Combray, la délicate petite porte de la mémoire. La phrase est courte, simple et inattendue, surtout quand elle suit un titre aussi explicatif que « A la recherche du temps perdu ». Vous êtes tout de suite dans l’intimité du Narrateur qui, avec cette phrase d’introduction, commence à vous expliquer comment chaque soir il se couchait de bonne heure sans pouvoir s’endormir avant que sa mère ne vienne l’embrasser. Avec les trois mille pages qui suivent, vous saurez tout de lui.
Le grand Gustave ouvre Salammbô avec une phrase solennelle : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar« . On est au cinéma, l’hymne de la Twentieth Century Fox vient Continuer la lecture de Les débuts de Proust et de Flaubert →

Pisistrate

Il y a toujours à apprendre des Grecs, surtout des antiques.
Prenez Pisistrate par exemple. Athénien de bonne famille, il vécut de 600 à 527 avant J-C.
Maitre dans l’art d’exciter les passions populaires, il parvint à la Tyrannie en l’an 561 de la manière suivante : blessé accidentellement par son barbier, il se présente devant la foule le visage ensanglanté en prétendant qu’on vient de tenter de l’assassiner.
On le croit, il est pris en pitié et se voit accorder le droit de se faire accompagner partout d’une garde constituée de porte-matraques pour le protéger.
C’est avec cette garde qu’il s’empare de l’Acropole et se fait nommer tyran. Il le restera jusqu’à sa mort à l’âge de 73 ans. Continuer la lecture de Pisistrate →

Ma nuit au Blue Lagoon

C'est le programme minimum de l'été. 

Alors, on rediffuse :

Ça doit faire maintenant plus de cent kilomètres que je suis recroquevillé comme ça à l’arrière de ce gros Toyota qui me ramène vers Iligan. J’ai froid et je commence à avoir mal à la tête. J’ai beau me couvrir le visage avec la chemise en carton de mon dossier, je n’arrive pas à me protéger du souffle glacé de l’air conditionné. Chaque cahot de la piste m’enfonce la barre centrale du siège dans les reins et me cogne le crâne contre l’accoudoir. J’ai chaud, je dois avoir quarante.

Une pluie tropicale s’abat d’un coup sur la route. Bruit énorme sur la carrosserie. Quel pays ! Mais qu’est-ce que je fiche ici ? Je suis fatigué, épuisé, excédé. De temps en temps, je me redresse sur la banquette pour regarder vers l’avant. J’espère y voir les premières lumières d’Iligan. Mais, dans les phares, il n’y a rien d’autre que le déluge et les cocotiers penchés sur la piste. J’ai chaud. Le sang bat dans mes oreilles.

Le 4×4 s’arrête brutalement dans une lumière verte. Qu’est-ce qui se passe ? Un accident? Pourquoi est-ce qu’on avance plus ? Bon sang, je n’en peux plus ! Mais le chauffeur descend de la voiture et vient m’ouvrir la portière. Il dégouline de pluie. Il me sourit.

-Hi Jo !

C’est comme ça Continuer la lecture de Ma nuit au Blue Lagoon →

Mythe et allégorie

C’est le programme minimum de l’été.

Alors, on rediffuse : 

Chacun sait ce que c’est qu’un mythe. Selon Wikipedia, Pic de la Mirandole virtuel, un mythe c’est …

… une construction imaginaire qui se veut explicative de phénomènes cosmiques ou sociaux et surtout fondatrice d’une pratique sociale en fonction des valeurs fondamentales d’une communauté à la recherche de sa cohésion.

Quand on prononce le mot « mythe » devant vous, vous sortez aussitôt votre Antigone, votre rocher de Sisyphe ou votre boite de Pandore. Et si par malheur un malappris vous somme de donner la signification du mythe, la plupart du temps, vous vous lancez dans une explication vaseuse et embarrassée comme quoi c’est la représentation de la révolte de la jeunesse contre l’autorité, l’illustration de la stupidité de l’existence ou l’avertissement du danger qu’il y a braver les interdits des dieux. Vous auriez pu dire tout aussi bien que Sisyphe symbolise la vanité des ambitions humaines, qu’Antigone est l’incarnation du devoir quoi qu’il en coute, et la Boite de Pandore, l’illustration du dicton selon lequel « ce que l’on ne se sait pas ne peut pas vous faire de mal ».
Vous auriez pu dire encore bien d’autres choses en somme, et avec un peu Continuer la lecture de Mythe et allégorie →

Je

C’est le programme minimum de l’été.

Alors, on rediffuse : 

Avertissement
Le titre que vous venez de lire, « Je », annonce un article auto satisfait, égocentrique, suffisant et pas nécessaire. De plus, il ne va probablement pas vous intéresser. Pourtant, je vais quand même vous dire ce que je n’aime pas, enfin pas tout, mais une partie. Si, ensuite, vous acceptez d’aller un peu plus loin dans votre lecture, je vous dirai aussi quelques unes des choses que j’aime.
Maintenant, vous êtes avertis.

Second avertissement

Ce texte a été publié pour la première fois le 31/08/2014. Vous pensez bien qu’en 11 ans, la liste des choses et des gens que je n’aime pas s’est allongée sensiblement, mais pour cette rediffusion, j’ai préféré la version première, juste pour montrer combien mes désamours étaient futiles à l’époque quand on les compare à mes détestations  d’aujourd’hui.

Donc, il y a 11 ans, je n’aimais pas :
– Continuer la lecture de Je →

Imagine

C’est le programme minimum de l’été.

Alors, on rediffuse : 

Institut Imagine, 24 boulevard du Montparnasse, site de l’hôpital Necker-Enfants malades.

Ca fait maintenant une vingtaine de minutes que je rode auprès du bâtiment en cherchant à  m’approcher de l’une de ses façades. La construction qui m’intrigue occupe une bonne longueur du côté pair du Boulevard du Montparnasse mais ne présente aucune entrée ni ouverture de ce côté. De plus, une grille empêche d’approcher la façade. Ça m’ennuie parce que j’ai repéré sur cet immeuble une chose étrange que je voudrais bien vérifier.

Cet immeuble imposant a été achevé il y a quelques mois. La longue et haute façade –peut-être  huit étages- est entièrement constituée de panneaux de verre. Certains sont gris et opaques et d’autres transparents. Sans doute pour égayer ce lugubre damier, la façade ne s’inscrit pas dans un seul plan, mais dans quatre plans d’inclinaisons différentes. Au milieu de ce quartier d’immeubles haussmannien et de constructions parisiennes plus anciennes, c’est du plus bel effet. Bon, mais des immeubles officiels lourdingues avec du verre en façade pour seule originalité, on commence à en avoir l’habitude.
Imagine 1
Je n’ai donc fait que Continuer la lecture de Imagine →