TECTONIQUE

La littérature ne m’ayant pas apporté toutes les satisfactions que j’en attendais, en particulier dans le domaine des louanges et des rétributions qui normalement vont de pair, j’envisage sérieusement de l’abandonner. 

Non, non, ne protestez pas, vous étiez prévenus. 

En contrepartie — pas pour vous, la contrepartie, mais pour moi — je caresse actuellement l’idée d’aborder les arts plastiques. Étant absolument et depuis toujours dénué de toute théorie de l’esthétique, de tout talent et même de toute capacité en matière de dessin, de peinture et de sculpture, je compte me livrer à mes premières tentatives dans le domaine de l’art contemporain, dans lequel je suis certain que mes lacunes, bien loin de constituer un handicap, seront un avantage.

Voici donc ma première œuvre, Continuer la lecture de TECTONIQUE

Des jours pas faits comme les autres

Hier matin, en relisant l’extrait publié d’ »Un jour qu’était pas fait comme les autres« , j’ai pensé aux raisons qui m’avaient poussé à écrire cette courte nouvelle à prétention humoristique : une amie m’avait rapporté qu’une personne de sa connaissance, qui avait tendance à raconter tous les petits et grands événements de sa vie avec force détails, commençait souvent ses histoires les plus infimes avec cette entrée grandiose digne de Flaubert : « C’était un jour qu’était pas fait comme les autres« . La formule me plut aussitôt et je décidai d’en faire l’incipit de ma prochaine nouvelle.

Vous connaissez mon goût pour mettre en scène les mal élevés, les crétins, les Continuer la lecture de Des jours pas faits comme les autres

C’ÉTAIT UN JOUR QU’ÉTAIT PAS FAIT COMME LES AUTRES (Extrait)

(…). Faut absolument que j’appelle la boite ! Faut que je dise à Verlingue que je vais être en retard, et sacrément même, mais que c’est pas ma faute, que c’est la faute à ces salopards de grévistes — sûr qu’il va aimer ça, Verlingue, ces salopards de grévistes —  qui empêchent l’honnête ouvrier de se rendre à son travail pour gagner l’entrecôte. Le problème, c’est que j’ai plus de portable depuis qu’on me l’a piqué pendant que je me reposais dans le bistrot à Paulo où je soigne ma cuite hebdomadaire. Comme téléphone, y aurait bien chez Liang, le chinetoque qu’a racheté le Balto, de l’autre côté de l’avenue. Mais l’autre problème, c’est que j’ai eu des mots avec lui. La dernière fois que je lui ai causé, au Chinois, c’était pour lui dire que j’y refoutrais jamais les pieds, dans son rade de minables. Y m’avait répondu un truc du même tonneau, genre je sais plus quoi. Bref, on est en froid, Liang et moi. Bon, mais j’ai pas le choix. Faut que je passe un coup de fil. J’entre dans le troquet. C’est pas Liang qu’est derrière le comptoir, c’est un autre jaune, mais qu’est-ce que ça peut foutre ? Sont tous pareils de toute façon.

« Salut, gros lard, que je lui dit au niakoué. T’as le téléphone ? »

Je m’attendais à une vanne quelconque, une chinoiserie à la con, mais non ! Le voilà qui me dit :

« Tiens donc ! Mais c’est Continuer la lecture de C’ÉTAIT UN JOUR QU’ÉTAIT PAS FAIT COMME LES AUTRES (Extrait)

Le théâtre selon Jouvet ; Louis Jouvet selon Périer

Si vous n’avez pas encore entendu cette conférence de Louis Jouvet sur le théâtre, je vous donne encore une chance de le faire.  Plutôt que d’aller dépenser votre argent au Golf miniature de la Plage ou perdre votre temps dans le centre d’artisanat local, écoutez donc cet exposé magistral s’ouvrant sur une longue citation de Paul Claudel :  « Le théâtre, vous ne savez pas ce que c’est… ».
En prime, vous pourrez lire cette tendre et admirative description de ce maitre du théâtre, par ce tendre et admirable acteur que fût François Perrier.  

« Le théâtre, vous ne savez pas ce que c’est. Il y a la scène et la salle. Tout est enclos, les gens viennent là le soir, et ils sont assis par rangées,  les uns derrière les autres, regardant. Ils regardent le rideau de la scène et ce qu’il y a derrière quand il est levé. Et il arrive quelque chose sur la scène comme si c’était vrai. Je la regarde et la salle n’est rien que de la chaire vivante et habillée. Et ils garnissent les murs comme des mouches jusqu’au plafond. Et je vois ces centaines de visages blancs. L’homme s’ennuie et l’ignorance Continuer la lecture de Le théâtre selon Jouvet ; Louis Jouvet selon Périer

Saniette

Saniette est un personnage tout à fait secondaire de la Recherche du Temps Perdu. Ancien archiviste, émotif, timoré, il sert de souffre-douleur à M. Verdurin. Il est cependant pour moi l’un des moins méchants et des plus attachants. 

(…) les mêmes défauts s’étaient au contraire exagérés chez Saniette, au fur et à mesure qu’il cherchait à s’en corriger. Sentant qu’il ennuyait souvent, qu’on ne l’écoutait pas, au lieu de ralentir alors, comme l’eût fait Cottard, de forcer l’attention par l’air d’autorité, non seulement il tâchait, par un ton badin, de se faire pardonner le tour trop sérieux de sa conversation, mais pressait son débit, déblayait, usait d’abréviations pour paraître moins long, plus familier avec les choses dont il parlait, et parvenait seulement, en les rendant inintelligibles, à sembler interminable. Son assurance n’était pas comme celle de Cottard qui glaçait ses malades, lesquels aux gens qui vantaient son aménité dans le monde répondaient: «Ce n’est plus le même homme quand il vous reçoit dans son cabinet, vous dans la lumière, lui à contre-jour et les yeux perçants.» Elle n’imposait pas, on sentait qu’elle cachait trop de timidité, qu’un rien suffirait à la mettre en fuite. Saniette, à qui ses amis avaient toujours dit Continuer la lecture de Saniette

La libération de Paris vue par Georges Cambremer

Le 25 aout 1944, il y a quatre-vingts ans, Paris était libéré de l’occupation allemande. Pour commémorer cet anniversaire, voici, recueilli par deux journalistes de Combat quatre années après la Libération, le témoignage de Georges Cambremer, personnage à facettes de « Histoire de Dashiell Stiller ». Vichyssois de la première heure, résistant par opportunité, ambitieux par éducation, ministre menacé, ambigu par nécessité, il raconte avec une modestie de bon aloi sa nuit du 24 août 1944 et la journée qui a suivi qui l’ont officiellement rangé du bon côté de la barrière. 

(…) Les informations que nous recevions sur les plans des alliés étaient vagues, imprécises. On ne savait pas quand ils allaient arriver à Paris ni même s’ils n’allaient pas contourner la ville. Ce sont les communistes, les Francs-Tireurs, qui ont déclenché l’insurrection, le 19 août, un peu trop tôt sans doute, on le sait aujourd’hui. Mais ce qui était fait était fait. Il n’était plus possible de revenir en arrière. Rue de l’Abbé de l’Épée, on s’est décidé à lancer aussi l’ordre d’insurrection générale. La suite, on la connait : l’occupation de la Préfecture de Police et de l’Hôtel de Ville, la Wehrmacht prise au dépourvu qui se ressaisit vite et qui tire au canon sur la Préfecture, la situation désespérée des assiégés, et puis l’entrée de Leclerc dans Paris, la capitulation de Von Choltitz, l’arrivée de De Gaulle, son formidable discours du 25 Aout, et toute la suite…

Combat : C’est effectivement encore dans toutes les mémoires, Monsieur le Ministre. Mais ce que nos lecteurs ne savent pas c’est quel a été votre rôle pendant ces évènements. Pouvez-vous nous en parler ? Continuer la lecture de La libération de Paris vue par Georges Cambremer

Éloge des Jeux Olympiques et bémol subséquent

Éloge

Finalement, c’était pas mal ces Jeux Olympiques. J’en suis même assez satisfait. N’y eut-il eu cette cérémonie d’ouverture à moitié ratée et cette cérémonie de clôture à moitié réussie, c’eut même été  très bien et j’en eusse été très heureux. 

Les concurrents étaient là, ils ont donné leur maximum et, parmi eux, les Français se sont bien comportés. Le public était là lui aussi, nombreux, enthousiaste, joyeux, bruyant, chauvin comme il se doit. Il a fait son devoir, le public, et même au-delà. Il faut dire qu’on l’avait gâté en l’installant dans de jolis décors. Parce qu’ils étaient là aussi, les décors, sublimes : l’escrime sous la voute du Grand Palais, l’équitation devant le château de Versailles, le Beach Volley sur fond de Tour Eiffel, les courses de vélos à Montmartre et sous les guichets du Louvre, le tir à l’arc avec l’or des Invalides pour arrière-plan… Les images télévisées étaient belles, tirant tout le profit de ce que pouvait leur offrir la Capitale, ce que n’avait pas su faire le médiocre réalisateur anglais choisi par le CIO pour filmer la cérémonie d’ouverture. Et même quand il n’y avait pas de décor, comme au stade de France ou à la piscine olympique, le spectacle a été total : excitant, enivrant, olympique. Et le service d’ordre, je veux dire les flics, les militaires, les volontaires ! Impeccable, le service d’ordre, efficace, invisible, présent. Bravo, le service d’ordre ! Pas un incident, pas un accident autre que sportif, pas une manifestation, pas une grève surprise, pas un écolo-hystérique, pas une féministe exacerbée, pas un Mélenchon ironique.

Non, vraiment, très réussis, ces Jeux Olympiques ! 

On pourra regretter cette interminable et ennuyeuse cérémonie d’ouverture tendance bobo-parisienne libertaire infligée au tiers de l’humanité. On pourra trouver exaspérante de lenteur l’entrée des athlètes dans le grand stade et glacial le spectacle des équilibristes enfarinés. Il n’en restera pas moins que les J.O. de Paris, c’était chouette.

Bémol subséquent

C’était chouette, c’est vrai. Mais, s’il fallait apporter une réserve à cette l’approbation générale, je crois qu’elle devrait porter sur Continuer la lecture de Éloge des Jeux Olympiques et bémol subséquent

LES DISPARUS DE LA RUE DE RENNES (Extrait)

Chapitre 2 – La charge de la preuve.

Où l’on découvrira que prouver un manque n’est pas chose facile et qu’éprouver un manque, non plus.

C’est donc le 17 février 2023 vers 10 h 30 que notre préposé à la vérification des plaques de rue se rendit en toute hâte sur les lieux, muni de son appareil nippon tout neuf et de son certificat tout frais d’aptitude à la prise de vue numérique.

En arrivant en vue de l’église Saint-Germain des Prés, vint à l’esprit curieux de Ratinet la question suivante : « Comment fait-on pour photographier une rue qui a disparu ? ». Son esprit cartésien résista un temps à passer du particulier au général, mais il fallait bien qu’il cédât. Il céda et passa à « Comment fait-on pour photographier quelque chose qui n’est pas là ? », puis, plus général encore, à « Comment prouve-t-on l’absence d’une chose ? » et enfin à son inévitable universalisation : « Comment prouve-t-on qu’une chose n’existe pas ? ». La tête commençait à lui tourner un peu et la pluie à tomber beaucoup. Trempé, il rentra chez lui et prit le reste de sa journée pour sécher et réfléchir à l’abîme philosophique qui s’était dressé devant lui, car quand un abîme se dresse devant vous, ça fait peur.

Avec le bon sens dont nous avons été témoins plus haut, son épouse lui donna ce double conseil :

— Enlève tes chaussures, sans ça tu vas me saloper toute la moquette, et retourne là-bas dès que tu pourras pour Continuer la lecture de LES DISPARUS DE LA RUE DE RENNES (Extrait)