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Il faut revoir Les Acteurs

Maintenant que nous avons tous à disposition de généreuses plateformes sur lesquelles nous pouvons trouver, à condition de les chercher un peu, de nombreux films anciens, il faut absolument revoir certains d’entre eux qui n’ont peut-être pas eu à l’époque le succès qu’ils auraient mérité. C’est ainsi qu’il faut absolument  revoir Les Acteurs, dont je republie sans vergogne ma Critique aisée n°204 du 29 mai 2020.

Les Acteurs
Bertrand Blier – 2000

Bon.
Je n’ai pas vraiment le temps de faire une de ces Critiques Aisées dont vous avez l’habitude, mais je tiens à vous dire un mot sur un film de l’année 2000 que j’ai revu sur NETFLIX le 17 mai (2020) dans la nuit, la veille de l’annonce de la mort de Michel Piccoli.

Michel Piccoli fut un grand acteur. Il a eu une très belle carrière, a tourné avec tous les bons réalisateurs, avec tous les bons  acteurs et actrices, en particulier, inoubliable avec la non oubliée Romy Schneider, et il est mort à 94 ans. Belle vie ! Bravo l’artiste ! Je n’ai pas aimé tout ce qu’il a fait, il en a fait tellement, mais resteront pour moi bien sûr les films qu’il a tourné avec Continuer la lecture de Il faut revoir Les Acteurs →

Cruella de retour ?

Mais qu’est-ce qu’il se passe avec Madame Hidalgo ? Elle était pas dans la Creuse ? Paraît qu’elle est revenue ! Si, si, je vous assure, je l’ai vue à la télévision. Même qu’elle n’avait pas l’air dans son assiette. Ben, oui ! Voilà qu’on reparle d’elle ! Parait qu’on lui cherche des poux dans la tête à propos de ses frais de bouche — c’est quoi ça, les frais de bouche ? Le coût de son rouge à lèvres ? — et de sa garde-robe, de son voyage à Tahiti pour aller, avec son mari, inspecter la solidité d’un plongeoir, la conformité de la hauteur des vagues et l’humeur de sa fille qui habite dans le coin et autres dispendieuses babioles.

Moi, qu’on parle d’elle à propos de tout ça, ça me dérange pas. C’était inévitable. On le savait, qu’elle avait poussé le bouchon plus loin que les autres. C’est sa Nature qui veut ça.
Non, ce qui m’ennuie, c’est qu’elle soit revenue sur le devant de la Seine, Annie Dingo ! Moi qui croyais qu’on l’avait envoyée pour le reste de son mandat dans une jolie maison de repos, à Guéret (dans la Creuse). Elle était pas bien, là-bas ?
Vous vous souvenez du schmilblick ? Non ? Ah ben c’est pas la peine que je me donne du mal à vous tenir informés. Bon, je vous rappelle : Continuer la lecture de Cruella de retour ? →

Go West ! (101)

(…) Ms Sherman-Vance reste de marbre. Robert et Alice regardent devant eux. Ils ne se sont même pas retournés quand j’ai ouvert la portière. Harry Belafonte vient d’entamer Jamaica Farewell. Je suis dehors, les pieds sur le bitume, penché vers l’intérieur de la voiture ; les camions me passent au ras des fesses en hurlant ; je me penche un peu plus pour attraper mon sac et, par-dessus le dossier du siège avant, je vois, posées tranquillement sur la banquette, les mains d’Alice et de Robert, leurs doigts entrelacés.
Je referme la portière. Dans la seconde qui suit, le doux ronronnement des huit cylindres de la voiture semble pousser la Lincoln vers l’avant et, tandis que je la regarde s’éloigner, je pense que pour Alice, tout n’est pas perdu. 

Et me voilà de retour dans le Super-Constellation des Flying Tigers. En montant dans l’avion tout à l’heure, j’espérais un peu que Carol serait parmi les hôtesses, mais non. Le quadrimoteur a décollé en milieu d’après-midi face au soleil, puis il a amorcé un large virage sur la gauche, nous laissant admirer les tours de Manhattan qui se découpaient au loin dans une sorte de halo marron au-delà du miroir étincelant de l’East River. Et puis il a mis le cap vers Terre-Neuve. Demain après-midi, nous serons à Paris.
Je suis assis, serré, entre Hervé et Jean-Louis. Les quelques jours que nous venons de passer ensemble à New-York ont épuisé les histoires que nous avions à nous raconter. C’est ainsi que j’ai appris que, lors de mon arrestation sur la plage de Santa Monica, mes Continuer la lecture de Go West ! (101) →

Bourlanges, suite et fin 

Autres extraits du discours de remerciement de Jean-Louis Bourlanges prononcé le 5 septembre à l’occasion de la remise de ses insignes d’officier de la Légion d’Honneur.

(…) Quand je regarde ce qui n’a pas marché au cours des trente dernières années, je vois, au fond des choses, une crise de toutes les solidarités. Nous avons réduit la solidarité à un partage à la Ruy Blas entre des solliciteurs au bord de la crise de nerfs. Mais nous avons laissé se creuser toutes les fractures : territoriales, communautaires, générationnelles, écologiques et de genre. Nous n’avons su ni réunir, ni transmettre, ni investir.
(…)
L’essentiel, c’est que je ne me suis jamais pleinement reconnu dans les choix dominants des hommes Continuer la lecture de Bourlanges, suite et fin  →

Vous avez dit « économies »?

Le premier ministre cherche partout des économies, grandes ou petites, à réaliser un peu partout. Il demande aussi que chaque service de l’état, chaque collectivité donne l’exemple. Comme tout un chacun, j’ai quelques idées la-dessus. Des tas de choses sont possibles. Par exemple, au hasard, à Paris, (dont la dette est, paraît-il, aujourd’hui de 12 milliards et le déficit pour 2024 de 231 millions) :

Anne Hidalgo
    • Arrêt des travaux continuels de transformation de la voirie et des places publiques

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L’Apple Intelligence et la Madeleine

J’ai un nouvel iPad. À bord, il y a maintenant une sorte d’Intelligence Artificielle embarquée. Elle s’appelle Apple Intelligence. Quand on l’utilise, elle travaille en interne sans échanger avec de mystérieux centres californiens ou chinois. De ce fait, bien sûr, elle n’a pas les capacités de la vraie A.I., celle qui fait peur, qui se trompe, et bouffe des milliards de kilowatts-heures. Pourtant, elle peut rendre des services, notamment en matière d’écriture. J’ai expérimenté ses possibilités pour la première fois en lui soumettant le passage le plus célèbre de À la Recherche du Temps Perdu, celui de  la madeleine. Lisez d’abord le passage tel que l’a écrit Marcel Proust. C’est long, mais admirable et facile à lire. 

 (Notre passé) est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas.

Il y avait déjà bien des années que, de Combray, Continuer la lecture de L’Apple Intelligence et la Madeleine →

Go West ! (100)

(…) J’aurais voulu lui expliquer que je n’étais pas ce qu’elle croyait, un petit vagabond fauché, perdu dans un pays trop grand pour lui, à la merci de la compassion ou des caprices de ses citoyens. J’aurais voulu qu’elle sache que chez moi, en France, à Paris, je n’étais pas si fragile, que j’étais entouré d’amis et de parents respectables, que j’étais considéré, moi, futur ingénieur, plein d’avenir, et qu’un jour, bientôt… Mais je n’y arrivais pas. Je n’y arrivais pas parce la colère montait en moi, qu’elle m’obscurcissait l’esprit, bousculait mes idées, encombrait ma langue, et que je n’en pouvais plus. Je devais être rouge de fureur car Ms Sherman-Vance se mit à me regarder d’un autre œil.
— Qu’est-ce qu’il y a ? chuchota-t-elle, inquiète. Ça ne va pas, Philippe ?
C’est sur ce « Ça ne va pas ? » que j’explosai.

Je ne sais plus très bien ce que je lui ai dit, à Bette, ni dans quel ordre, ni sur quel ton. Ce que je me rappelle, c’est que j’ai commencé par rebondir sur son « Ça ne va pas, Philippe ? » avec un « Non, ça ne va pas ! ». Je me rappelle aussi que j’ai dit ça avec fureur, à voix basse, sans desserrer les dents, réussissant le paradoxe de crier en chuchotant. Pour le reste, je ne suis sûr de rien, mais ça n’a pas dû être joli. Je crois bien que je lui ai tout balancé, son insupportable suffisance, son égocentrisme, son snobisme, son manque de considération, la stupidité de ses solutions et jusqu’au manque d’attrait de sa petite-fille. Je crains même de n’avoir pas usé de ces mots-là mais plutôt de certains de leurs synonymes peu élégants que je me refuse à reproduire ici tant je les regrette à présent.

J’ai fini par me taire, un peu essoufflé, un peu surpris par la violence de mon discours, un peu honteux aussi. Je n’ose pas regarder Ms Sherman-Vance. À la radio, Brenda Lee chante I’am sorry. Continuer la lecture de Go West ! (100) →

Tourisme culturel

Quand le sage montre la lune, l’idiot  regarde le doigt.
Proverbe chinois

« (…) Dans les galeries du Muséum, ils passèrent avec ébahissement devant les quadrupèdes empaillés, avec plaisir devant les papillons, avec indifférence devant les métaux; les fossiles les firent rêver, la conchyliologie les ennuya. Ils examinèrent les serres chaudes par les vitres, et frémirent en songeant que tous ces feuillages distillaient des poisons.
Ce qu’ils admirèrent du cèdre, c’est qu’on l’eût rapporté dans un chapeau. Ils s’efforcèrent au Louvre de s’enthousiasmer pour Raphaël. À la Grande Bibliothèque ils auraient voulu connaître le nombre exact des volumes.(…) »
Bouvard et Pécuchet – Gustave Flaubert