Faut-il ne pas brusquer l’intolérance ?

Morceau choisi (publié une première fois en mars 2017)

(…) C’est pourquoi on ne doit pas transiger avec l’injustice, ni se mettre en position d’attente devant le mensonge, ni faire des concessions à la violence ni sa part à l’intolérance. L’intolérance, par définition, ne compte pas sur des arguments, des « échanges d’idées » avec ses adversaires pour s’imposer, mais sur des positions de force, les seules sur lesquelles elle puisse s’appuyer et qu’elle puisse élargir. S’imaginer que si on évite de la brusquer elle va s’apaiser d’elle-même, c’est s’incliner devant un besoin d’expansion par définition insatiable puisque non fondé en droit ni en raison. Cette naïve tactique est un suicide : les préjugés ne sont jamais reconnaissants. 

J-F Revel, 1960

BLIND DINNER (Extrait)

Ça fait longtemps que je trouve très agaçante cette manie de Renée d’avoir régulièrement chez elle à diner des gens qui ne se connaissent pas. Pourtant, même après toutes ces années, Anne et moi, on n’arrive pas à refuser ses invitations et, deux ou trois fois par an, voilà qu’on se retrouve vers huit heures et demi du soir dans son appartement de la Place des Vosges en compagnie de parfaits inconnus.
Toute la journée, la perspective du diner de ce soir m’avait mis de mauvaise humeur. Quant à Anne, depuis quelques jours, je l’avais trouvée plus maussade que d’habitude sans arriver à en trouver la raison. Y en avait-il seulement une, de raison ? Enfin… les femmes…
Nous roulions en silence Continuer la lecture de BLIND DINNER (Extrait)

Faut-il conduire en état d’ivresse ?

Cet article essentiel a été publié ici même il y a plus de 7 ans. Ne serait-ce que pour la sécurité des lecteurs du Journal des Coutheillas, il est temps de le publier à nouveau.

« Dans le cadre de la lutte contre les idées reçues, voici la traduction partielle d’un article paru récemment aux USA.

Résumé :
Chaque mile parcouru à pied en état d’ivresse est huit fois plus dangereux que le même mile parcouru au volant dans le même état. 

Imaginez que vous soyez à une soirée chez un ami. Il habite à un mile (1,609 km) de chez vous. Vous avez passé une très bonne soirée, probablement parce que vous avez bu quatre verres de vin. Maintenant, la réception se termine et les amis s’en vont. Tout en finissant votre dernier verre, vous extrayez vos clés de voiture de votre poche et brusquement, vous réalisez que c’est une mauvaise idée : vous n’êtes pas en état de conduire pour rentrer chez vous.

Pendant des décennies, nous avons été informés des risques qu’il y a à conduire sous l’empire de l’alcool. Aux Etats Unis, plus de trente pour cent Continuer la lecture de Faut-il conduire en état d’ivresse ?

Chauvin ? Moi ?

Avant-hier, Lorenzo s’étonnait de l’absence de réponse à son commentaire déplacé sur mon séjour enfantin à Rome. Mais moi, que plus grand chose n’étonne, ça m’a laissé froid. Par les températures qui courent, c’est déjà quelque chose.

Plus grand chose ne m’étonne ? Si, quand même : j’ai été surpris de n’avoir suscité avec mon article sur la cérémonie des J. O. que deux commentaires. Intéressantes, certes, ces deux interventions. Bea, qui n’écrit que rarement parce qu’elle réfléchit avant, a tenté gentiment de me sortir de ma bouderie supposée. Quant à Jim, il a fait part de son appréciation mitigée sur la cérémonie française, regrettant comme moi la gaîté de celle de Londres. Et je ne crois pas que ce soit parce qu’il est à moitié Anglais, Jim. En tout cas moi, je ne le suis pas.

Ce qui m’a surpris (mais après tant d’années d’édition du JdC, comment puis-je l’être encore ?), c’est que personne d’autre n’ait senti le besoin de faire entendre soit sa différence dans ce concert de louanges, soit son enthousiasme pour une création enfin provocatrice.
Ma critique n’était sans doute pas assez acerbe pour déclencher le déluge de contradictions (ou l’averse d’approbations) comme le cri de l’imbécile déclenche  l’avalanche. Continuer la lecture de Chauvin ? Moi ?

Une conception de la campagne

Cet article est une rediffusion du Post it n°20, paru une première fois le 14/02/2018, sous le simple titre « La Campagne ». Il en dit beaucoup plus qu’il n’y parait.  

Aujourd’hui, quelques jours après la Toussaint, le Jardin du Luxembourg est à son meilleur. Le soleil est radieux, l’air est purifié par un petit vent irrégulier et les nuages laissent une large place au ciel bleu. Il y a une dizaine de minutes, je me suis assis face au Sud. Les pieds bien posés sur la petite rampe métallique qui court au ras du sol le long de la pelouse en demi-lune, à peine renversé dans mon fauteuil de métal, les avant-bras appuyés sur les accoudoirs, j’ai ouvert le livre que l’on vient de m’offrir : « Les leçons du Vertige ». De temps en temps, je lève les yeux du bouquin et je vois le parterre de fleurs, l’herbe tondue, et plus loin les arbres et, au-dessus de leurs cimes vertes et jaunes, les nuages qui passent sans se presser du haut de la tour Montparnasse au dôme de l’Observatoire. Pas d’autre bruit que celui des conversations tranquilles des promeneurs qui passent derrière moi, des pieds des enfants qui raclent le sol et des ailes des pigeons qui m’effleurent. Le soleil me chauffe amicalement le visage.

Un couple s’est approché. Il s’est dirigé vers les deux fauteuils qui sont demeurés libres à ma droite. L’homme a la cinquantaine. Il est habillé d’un pantalon de flanelle grise, d’une Continuer la lecture de Une conception de la campagne

CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES (Extrait)

DEUXIÈME CIRCONSTANCE

Sur la terrasse du vingt-cinquième étage de ce grand hôtel, ça fait plus de dix minutes qu’il me tient par le revers, ce type. Mais de quel droit, je vous prie? Ce n’est pas parce qu’on est dans un cocktail et qu’on porte une étiquette au veston qu’il faut se croire le droit de m’adresser la parole comme ça, sans être présenté. Je danse d’un pied sur l’autre en essayant de repérer quelqu’un de connaissance pour pouvoir fuir ce raseur. Rien, personne. Encore, s’il me parlait de moi ! Mais non, il ne parle que de lui. Banalités et lieux communs s’enchaînent les uns aux autres. Et tout ça sur lui, sur sa femme, son beau-frère, son cheval… À un moment, il prononce l’inévitable bêtise, la fadaise exemplaire, l’ineptie majeure, celle que Continuer la lecture de CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES (Extrait)

Epoustouflant ?

Le mot d’ordre est « époustouflant ».

Mais qui le dira :

Cette cérémonie d’ouverture des jeux olympiques de Paris était longue et ennuyeuse. Certes, la pluie battante n’a pas facilité les choses aux exécutants, athlètes autant qu’artistes. Certes, il y a eu quelques belles images, le Paquebot France,  le cheval d’acier descendant la Seine,  la Marseillaise chantée du haut du Grand Palais, Raphael Nadal aux anges reprenant la flamme, l’instant d’humour avec le cartoon des Minions, un très bel Hymne à l’amour par Céline Dion et quelques jolis débordements de lumière jaillissant de monuments…

Mais que de spectacles faiblards entr’aperçus entre Austerlitz et le pont d’Iéna. Pauvres artistes sans spectateurs, Continuer la lecture de Epoustouflant ?