Résumé des chapitres précédents
Après un vote unanime, moins les voix de l’opposition, le Conseil Municipal, Maire en tête, s’est rendu sur place et sous la pluie pour constater les faits de visu. C’est confirmé, il manque tout un bout de la rue de Rennes. C’est bien embêtant.
4- Stratégie municipale
Où l’écologie retrouvera ses limites et la politique, ses habitudes.
Ces choses ayant été accomplies, la Maire se retira dans le véhicule à gyrophare, parce que l’écologie, ça va bien cinq minutes, tandis que son garde du corps restait planté au milieu de la chaussée, triplement embarrassé par un parapluie de golf marqué aux armes de la ville, un vélo batave et un costume sombre complètement fichu.
Sur le chemin du retour, dans le confort de sa voiture de fonction et de son for intérieur, Madame la Maire réfléchissait :
Cette disparition n’était pas une petite affaire et il fallait la prendre très au sérieux : deux ou trois cents mètres de rue manquants, ça faisait quand même désordre, même pour une municipalité de gauche. Il lui fallait établir une stratégie de toute urgence.
Était-il possible de mettre l’affaire sur le dos de quelqu’un d’autre ? Elle pourrait bien sûr parler d’héritage de la mandature précédente, mais ça faisait quand même plus de huit années qu’elle exerçait le pouvoir absolu sur la ville. De plus, dans ce cas, on ne manquerait pas de lui rappeler que, dans l’équipe précédente, elle était première adjointe. Remonter plus loin en arrière, c’est-à-dire à Tiberi ou même jusqu’à Chirac, lui paraissait difficile. Elle demanderait conseil sur ce point à Laurent Joffrin et à Edwy Plenel dès demain, mais elle ne pensait pas vraiment que le barbu bougon de Libération et l’homme au rictus d’acier de Mediapart pourraient la sortir de cette mauvaise passe.
Puisque faire porter le chapeau à quelqu’un d’autre Continuer la lecture de LES DISPARUS DE LA RUE DE RENNES (Extrait)
Destinée ou pas, on en prend marre de vieillir, de voir changer les maisons, les numéros, les tramways et les gens de coiffure, autour de son existence. Robe courte ou bonnet fendu, pain rassis, navire à roulettes, à l’aviation, c’est du même ! On vous gaspille la sympathie. Je veux plus changer. J’aurais bien des choses à me plaindre, mais je suis marié avec elles, je suis navrant et je m’adore autant que la Seine est pourrie. Celui qui changera le réverbère crochu au coin du numéro 12 il me fera bien du chagrin. On est temporaire, c’est un fait, mais on a déjà temporé assez pour son grade.
(…) Parmi mes moments préférés partagés avec Sari, il y a aussi ceux du Cap Ferret : chaque matin, généralement après une nuit de mauvais sommeil, je partais avec Sari entre sept et huit heures pour une promenade d’une heure ou deux. Nous passions d’abord entre les villas encore endormies sous les pins pour arriver au grand soleil au pied de la dune qui nous séparait de l’océan. La montée sur les caillebotis était plutôt pénible pour elle dont les pattes n’étaient pas adaptées aux espaces entre les planches, mais elle était récompensée par ce qu’elle pouvait trouver de comestible dans les vestiges laissés par la dernière vague des vacanciers de la veille au soir.