Archives par mot-clé : Philippe

Aux Ides de Mars

Pendant un temps, un long temps, c’était je crois avant de découvrir Proust et ses recherches, j’étais obsédé par Jules César. Je fréquentais beaucoup ses écrits, ceux de Suétone et de Jerphagnon à son propos. César était pour moi la personnalité des trente derniers siècles, avec Winston Churchill peut-être, mais pas pour les mêmes raisons. Alors, quand je me suis mis à écrire, j’ai beaucoup écrit sur lui, des parodies, des pastiches, des fictions, des utopies…J’étais, et je le suis toujours, très frustré par la disparition précoce de ce monument historique, assassiné qu’il fût aux Ides de Mars (c’est à dire le 15) de l’année 44 avant J-C. par une bande de sénateurs bedonnants poussant devant eux un homme intègre (selon Shakespeare) et manipulé par un Mélanchon antique (je fais exprès d’écrire son nom avec un A ; il parait que ça le rend furieux). Encore aujourd’hui, je me demande souvent comment Rome et, par voie de conséquence, le monde auraient évolué si César avait échappé à son attentat. Le texte qui suit, théâtral à souhait, n’évoque pas ce qu’aurait pu être cette utopie d’un long règne apaisé de Jules César. Au contraire, il veut confirmer que cette tragédie romaine est aussi une tragédie grecque, autrement dit que ce qui est écrit est écrit et que l’homme n’échappe pas plus à son destin que les fleuves ne remontent à leur source.

La scène se passe à Rome, dans l’office d’une villa.
Servilius, esclave du propriétaire des lieux, travaille à la présentation de plats somptueux et abondants. Entre Diodiros, également esclave.

Servilius

-Ah ! Salut, Diodiros, je suis bien content de te voir ! Ce matin, il y a du travail. Tu penses, nous recevons à déjeuner douze personnes, et pas des moindres ! Ils sont déjà là, dans l’atrium. Que des sénateurs !

Diodiros

-Non, Servilius, onze sénateurs et un préteur.

Servilius

-Ah, c’est vrai, j’oubliais que ton Continuer la lecture de Aux Ides de Mars →

Les Bidons de l’Art – 9 

Il y a des années, au risque de passer pour un beauf, j’avais entrepris de diffuser une série consacrée aux escroqueries — du moins à ce que je considère comme tel — de l’art contemporain. Je lui avais donné pour titre « Les Bidons de l’Art ».  Je l’avoue, je n’ai pas toujours cherché à comprendre les cartels explicatifs, bien sûr, j’ai fait le beauf et même le plouc, c‘est vrai, j’ai été excessif dans mes critiques et mes moqueries. Mais ce n’est pas moi qui ai commencé. Koons et ses petits chiens gonflables, Klein et ses bleus, Arman et ses empilements, vous ne pensez pas qu’ils ont un peu beaucoup tiré sur la ficelle ? De toute façon, elle n’a pas duré bien longtemps, ma série : huit numéros en deux ans et demi, et plus rien depuis six ans. En fait, il y avait trop de matière, trop de bidons, et je ne savais plus où donner de la tête. Il aurait fallu que je consacre tout le JdC à cette rubrique. Alors je me suis calmé et je suis passé à autre chose. Mais de temps en temps, devant une œuvre d’art contemporain surgit en moi comme une indignation, un besoin de protester, une révolte… et ça donne le 9ème numéro de mes Bidons de l’Art 

Pour aujourd’hui, plus qu’une indignation, ce sera un éclat de rire. Voyez vous-même : Continuer la lecture de Les Bidons de l’Art – 9  →

Le Liban ?

Le Liban ? J’ai connu aussi. Bien connu. Mieux que l’Iran en tout cas. 

D’ailleurs, c’était avant l’Iran, en 1969/70, deux ans après la Guerre des six jours, la guerre de Lundi-Jeudi comme disaient les Libanais (Lundi-Mardi, disaient les plus sévères). 

Le Liban était tranquille à l’époque. Il n’était pas entré en guerre au côté des autres, Egypte, Syrie, Irak et Jordanie. Au contraire de ceux-là, il n’avait subi ni dommage ni vexation. La vie battait son plein, le port, le commerce, le casino, les banques… Une seule chose ne marchait pas et c’était le tourisme, le tourisme occidental. Du fait de la guerre, les touristes européens et américains avaient déserté toute la région, y compris le Liban. 

A l’époque, et bien que les recensements y aient été  interdits depuis longtemps, on savait que le Liban comptait trois millions d’habitants, la moitié d’entre eux vivant à Beyrouth et ses Continuer la lecture de Le Liban ? →

Sur la route

Quand soixante ans ont passé, que reste-t-il de quatre mille kilomètres parcourus en quatre jours à travers les États-Unis dans une vieille Cadillac rose ?

(…) Je me rends compte que de ce voyage avec Julius, je n’ai gardé que peu de souvenirs précis et je me demande aujourd’hui ce qui m’est resté de ces milliers de miles parcourus et de cette douzaine d’États traversés. Quelques images, peut-être… Images de déserts, gris dans la lumière des phares, roses dans celle de l’aurore ; d’ennuyeuses plaines, mollement onduleuses et couvertes d’herbes basses jaunies sous le soleil, ou désespérément plates et quadrillées de forêts de maïs ; des stations-services bigarrées, désertes, comme abandonnées, ou affairées comme des ruches ; des motels, des bars, des restaurants de bord de route disparaissant dans le rétroviseur ; d’immenses supermarchés glacés et de gigantesques parkings au bitume tremblant de fièvre ; un contrôle policé de la Highway Patrol ; des bourgs endormis aux enseignes inutiles, des banlieues frémissantes aux premières heures du matin, des villes apoplectiques sous la chaleur de midi ; un interminable nuage de hannetons traversé à grand bruit ; des stoppeurs par dizaines, abandonnés à leur sort ; un camion en flammes, la nuit, sur le pont d’Omaha ; la ligne crénelée de l’horizon à l’approche de Chicago ; un réveil cotonneux face au Continuer la lecture de Sur la route →

Journal intime – 28 mars 2013

Brasserie  Le Select

Depuis une semaine environ, j’écris des petits textes. Ce qui explique pourquoi je n’écris pratiquement plus rien dans ce journal intime. Cette écriture est pour moi une occasion de retrouver les anecdotes et, pourquoi pas , plus tard, peut-être plus de mon passé. 

Je m’aperçois que ce n’est pas un grand effort. Ma première histoire a consisté à raconter cette nuit de Banda Aceh. Je m’efforce de ne rien inventer ni rien enjoliver, mais je suis bien obligé de combler mes trous de mémoire.
Le résultat de cette première histoire n’étant pas déplaisant, je recherche quelles anecdotes pourraient justifier d’autres écritures et je dresse petit à petit une liste de titres possibles.
J’ai déjà écrit « Réplique » et « Les chiens de Téhéran ». « J’aime la chasse » est en cours, mais c’est plus long que prévu. Je viens d’écrire la dessus pendant plus d’une heure, assis à une table du Sélect, où je viens de déjeuner, devant un demi de Pilsner. Avec l’aide de la bière et de l’ambiance, ça avance pas mal.

Ah ! J’oubliais ! Tout à l’heure dans le métro. Je suis debout entre Italie et Vavin. Un siège se libère à côté de moi. Avant de prendre le siège vacant, une femme d’une quarantaine d’années me demande si je veux m’asseoir… Salope !

L’Iran, connais pas ! 

J’y suis allé, moi, en Iran. Ça m’a même permis d’écrire les impressions nocturnes d’un étranger dans les rues de la capitale de l’Iran. Je les publierai demain ici-même. Donc, l’Iran, j’y suis allé. Mais en fait, l’Iran, je connais pas ! 

L’Iran, connais pas !

L’Iran, je n’y ai passé qu’un mois, et c’était il y a une cinquantaine d’années. Alors, vous pensez, l’Iran, je ne peux pas dire que je connais.

En plus, c’était du temps du Shah ! Depuis, il est parti, le Shah. Alors, l’Iran il a changé, surement. Aujourd’hui, il me serait difficile de dire que je connais. 

Et, quand j’y étais, ce que j’avais vu de l’Iran, c’était surtout Téhéran. J’avais bien fait un petit tour en avion jusqu’à Isfahan et en voiture jusqu’au Continuer la lecture de L’Iran, connais pas !  →

Journal intime – Mardi 11 mars 2013

Café Le Comptoir, rue Soufflot, en haut à droite

Je me retrouve a nouveau dans ma position favorite de consommateur dans un cafe d’étudiants, déjà décrite dans des épisodes précédents. Je n’y reviens pas. Comme d’habitude, je suis venu la à la recherche de l’inspiration. La voilà.

Seule a une table devant moi, une grande fille, assez belle dans son allure, est assise de profil, face à son ordinateur Asus de couleur rouge. Entre elle et le PC, un gros livre est ouvert, qu’elle consulte entre deux sessions de frappe. Elle est concentrée. Derrière elle, la neige continue de tomber, moins épaisse que tout à l’heure. Plus je la regarde, et plus Continuer la lecture de Journal intime – Mardi 11 mars 2013 →

Points d’interrogation

Peut-on tirer sur le corbillard ?
L’était sympa, Jospin !
Evidemment qu’il était sympa Jospin : il respirait la droiture et l’honnêteté.
L’était-il ? Je n’en sais rien, mais c’est possible ; et malgré son atavisme trotskiste, c’est même probable. Et puis, il faut bien qu’il y ait des trucs auxquels on puisse se raccrocher. Donc, Jospin, droit et honnête.
C’est en tout cas ce qu’avec sa dignité dans l’échec de 2002, on retiendra de lui.
Mais, ne devrait-on pas se souvenir aussi que c’est à lui que nous devons les 35 heures dont Continuer la lecture de Points d’interrogation →

Journal intime – 9 Mars 2013

Café le Bac Saint Michel

Me voici à nouveau dans ma position favorite de consommateur assis en salle d’un café du coin, devant mon clavier et un demi de 1664. Serai-je plus inspiré que tout à l’heure dans le Luxembourg avec mon appareil photo ?
Contrairement au jardin, rempli d’une foule qui hésite encore entre le manteau d’hiver et le blouson de demie saison, la salle du café-tabac est vide, mis à part les fumeurs à court de cigarettes et qui font la queue au guichet. La terrasse, Continuer la lecture de Journal intime – 9 Mars 2013 →